Les ateliers d’été de l’Institut d’histoire culturelle européenne Bronislaw Geremek, qui ont eu lieu au Château des Lumières de Lunéville les 11, 12 et 13 juillet 2016, avaient pour thème: Objet(s)
Stanislaw Fiszer (Université de Lorraine, CERCLE) nous fait découvrir la figure de Tadeusz KOTARBIŃSKI et sa philosophie du réisme: “chaque objet est une chose!”

1. L’École de Lvov-Varsovie
A. Kazimierz Twardowski et la période lvovienne
Certains considèrent que l’École de Lvov-Varsovie a vu le jour le 5 novembre 1895. En réalité, ce jour-là Kazimierz Twardowski a pris la direction de la chaire de philosophie à l’université de Lvov. Twardowski, fils d’un haut fonctionnaire autrichien, a obtenu son baccalauréat dans le prestigieux lycée « Theresianum », créé par Marie-Thérèse. Puis il a fait sa thèse, consacrée à L’Idée et perception, à l’université de Vienne sous la direction de Franz Brentano.
Celui-ci, en ce qui concerne la notion d’objet, renouait avec la philosophie scolastique. Selon cette dernière, l’objet de notre entendement est la manière dont nous percevons les choses : au Moyen Âge on les qualifiait de sujets de notre pensée. L’usage actuel du mot objet désignant une chose elle-même, un être extérieur à celui qui le perçoit date du XVIe et plus encore du XVIIe siècle et provient surtout de la philosophie de Descartes. D’après lui nos idées sont des copies directes plus ou moins adéquates des choses : c’est pourquoi il identifie celles-ci avec la façon dont nous les percevons.
Twardowski qui partageait les idées de Brentano, comme enseignant, exigeait la clarté, tout en luttant contre l’opinion selon laquelle la profondeur philosophique est proportionnelle à la confusion du style. Il souhaitait réformer et démocratiser l’enseignement de la philosophie dans des écoles et universités polonaises. À cet effet, il a réussi à former autour de lui un groupe d’élèves et de doctorants qui, après la résurrection de la Pologne, en 1918, ont continué l’œuvre de leur maître à penser
Les thèses écrites sous sa direction sont très hétérogènes ce qui témoigne d’une grande ouverture d’esprit de Twardowski. En effet, son seul dogme était la conviction que le dogmatisme est le pire ennemi de tout travail didactique et scientifique. Parmi les élèves de Twardowski figure Tadeusz Kotarbiński. Après la soutenance de sa thèse (Utilitarisme dans l’éthique de Mill et Spencer), en 1912, il enseignait les lettres classiques dans un lycée varsovien (Mikołaj Rej). Il n’a intégré l’université de Varsovie qu’en 1919 pour y être nommé professeur quelques ans plus tard.
B. La période varsovienne
La branche varsovienne de l’École était une création commune de philosophes (Stanisław Leśniewski, Jan Łukasiewicz) et de mathématiciens (Wacław Sierpiński, Stefan Mazurkiewicz). La coopération entre ceux-ci et ceux-là a permis de former une excellente équipe de logiciens. Grâce à eux, la logique qui, auparavant, était considérée comme l’une des sciences auxiliaires des mathématiques, est devenue avec le temps une discipline de plein droit. Ses fondateurs ambitionnaient d’en faire les fondements des mathématiques pures, une sorte de métamathématique.


