5 avril 2018 – Pascal Brioist, « La science, la guerre et les princes dans l’Italie des XV et XVIe siècles »

Par Juliana Michel, candidate à la maîtrise en histoire (UQAM)

Pascal Brioist, professeur à l’Université de Tours et spécialiste de l’histoire des mathématiques, des sciences et des technologies était invité ce jeudi 5 avril par le Centre Interuniversitaire de Recherche sur la Science et la Technologie (CIRST) et le GRHS, marquant de fait une première collaboration entre les deux instances de recherche.

Sa conférence, destinée à saisir en quoi sciences et guerres s’étaient mutuellement transformées au coeur de l’Italie renaissante, posait d’abord la question du patronage des sciences et des techniques. Au travers des bibliothèques et autres cabinets de curiosité, les princes participent à l’accumulation et à la construction d’un savoir fait de connaissances intellectuelles et techniques, attirant ainsi des savants qui n’hésitent pas à se mettre à leur service. D’après l’historien, toutes les sciences en lien avec la guerre sont favorisées : la géométrie sert l’art de la fortification, la physique celui de la balistique, sans oublier la médecine et la chirurgie qui sauvent les corps. Les princes, devenus experts en arithmétique et en géométrie, se forment auprès des ingénieurs et directement au sein des chantiers, car ce sont alors ceux qui y travaillent qui ont le savoir. De fait, pour P. Brioist, la science est transformée par la guerre. La proximité du monde artisanal et des chantiers favorise l’expérimentation et l’expérience de la guerre encourage la nécessité de précision – des tirs de canon, de la sécurité des armes, par exemple.

L’intervention de P. Brioist a suscité une intéressante discussion consacrée à l’usage réel des savoirs scientifiques. Sur le champ de bataille et sous le feu des canons, était-il réellement possible de calculer les meilleurs angles de tirs ou d’organiser des formations ? Pour P. Brioist, c’est certes une affaire de distinction : maîtriser des codes scientifiques permet à une élite de conserver l’aura du chef de guerre et de justifier son retrait progressif de la bataille vers l’arrière, au service de la stratégie plutôt que de l’action directe. Mais l’historien insiste pour rappeler que les savants et ingénieurs passent des années à automatiser des calculs et formules mathématiques, destinés justement à les rendre efficace immédiatement, au moment où ils sont le plus nécessaire.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
julianamichel (26 avril 2018). 5 avril 2018 – Pascal Brioist, « La science, la guerre et les princes dans l’Italie des XV et XVIe siècles ». GRHS. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/p7k4


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