[Annonce] Séminaire « Annotation visuelle avancée pour l’histoire de l’art et l’archéologie » (INHA, janvier-juin 2026)
Je relaie sur mon carnet personnel l’annonce du séminaire que je co-organise avec mon collègue Federico Nurra, dans le cadre de mon post-doctorat à l’Institut national d’Histoire de l’Art. Le programme officiel est disponible sur le carnet de notre équipe, Numrha (numérique et recherche en histoire de l’art).

L’objectif de ce séminaire est d’explorer les méthodes d’édition numérique centrées sur l’image et les dispositifs d’annotation visuelle avancée pour l’histoire de l’art et l’archéologie. Autrement dit, nous voulons réfléchir à la façon dont on manipule les images (reproductions d’œuvres d’art, documents visuels, photos de terrain) dans des environnements numériques, et à la façon dont on les édite (au sens publication).
Notre intérêt pour ces questions est lié aux chantiers menés à l’INHA autour de l’édition numérique d’images annotées, dans le cadre de projets scientifiques comme Digital Muret, ou, antérieurement Digital Montagny, pour ne citer que ceux-là. Depuis 2019, l’équipe du SNR développe le projet PENSE, une plateforme d’édition numérique de sources enrichies, qui a déjà vu la publication des papiers du sculpteur Barye et des dessins des décors de l’hôtel particulier de Jacques Doucet (d’autres éditions sont actuellement en cours d’achèvement autour des archives photographiques du couple Thierry, de la correspondance de Jacques Doucet et René Jean ou encore des fouilles de la collégiale Notre-Dame-en-Vaux).

Des problématiques similaires sont partagées par nos collègues du laboratoire Invisu (CNRS/INHA), qui mènent également depuis plusieurs années des projets d’éditions de corpus visuels (principalement photographiques, mais pas que). Récemment, ils ont développé PerVisum, une solution innovante d’écriture scientifique où le texte et l’image se cotoient de façon plus fluide et puissante que dans les interfaces éditoriales classiques (le projet a été présenté lors d’une passionnante journée en novembre dernier).
De tels projets soulèvent bien des enjeux techniques (usages d’outils et de protocoles pérennes et interopérables, par exemple), mais aussi méthodologiques et épistémologiques : qu’est-ce que cela fait à l’historien ou l’historienne de l’art d’être ainsi aux prises avec l’image dans des environnements numériques ? Zoomer sur un détail, cropper (découper) une portion de l’image, la coller dans un traitement de texte ou sur un PowerPoint, lancer une « recherche d’image inversée », etc., est-ce que cela modifie profondément notre manière de penser (avec) les images ?
Ces questions de fond reviendront en arrière-plan des différentes séances de cette première saison du séminaire, où il sera d’abord question des outils, des modèles, des protocoles et des chaînes de traitement qui permettent de telles évolutions de nos pratiques. Le programme des séances est le suivant (le détail de chaque séance est disponible sur la page du Numrha, aussi je ne le copie-colle pas) :
- mardi 20 janvier 2026 : De l’image à la donnée : nouvelles chaînes d’annotation et de traitement patrimonial avec TORNE-H (Marion Charpier et Emmanuelle Bermès, École nationale des Chartes)
- mardi 17 février 2026 : L’annotation d’images patrimoniales sur Wikimédia Commons et Wikidata (Benoît Deshayes, musée d’Orsay)
- mardi 24 mars 2026 : Lire l’image, visualiser le texte. Modéliser un workflow d’annotation sémantique pour l’étude d’ekphrasis (Maria Francesca Bocchi, Université de Bologne)
- mardi 14 avril 2026 : AIKON : une plateforme de vision artificielle modulaire pour les corpus historiques (Mathieu Aubry, École des Ponts ParisTech)
- mardi 19 mai 2026 : Annoter les enluminures dans Mandragore : perspective historique (Alexandre Tur, Bibliothèque nationale de France)
- mardi 16 juin 2026 : Interagir avec les images numériques : nouveaux gestes, nouvelles pratiques de l’histoire de l’art ? (Johanna Daniel et intervenants à confirmer)
L’accès est libre et gratuit, dans la limite des places disponibles. Les séances ont lieu de 17h à 18h30, en salle Walter Benjamin ou Vasari selon les dates, dans la galerie Colbert (entrée par le 2 rue Vivienne ou le 6 rue des Petits Champs – info pratiques d’accès)
Au regard du contenu des séances, le séminaire peut intéresser, outre les spécialistes en Humanités numériques, un public curieux de connaître les nouvelles pratiques en terme de traitement et d’édition des images artistiques et patrimoniales. Je pense ici par exemple à des professionnels de musées ou de bibliothèques qui réfléchissent aux opportunités offertes par l’intelligence artificielle pour indexer massivement des corpus visuels (séance 1, séance 4) ou qui veulent s’engager dans des opération de versement de numérisation sur Wikimédia Commons (séance 2). Pour des étudiants ou des chercheurs en histoire de l’art, ils et elles pourront approfondir leurs connaissances des gisements iconographiques à leur disposition sur internet lors des séances 2 et 5 ; tandis que les séances 3 et 6 offriront un espace de réflexion sur leurs pratiques de descriptions et d’écriture avec les images. S’ils et elles sont intéressés pour expérimenter l’IA pour explorer leur corpus visuel de recherche, je leur recommande tout particulièrement la séance 4.
Je profite de ce billet pour signaler un autre séminaire, L’expérience des images, organisé par nos collègues d’InVisu, Manuel Charpy et Ece Zerman, dont les séances précèdent immédiatement (14h-17h) le séminaire Annotation visuelle : il y sera question d’images discréditées (avec Emmanuel Pernoud), d’archivage photographique du quotidien (Carole Gascard et Margaux Lavernhe), d’appropriation des images (Marie Blanc et Nathalie Sebayashi), d’images au travail (Ahmet Ersoy, Christian Joschke), de jouer l’image (Elisa Chazal et Corinne Legoy)… Une belle occasion de venir passer des après-midis complètes à l’INHA !

Et le mot de la fin, à propos de l’image qui illustre notre annonce de séminaire : il s’agit d’une gravure que j’ai trouvée sur le Rijksmuseum : elle a été réalisée par Johannes de Mare, d’après un dessin de Charles Rochussen et représente des séances de contemplation (et de critique !) d’œuvres d’art (probablement des estampes ou peut-être des dessins) à l’Arti et Amicitiae à Amsterdam, en 1849-1851. « Pour l’art et l’amitié » est une société artistique néerlandaise, fondée en 1839 à Amsterdam, dont les missions sont de soutenir les artistes (fonds de pension, subventions) et de favoriser les rencontres entre amateurs d’art et artistes. J’aimerais en apprendre plus sur ces séances de Kunstbeschouwing. Quoiqu’il en soit, si j’ai choisi cette image pour notre séminaire, c’est pour la diversité des interactions avec les images : une main posée sur l’image, un doigt pointé vers un détail, une tête penchée, un regard grossi par des lunettes tenues devant les yeux. Les participants impliquent leur corps dans la contemplation. J’ai découpé l’image sur les personnages dont les gestes sont les plus lisibles. Je les ai aussi choisies pour la présence discrète des femmes, absorbées dans leur contemplation, loin des débats (véhéments ?) du groupe d’hommes de l’autre côté de la table, sur la gauche)
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Johanna Daniel (14 janvier 2026). [Annonce] Séminaire « Annotation visuelle avancée pour l’histoire de l’art et l’archéologie » (INHA, janvier-juin 2026). À l'enseigne d'Isidore & Ganesh. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15i0e

