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[Veille] De blogs en carnets (2026/1)

Première livraison de ma moisson de carnets et de blogs, collectée la première semaine de janvier.

Cornelis Kruseman, Vieille femme lisant, peinture à l’huile, vers 1820-1833, Rijksmuseum, SK-C-167.

Estampilles et pontuseaux

Je ne sais plus trop comment le carnet Estampille et pontuseaux s’est trouvé ouvert dans mes onglets, mais il a tout pour me plaire, à commencer par sa belle bannière de visuels glanés dans les collections (les documents sont commentés ici et ici). Il s’agit d’un carnet de recherche collectif tenu par des membres du SICD – Comue de Toulouse (pour les allergiques aux sigles, grosso modo : le réseau des bibliothèques et services de doc des établissements universitaires de Toulouse) et consacré aux fonds anciens des bibliothèques universitaires toulousaines. Mis en ligne en 2019, il compte à ce jour une trentaine d’articles, la plupart liées à des actualités des bibliothèques (organisation d’une exposition, d’un événement scientifique, chantier de conservation, etc.).

Bannière du carnet Estampilles et Pontuseaux, tenus par les membres du SICD-Comue de Toulouse

Parmi ceux que j’ai retenus :

Mais surtout, j’ai lu avec grand intérêt les deux billets consacrés aux caviardages anciens dans les livres pour cause d’atteinte à la pudeur (nudité, par exemple) ou en lien avec les censures révolutionnaires, les exemples choisis par les auteurs du billet faisant écho à des pratiques que j’ai pu observer sur les vues d’optique dans le cadre de ma thèse.

Les quelques billets sur le fonds Pifteau, récemment reclassé et valorisé ont sacrément piqué ma curiosité, suscitant mon désir d’aller voir cette collection, moi qui est si friande des merveilles quotidiennes des éphéméras ! Et quelle surprise d’y croiser Guillaume Jablonka et Irène Feste dansant ! En 2019, Guillaume Jablonka a en effet découvert dans le fonds Pifteau un exemplaire extrêmement rare (le seul connu jusqu’à présent) d’un manuel pour apprendre à danser rédigé par un maître de danse toulousain en 1779 !

Le blog d’Arthur Perret

Pendant la phase de rédaction de ma thèse, le blog d’Arthur Perret a été à plusieurs reprises une boussole importante lorsque je me questionnais sur mes choix (d’outils, de manière de faire). Je pense en particulier à l’article « Des vertus anxiolytiques des statistiques d’écriture pour la rédaction de la thèse » (quoiqu’en pense ma bande de co-doctorants horrifiés). C’est l’un des premiers carnets que j’ai ajouté à mon serveur RSS lorsque j’ai configuré mon interface. Grand bien m’en a pris : j’y trouve toujours une matière à réflexion riche et bien informée sur les sujets qui me préoccupe dans mon quotidien d’internaute, de blogueuse et de chercheuse (il faut dire qu’Arthur Perret est maître de conférence en Info-Com, c’est donc son rayon !). Tout récemment, j’ai apprécié son billet « L’intelligence artificielle générative dans l’impasse informationnelle » et je ne pense pas être la seule, vu l’écho qu’il a rencontré sur BlueSky.

J’aime aussi beaucoup le blog d’Arthur Perret pour sa sobriété et pour un tout petit détail qui me rend la navigation si agréable quand je le lis sur mon téléphone, dans le RER : ses notes s’ouvrent entre les lignes, sans descendre tout en bas de la page (et devoir ensuite péniblement remonter au paragraphe que l’on lisait).

Petite astuce pour naviger dans ce blog pas comme les autres : l’ensemble des billets est accessible depuis cette page de présentation, en cliquant sur “tous les billets de blog”, juste après Dernières publications.

Littératures engagées, le carnet d’Aurore Turbiau

L’esprit d’escalier : parler du blog d’Arthur Perret, de son importance pendant ma thèse appelle immédiatement celui d’Aurore Turbiau, dont les recherches portent sur le Féminisme et le lesbianisme dans l’histoire littéraire. Ce carnet là aussi fait parti de ceux dans lesquels j’ai trouvé des ressources pour trouver ma « manière de faire » pendant la rédaction de thèse (rédiger la thèse avec Zettlr ; comment ficher un livre ; faire son index). En le reparcourant pour préparer ce billet, je me rends compte que je suis passée à côté de nombreux retours d’expériences qui m’auraient probablement été utiles – et je sais que je vais continuer à en conseiller la lecture à des doctorant.e.s en cours de thèse.

Bannière du carnet Littératures engagées d’Aurore Turbiau

Comme celui d’Arthur, le carnet d’Aurore a été l’un des premiers que j’ai ajouté à ma veille et dans lequel je me suis replongée lorsque j’ai pris la décision de « vivre ma présence en ligne autrement » : je trouve de quoi nourrir ma réflexion dans ses billets sur sa pratique de carnetière ou sur le fait de quitter certains réseaux et plateformes. Au gré de ma navigation, de liens en liens, je découvre l’objet de ses recherches académiques, assez éloigné des champs et disciplines que je fréquente, ce qui ne me fait pas de mal ! Ses bilans d’étapes de parcours doctoral ont été, pour cela, une bonne entrée en matière.

WebCorpora – explorer les archives de l’internet à la BnF

En décembre, j’ai passé deux demi-journées à la BnF dans le cadre du hackathon Pictoria. J’ai assisté à une présentation de la collection de Skyblog collectée par le dépôt légal du web au moment de la fermeture du service par Skyrock (août 2023) et j’ai pu exhumer, grâce à la Skybox quelques vestiges de mon adolescence désormais conservés pour l’éternité à la BnF… parmi 12 millions d’autres Skyblogs.

Bannière du carnet Web Corpora, les archives de l’internet à la BnF

Plusieurs chercheurs travaillent actuellement sur cette archive, fabuleux instantané de la culture internet française des années 2000/2010 et véritable défi technique et intellectuel (comment naviguer, analyser, traiter un corpus aussi massif ?). C’est parce que j’avais envie d’en savoir plus sur leurs recherches, leurs questionnements, leurs approches que j’ai ajouté le carnet de recherche Webcorpora à ma veille. Outre des billets sur les Skyblogs, on y trouvera des retours sur d’autres recherches menés avec et autour du dépot légal du web (archivage du web éléctoral, constitution des collections web du département des arts du spectacle, etc.)

Il y a un billet, en particulier, que j’ai beaucoup aimé lire « Jarrête mon bloG ! JdéménaGe iiicii ! ». L’auteur, Quentin Lobbé, chercheur CNRS, consacre ses recherches à la morphogenèse du web. Dans ce billet, il s’est intéressé aux migrations numériques des skyblogueurs et à leurs rituels lié à l’arrêt d’un blog pour en ouvrir un autre (je spoile !). Si cet article m’a tant plu, c’est qu’il documente une pratique que j’avais oublié, mais qui était effectivement bien vivace autour de moi : quand j’avais 15-16 ans (c’est-à-dire vers 2005-6), moi et mes camarades changions de skyblog « comme de chemise », en l’annonçant (qui m’aime me suive) et le justifiant. Quentin Lobbé analyse :

Quand on lit les annonces dans le détail on s’aperçoit que la motivation première de la fermeture d’un skyblog était liée à un décalage entre une identité passée et une identité nouvelle. Pour accompagner les étapes de développement de l’image de soi à l’adolescence, il fallait un nouveau blog pour traduire le nouveau soi. (…) Nous savons désormais que sur Skyblog les migrations numériques ont été le miroir d’un processus évolutif : les transformations identitaires à l’adolescence.

Cela corrobore mon souvenir (et j’ai pu le vérifier par l’exemple en retrouvant mes propres skyblogs parmi ceux archivés par la BnF et Internet Archive). Cela a suscité en moi une réflexion, en écho à un constat que j’avais fait en configurant mon serveur RSS : les blogs de gens que je suis « d’une génération avant moi » (en vérité, de personnes âgées d’une ou deux décennies de plus que moi) ont une longévité qui me paraît extraordinaire (2008 pour le Dernier des blogs de Jean-Noël Lafargue et pour Bibliomab ; 2006 pour celui de Cécile Arènes ; 2004 pour le Figoblog de Emmanuelle Bermès et même 1999 pour Le guide des égarés d’Olivier Le Deuff 1!). Je blogue certes depuis aussi longtemps qu’eux (ou presque, 2004), mais j’ai habité successivement une dizaine de lieu numérique (Skyblog, Blogspot, Tumblr, WordPress, Hypotheses) : il y a là, j’imagine, un effet de génération, et que la pratique du blogging est entrée dans ma vie à l’adolescence, à un moment où l’évolution de l’identité (du projet) s’associait forcément à une migration numérique2.


Notes

Le détail qui sert de vignette à ce billet est tiré du tableau Vieille femme lisant, de Cornelis Kruseman, vers 1820-1833, conservé au Rijksmuseum.

  1. En cherchant certaines URL sur Google, je suis tombée en 2e résultat sur un billet de mon propre carnet (2014) où je recommandais déjà certains de ces blogs ↩︎
  2. Pointe d’amertume : j’ai perdu le nom de domaine du lieu que j’ai le plus longtemps habité (avec mon blog Orion en aéroplane) par oubli de renouvellement de mon abonnement. Nous avons récemment remis l’archive en ligne ici ↩︎
Johanna Daniel
Johanna Daniel
Doctorante au LARHRA (Lyon 2) et chargée d'études et de recherche à l'Institut national d'Histoire de l'Art (Paris), rattachée au… Lire la suite

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Johanna Daniel (28 janvier 2026). [Veille] De blogs en carnets (2026/1). À l'enseigne d'Isidore & Ganesh. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15l5k


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2 réponses

  1. Alexandre Faye dit :

    L’équipe de Webcorpora est très honorée d’être mentionnée dans cette première moisson 🙂

    Je ne savais pas que Netvibes faisait désormais partie du passé. On attend avec impatience votre retour d’expérience sur le serveur RSS maison.

    Si vous aimez les podcasts, je vous invite à écouter le passage de Quentin Lobbé sur Radio Aligre – plutôt en seconde partie – où il parle de ses recherches en cours
    ====> https://podcast.ausha.co/recherche-en-cours/sauver-les-skyblogs

    Alexandre pour Webcorpora

  2. Emmanuelle B. dit :

    Merci pour ton billet et pour la mention de WebCorpora et Figoblog <3 La question du lien entre identité numérique et blogging est passionnante. J'ai souvent envisagé de déménager ou de fermer officiellement mon blog, mais avec le temps c'est devenu un espace très personnel auquel je reste attachée, une sorte de "chambre à soi" numérique. Parce qu'il était plus lié à mon identité personnelle qu'à un sujet auquel je me serais intéressée à un instant T.

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