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À l’aube d’une nouvelle année… et d’un retour à l’écriture carnetière ?

Le 2 janvier 2026.

Une nouvelle année s’ouvre, les vacances de Noël touchent à leur fin ; et la reprise du travail est imminente. Le moment pour moi de cristalliser en un billet quelques-une des pensées qui ont occupé mon cerveau en tache de fond ces dernières semaines, à propos de l’écriture carnetière. En guide de premier billet de l’année, je voudrais partager mes questionnements sur le sens que je donne à ça, tenir un carnet de recherche, la direction que j’entends donner dans les mois qui viennent à cet espace-là, et enfin acter des changements que j’y ai déjà effectués.

Cela fait deux ou trois mois que je suis revenue à mon carnet de recherche, après deux années d’abandon. Parce que cela me manquait (de bloguer, cela a été une activité importante dans mon quotidien de 2012 à 2022) ; parce que j’éprouve (comme beaucoup) une sorte de nostalgie du web d’hier et un dégoût du web tel qu’il va ; cela s’est aussi inscrit dans le processus de l’après-thèse, cette transition lente et incertaine que traversent de nombreux jeunes docteur.e.s, sinon tous. J’ai dit par bribes ici comment j’y étais revenue : par le plaisir que me procure le partage (un moteur important pour moi), par l’émotion éprouvée à la lecture de mes carnets papier de thèse (où j’ai redécouvert du matériau inédit pour ce carnet).

Réinvestir un espace numérique délaissé

Cela m’a donc donné envie de m’y remettre, mais comme tout espace numérique que l’on réinvestit après un long temps d’abandon, il y a d’abord cette tentation de « faire le ménage », de « remettre à jour » : actualiser la page d’à propos, archiver une blogroll dont la plupart des liens renvoient maintenant à des sites inactifs ; rafraîchir un peu le thème pour qu’il soit plus en adéquation avec l’esthétique du web d’aujourd’hui. J’ai dressé une liste de ces tâches mais je me suis dit que si j’attendais de toutes les cocher, j’aurais épuisé ma dynamique de reprise de main de mon carnet avant d’avoir réellement recommencé à publier. Je me suis donc attelée aux tâches les plus urgentes et j’ai laissé les autres pour le fil de l’eau.

D’après Robert Bénard (1734-1777), planche Carreleur, estampe conservée au Musée Carnavalet, oeuvre du domaine public visible sur Parismuseescollections

De même, il me démangeait de commencer par un bilan et une projection (combler l’ellipse temporelle : pourquoi je ne bloguais plus ; ce que je voudrais bloguer maintenant), avec une large dissertation sur les pourquoi et les comment et le sens à donner à cette activité carnetière). J’ai repoussé la tentation de mettre mon énergie à cet endroit-là, y pressentant encore un risque d’épuisement de mon envie et de mon énergie. Autant la concentrer, dans un premier mouvement, vers un travail de fond, c’est-à-dire vers le but, ce que je voulais produire au final : j’ai commencé par des billets sur des trouvailles d’archives, j’ai aussi repris des billets « méthodo » qui traînaient depuis des lustres dans mes brouillons.
Je voulais les basculer sous le statut « en attente de relecture » pour me rassurer sur le fait que j’avais assez de matière à venir pour déclarer mon carnet comme à nouveau actif.

Je m’étais néanmoins fixé une deadline pour formaliser le projet à venir pour mon carnet : début janvier, avant la reprise. Date butoir pratique : permettant de surfer sur les rituels de bilan de fin d’année (pas fait) et les bonnes résolutions (pas faites non plus, enfin sous d’autres formes, moins injonctives). Si je prends ce qui a décanté au cours des dernières semaines et que je n’en retiens que l’essentiel, il reste :

  1. un affinage global de ce qui fait sens pour moi en ce moment dans l’activité de carnetière
  2. Ce que j’ai envie d’y partager
  3. Des questionnements sur la façon de faire, qui s’articulent avec la définition « qu’est-ce que l’activité carnetière ? »

Ce qui fait sens (pour moi) dans l’activité de carnetière

  • Le plaisir d’écrire quotidiennement, sans enjeux majeurs, dans le but de faire avancer ma réflexion et d’entrer en dialogue avec des lecteurs et lectrices internautes.
  • De partager, avec des personnes intéressées par les mêmes sujets, traversant les mêmes interrogations, ou simplement curieuses de voir les coulisses de la recherche.
  • Tenir un carnet public pour participer au dialogue science-société, dans l’espace d’internet à un moment de vacillement (merdification du web, pullulement de l’IA, des contenus publicitaires, perte de l’agentivité de l’internaute). Partager de l’authentique (ma démarche de recherche, les archives que j’étudie) et de participer à une transmission d’un goût et de savoirs autour de cette authenticité-là.
  • Participer à la circulation des savoirs, des espaces de connaissances et des outils de recherche. Faire activement réseau d’acteurs et d’actrices humain.e.s qui produisent et partage du contenu « fait main » pour résister à ce qu’internet devient.

Ce que je désire faire en 2026

  • Contribuer sur le carnet à la valorisation de ma thèse, ce qui sera l’un de mes gros chantiers de 2026 (à défaut d’avoir été celui de 2025). Je dois me replonger dans mon manuscrit pour préparer une série d’articles scientifiques et la publication de la thèse. Avec un point de vigilance : le carnet doit être un facilitateur d’écriture et pas un évitement…
  • Cela va passer concrètement par la reprise et la publication de morceaux choisis de mes carnets papier, où j’ai consigné au fil des années des fragments de réflexion, des trouvailles d’archives à la marge de ma recherche, des textes destinés à mon blog que je n’avais à l’époque pas achevé ou renoncé à publier pour diverses raisons.
  • Donner de la visibilité et partager d’autres projets que j’ai menés à côté, en parallèle de la thèse et dont certains se poursuivent aujourd’hui : ma participation au collectif de Spectacles de curiosités, la conception de la base Répertoire des Contredanses
  • Et enfin, accompagner l’éclosion de mes nouveaux chantiers, notamment en lien avec mon post-doc.

Ici, prochainement…

Si je reprends, plus concrètement, ce que j’ai exhumé de mes brouillons inachevés et ce que j’ai rédigé de nouveau pendant mes congés, les publications des prochains mois sur ce carnet porteront sur plusieurs axes :

  • Des trouvailles d’archives et des « cas d’étude » commentés. Il s’agit soit de revenir sur des documents qui ont marqué mes recherches (mes plus belles « trouvailles » de thèse), soit de me donner l’opportunité de « faire quelque chose » de trouvailles glanées au fil des archives, à la marge de mes propres recherches.
  • Un journal (rétrospectif) de thèse. Reprendre dans mes archives des fragments de mon journal de thèse – rédigé sur mes carnets papiers ou tapé en vue d’une publication, et finalement abandonnés pour diverses raisons (manque de temps, ou plus souvent, une forme de gêne et de pudeur, parfois la peur d’être jugée). Finalement, à les relire – avec un peu de recul – je ne me dédis pas, je trouve qu’ils reflètent justement un parcours, le mien, voire qu’ils peuvent être utiles à d’autres (comme les retours d’expériences des uns et des autres sur Hypotheses m’ont été utiles à moi). Je me surprends parfois à découvrir que mes souvenirs d’aujourd’hui ne correspondent pas forcément à la réalité de mon ressenti d’alors, telle que je l’ai documentée au quotidien et prendre acte de cet écart me semble intéressant. Il y a aussi des moments de la thèse dont je garde trace uniquement par des photographies et que j’ai envie de redocumenté aujourd’hui même si ce n’est que sur la base de mes souvenirs, forcément déformés.
  • Commenter des vues d’optique. C’est un exercice que j’ai toujours voulu faire pendant la thèse : m’obliger à écrire chaque semaine (ou mois ?) sur une vue d’optique prise au hasard de mon corpus. J’aurais aimé faire ça sur mon carnet ou sur les réseaux sociaux et je n’en ai jamais trouvé le temps. Pas sûre d’y arriver mieux cette année : c’est la seule rubrique pour laquelle je n’ai pour l’instant rien.
  • Partage de veille, de choses lues et vues, encore une fois parce que je regrette que tout parte dans le flux éphémère des réseaux sociaux, et que le blog est une forme de pérennisation de ces bribes que l’on sème ici et là. Je me rends compte combien les billets de veille que je lis sur d’autres blogs et carnets, élargissent mes propres horizons. Mais comme le point précédent, je crains de ne pas avoir la rigueur et le temps nécessaire.

En découle un pacte avec moi-même et un vœu de rythme : j’ai accumulé assez d’arriérés (des billets rédigés entre 2020 et 2025 et restés inédits) dans ma file « en attente de relecture » pour me projeter sur un rythme assez soutenu d’un nouveau billet par semaine. Les nouveaux billets – ceux écrits maintenant – seront néanmoins prioritaires par rapport à cet arriéré, qui constitue un fonds de roulement. Ce rythme souhaité est élastique : il peut s’accélérer si j’ai trop de billets en attente) ou ralentir (en cas de disette).

Tensions et questionnements

Parmi les questionnements qui ont accompagné ces quelques semaines de réflexion sur le sens à donner au blogging et qui ne sont pas dissipés, demeurent : l’idée de « rénover sa maison », les tensions autour des pratiques de publication en différé et la difficulté à faire court et simple.

Rénover sa maison ; changer de nom

Rénover : j’ai renoncé à remettre à neuf tout le carnet (design, structure, titre, pages fixes) pour préférer une stratégie « à petits pas » : avancer par petites touches sur la maintenance, au fil de l’eau. Il y a quand même un gros changement : le titre du carnet. Il ne s’appelle plus Isidore et Ganesh, mais À l’enseigne d’Isidore et Ganesh. En vérité, je voulais le changer radicalement et abandonner Isidore et Ganesh (nom choisi en 2013, en référence à saint Isidore patron des informaticiens et à Ganesh, dieu hindou de la connaissance, patron des travailleurs du savoir… et mascotte des étudiants de l’école du Louvre à l’époque où j’y étudiais). Ce titre ne correspond plus tout à fait au projet éditorial du blog et j’avais envie de quelque chose de plus proche de ce que je fais maintenant : de l’histoire de l’estampe du XVIIIe siècle, de la culture visuelle, des recherches sur les pratiques numériques des chercheurs et chercheuses en histoire de l’art.
Hantée par le souvenir d’un blog que j’aimais bien, Pour une image, et dont le beau titre évoquait quelque chose qui me parlait profondément, j’ai caressé le désir de renommer ce carnet À la belle image, en référence aux enseignes qui identifiaient les boutiques à l’époque moderne. Mes marchands et éditeurs d’estampes étudiés dans ma thèse vivaient et travaillaient aux enseignes Sainte-Geneviève, A la renommée de la Cornemuse, À l’hôtel Saumur, À l’image Saint-Nicolas, Au Coq..…

Carte-adresse du marchand papetier Jollivet, à l’enseigne Notre-Dame. BnF, département des estampes.

Mes amis et co-doctorants m’ont déconseillé d’opérer un tel changement, avec plusieurs arguments pertinents : en termes de lisibilité, d’identification de la ressource, mais aussi de pérennité. J’ai finalement fait le choix du compromis entre raison et envie : je garde Isidore et Ganesh, auquel j’ai adjoint le préfixe À l’enseigne de. Cette solution d’entre-deux a été partiellement inspirée par la façon dont les notices de bibliothèques enregistrent les changements de titre des périodiques (si d’ailleurs un.e bib de la BnF veut bien mettre à jour la notice de ce carnet sur le catalogue de la BnF).

Pour le reste des changements, comme je l’ai dit, je fonctionne au fil de l’eau, notamment pour la refonte des rubriques et des tags ; mais aussi de la feuille de style (si quelqu’un veut m’aider !). Avec néanmoins une deadline pour un nettoyage de « fond en comble », au 100e article publié (j’en suis avec ce billet à 70) et, au plus tard, au 1er janvier 2027.

Publier en différé, quelles bonnes pratiques ?

La décision de reprendre et publier rétrospectivement des fragments de mon journal de thèse – tels quels ou sommairement retravaillé – engendre des questionnements pragmatiques : dois-je publier mes billets à la date actuelle, ou bien les antidater à la date de rédaction effective ? D’un côté, des enjeux de signalement et de visibilité (notamment pour les abonnés via flux RSS ou mail), de l’autre la ligne temporelle du carnet et les habitudes du blogging qui veut que l’on remonte le temps lorsque l’on explore les archives du blog (classement antéchronologique).

J’imagine une solution là encore d’entre deux, dont je ne sais pas si elle est satisfaisante. Publier à date du jour, puis quand le billet commence à descendre dans l’archive, modifier la date pour l’antidater et le placer au bon endroit dans la chronologie (avec une trace éditoriale de la manipulation, évidemment).

Je prends le temps de partager ici ce questionnement, car je n’arrive pas à déterminer si cela relève de pratiques acceptables ou si, au contraire, cela pourrait être problématique en termes d’archivage du web, de transparence de la publication sur Hypotheses. Je suis preneuse de retours éclairés sur cette question

Faire modeste et court (un vœu pieux)

Le dernier point en tension est en fait un serpent de mer au cœur de mes problématiques de carnetière. D’un côté, je voudrais publier plus et plus régulièrement, mais le temps dont je dispose est limité (j’écris pour ce carnet uniquement sur mon temps libre, généralement dans les transports en commun, le soir avant de me coucher et le week-end). Pour résoudre l’équation, il faudrait faire « plus court » et m’astreindre à des formats très synthétiques (ce qui n’a jamais été mon point fort de blogueuse). Écrire d’une traite et ne pas trop raffiner le contenu : c’est-à-dire zapper les étapes de multiples réécritures et relectures, réserver ces dernières aux articles, aux écrits plus académiques et assumer le caractère instantané du blogging, sans craindre de trop rougir de ce qui aurait pu « être mieux », « plus abouti ».

Anonyme, Ciseaux de tailleur, Enseigne de coutellier, 43. rue Rambuteau (boutique Estival), 1850. Zinc. Musée Carnavalet, EN190. Oeuvre du domaine public, visible sur Parismuseescollections.

J’ai tenté de m’astreindre à des formats courts dans mes premiers billets « trouvailles d’archives ». Échec cuisant : j’y ai passé plus de temps que prévu, entre la transcription, la rédaction, les corrections et les inévitables « recherches complémentaires ». C’est évidemment bien plus chronophage qu’un thread bluesky ou qu’une story Instagram, mais aussi infiniment plus riche en apprentissages pour moi-même.

Il faudra trouver un équilibre, évidemment. Il n’empêche que c’est le vœu que je vais essayer de garder en tête en 2026 : faire modeste, faire artisanal, mais faire le web authentique que nous voulons préserver.

Et il me reste à vous souhaiter une belle année de « web authentique, fait maison » comme cette carte de vœux (création personnelle, linogravure, 2026)
Johanna Daniel
Johanna Daniel
Doctorante au LARHRA (Lyon 2) et chargée d'études et de recherche à l'Institut national d'Histoire de l'Art (Paris), rattachée au… Lire la suite

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Johanna Daniel (11 janvier 2026). À l’aube d’une nouvelle année… et d’un retour à l’écriture carnetière ? À l'enseigne d'Isidore & Ganesh. Consulté le 25 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15hdh


2 réponses

  1. Kalys dit :

    Très heureuse de te relire depuis que tu as rouvert ce blog. Je ne suis ni du métier ni même du domaine, bien que j’aie étudié l’Histoire de l’Art à la fac, mais j’ai toujours trouvé Isidore et Ganesh absolument passionnant.

  1. 28/01/2026

    […] Ganesh, fin 2025/début 2026. En particulier, je vous invite à lire son billet intitulé “À l’aube d’une nouvelle année… et d’un retour à l’écriture carnetière ?“, que j’ai trouvé très inspirant par rapport à ma propre expérience. Ses […]

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