Par Virginie Cogné, candidate au doctorat (UQÀM)
L’activité organisée par le GRHS en partenariat avec le Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale s’est déroulée pendant la journée du 29 mars. La journée s’est déroulée en deux temps, dans l’avant-midi nous avons visité les différents départements concernant les sciences judiciaires, tandis que nous avons assisté à une conférence de Michel Porret, professeur d’histoire moderne à l’Université de Genève dans l’après-midi.
La journée s’est entamée avec un discours d’accueil prononcé par Yves Bob Dufour, directeur général. Le Laboratoire de recherche médico-légale est fondé en 1914 par le docteur Wilfrid Derome qui avait appris les sciences judiciaires à Paris. L’établissement change souvent de nom et d’emplacement, mais c’est en 1968 qu’il s’installe sur la rue Parthenais. Bien que le laboratoire soit dans le même bâtiment que la Sûreté du Québec, il est indépendant de tout corps policier. Son but est d’offrir des expertises objectives pour éclairer la justice de façon scientifique. Il est en partenariat avec plusieurs organismes et siège à des comités provinciaux et nationaux, en plus d’offrir une expertise de renommée internationale. Les experts du laboratoire sont parfois appelés sur les scènes de crimes ou lors pour des témoignages à la cour.
Par la suite, Y. B. Dufour nous a entraîné dans une visite des locaux qui s’étend sur la majeure partie de l’avant-midi. À chaque étape, nous sommes accueillis par un·e spécialiste nous présentant les espaces de travail et les possibilités offertes par leurs expertises respectives. Nous nous dirigeons d’abord les locaux d’autopsie où les corps y sont disséqués et observés. C’est aussi l’occasion de prélever des tissus qui sont envoyés aux autres spécialistes. Par la suite, nous visitons les départements d’anthropologie, de chimie, d’étude des incendies et des explosions, de balistique (en passant par le comptoir de données et de réquisition), de biologie, de toxicologie et d’alcoolémie, d’imagerie et de document. Chaque département possède des supports visuels appropriés.
L’après-midi était consacrée à la présentation de Michel Porret ayant pour titre « Les vestiges du crime. Enquête judiciaire et expertises médico-légales (XVIIIe siècle) ». M. Porret a donc proposé un exposé qui s’intéresse aux pratiques médico-légales avant l’établissement d’une médecine légale officielle. Cela implique de comprendre comment se rassemblent les savoirs et comment se transforme la pensée judiciaire de l’Ancien Régime.
Dans la théorie juridique du XVIIIe siècle, tout crime laisse une marque que le juge doit constater. Il importe d’avoir des preuves matérielles pour comprendre un crime puisque les témoignages sont souvent lacunaires et imparfaits. Les indices observés sur le corps, comme les signes d’empoisonnement, permettent aux intervenants d’avoir des certitudes. En outre, dès le XVIe siècle, la justice privée médiévale se transforme en justice d’État absolutiste. Cette réforme pénale entraîne l’obligation de la poursuite publique, donc la fin de la vengeance privée, mais surtout la mise en place d’une procédure inquisitoire avec un système d’établissement de la preuve de plus en plus naturaliste. Il s’établit donc une culture judiciaire qui tente de poser des réponses objectives.
En pratique, la procédure évolue concernant le traitement du corps. Aussi, une meilleure connaissance du corps permet aux chirurgiens de se distancier des croyances ésotériques : il n’est plus question de chercher des marques sataniques sur les corps. Enfin, malgré le coût élevé des expertises médicales, la justice de l’Ancien Régime n’hésite pas à faire appelle à des spécialistes. En outre, elle mobilise aussi d’autres experts qui, par exemple, reconstituent la scène de crime grâce à des croquis. En conclusion, la construction de la preuve devient de plus en plus matérielle dans le but d’assurer son objectivité. Il faut toutefois attendre le XIXe siècle pour voir apparaître une médecine légale officielle.
Les employé·e·s du laboratoire ont participé en grand nombre à cette communication et ont adressé de nombreuses questions à M. Porret, notamment sur les praticien·ne·s de la médecine légale, sur les types de cas traités à l’époque et sur l’autonomie des spécialistes par rapport aux autorités.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
julianamichel (26 avril 2018). 29 mars 2018 – Visite du Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale. GRHS. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/p7k2