Pratiques d’édition émergentes
Autonomie technique, sobriété technologique et transitions
Porteur·ses et affiliations
Antoine Fauchié, Université Grenoble Alpes, Groupe de recherche sur les enjeux de la communication (EA608)
Co-chercheur : Arthur Pons, doctorant et ingénieur de recherche, Université Lyon 1, Phenix (UMR8234)
Contexte et problématique
Ce projet se situe dans le prolongement direct de ma thèse de doctorat (Fauchié, 2024), qui interroge l’imbrication des pratiques d’édition et du développement des dispositifs techniques permettant ces pratiques. Je pars de trois constats : tout d’abord les pratiques d’édition sont fortement liées aux dispositifs techniques et aux applications métiers, donc aux logiciels utilisés. Les technologies de l’édition (Blanc et Haute, 2018) sont souvent des solutions techniques proposées par des structures extérieures, il s’agit alors d’interroger cette dépendance technologique vis à vis de sociétés privées qui ne partagent pas les mêmes intérêts que les personnes et les institutions qui les utilisent. Ensuite, les formats et les standards des documents dépendent eux aussi des technologies disponibles, ce qui intervient dans la constitution de chaînes éditoriales (Crozat, 2012) et questionne l’accès et l’archivage aux documents intermédiaires utilisés. Enfin, les pratiques informationnelles découlent des modes d’interaction avec les documents (Salaün, 2012; Souchier et al., 2019) – y compris sur la question des interfaces utilisateurs (Lorusso, 2021), Ces pratiques dépendent donc elles aussi de ce que les dispositifs permettent de produire, en termes de formes éditoriales.
Des pratiques originales émergent, ou ré-émergent, faisant appel à des technologies qui ne sont pas forcément nouvelles mais qui constituent une démarche innovante du fait de leur combinaison et face aux usages majoritaires et relativement uniformes. Le recours au format texte et aux interfaces textuelles (Candel, 2017; Piquer-Louis, 2016; Seebach et Vaughan, 2008) est emblématique de ces pratiques inédites dans l’édition, et intervient dans un contexte d’accélération technologique au détriment de la situation climatique (O’Brien, 2024). L’ère des intelligences artificielles (génératives) a un impact écologique colossal, alors qu’il est possible techniquement de réduire la production de nouveaux matériels ou la consommation d’énergie pour des activités comme l’édition. Si des recherches sont menées sur la dimension écologique de la production de livres (Association pour l’écologie du livre, 2020; Hamon et al., 2024), ce projet s’attache à étudier les processus techniques de l’édition, et des démarches radicales qui se structurent mais qui restent méconnues.
Pour le dire de façon plus directe, comment des modes d’édition émergents et radicaux peuvent nous permettre d’envisager des évolutions plus générales des technologies de l’édition ? Des mouvements comme le permacomputing ou le low-tech sont-ils des opportunités ou des voies sans issue ? À quel point est-il nécessaire de se défaire des interfaces graphiques pour gagner en autonomie technique ?
Objectifs du projet
L’objectif principal est d’identifier des pratiques d’édition qui font des choix techniques radicaux, d’établir une recherche épistémologique de ces démarches, et de permettre leur transmission pour une appropriation dans différents contextes et domaines – prioritairement en publication savante ou scientifique.
Nous souhaitons également expérimenter et, d’une certaine façon, épuiser des outils, des programmes, des logiciels et plus globalement des techniques d’édition.
Ce projet s’inscrit dans les axes 3 et 4 de l’appel à projet GIS Réseau Urfist : axe SAPS « Science avec et pour la société » en ce qui concerne la production de la connaissance en lien avec la transition écologique, et axe blanc concernant des propositions originales.
Méthodologie
La méthodologie du projet « Pratiques d’édition émergentes » repose essentiellement sur des entretiens avec des structures d’édition afin de réaliser des fiches descriptives de pratiques d’édition. La méthodologie adopte par ailleurs l’approche des humanités numériques : principalement pour expérimenter certaines des pratiques – afin de les analyser et de les confronter à d’autres modèles d’interaction –, voire de créer de nouveaux dispositifs.
Voici les étapes méthodologiques :
1. observation, identification, définition et catégorisation des pratiques émergentes
2. analyse des interactions et confrontation avec d’autres pratiques
3. mise en critique et épuisement de ces pratiques auprès de communautés
La première phase consiste à identifier les pratiques émergentes, et à les définir et les catégoriser. Il s’agit ensuite d’analyser ces pratiques et plus spécifiquement les questions d’interactions avec les documents, via la mise en place de critères et d’une grille d’analyse. Enfin, la dernière phase est une mise en critique, qui passe notamment par l’épuisement de ces pratiques en croisant les communautés de pratiques via la mise en place de nouveaux entretiens.
Résultats attendus et livrables
Avec Arthur Pons nous allons constituer une base de données de démarches d’édition, basée sur une catégorisation et une grille d’analyse. La mise à disposition des fiches de présentation de ces pratiques doit permettre un usage de ces processus techniques peu connus. Le livrable est une base de données qui prendra la forme d’un site web interrogeable, avec la mise à disposition d’une API. À l’issue du projet, nous allons également produire un rapport synthétisant les différentes fiches, avec une remise en contexte théorique ainsi que des propositions d’adaptation technologique.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
GisUrfist (2 février 2026). Pratiques d’édition émergentes. GIS Réseau Urfist. Consulté le 8 mai 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15lov
