Matérialiser la raison computationnelle au XVIIè siècle. Du papier au laiton : les nombreuses matérialités de la machine à calculer de Leibniz
Résumé
Dès son arrivée à Paris en 1672, le philosophe et mathématicien allemand Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716) entreprend de concevoir et fabriquer une machine à calculer qui puisse réaliser les quatre opérations arithmétiques sur des nombres à plusieurs chiffres grâce à un mécanisme fait de rouages en laiton. Si l'idée lui est venue l'année précédente, comme en atteste une lettre de Pierre Carcavi datée de 1671, il ne présente un premier modèle en bois qu'en 1673 à la Royal Society, puis, en 1675 à l'Académie des sciences, un modèle de laiton réalisé par l'horloger parisien Ollivier. L'ambition de Leibniz est de gagner la grâce de Colbert afin de devenir membre de l'Académie. Son projet philosophique est alors de « transplanter » « l'esprit humain […] dans une matière inanimée » (GWLB, LH XLII, 5, f o 33r.), donc de matérialiser la raison, réduite à des opérations computationnelles, dans une machine. Ce portfolio est tiré d’une réflexion média-historique sur les multiples matérialités de la machine à calculer de Leibniz (Dumas Primbault 2022). Cette réflexion conçoit la machine à calculer de Leibniz comme un dispositif technique qui médiatise l’activité de pensée et dont la matérialité produit en retour des effets sur celle-ci. Un intérêt particulier pour les opérations de traduction d’une matérialité à l’autre – du dessin au texte au laiton – permet de mettre en lumière ce que peut un medium, c’est-à-dire le champ épistémique qu’à la fois il ouvre et contraint.