23 mars 2018 – Atelier “Jeunes chercheurs”, animé par Mathieu Langevin

Par Mathieu Perron, doctorant en histoire (UQTR)

Le 27 mars 2018, les membres jeunes chercheurs du GRHS se sont réunis afin de discuter d’un texte soumis par Mathieu Langevin, doctorant au département d’histoire de l’UQÀM. Ce texte intitulé Le brigandage à l’aube des Lumières constitue le troisième chapitre de son mémoire de maîtrise déposé l’an dernier.

Partant du constat que le terme même de brigand est absent du corpus traité pour son mémoire, soit un millier de folios portant sur « l’affaire Nivet », cause célèbre portant sur un groupe de criminel d’envergure au début du XVIIIe siècle (1728-1730), M. Langevin a choisi de circonscrire les pourtours sociaux de ce que les autorités désigne comme une bande organisée sous la férule d’un chef charismatique, Philipe Nivet, un marchand et ravaudeur de bas. L’univers décrit est alors celui des gagne-deniers, de la soldatesque et des boutiquiers.

L’un des points ayant ressorti du texte et de la présentation de M. Langevin réside dans toute l’importance du contexte culturel de la Régence (1715-1723). Ainsi, il a été discuté de l’importance de l’effondrement du « Système de Law » dans la monté de l’angoisse sociétale; ce « système » en est un de spéculation financière pyramidale établi par un aventurier et joueur professionnel d’origine écossaise, John Law, afin de liquider la dette du Royaume de France, situation qui contribue à mener des petits investisseurs à tenter leur chance sur le marché boursier alors en émergence. On comprend que la méfiance des élites envers les violences provenant des couches inférieures s’alimente à cette atmosphère angoissée; on comprend aussi que l’Affaire Nivet n’a pas suscité la même publicité enthousiaste que l’Affaire Cartouche, source de bien des récits et inspiration du roman noir.

Il fut relevé toute l’importance sous l’Ancien Régime des difficultés d’intégration civile qu’entraine le licenciement des soldats à la sortie des guerres; du rôle de la soldatesque dans la montée de la violence dans les sociétés civiles. M. Langevin a soulevé, par ailleurs, que c’est dans ce contexte que se concrétise un premier appareillage policier appuyé par un réseau étendu de mouches, c’est-à-dire des informateurs de police en provenance de milieux jugés criminogènes.

Du coup, les espaces dans lesquels se tiennent les activités criminelles sont très éloignés de l’univers nobiliaire duquel émanent les officiers de police; ce qui ne sera pas le cas, par exemple, des inspecteurs de police britannique et français au début du XIXe siècle, eux-mêmes issus des milieux populaires et des classes moyennes montantes associées au fonctionnariat. Les témoignages et les transcriptions d’interrogatoires renvoient à toute une topologie du crime riche en représentations fertiles pour l’imaginaire du chercheur.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
julianamichel (26 avril 2018). 23 mars 2018 – Atelier “Jeunes chercheurs”, animé par Mathieu Langevin. GRHS. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/p7k1


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