La guillotine : un sujet à vous faire perdre la tête ?
«Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point.» (J-I Guillotin). Nouveau moyen de mise-à-mort humaniste, indolore et égalitaire ou symbole sanglant de la Terreur, de la «tyrannie de Robespierre» et incarnation d’une mort «à la française» ? Que nous apprend l’étude de la guillotine d’une société et de son rapport à la violence et à la mort ?
La guillotine : entre usage, représentations et mémoires
Mon sujet de recherches porte sur l’histoire de la Révolution française et, plus précisément, sur l’usage et les représentations de la guillotine dans le Midi toulousain entre 1789 et 1799. L’envie de s’intéresser à la guillotine procède d’un double intérêt, à la fois un intérêt sur la question de la peine de mort et sur celle de la légitimité de la violence. La guillotine, parce qu’elle incarne une mort légitime, car légale, donc l’expression d’une violence d’État par extension elle aussi légitime, permet de réunir ces deux intérêts en un seul objet d’études. La «Veuve» est un objet qui pose de nombreuses questions mais qui souffre d’un manque historiographique. Initialement, la guillotine est un mode de mise-à-mort nouveau considéré comme une rupture humaniste, scientifique et politique dans le processus d’exécution des condamnations à mort. Or, la machine semble s’être chargée de connotations négatives tout au long de la Révolution et, en particulier, durant la Terreur. Comment comprendre cette évolution radicale ?
Mais le «rasoir national» a aussi profondément marqué les esprits hors des frontières de France. Comment expliquer que l’objet soit devenu dans l’imaginaire français, européen et/ou contre-révolutionnaire, le symbole de la Révolution française ?
À travers la guillotine, il s’agit de voir comment une société – celle de Toulouse sous la Révolution – a pu appréhender ce qui n’est au départ qu’une nouveauté juridique et, au-delà, de s’interroger sur l’acceptation d’une nouvelle forme de violence, légitime, par une société. Il s’agit de comprendre, en outre, comment un simple objet a pu devenir le support d’autant de représentations contradictoires, à la fois positives et négatives et pourquoi celui-ci s’est si profondément ancré dans l’imaginaire et les mentalités. La question des représentations est donc ici primordiale : la guillotine est un vecteur très prolixe de production de représentations (chansons, iconographies etc.). L’étude des représentations permet par ailleurs de comprendre, en partie, la nature des mémoires autour de la guillotine, des mémoires qui se recoupent, plurielles, mais aussi contradictoires.
Aussi, s’interroger sur cet objet, plus que faire une histoire de la peine capitale à Toulouse pendant la période révolutionnaire, permet de faire ressortir les rapports entre la violence et la société sur laquelle la première s’établit, de questionner l’acceptation de cette même violence, d’en percevoir les représentations et de mettre en lumière l’évolution de ce rapport, mouvant, entre violence et société.
Quelles sources et quelle(s) perspective(s) ?
Les sources sur ce sujet sont très diversifiées : procès-verbaux des condamnations à mort, registres des tribunaux criminels et révolutionnaires, actes des représentants en mission dans les départements du Midi, chansons populaires et hymnes révolutionnaires, presse révolutionnaire et contre-révolutionnaire, délibérations des Sociétés populaires etc. L’étude des sources permet de mettre en lumière la faiblesse iconographique sur la Révolution à Toulouse, contrebalancée néanmoins par une presse plus expressive sur ce sujet. Cette grande variété permet une pluralité des approches et contribue à l’élargissement continu des questionnements et des interrogations des sources.
Je souhaiterais continuer à travailler sur la guillotine en élargissant le champ d’étude de deux manières. Il s’agit, d’une part, d’un élargissement géographique à l’ensemble du Sud-Ouest afin de faire émerger ses particularités et ses mécanismes locaux en vue de proposer un modèle de cette région sur la question de la violence et de la répression. D’autre part, un élargissement thématique est aussi envisageable autour de la question de la place du sang dans la constitution de «l’abject prestige» (Daniel Arasse, La guillotine et l’imaginaire de la Terreur, Paris, Flammarion, 1987) de la «cravate à Capet».
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Guillaume Débat (29 juin 2015). La guillotine : un sujet à vous faire perdre la tête ? Master Histoire, civilisations et patrimoine. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/pgbu


