Le théâtre – Vocabulaire (1923)

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Le vrai romantisme au théâtre

Le romantisme vrai, celui que nous attendons encore, qui ne viendra peut-être jamais, mais qu’il faut maintenir comme un idéal glorieux, fécond, comme la forme supérieure de l’art dramatique, est le contraire du classicisme. Le classicisme est un système où tout se tient. Né au XVIIe siècle, sous le cartésianisme, il méprise l’histoire, le contingent, le particulier. L’art ne reproduit que le général … On ne se préoccupe que de l’analyse savante, progressive d’une passion. La langue est abstraite et oratoire. On ne se sert que de termes généraux, cœur, âme, douleur, appas, attraits. Les mots bas ou désignant des objets de la vie familière ne sont pas admis. La théorie est facile à apprendre, l’action facile à conduire, les tirades faciles à faire.

Le romantisme, lui, c’est le particulier substitué au général. Plus d’abstractions, mais des individus: Richard III, Hamlet, Cléopâtre, Juliette, Desdémone, Othello, Macbeth, etc. Ils ont, ces individus, un âge, une figure, un tempérament, un costume, des habitudes, un langage à eux. Il y a un paysage, des lieux différents. Tout cela influe sur nous. La nature extérieure est un acteur, et qui agit. Il y a des incidents nombreux, et de tout genre, sérieux, comiques, lugubres, gais, avec du mouvement et de la vie. Il y a des personnages de toutes conditions et de toute humeur: Iago et Cassio près d’Othello, Falstaff près d’Henri IV, les fossoyeurs près d’Hamlet, les sorcières près de Macbeth. Il y a les détails les plus familiers de la vie de chaque jour, la table du festin de Macbeth, la pluie sur la tête du roi Lear, des comédiens, un mouchoir, le crâne de Yorick, la toge percée et sanglante de César. Voilà le romantisme.

P. Albert, La Littérature française au XIXe siècle, t. II, p. 226 sq.

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Aristophane

Aristophane (±445 – ±380 av. J.-C.) – Poète comique grec, contemporain de Socrate et de Périclès. Il avait composé 54 comédies; 11 seulement nous sont parvenues; des pièces fameuses sont, entre autres, les Nuées et les Guêpes, que Racine semble avoir imitées dans sa comédie des Plaideurs. Aristophane est le plus grand poète comique de l’Antiquité.

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Victor Hugo – Préface de Cromwell

Célèbre manifeste d’octobre 1827, où le poète affirma les revendications de l’école nouvelle. Une vision en forme de fresque des trois âges de la poésie dans l’humanité: Bible et Lyrisme, Homère et l’Épopée, Shakespeare et le Drame. En second lieu, une théorie du drame libéré du joug des règles classiques. Enfin, une esquisse de métrique et de prosodie, merveilleuse expression du style, comme le conçoit Victor Hugo. Tel est en résumé cet art poétique de la nouvelle école, qui sert de préface à l’énorme pastiche shakespearien qu’il renonça à faire jouer, le drame de Cromwell (1828).

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Le Jeu du Prince des Sots

Le Jeu du Prince des sots, par Gringoire, est une sorte de trilogie dramatique, composée d’une sotie, d’une moralité et d’une farce, représentée aux Halles de Paris, devant le roi, l’Université, le Parlement et la foule, le mardi gras de l’an 1511. Louis XII, à la veille de déclarer la guerre à Jules II, craignait un soulèvement de l’opinion; comprenant quelle pouvait être sur celle-ci l’influence du théâtre, il chargea Gringoire de défendre sur la scène sa politique.

La sotie est un dialogue sans action dramatique, entre Sotte commune (le peuple), le Prince des sots (le roi de France), Mère sotte (l’Église) et divers comparses. Au dénouement, Mère-sotte, dont tous ont compris l’ambition et la rapacité, est honteusement démasquée.

Dans la moralité de l’Homme obstiné, Peuple italique et Peuple françois échangent leurs doléances; ils chantent les louanges du roi de France et font un portrait fort peu flatté de l’Homme obstiné, que guette Punition divine.

La farce de Dire et Faire est une bouffonnerie sans portée politique.

Par la gravité du sujet, l’esprit nettement royaliste et bourgeois dans lequel il est traité, la pièce de Gringoire est l’un des documents les plus curieux de la littérature du temps et l’un des monuments les plus considérables de l’ancien théâtre français.

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