
Voltaire (1694-1778)
Si la France, au dix-septième siècle, était déchue du rang qu’elle avait tenu au dix-septième, elle n’en avait pas moins continué à dominer l’Europe par le génie de ses écrivains.
Voltaire remplit de sa vie et de ses œuvres le dix-huitième siècle. Né à Paris, fils d’un ancien notaire, trésorier de la chambre des comptes, François-Marie Arouet de Voltaire entra de bonne heure au collège Louis-le-Grand, chez les Jésuites. Il ne tarda pas à révéler son esprit. Ayant fait de bonne heure connaissance avec la Bastille où il composa sa Henriade, il sentit bientôt les inconvénients de cette société brillante aux plaisirs de laquelle il s’était abandonné tout d’abord. Ses tragédies durent principalement leur succès aux maximes hardies et aux allusions que les spectateurs saisissaient au passage et couvraient d’applaudissements. Il demeura plusieurs années en Angleterre, où il s’éprit d’un vif amour pour la liberté de l’esprit et de la parole. Attiré ensuite en Prusse, il vécut dans l’intimité du roi Frédéric II, le plus grand capitaine de l’époque.
Frédéric combla Voltaire de faveurs. Il le créa chambellan, lui donna une pension, le logea dans son palais (1750). Toutefois le roi de la littérature et le roi de Prusse ne purent longtemps vivre en bonne intelligence. Leur orgueil s’égalait. La satire de Voltaire n’épargna point les familiers de Frédéric. Il y eut rupture, départ. Voltaire emportait un volume inédit des poésies du roi. Frédéric le fit poursuivre, arrêter à Francfort et retenir douze jours prisonnier, jusqu’à ce que le volume fût rendu. Il y eut cependant plus tard réconciliation entre le roi et l’écrivain et la correspondance reprit aussi vive, aussi spirituelle que par le passé.
La hardiesse croissante de Voltaire qui, dans ses poésies, ses histoires, ses lettres, son dictionnaire philosophique, ne cessait de battre en brèche les anciennes traditions et d’attaquer les abus, lui valut tant d’ennuis qu’il alla se fixer sur les frontières de Genève et de la France, à Ferney, prêt à fuir à Genève pour échapper à la persécution. Quand il revint à Paris, en 1778, sous le règne de Louis XVI, au moment où ses idées commençaient à triompher, il fut accueilli avec enthousiasme. Mais il mourut à quelques jours de là, à Paris même.
G. Ducoudray pour les chromos Au Soleil.

Voltaire et Frédéric II

















