Perrault à l’épreuve du temps

Cette semaine, colloque “Max, Martine, Maya & Cie” à la BNF puis au campus Condorcet en région parisienne, consacré aux classiques et best-sellers en littérature de jeunesse. Les infos sont sur le site du CNLJ, et le programme peut se consulter sous format pdf à cet endroit.

J’y donne une communication jeudi matin, où j’essaierai d’expliquer quelles sont (à mon humble avis) les raisons du succès des contes de Perrault. Trop brièvement, bien sûr : 20 min, c’est court. J’y serai en bonne compagnie, et je suis sûr que j’apprendrai plein de choses. Hâte.

Perrault à l’épreuve du temps : note d’intention

Le conte est un objet littéraire singulier, pris entre deux feux. D’une part, une logique auctoriale propice à la classicisation, propre à une culture écrite prompte à célébrer le chef-d’oeuvre intouchable d’auteurs canoniques (Perrault, Grimm, Andersen) ; d’autre part, une logique “anauctoriale” légitimant toutes les variations, appropriations, pastiches, etc., héritière d’une culture du conte populaire de tradition orale où au contraire les conteurs ne sont pas des auteurs, mais les transmetteurs d’histoires sans date de naissance déterminée (Les Mille et Une Nuits, les collectes ethnographiques). Cette ambivalence de statut a généré dans l’historiographie un certain nombre de tensions entre partisans d’une analyse purement littéraire d’une part, folkloristes d’autre part. Je voudrais proposer, dans le sillage entre autres des travaux historiques de Catherine Velay-Vallantin, une troisième voie qui permette de comprendre le statut de long-seller des contes de Perrault grâce à un ensemble de représentations culturelles historiquement attachées au recueil des Histoires ou contes du temps passé, mais aussi grâce à des caractères littéraires propres aux textes.

Un paradoxe peut être mis en valeur : si ces récits se sont imposés comme des classiques, ce n’est pas tant parce qu’ils seraient brillamment écrits (ce qu’ils sont), ni parce qu’ils seraient “fidèles” à une tradition orale préexistante (ce qu’ils sont moins), que parce qu’ils laissent béantes des failles narratives propices aux variations de sens. En cela, ils rejoignent certains aspects de la poétique du conte de tradition orale, fidélité poétique assez éloignée d’une fidélité ethnographique, mais qui permet de comprendre leur accession au statut de classique qui n’en finit plus de dire ce qu’il a à dire. En cela, ils rejoignent plus largement une notion élaborée par Umberto Eco, l’oeuvre ouverte, qui permet de comprendre, au carrefour de la création et de la réception, pourquoi les contes ont au fil de leur histoire toujours été compris de manières diverses et contradictoires (féministe et patriarcale, conservatrice et émancipatrice, etc.), et pourquoi ils continuent à nous parler aujourd’hui. À travers quelques exemples ciblés (Le Petit Chaperon rouge, La Barbe bleue), je voudrais montrer à la fois combien les contes de Perrault ont subi les variations sémantiques ou idéologiques les plus diverses, et pourquoi, pourtant, dans les plis des textes d’origine, se trouvent paradoxalement les germes de telles mésinterprétations. Et si le secret d’une bonne histoire, c’était qu’elle ne cesse de se mentir à elle-même pour se réinventer ?


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
François Fièvre (10 novembre 2025). Perrault à l’épreuve du temps. IconoConte. Consulté le 16 avril 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/154hu


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