Donald le gamin de 7 ans

 

Cher Jonas :
Considérant que votre pays a décidé de ne pas me décerner le prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à 8 guerres EN PLUS, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix, bien qu’elle reste prédominante, mais je peux maintenant penser à ce qui est bon et approprié pour les États-Unis d’Amérique. Le Danemark ne peut pas protéger cette terre de la Russie ou de la Chine, et pourquoi aurait-il de toute façon un « droit de propriété » ? Il n’existe aucun document écrit, ce n’est qu’un bateau qui y a débarqué il y a des centaines d’années, mais nous avons aussi eu des bateaux qui y ont débarqué. J’ai fait plus pour l’OTAN que n’importe qui depuis sa fondation, et maintenant, l’OTAN devrait faire quelque chose pour les États-Unis. Le monde n’est pas sûr tant que nous n’avons pas le Contrôle Complet et Total du Groenland. Merci !
Président DJT  

C’est écrit par le Général de l’armée de la planète Terre. À 7 ans d’âge mental. 

Comment un garçonnet de cet âge a-t-il pu hériter d’une armée et d’un contrôle quasi total d’un pays qui serait selon ses prétentions, l’État de la liberté? 

Pas loin de 350 millions sont maintenant prisonniers d’un gamin de 7 ans. Il pue de l’âme. Ou du moins de celle que normalement il serait doté. Et cela à un moment de l’histoire humaine où tout s’effondre et s’effondrera jusqu’à la poussière répandue d’une Terre agité maintenant friable, bref, montrant des signe de mort prochaine. 

Morte par marchandisation. 

Il n’y a plus que cela. Le règne de l’avoir. Et du tout avoir. 

Il a, le garçonnet, les mains sales du crime à venir: le « monde ». 

C’est un personnage visqueux, une sorte de larve qui s’est emparé des tentacule du pouvoir quasi total non seulement de son pays mais de tout le vivant. Et en s’emparant du vivant, hommes, bêtes, terres, arbres, tout ce qui fait de ce monde la beauté qui nous pâme, notre sensibilité, celle des arts et du respect les uns les autres. 

C’est un gamin qui méritait de se faire tirer l’oreille. 

Jésus avait, dit-on, chassé les vendeurs du temple.  La Terre est la dernière église ou lieu de culte qui nous reste. Et la voilà sous le pied d’un gamin prêt à tuer avec joie, dans un beau délire de psychopathe, tous les moustiques – pas loin de 9 milliards – que nous sommes.  

C »est le règne de l’enflure, sorte de cancer qui a poussé dans la terre étatsunienne. Et il se répand. Comme un bossu, il va au gré de son pas lourd et certain écraser tout ce qu’il croit, dans son délire psychotique, être contre lui. Lui est avec lui. Il est le monde, il est l’égo. 

Il faut quasiment maintenant prier pour que dieu vienne chercher son corps, et le diable l’âme de son fidèle ami, le lance-flamme de 6 milliards de dollars. 

Gaëtan Pelletier 

Berceuse pour un monde à naître

 

berceuse pour un monde à naître 2
 
Pendant que se meure la bougie-Terre
Pendant que les granules d’étoiles vont en cache
Pendant que la matérialité se fait un or de guerre
Pendant, et pendant, comme si l’on voulait que nul ne sache…
 
Les poètes bercent les mots de frisures et dorures
Et l’âme des violons tressent des notes étincelles 
Sous les doigts des âmes ,  la résistance à l’usure 
 
Et parfois de pinceaux, certains  recousent  les parcelles 
Chacun est une poussière d’amour, un enfant  
Chacun l’un en l’autre,  se langent et se  bercent  de regards 
En  bouquets  que l’on donne comme si c’était un hasard… 
 
La chair,  comme une étoile sans toile  
A perdu son berceau, ses pinceaux, ses mots 
Il faut la refaire de sa vie, créer pour  naître  à nouveau…   
 
Gaëtan Pelletier 
14 novembre 2014 
 
 

Toile,  Berceuse pour un monde à naître,  Eliora Bousquet 

 

 

L’ULTIME RETOUR DES BARBARES

Nouveau texte de:

Fethi GHARBI 

 

« Eh bien, oui, proclame Hitler, nous sommes des barbares et nous voulons être des barbares. C’est un titre d’honneur. Nous sommes ceux qui rajeuniront le monde. Le monde actuel est près de sa fin. Notre tâche est de le saccager… »

cité par    Jean-Claude Guillebaud,  La Refondation du monde, 1999, Seuil

 

 

« Invasions barbares » est une expression rejetée depuis quelque temps par les historiens allemands et germanophones. Ces derniers lui préfèrent le terme, moins péjoratif, de Völkerwanderung, qui veut dire « marche des peuples » ou « migration des peuples ». La plupart des historiens anglo-saxons parlent aujourd’hui de « Migration Period » pour évoquer cette longue et douloureuse agonie de l’empire romain. Mais tout est affaire de point de vue me diriez-vous.

 

Goths, Vandales, Suèves, Alains, Huns et  Burgondes avaient formé les premières vagues d’envahisseurs. Mais ce sont les Francs, les Alemans, les Bavarois, les Lambards et les Avars qui avaient eu raison de l’empire non seulement en le morcelant mais surtout en portant un coup fatal à la culture latine et à la civilisation gréco-romaine. C’est ainsi que sous les incessants coups de boutoirs des tribus  germaniques, on assiste à l’effritement  d’un état fort et centralisé. L’apparition de formes quasi-primitives de pouvoir a fini par soumettre l’Europe  pendant des siècles au règne chaotique de la féodalité et de la vassalité.

 

Au XIIIème siècle, les hordes mongoles se ruèrent sur l’ensemble de l’Asie pour envahir ensuite l’Europe de l’Est et l’Europe centrale et finirent par atteindre les Balkans et l’Autriche. De la Chine jusqu’en Hongrie, elles ne laissèrent sur leur passage que ruines et désolation. En 1258, Hulagu Khan, petit-fils de Gengis Khan décida de s’attaquer à l’empire abbasside alors sur le déclin. Bagdad qui demeurait néanmoins la capitale la plus florissante de l’époque comptait environ deux millions d’habitants. Le siège de la ville n’aura duré que trois semaines, à l’issue desquelles, le calife abbasside al-Musta‘sim signa sa reddition pour épargner la population. Mais faisant fi de la parole donnée, Hulagu investit la ville et procéda à un  massacre systématique des bagdadis. Selon certains historiographes, 800000 personnes passèrent au fil de l’épée. On parlait de milliers de savants égorgés. Bayt al-Hikma, la bibliothèque la plus richement dotée au monde, ainsi qu’un nombre impressionnant d’écoles, d’universités, de mosquées, d’hôpitaux disparaîtront, dévorés par les flammes. On rapportait que les eaux du Tigre virèrent au noir, souillées qu’elles étaient par l’encre de dizaines de milliers d’ouvrages jetés dans le fleuve par les barbares venus de la steppe. La destruction de Bagdad sonna ainsi le glas de  la dynastie Abbasside et accéléra la décomposition de l’empire arabo-musulman déjà chancelant. Deux des plus grands empires que l’humanité ait connus, minés par leurs dissensions internes, succombèrent et se désintégrèrent sous les coups répétés et incisifs de tribus plutôt démunies.

               

Ce mouvement cyclique des invasions barbares s’est cependant apaisé à la renaissance. Du moins c’est ce qui transparait à travers les écrits des historiographes européens . Or peut-on douter un seul instant de ce que pensaient les Aztèques et les Mayas des conquistadors, les africains de la traite des noirs ou encore les peuples colonisés piétinés par la maréchaussée française et britannique ?…

 

La barbarie cruelle et dévastatrice n’a en fait jamais disparu sauf à travers les euphémismes hypocrites et les antiphrases trompeuses des envahisseurs. En réalité, la barbarie est un phénomène régressif et redondant qui a toujours ponctué le devenir de l’humanité. A chaque fois qu’une civilisation s’essouffle à cause de ses contradictions internes et qu’elle perçoit l’inanité de son projet, elle prête le flanc aux envahisseurs comme si elle les invitait à lui assener le coup de grâce. L’historien des civilisations,  Arnold Joseph Toynbee n’affirme-t-il pas que les « civilisations meurent de suicide et non par meurtre.»

 

A la Renaissance, La civilisation occidentale produit de la refondation de l’humanisme antique se voulait une élévation de l’homme à la hauteur des anciens dieux. Le cogito de Descartes viendra au 17ème siècle consacrer la transcendance de l’esprit humain et annoncer implicitement les prémices de la mort de dieu. La raison raisonnante s’imposa alors comme puissance transformatrice de l’humanité et de la nature. Cependant, ni l’idéalisme humaniste chrétien  d’Erasme brisé par la violence des guerres de religion, ni les illusions de l’humanisme des Lumières ne purent résister aux aléas de l’histoire. Si l’humanisme a réussi à ébranler le joug de l’Eglise, il a par contre poussé l’égo de l’homo-europeanus à la démesure. Ce dernier, débarrassé de son surmoi se laissera emporter par une frénésie pulsionnelle qui marquera de son sceau toute l’histoire moderne. Ainsi le « JE PENSE » cartésien s’avéra  une exclusivité européenne alors que le reste de l’humanité ne constituait qu’un fragment végétatif d’une  nature bonne à être exploitée jusqu’à la moelle. Cette division du monde en deux humanités distinctes  ne cessera de structurer le rapport au monde de l’Europe et de ses excroissances, au mépris des principes humanistes les plus élémentaires. L’idée d’une infériorité naturelle, essentielle, de l’homme de couleur est si incrustée que le scandaleux  Code noir, ou édit sur la police des esclaves, rédigé par Colbert et promulgué par Louis XIV en1685 (1) laissa indifférents tous ces chantres de l’égalité naturelle qu’étaient les philosophes des Lumières  (2). Le principe de l’abolition de l’esclavage énoncé dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 resta lettre morte. Napoléon Bonaparte n’hésita pas à renforcer la pratique de l’esclavage et à réprimer dans le sang l’insurrection des esclaves  de Saint Domingue.

 

Lors de la conquête fiévreuse du nouveau monde, les pays européens  se livrèrent avec acharnement à la mise en valeur des territoires conquis. L’exigence  d’une main d’œuvre abondante et à bon marché conduisit vers la solution la plus simple et la plus rentable : la traite des noirs. C’est donc la mise en place d’un système économique lucratif qui est à la base de la métamorphose  d’une catégorie d’hommes en « nègres ». Cette déshumanisation d’une partie de l’humanité sera avalisée après coup par l’Eglise romaine apostolique, l’église Anglicane, puis par l’ensemble des mouvements protestants.  Assimilés aux descendants de Cham, les noirs héritèrent de la malédiction qui le poursuivait. Selon le récit biblique, Cham père de Canaan, fils de Noé fut condamné à être « pour ses frères, le dernier des esclaves » pour avoir vu tout nu son propre père. La malédiction de Cham devint alors l’argument fondamental de tous les esclavagistes européens qui n’hésiteront pas à se soumettre à la volonté de dieu.

 

C’est seulement au XIXème siècle que l’argumentaire religieux s’essouffla et céda la place à des justifications de type rationaliste. Une pléiade de philosophes et de penseurs se mettait à l’œuvre pour démontrer la supériorité biologique de l’homme blanc. La déshumanisation s’étendra cette fois-ci à l’ensemble des races non blanches. La vague abolitionniste à la seconde moitié du XIXème siècle s’explique non par une quelconque élévation morale mais par l’apparition d’une nouvelle forme, plus élaborée et plus systématique, de l’exploitation de l’homme par l’homme : le colonialisme. En effet, les deux tiers de la planète furent soumis en un tour de main à l’impérialisme européen et des centaines de millions d’humains se retrouvèrent asservis et déshumanisés au nom d’une prétendue hiérarchie raciale. Le fameux code noir, tombé en désuétude, fut promptement remplacé par un texte tout aussi dégradant : le code de l’indigénat (3). Ainsi La brèche ouverte par l’ancien régime se transforma avec ce nouveau mode d’exploitation en béance divisant irrémédiablement  l’humanité en deux entités irréconciliables. Ce racisme colonial qui dans un élan faussement universaliste voyait dans le colonialisme une prétendue entreprise civilisatrice des races « inférieures », emportait l’adhésion de tous les courants politiques de l’époque. Quelqu’un comme Friedrich Engels trouvait que «… la conquête de l’Algérie était un fait important et heureux pour le progrès de la civilisation… » (4). Le pas sera toutefois vite franchi vers un racisme plus radical, le racisme différentialiste qui pose les races non blanches comme biologiquement impures, et porteuses de tares transmissibles. Plusieurs auteurs du XIXe siècle, tels que Joseph Arthur Gobineau (1816-1882), George Vacher de Lapouge (1854-1936) et Karl Von Chamberlain (1855-1927), considéraient toute forme de métissage des races comme une atteinte à la pureté des races supérieures. Dans son Essai sur l’inégalité des races humaines, Gobineau soutenait que l’hybridation des races entrainait inéluctablement la dégénérescence de la race aryenne, l’affaiblissement de ses qualités et ultimement, sa dissolution. Le darwinisme social viendra renforcer ce courant de pensée. Pour le philosophe et sociologue Herbert Spencer (1820-1903),  le mécanisme de la sélection naturelle décrit par Darwin serait totalement applicable au corps social. La lutte pour la vie entre les êtres humains est par conséquent l’état naturel des relations sociales. Les conflits deviennent ainsi la source fondamentale du progrès et de l’amélioration de l’espèce. La concurrence entre les êtres ou groupes humains ne doit aucunement être entravée par une quelconque mesure de protection ou d’assistance. Seule la lutte acharnée pour l’existence est en mesure de favoriser la survie des « plus aptes » et l’élimination des « moins aptes ». Le physiologiste britannique Francis Galton (1822-1911), ira encore plus loin. Pour lui, l’Européen moderne est l’être humain qui possède les meilleures capacités génétiques. Pour les préserver et éviter que le patrimoine génétique humain ne dépérisse, les porteurs de «mauvais» gènes devraient être stérilisés ou empêchés de se reproduire.

Il n’en fallut pas plus pour qu’une bonne partie du monde occidental se trouvât secouée par une folle vague eugéniste. Ce mouvement connut un essor particulièrement rapide aux États-Unis. Dans les premières années du XXème siècle, au nom de lois diverses prétextant entre autres le «déclin de l’intelligence américaine», des dizaines de milliers de citoyens américains asiatiques, noirs, européens du Sud et de l’Est furent stérilisés malgré eux. Le phénomène s’étendra ensuite au Canada, aux pays scandinaves, à la Grande Bretagne, en Suisse et en Allemagne.

 

Faut-il alors prêter foi aujourd’hui à toutes ses âmes sensibles horrifiées par les exactions nazies pendant la deuxième guerre mondiale? Voilà près de soixante-dix ans que l’immense majorité de l’intelligentsia occidentale et de ses crieurs publics ne se lasse point de jouer les vierges effarouchées face aux horreurs commises par Hitler. Or ce dernier n’est ni une exception pathologique ni une parenthèse macabre ayant entaché pour un moment le cours normal de l’histoire, mais la quintessence, l’aboutissement, le produit final de ce mythe fondateur de la modernité occidentale : la barbarie raciste. Les crimes nazis, faut-il le rappeler à tous ceux qui souffrent d’amnésie lacunaire, n’ont rien à envier au génocide des amérindiens et des aborigènes, ni à la traite impitoyable des noirs par les esclavagistes européens ni aux massacres systématiques des « indigènes » révoltés des colonies. Fervent lecteur des Gobineau, Spencer, Chamberlain ou encore Galton, Hitler était avant tout autre chose le disciple d’auteurs racistes français et britanniques. Cependant, à l’inverse du racisme conquérant des adeptes universalistes du « progrès », le racisme nazi, découle du mouvement völkisch (5) apparu en Allemagne à la fin du XIXème siècle; un mouvement que le sentiment de frustration lié à la défaite de 1918 et la crise de 1929 ont renforcé. Ce courant raciste foncièrement anti-juif et anti-slave, ravivant un passé germanique mythique, rêvait d’une expansion continentale, seule en mesure d’offrir un espace viable au génie du volk (6) germanique. Cet espace vital ne souffre aucune promiscuité et se doit d’être purifié des autres volk qui menacent sa vitalité. Toutefois, malgré sa particularité et sa vision romantique réactionnaire, le racisme allemand s’inscrit bien dans la logique raciste européenne ; il en constitue l’étape ultime, celle de l’épuration pure et simple de l’altérité impure. Or ce violent repli identitaire allait paradoxalement fleurir et se concrétiser chez ceux-là même dont les nazis projetaient l’extermination. Hitler doit bien sourire de satisfaction dans sa tombe, lui qui avec la création d’Israël, a certainement réussi ce qu’il a lamentablement raté dans son propre pays : une entité tournée vers un passé mythique, raciste, ségrégationniste et qui depuis soixante-dix ans use de tous les moyens sordides pour épurer son « espace vital » (6). Ce tribalisme nazi et sioniste, signe précurseur de l’échec de l’universalisme libéral, annonce déjà l’éclatement identitaire qui secoue l’humanité en ce début du XXIème siècle.

 

L’extermination de millions de tziganes et de juifs et l’anéantissement monstrueux des habitants d’Hiroshima et de Nagasaki, toutes ces horreurs n’ont pas réussi à ébranler d’un iota ce mythe abominable. La hiérarchisation raciale qui constitue l’assise économique de la modernité continue malgré tout à hanter l’imaginaire occidental. En effet, la vague des indépendances des années soixante et l’avènement du néo-colonialisme vont favoriser une nouvelle forme de  racisme à tendance «culturaliste». Maintenant, ce ne sont plus les races mais les cultures qui forment des blocs homogènes dont les différences sont incommensurables et irréconciliables. L’altérité se trouve alors dotée d’une « nature culturelle » essentialisée et irrémédiablement figée.  La crise économique qui s’installe depuis les années soixante-dix ne fera qu’attiser ce « racisme sans race » qui rappelle à bien des égards  l’antisémitisme d’antan, mais sous une forme bien plus généralisée. Aujourd’hui, en lieu et place de la culture essentialisée du juif, c’est la culture de l’arabo-musulman ou de l’africain qui se trouve stigmatisée et infériorisée, voire même diabolisée. Ainsi voit-on se développer à travers toute l’Europe un discours de l’exclusion  à l’encontre  des immigrés issus des « anciennes » colonies en les rendant responsables de tous les maux d’une société en crise. Le paradoxe est qu’on n’hésite pas à taxer certains groupes ethniques de communautarisme alors qu’on use de tous les moyens pour les empêcher de s’intégrer. Les émeutes d’octobre 2005 illustrent l’impasse dans laquelle se trou ve empêtré le système politique français qui n’arrête pas de bafouer les valeurs républicaines tout en prétendant les défendre. L’épouvantail de l’islamiste et du musulman confondus, brandi en tout lieu et jeté en pâture aux peuples occidentaux malmenés par les retombés de la crise capitaliste mondiale ne manque pas de nous rappeler le sort réservé aux juifs et aux communistes pendant les années trente en Europe. Mais cette fois-ci, la chasse aux sorcières prend des proportions énormes et couvre depuis plus de vingt ans l’ensemble du monde arabo-musulman.

 

La névrose expansionniste occidentale  atteint aujourd’hui sa culminance  avec son ultime variante idéologique : le choc des civilisations. Les centaines de chaines de télévision wahhabites du Golfe d’un côté et les médias occidentaux de l’autre, obéissant  tous aux ordres du même maître, ne font qu’attiser les haines et asseoir cette thèse si chère au feu Samuel Huntington.  Avec la diabolisation du monde arabo-musulman, il ne s’agit plus de justifier le bien-fondé de l’esclavage ni de défendre les bienfaits de la colonisation mais de légitimer l’épuration pure et simple de toute une civilisation. En effet, le volk anglo-saxon, dans le cadre de son projet euro-atlantique compte  aplanir l’espace allant de l’Europe du nord aux confins de l’Oural. La mondialisation néolibérale a bien besoin d’un espace vital à la hauteur de sa démesure. Tous les volk qui font obstacle seront systématiquement réduits. La tragédie du monde arabe est de se trouver géographiquement et énergétiquement en travers  du chemin de cette vaste entreprise de démolition.

Depuis les années quarante la guerre ne semble plus avoir pour objet la domination  du vaincu mais son extermination. Les horreurs commises par Hitler et par Truman ainsi que  les massacres en Algérie, au Vietnam, à Sabra et Chatila, au Rwanda, à Gaza  pour ne citer que ceux-là, ne sont que la conséquence  directe de ce long processus de déshumanisation qui atteint aujourd’hui sa phase terminale. L’oxymore du « chaos constructeur » est d’une limpidité aveuglante. Pour les néo-conservateurs la guerre devient ainsi synonyme d’éradication. C’est cette logique qui oriente les stratèges américains dans les guerres qu’ils mènent depuis le début des années 90 contre le monde arabe. L’embargo imposé à l’Irak pendant plus de dix ans a fait plus d’un million de morts dont une majorité d’enfants privés de médicaments. L’utilisation intensive de munitions à l’uranium appauvri pendant la première et la deuxième guerre du Golfe a contaminé de manière indélébile le sol irakien et condamné des millions d’irakiens à mourir de leucémie ou par d’autres formes de cancers. Les euphémismes ridicules tels que « guerre propre » ou encore « frappes chirurgicales » cachent piteusement cette stratégie de l’extermination. Or ces empoisonneurs ne se doutaient nullement de ce que le sort leur réservait.  La « guerre à zéro mort » promise par Colin Powell s’avère un gros mensonge lorsqu’après quelques années, un grand nombre de vétérans des guerres du Golfe se trouvent atteint de leucémies, de cancers des ganglions, de perte de poids, de déficiences pulmonaires, sans compter les malformations congénitales dont souffre leur progéniture. Sur les 697 000 soldats américains engagés dans l’opération «Tempête du désert» de 1991, 183 000 touchent aujourd’hui une pension d’invalidité et 10 000 sont décédés des suites de leurs maladies.

                                                                                                                                                          

 Si la première guerre du Golfe n’était pas allée à son terme, c’était simplement pour  apeurer l’Arabie Saoudite et d’autres pays de la région et de les pousser ainsi à solliciter le déploiement de l’armée américaine sur leur sol. L’épouvantail surmédiatisé d’un Saddam Hussein  belliqueux et vindicatif a suffi pour jeter tous ces rois et roitelets dans les bras tendus de l’oncle Sam. Mais c’est la deuxième guerre du Golfe qui allait constituer le vrai champ d’expérimentation du chaos, une avant-première de la tragédie qui secoue aujourd’hui  l’Afrique du nord et le Moyen Orient. Il ne s’agit plus de vaincre une armée ou de renverser un pouvoir ou même d’occuper un pays mais de détruire des états avec toutes leurs institutions et de diviser dans le sang des sociétés en dressant les groupes ethniques et confessionnels les uns contre les autres. Il faut toutefois préciser que cette gigantesque manœuvre de déstabilisation du monde arabe, cyniquement  appelée « printemps arabe » s’inscrit dans une démarche dont les racines remontent bien loin dans le temps. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis, jouant sur le sentiment identitaire religieux des Tchétchènes, des Kazakhs, des Ouzbeks, ont réussi à dresser ces peuples contre les communistes athées. Les Américains s’empresseront de prendre le relais. En juillet 1953 alors que la guerre froide battait son plein, une délégation de musulmans est invitée aux États-Unis. Elle est reçue à la Maison-Blanche par le président Dwight Eisenhower. Celui-ci s’adresse à ses invités en ces termes : «notre foi en Dieu devrait nous donner un objectif commun : la lutte contre le communisme et son athéisme». Saïd Ramadan, gendre et successeur de Hassan Al-Banna, fondateur du mouvement des « frères musulmans » faisait partie de la délégation (7). Il sera désormais l’acteur principal de la guerre d’usure menée contre le régime nassérien et contre tous les régimes et courants politiques progressistes du monde arabe. Un prosélytisme religieux tous azimuts s’étendra alors de l’Europe occidentale jusqu’en  Asie centrale, généreusement financé par l’Arabie Saoudite et soutenu par l’ensemble des pays occidentaux.  Des milliards de dollars seront investis dans la création partout dans le monde d’universités théologiques, d’écoles coraniques, de mosquées et d’institutions religieuses de toute sorte qui auront pour rôle d’encadrer les musulmans de l’intérieur ainsi que ceux de la diaspora. Il ne fallut pas plus de vingt ans pour que des couches importantes de la jeunesse arabe et islamique se soient « convertis » à l’intégrisme wahhabite. Les étasuniens n’ont plus que l’embarras du choix pour puiser parmi ses masses fanatisées autant de combattants qu’ils veulent. Des Moudjahidines de tous les coins et recoins du  monde arabe et islamique sont envoyés en Afghanistan combattre les mécréants soviétiques(8). Une armée d’exaltés qui ne coute  presque rien à ses commanditaires a fini après des années d’harcèlement par épuiser une économie soviétique déjà  chancelante et accélérer de la sorte l’implosion de l’URSS. Les occidentaux ne s’arrêteront pas là, ils useront du même stratagème pour provoquer l’implosion de la Yougoslavie. Il faut cependant se rappeler que bien avant l’instrumentalisation des islamistes, l’OTAN a levé dans tous les pays de l’Europe occidentale une armée secrète au nom de Stay-behind (9). Chaque pays avait son propre réseau. Celui de l’Allemagne de l’Ouest par exemple portait le nom de Schwert (glaive en allemand), créé à la fin des années 1940, Il était composé à l’origine d’anciens SS. Le réseau italien Gladio (glaive en italien) recrutait ses membres parmi les organisations fascistes. Il s’agissait pour l’OTAN d’armer, d’entrainer et d’entretenir des groupes armés d’extrême droite connus pour leur haine viscérale du communisme. Ces réseaux étaient constitués de cellules éparpillées sur l’ensemble des territoires des « démocraties » occidentales à l’insu de leurs parlements. A l’origine, ces cellules auraient constitué autant de poches de résistance à une probable invasion soviétique. Mais la montée fulgurante de certains partis de gauche comme par exemple le parti communiste italien allait changer la donne. Il devenait alors impératif de pointer ses armes contre cette menace venue de l’intérieur. D’après l’historien Daniele Ganser (10), L’essentiel des attentats terroristes qui ont ensanglanté l’Europe Occidentale jusqu’à la fin des années quatre-vingt et que l’on attribuait faussement à l’extrême gauche étaient en fait l’œuvre de ces groupuscules fascistes commandés par l’OTAN. L’attentat de la gare de Bologne en 1980 ou encore celui de la fête de la bière de Munich en 1980 sont deux épisodes douloureux d’une longue série d’actions terroristes non revendiquées et non élucidées pour la plupart. Ces crimes abominables commis à l’aveugle contre des concitoyens s’inscrivent selon Ganser dans une « stratégie de la tension » consistant à discréditer l’ennemi en lui imputant des actions terroristes qu’il n’a point commis. L’assassinat de civils innocents, en suscitant la peur et la haine chez le reste de la population finit par diaboliser celui qu’on veut disqualifier ou agresser. Cependant, tous ces attentats sous fausse bannière, en semant la terreur en Europe pendant la guerre froide, n’ont surtout servi qu’à soumettre définitivement la politique européenne aux exigences des Etats-Unis.

                                                                                   

C’est cette stratégie du mensonge et de la manipulation qui a modifié l’art de la guerre depuis plus d’un demi-siècle en érigeant en système le terrorisme d’état. Ayant amplement atteint ses objectifs pendant la guerre froide, la « stratégie de la tension » n’a pas désarmé pour autant. Une fois débarrassés du péril rouge, les états occidentaux s’empresseront dès les années 1990 d’inventer le péril vert. Les impératifs géostratégiques ont besoin plus que jamais de maintenir la « tension ». Voilà que les moudjahidines, applaudis lors de la guerre sovieto-afghane retournent subitement leurs armes contre leurs anciens commanditaires. Vraie révolte ou pure simulation ? Là est la question ! Mais a-t-on vraiment besoin de le savoir ?! Le décor est déjà bel et bien planté et l’ange du mal a vite fait d’entrer en scène. A chaque attentat, hommes politiques et médias, piégés par leur racisme culturaliste, partent en croisade et dans la confusion la plus totale contre l’islamisme, le djihadisme, le salafisme, l’islam… Mais qu’à cela ne tienne, l’amalgame, dans le contexte de cette guerre mondiale qui ne dit pas son nom, devient une arme de destruction massive des esprits. Quelques milliers de mercenaires et de fanatiques qu’on agite d’une télévision à l’autre ont suffi pour scinder le monde en croisés et en sarrasins en moins d’une décennie. L’attentat du 11 septembre viendra alors à point nommé constituer le nœud de l’intrigue. Les preux et très chrétiens marchands d’armes et de pétrole, courroucés par tant de sauvagerie, partent en chasse, décidés d’en finir avec ces hordes barbares de Gog et Magog, tout cela au grand soulagement du bon peuple et au bénéfice de la divine démocratie. Oui, il faut bien s’y résoudre, les guerres d’aujourd’hui ne sont plus celles de la liberté contre l’égalité, deux utopies du siècle précèdent, tombées en désuétude mais celles des intégrismes.

 

Cette guerre mondiale contre le terrorisme qui broie l’Irak et l’Afghanistan depuis une dizaine d’années aura largement suffi à l’incubation du mal qui depuis 2011 explose et embrase  l’ensemble du monde arabe. L’extraordinaire est que l’OTAN et à sa tête les Etats-Unis, en imposant une guerre dissymétrique à l’Irak puis à la Libye a abandonné en toute diligence ces deux pays aux mains de terroristes métamorphosés, je ne sais par quel miracle, en « révolutionnaires ». Qui ne se souvient du spectacle surréaliste du sioniste Bernard-Henri Lévy haranguant en Matamore les islamistes d’Al Qaeda à Benghazi ! On doit au moins reconnaitre au « printemps arabe » d’avoir mis à nu les plans atlantistes : l’instauration du chaos au sein du monde arabe en livrant ce dernier, pieds et poings liés au terrorisme. Faut-il alors continuer à se perdre en vaines conjectures alors que l’OTAN joue à visage découvert ! Les condamnations proférées hypocritement après chaque abomination commise par les intégristes font sourire les plus crédules. Il devient clair aujourd’hui que l’OTAN ne s’est jamais départi de sa « stratégie de la tension ». Le soutien inconditionnel apporté en ce moment aux extrémistes islamistes par l’Occident et par ses vassaux du Golfe porte à croire que les attentats commis par Al Qaeda tout au long des années 1990 n’auraient été que des false flag operations, des crimes ourdis sous faux pavillon servant à légitimer la déstabilisation de tous ces pays qui de l’Afrique du Nord à la mer Caspienne reposent sur d’énormes réserves de gaz et de pétrole. C’est probablement la première fois dans l’histoire  moderne qu’une hyperpuissance opte pour une guerre asymétrique par terroristes interposés, une guerre beaucoup moins couteuse et où toutes les atrocités et tous les coups bas sont permis.

 

Si l’armée secrète de l’OTAN, formée pour l’essentiel de fascistes er d’anciens nazis, avait pour mission de  discréditer la gauche européenne pendant la guerre froide, les extrémistes islamistes ont quant à eux la double mission de diaboliser le monde arabo-musulman aux yeux de l’opinion publique et de  déstabiliser par la violence  les pays qui recomposeront le Nouveau Moyen-Orient. Dans des pays comme la Tunisie ou l’Egypte, la montée au pouvoir des frères musulmans par la voie démocratique servira à démanteler en douce les institutions étatiques et à aplanir ainsi le terrain avant l’entrée en scène des djihadistes. Par contre dans des pays comme la Libye, où l’état est inconsistant, on choisit d’instaurer immédiatement le chaos en détruisant le pouvoir politique et en mettant le pays entre les mains de bandes armées rivales. Dans les deux cas de figure, le délitement de l’Etat par la généralisation de la contrebande et par l’exacerbation des luttes intestines interethniques et interconfessionnelles constitue l’objectif premier du « printemps arabe ». En effet, avec la destruction de l’Etat, la classe politique, les acteurs économiques ainsi que l’ensemble des composants  de la société, dépourvus de garde-fou, finissent toujours par se livrer une lutte à mort dans la confusion la plus totale. Sans nul doute que les promoteurs du nouvel ordre mondial tiennent ainsi à vérifier l’hypothèse de « l’état de nature » si chère à Hobbes, tout en y mettant bien entendu leur grain de sel. Lynchages, viols, lapidations, scènes d’anthropophagie…C’est de loin  plus palpitant que tous ces  western d’antan où de  méchants peau-rouge torturaient à mort de paisibles visages pâles. Mais ce n’était alors que de la fiction. Aujourd’hui, quelques milliers de cabotins sanguinaires, armés jusqu’aux dents, font office de fossoyeurs attitrés d’une civilisation millénaire. Tous ces fanatiques manipulés tentent à travers les horreurs qu’ils commettent d’exclure du présent le monde arabo-musulman  en l’ensevelissant sous les décombres d’une histoire mythique qu’on veut sombre et barbare. A trop vouloir déterrer leur mythe,  ces fous-furieux de Dieu ne font en fait que creuser leur propre tombe et celle de ceux qu’ils combattent, tout cela sous l’œil sadique de l’Empire en construction. Générer la barbarie pour asseoir les bases d’un nouvel  empire, tel est probablement le dernier acte de cette tragédie qui ensanglante  depuis plus de deux siècles la planète. Cet ultime retour de la barbarie est certainement le signe annonciateur d’une civilisation qui s’autodétruit, impuissante face à l’inanité de son projet. La désacralisation des religions séculières plonge depuis quelque temps le monde dans l’incertitude et la confusion la plus totale. En effet, Les idéaux de liberté et d’égalité qui ont tenu en haleine tout le  XXème siècle ne sont plus en mesure d’entretenir l’illusion des lendemains qui chantent promis par la modernité. Ce vide symbolique insupportable ne tardera pas à être comblé par toutes sortes de replis identitaires. Un tel  processus permet dans les situations de troubles et de mutations rapides de verbaliser l’anxiété et même  de l’atténuer en redonnant, grâce à des référents historiques,  territoriaux, culturels ou religieux du sens à ce qui semble ne plus en avoir. C’est dans ce contexte que la machine à remonter le temps s’est mise en branle,  embarquant à son bord   des légions d’intégristes désespérés tentant d’échapper magiquement à l’asphyxie du présent.  Mais une fois radicalisée, cette « proclamation identitaire » s’exacerbe et  aboutit à une polarisation antagoniste où  l’altérité menaçante   devient un danger  imminent qu’il faut immédiatement détruire. C’est cette logique de l’anéantissement de l’autre promue par le nazisme  qui réapparait en ces temps troubles d’une civilisation qui agonise. En effet, à  l’image du mouvement volkisch qui a fait le lit du nazisme en Allemagne, l’intégrisme juif et l’intégrisme islamiste s’accordent  pour ressusciter chacun de son côté sa propre histoire mythique.  Les sionistes en procédant depuis plus d’un demi-siècle à des massacres ponctuels de palestiniens, s’adonnent en quelque sorte à un rite sacrificiel  sensé épurer leur prétendu espace sacré.  Les takfiristes usent de la même violence pour exterminer les apostats, épuration  nécessaire à l’exhumation de leur khalifat mythique.  Il importe toutefois de souligner que bien que s’identifiant aux fondamentalismes religieux, ces obsessions identitaires pathologiques ne sont autres qu’un pur produit d’une modernité aux abois.

 

Les massacres perpétrés par les sionistes à Gaza, déchiquetant jour après jour et sans jamais se lasser les corps de femmes et d’enfants et les horreurs commises par Daech en Syrie et en Irak… une telle violence insensée finit par fissurer l’image que nous avons  de nous-même. Mais Lorsqu’on voit des israéliens exulter de joie sur les réseaux sociaux, savourant en barbares les carnages commis par leur armée et lorsqu’on voit des djihadistes exhiber triomphalement les entrailles de leurs victimes, on finit par comprendre que le processus de déshumanisation entamé depuis des siècles  vient d’être parachevé. La crise identitaire consécutive à la crise de valeurs d’une civilisation qui chavire tombe au bon moment pour  ces Machiavel du néolibéralisme. Incapables de continuer à tirer profit du capitalisme productif et sachant pertinemment que les jours du capitalisme financier sont d’ores et déjà  comptés, ils choisissent de rafler la mise. Si la destruction  des sociétés arabo-musulmanes par la manipulation et l’exacerbation des conflits ethniques et confessionnels bat aujourd’hui son plein, la faillite imminente des états européens risque de plonger de son côté  les peuples d’Europe dans un cycle de violence inouïe. Le chaos constructeur aura ainsi parachevé son œuvre destructrice.

Fethi GHARBI

1) http://fr.wikisource.org/wiki/Code_noir/1685                                    

 2) Laurent Estève : Montesquieu, Rousseau, Diderot : du genre humain au bois d’ébène . Les silences du droit naturel  Ed. Unesco

3) http://inter.culturel.free.fr/textes/indigenat.htm

4) http://www.democratie-socialisme.org/spip.php?article1315

5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_v%C3%B6lkisch)

6)  Volk qui signifie peuple en allemand constitue pour le mouvement volkisch un tout unique, une communauté immuable tournée vers un passé mythique que les évolutions de la société dans les années 1860 désorganisent et disloquent. Pour le  mouvement, les agents de division de la nation allemande sont les libéraux et les Juifs fervents défenseurs de l ’universalisme.

7)  Ian Johnson, Une mosquée à Munich. Les nazis, la CIA et la montée des Frères musulmans en Occident, JC Lattès

8) http://www.youtube.com/watch?v=Osc2o5Vs4Z8&hd=1#

9) http://www.youtube.com/watch?v=Z7LmCs51Z5g&hd=1

10 Daniele Ganser,  Les armées secrètes de l’OTAN , édit. DemiLune

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Donald fait rire une blonde

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Trump lance une ligne de sous-vêtements!

La merveillure du chat du VUS

Résultat de recherche d'images pour "Maude Lewis peintre"

The White Cat, Maud Lewis 

***

J’ai fait le trajet de quelques kilomètres avec un homme propriétaire ou locataire d’un VUS. Il y a des êtres d’éternité d’ici qui trouvent passionnant cette vie de « citoyen modèle » dont la réussite, l’ultime, est dans la merveillure (sic) de ce monde.

All Things Must Pass, disait George Harrisson. Et, en plus, il le chantait… Le conducteur, lui, était ivre de toutes ses réussites sociales, y compris les diplômes de ses enfants, leurs professions  ainsi que de l’intelligence des gadgets dont il était entouré. Autant dans son véhicule semi-spatial (déjà reflet de ses vues) que celles de ce « monde ».

C’est à 14 ans que j’ai cessé d’avoir des ambitions. C’est déjà bien tôt pour être mal vu. Les ambitieux d’une ambition différente sont des parias. Oui, on est mal vu quand tout ambition peut se résumer à apprendre la complexité des êtres, de nos âmes ( Hun, selon le taoïsme). Rejeté au rang des lâches et des loosers.

Mais puisque toute société et, par conséquent, l’avenir de cette planète passe par le chapelet des « HUN », il faut être conscient non seulement de ses actes et de sa multiplicité, mais chercher un peu plus loin que le rein et autres pièces « détachées » du module chair.

La nourriture sociale actuelle étant d’un clinquant de pubs, même celles projetées par l’État dans lequel nous vivons ( que trop de liens sales avec la gente des affaires), il faut e méfier de cette vision pauvre qui nous est le plus souvent imposée.  Le corps n’est qu’une machine. L’Univers est une machine. Une machine étriquée au rang de la compréhension humaine…Elle même – si amoureuse des raccourcis pas trop fatigants – émincée. On ne recherche pas la subtilité, on la croit. Du moins on croit celle qui nos est vendue. Et les acheteurs sont nombreux. On s’arrange pour que vous n’ayez plus le droit de penser par « vous-même » en vous occupant. On fait de vous le lapin qui coure le plus vite.

Voilà notre monde mené par des enfants qui ont perdu toute leur magie. On vous dépouille de celle-ci comme on a dépouillé les peaux des bêtes pour en faire des chapeaux à l’échelle du marché et des modes.

La culture de la certitude…

Or, nous sommes tous des tableaux jamais vraiment terminés. Pareil à celui de la peintre Maude Lewis qui avait refusé de vendre un tableau représentant un chat blanc. Il n’était pas terminé puisqu’elle n’avait pas encore peint ses yeux.

C’est malheureusement ce dont à quoi nous sommes livrés en ce monde: vendre vite et cher des toiles non terminées. Des créatures sans vision mais aptes à l’esclavagisme.

Gaëtan Pelletier

Informatés

On voudrait que les poètes écrivent des odes à la beauté de ce monde. On voudrait qu’ils en déterrent les  joyaux, qu’ils soulèvent  la laideur comme on lève un tapis. Hélas! Hélas! La saleté est exponentielle, donc irréversible. Il faudrait changer de tapis…

C’est un beau grand tapis bleu qui tourne au gris, peu à peu…

 Tout est en train de se fondre dans le grand canyon de l’avoir,  enfoui et enterré avec une valeur égale au petit marchandiseur terrien d’un orgueil gaufré.   Ce cueilleur-chasseur,  de par ces nouvelles armes sophistiquées et invisibles,  et son œil tout feu, tout flamme,  guette ses proie qui parfois se fanent. Mais il en viendra d’autres…

Il est là, atterré, nargueur comme un gamin devant l’incompréhension  de son propre être, des animaux, du Cosmos,  de ses dieux, et d’une planète il habite et  brûle en même temps.

     L’Homme craint maintenant la mort, par peur  de voir  fondre son ego putride  qu’il chérit tant. Il est en extase devant la pile d’objets  flamboyants qu’il a crée, pis encore, dédaignant ses semblables qu’il ramène au rang de leviers à richesses : l’autre n’est un objet au même titre que ses  « créations ». Créations d’une foultitude de futilités infécondes pour la race humaine. Mais il invente et  mitraille à coups d’usines aux machines sophistiqués, inondant les marchés.

   Souvenons-nous que chaque objet que nous achetons est un objet à jeter… un peu plus tard. Et, il y 40 ans, c’était aujourd’hui et « un peu plus tard ».

Pendant que la Terre vide ses glaciers servant à tempérer  le garder au chaud et à 70% d’eau, il reporte  à  grands vœux,   avec l’aide et  les manigances des chefs d’État alliés, eux-mêmes  souventes fois et   prisonniers   du charabia des affairistes qui nourrissent un immense  coffre-fort invisible.

Les Robinson Crusoé affairistes ont conçu le grand projet d’acheter toutes les îles, même  celles qui tournent dans l’espace.

L’informaté

Goebbels est maintenant une lignée insignifiante de chaînes de télévisions et de réseaux bavards, trafiqués : l’internet.   Notre esclave a toutes les chaînes. Salflix et autres abuseurs publics qui,  dans leur grand cirque impudique,  amusent notre esclave enchaîné. Assis devant sa télé HD, il dévore tout : séries de meurtres en série, nouvelles et re-nouvelles 20, 30 fois par jour.  L’info, c’est  le AK 47 . Et les enfants ont maintenant plus d’écrans que de mamans.

Il est informé formaté. Gélatiné et ronronnant d’hypnotisme dans les  vapeurs tassées  de la décadence de ce monde. Il communique Wifi de par  les médias sociaux. À distance de ses semblables.  Il n’a pas sa langue dans sa poche : il a les doigts sur son clavier et il  a perdu toute humilité. Il hurle, se plaignant  de la violence de son monde. Il gigote et se tortille tel un enfant gâté.

Le dénaturé

Il a perdu la langue  des arbres, des pigeons et des étoiles : la vision des racines profondes de ceux-ci. Bref, de tout le vivant auquel il appartient.  La nature, maintenant, lui est extérieure.  Il a décimé  des forêts  entières,  empoisonné des rivières  les rivières, plastifié les océans, et, sans le savoir, il fait maintenant partie de tout les poisons qu’il a injectés à cette nature.

 Mais ce n’est pas lui… Il se plaint de l’air empoisonné. Mais ce n’est pas lui… C’est l’autre. L’autre, cet autre lui.  

Il sait toutes les nouvelles de la planète, mais ne connaît pas le génie du chant des oiseaux et la beauté de ces  peintures volantes. Il a perdu la poésie de la vie en échange des formes mécaniques et électroniques.

Il a construit ses propres dieux.

On lui a donné une voix, mais c’est celle d’un Freud barbouillé et d’un punching bag électronique.

La fin des montres

Un jour, les montres seront inutiles. Dans un siècle, ou quelques décennies, ce bel   univers s’effondrera devant la légèreté d’un être devenu l’esclave chevillé de métaux et de pirate de banques. Il ne saura jamais où il a été transporté. Les sables seront si chauds, et sa chaumière de 850,000$ $ si brûlante, qu’il achètera de  la glace au Pôle-Nord. L’enfant qu’il est ne demandera que de l’eau et de la glace au père Noël.  On aura alors transformé   les feuilles d’orangers, la truite arc-en-ciel, les carrés de jardins et le fruit de la passion en or.

Et cet or inutile éveillera notre petite créature. 

Mais Icare aura mis le feu à ses ailes.

Il n’ira jamais plus loin qu’ici.

C’est lui qui aura le soleil qui fera fondre ses ailes gluées de sa prétention et d’orgueil.

Peut-être que la poésie lui aurait fait comprendre ce qu’est l’amour-propre…

Gaëtan Pelletier

Saint-Pascal, Kamouraska

Le 21 décembre 2020

 Pelletier, Gaëtan

L’ÂMOGRAPHE

J’ai l’image de mon esprit qui flottait au-dessus

de ma couchette. Lorsque ma mère entrait dans

la chambre, je la voyais d’un angle étrange,

comme si je me promenais au ras du plafond.

C’était normal pour moi. Sortir de mon corps.

J’étais né avec ce «pouvoir» et je croyais que

tout le monde le détenait. . Je l’ai conservé

jusqu’à la puberté. Il a disparu doucettement.

À mon grand regret…

Quand on naît, on est au temps zéro. Mais on ne sait pas trop comment cela va se passer. C’est une sorte de coma nécessaire à la douleur de la naissance. Et on passe bien des années à essayer de s’adapter à ce monde étrange de la matière.

Il n’y a pas de vraie différence entre la naissance et la mort : à la mort, tranquillement, la vie nous quitte, et la lueur des yeux s’en va, comme une lumière usée.

C’est à peu près pareil pour toute vie. Nous nous croyons différents, et nous le sommes ; nous nous croyons unique et nous le somme. La similitude nous sert pour tout l’aspect social de nos vies et dans nos rapports avec les autres. Pour le reste, la vie est une aventure unique et si la conscience est un tant soit peu allumée, elle peut être le plus beau voyage : celui de créer sa propre foi et d’y douter. Le doute est aussi important que la foi. Croire c’est mourir, douter c’est vivre.

C’est comme ça que je suis né. C’est comme ça que je mourrai…

***

Je suis né dans un village qui ressemblait à un nid : une vallée semée de maisons entourée d’îlots d’arbres. Oui, à un nid, et je me dis que c’est pour cette raison que je me suis toujours senti un oiseau.

De la forêt. Jusqu’au Maine… Deux rivières. L’une se situait aux États-Unis, l’autre au Canada.

Mon père et ma mère s’étaient mariés en 1941. Peu après que mon père fut enrôlé dans l’armée. De force. Se refusant à y aller , il avait donc cessé de manger des jours durant pour s’affaiblir et ne pas passer l’étape médicale. L’Europe était trop éloignée… Ce n’était pas sa cause. Ou bien il avait peur…

Je me souviens que nous habitions un deuxième étage d’une maison qui appartenait à mon oncle de souche irlandaise. Une maison sise au bas d’un terrain en pente. Derrière on pouvait apercevoir un champ, une voie ferrée et, en arrière plan une rivière. L’inclinaison était si forte qu’en jetant un coup d’œil à la fenêtre on pouvait y voir passer les quelques voitures de l’époque. Des mastodontes lourds, pour la plupart noir, de sorte que l’été on avait l’impression de se promener dans un four.

Mon oncle était roux comme une carotte et s’emportait fréquemment. Surtout lorsqu’il buvait. Souventefois. Alors «l’ire» s’emparait de lui. La plupart du temps il se chamaillait avec son frère.

Lui, il alla à la guerre, débarqua en Italie, se fit tirer une balle dans le pied pour s’enfermer ensuite dans une cave à vin attendant les secours. Il en ressortit deux jours plus tard, ivre mais vivant. C’est la seule façon de gagner une guerre… Ne pas mourir. Et il la gagna. Il boita presque toute sa vie et traîna son accent irlandais dans un français qui se désintégrait à mesure que la bouteille baissait. Sa pension de vétéran fut son principal soutien.

1952

J’étais dans le Maine. Un champ de pommes de terre. Automne. Tôt le matin. Il y avait plus de buée dans les champs que sur les fenêtres. Des vapeurs étranges… Le soleil frappait la terre et le choc de la chaleur du froid des champs formait des nuages. Les tracteurs chantaient avant les coqs. La terre avait une haleine de pommes de terre pourries. Les champs humides, les sillons, les bruits des tracteurs et, au loin, comme des foulards de brumes courant sur les champs. Des tonneaux de bois. Des bruits de patates qui tombaient au fond. Un tambourinement dans l’air frisquet du matin qui nous glaçait le dos. On déjeunait tôt le matin. Le soleil apparaissait l’œil à demi ouvert à l’ouest et il traînait des flaques d’ombres dans les vallons.

Aller aux patates était à cette époque une façon de gagner sa vie. Une manière de survivre. Mes parents avaient été élevés pendant le crack de 1929. Et les menus de table étaient composés de recettes inventées à partir de légumes et de jarrets de porc. Noël était une orange. La pauvreté, presque la misère, ils l’avaient connue. Ma grand-mère avait accouché de dix-sept enfants. Ça faisait des bouches à nourrir. Avant qu’ils ne deviennent des bras, les temps étaient durs. Plus tard on appela cela «la revanche des berceaux». Un manière de combattre le fait anglophone du pays. Les conquérants anglais versus les abandonnés français.

Le soir venu ils se couchaient le dos brisé, pour se relever le lendemain en se jetant en bas du lit. C’était ça la vie. Ils y passaient trois ou quatre semaines puis revenaient dans le nid de Pohénégamook : c’était suffisant pour passer l’hiver. L’été on jardinait. On semait du navet, des carottes et des pommes de terre… Il y avait toujours un petit poulailler derrière les maisons pour les œufs et la poule… le dimanche. Quand on a faim, personne ne se demande si l’œuf vient avant la poule. On ne se demande rien ; quelqu’un est là pour résoudre le problème du sens de la vie. On pousse dans l’étroitesse des apprentissages souventes ffois utiles aux sociétés. Mais au delà , il y a la vie intérieure plus riche, plus cachée, que tout le monde cache : la passion de l’existence où certains sont morts avant de naître, ou un peu après, rien que pour n’avoir pas douté de la foi. Mais avant le luxe d’être soi, il faut avoir le luxe de manger…

Ce devait être vers la fin août que l’on procédait à l’embauche des travailleurs. Je me vois encore dans le sous-sol de l’église, à Estcourt, par un beau dimanche au milieu d’une foule qui piaillait. Ils étaient grands, trop grands. On me bousculait, on chahutait. Je me sentais malmené. Il y eut un gémissement. Une femme perdit conscience près de moi. Elle s’affaissa et je vis son crâne heurter le plancher de ciment. Ses yeux révulsés me figèrent sur place. J’entrevis un filet d’écume qui sourdait de sa bouche. Les gens paniquaient. Le temps parut s’arrêter. Je me suis sentis soulevé. Mon père me tenait dans ses bras. Un attroupement se forma. On prit la femme pour la transportée. Elle fut aspirée dans la foule. Une grande porte s’ouvrit et un pan de lumière inonda quelques secondes l’étouffoir de ciment et de pierres.

Au retour, on ne parlait que d’elle. Elle mourut à son arrivée à l’hôpital.

Nous sommes retournés dans le Maine cet automne-là. En revanche, mon père et ma mère ne se levaient plus pour aller aux patates, ils se levaient encore plus tôt pour nourrir ceux qui y allaient. Je pense que c’est ainsi qu’il apprit son métier de cuisinier. Il remplaça le cuisinier, passant de valet de cuisine à …chef.

Je passais mes journées à jouer dehors, près d’une route de terre en tirant avec un pistolet de plastique sur les gens qui passaient en voiture. Les travailleurs rentraient, essuyaient leurs gros pieds sur le perron et rentraient manger. Ils avaient tous le même parfum : celui des pommes de terre pourries.

De temps en temps nous allions au cinéma. Je n’ai vu que des western américains. Des chevaux, des cowboys, des méchants, des bons, de la poussière, des bagarres. Ce n’était que de la fiction, mais cela ressemblait curieusement à la vie.

Il y avait près de la maison un petit ruisseau. J’y bâtissait des bateaux des débris de bois qui traînaient ça et là. Les courants et les entrelacs dans leurs gargouillis constants me fascinaient. Et les quelques algues vertes qui dansaient me charmaient de par leur flottement curieux d’ensemble. Un ballet vert sous un ciel bleu.

Je bouffais de la terre. On ne sait pas pourquoi les enfants bouffent de la terre. Je ne peux me souvenir du goût, mais je me rappelle bien de l’âpreté du sable dans ma bouche.

Je ne savais pas que j’avais cinq ans. On ne se rappelle jamais de l’âge qu’on a.

J’avais plus de doigts que de bougies sur mon gâteau. J’avais du souffle pour éteindre un feu, mais je ne savais pas encore comment le diriger vraiment.

On est malhabile quand on est tout petit. Quand on est grand on pense qu’on ne l’est plus.

À chaque anniversaire on est tous pompier. Je sais maintenant que les feux grandissent plus vite que nous.

« Il a tiré ici, regardez ce trou.» Il affichait son T-shirt

avec une percée cerclé comme une brûlure juste en dessous de

l’aisselle.

Mon premier frère vint au monde le 2 février 1952. Il y eut des complications après la naissance. Il fut hospitalisé à Edmundston. C’était loin, pour moi, et très long le trajet. J’ai le souvenir flou d’une visite à l’hôpital. On découvrit qu’il était allergique au lait. Au lactose dirions nous aujourd’hui.

Lors des repas , et que je le voyais s’agiter dans sa chaise de bébé, ma mère cachait le lait sous la table. Il en raffolait, mais ne pouvait pas en manger.

Mon père essayait tous les métiers. On qualifiait ma mère «d’intellectuelle». Elle passait son temps à lire : des revues et des nouvelles glissées dans des romans-photo. Il n’y avait pas de soap opéra dans les années cinquante. Il y avait ces revues aux histoires d’amour.

Le diplôme qu’elle avait à l’époque lui aurait permis d’enseigner. Mais j’ai appris plus tard qu’elle travaillait dans un salon de coiffure comme assistante. Et mon père acheta une chaise de barbier. L’appartement n’était pas grand. La chaise prenait une grande place, et il y avait toujours du monde à la maison et du poil sur le plancher. Il commença à demander 15 cents la coupe. Puis un peu plus tard 25 cents. Comme tous les hommes de l’époque, il avait les cheveux gommés. Ma mère était maigrichonne. En revoyant les photos léguées à la suite de sa mort, je voyais une petite femme aux yeux grands et clairs, les jambes un peu arquées. Sous cette apparence frêle se cachait une âme têtue. Les photos avaient été prises par mon père. Les photos en couleur étant rarissimes il les avaient retouchées avec des crayons pour colorer. Cela donnait un résultant étrange : entre la photo et la peinture. Barbier, peintre, violoniste. Je pense qu’il avait l’âme d’un artiste et que c’est la raison pour laquelle il eut autant de difficultés dans sa vie. Quand il buvait, il imitait mes oncles et mes tantes. J’entends encore les rires de ma tante Yvonne et Aurore pour qui il avait un certain penchant. Parce qu’elles étaient en chair et qu’elles riaient toujours. Il n’avait pas le droit de les aimer de sa chair, mais il les aimait en désir, sans doute. Je savais que cela agaçait ma mère. Plus tard, bien qu’elle entretenait des liens plus ou moins étroit avec ses sœurs, elle se méfiait d’elles.

Ma mère, elle, n’était pas naïve. Et dans cet univers de cachotteries de sentiments et de passion, j’ai cru comprndre qu’elle avait préféré se taire, et s’enterrer elle-même pour ne pas créer de remous. C’était une grande âme étouffée, qui paraissait fragile. Elle acquiescait en silence sur tout, mais au fond d’elle-même, elle rejetait souvent. C’était là son doute… Mais au fond se cachait une force non pas de la nature mais de la vie plus profonde comme si un instinct, une révélation lui dictait qu’il existait un sens et un but plus profond à la vie, mais qwu’il nous était inconnu.

Ma grand mère avait accouché de 17 enfants. Pour la revanche du berceau, au Québec, elle avait fait sa part. Je ne sais pas si elle les avait fait avec passion, mais au moins on aurait pu croire qu’elle était une fabricante d’âmes pour l’église catholique dont le but est toujours d’offrir à Jésus et à son père le plus de disciples possible pour le paradis. À la différence d’une secte, on ne voit pas le guru.

Il ne savait pas qu’on pouvait être «différent». Il n’a jamais su assumer cette différence. Il n’avait jamais aimé l’école. Écrivant au son, il se sentait à la fois gêné et frustré : être quelqu’un passait par le pouvoir de l’écriture et du discours. L’estime de soi lui manquait. Et cette tare se répandit dans la famille par ses chromosomes.

Le temps avala quelques horloges et je me retrouva chez un arracheur de dents… Déjà… Cette faiblesse me poursuivit toute ma vie. Et à chaque fois qu’il me conduisait chez ce médecin qui m’arrachait une dent, j’avais droit à un cadeau. Le dernier fut… des dentiers. Mais ce fut plus tard, bien plus tard…

***

Un jour, deux types entrèrent dans la maison. Mon père pensa sans doute qu’ils voulaieint une coupe de cheveux. Ce qui se passait sous mes yeux avaient l’air d’un drame. Il pratiquait égalment le métier de chauffeur de taxi, et les deux types en voulaient un. Je ne parvenais pas à saisir cet air sombre qu’il arborait. Mais quand il partit je pouvais lire l’angoisse de ma mère.

Il revient tard le soir, refusant de dire où il avait laissé les deux types. Mais il enleva son T-shirt blanc et montra à ma mère un trou, sorte de perforation brûlée, juste en dessous de l’aisselle : quelqu’un lui avait tiré dessus.

Alors, pendant des jours, au petit village, les gens firent un pèlerinage pour voir la trace de balle.

Il l’avait échappé belle. Il garda longtemps en souvenir le T-shirt. Mais comme tous les souvenirs dans la vie, d’autres événements se préparent, et bien des oublis passent.

Mon premier ami fut un porc. On n’a pas de préjugés

envers les porcs quand ceux-ci jouent avec vous et

vous démontrent une intelligence et une sensibilité

qu’on ne rencontre pas toujours chez les humains.

– Il n’ira pas à l’école, dit mon père.

Curieusement, mais qui avait tant soif de savoir, j’en fus chagriné : on allait regarder mon entrée à l’école parce qu’on avait déniché un job quelque part en forêt, au nord du Québec.

Le voyage fut long. Je crois que la première étape fut de s’arrêter à Québec où il loua une chambre. Il passa visiter ma tante Cécile qui avait émigré en ville. L’une des rares à ne pas avoir demeuré en campagne.

La chambre qu’il avait loué était situé au 4ième ou 5ième étage d’un hôtel avec vue sur le port et tout l’achalandage qui me rivait les yeux à la fenêtre. Je n’en revenais pas de toutes ces lumières, moi, issu d’un village où les étoiles faisaient office de lampadaire.

Nous sommes partis le lendemain pour un voyage qui me parut une éternité. Il devait être 7 ou 8 heures quand je m’endormis dans l’auto pour me réveiller dans une puanteur étrange : mon jeune frère, un bébé de deux ans, m’avait fait dessus.

Ce soir-là nous avons couché dans un motel. C’est dans cette entrée que j’ai vu pour la première fois un appareil de télévision. Je me souviens avoir vu un avion passer dans l’écran. J’ignore jusqu’à quel point peuvent s’aggrandir des yeux quand on voit des images sur un écran pour la première fois. Mais je n’étais plus que yeux rivés sur cet appareil.

Les souvenirs d’après sont vagues. Je me suis retrouvé le lendemain dans une auto-chenille à travers une forêt sombre. À travers les hublots on pouvait voir les goutelettes glisser et les arbres vaciller. Un train d’enfer, des odeurs d’huile et des chapelets d’injures parce que la voiture tanguait. Ce n’était pas une route, mais une voie à travers les arbres. Et il devait avoir plu en abondance cette année là puisque l’auto-chenille s’est enlisée dans la boue et il fallut une éternité pour la sortir de là. Je pense qu’il a fallu un camion pour la tirer afin de poursuivre le chemin.

L’hiver arriva. Le sol gela, les premiers flocons de neige descendirent doucement pour recouvrir le sol.

Mon père se levait tôt pour cuisiner et ma mère lui servait d’assistante.

J’allais jouer dehors à tous les matins. C’est comme ça que je fis la rencontre d’un porc qui venait chaque matin manger derrière la cuisine, près de la porte. On lui jetait un sceau des restes du repas. Avec le froid de canard qui régnait déjà, des vapeurs fumantes se dégageait du tas de nourriture. Il prenait son repas sur un lit de neige. Puis quand il était rassasié, il venait à ma rencontre. Je ne sais pas qui des deux était le plus curieux. Lui me reniflait, moi je le regardais. Je connaissais les chiens, les chats, les vaches, mais je n’avais jamais vu un animal semblable. Étrangement, je ne le voyais pas comme un animal. Au sens d’une créature pas trop évoluée et dépourvue d’intelligence. Je ne connaissais rien à ce qu’on nommait intelligence. J’étais un instinctif tout à fait ouvert à tout ce qui se présentait. Connaître sans préjugé. Vraiment connaître. Apprendre les préjugés c’est rétrécir sa vision de la vie. J’ai eu la chance d’apprendre seul sans que quelqu’un me dise qu’un porc est laid et visqueux ou sale. C’est sans doute pour cette raison que j’ai détesté, plus tard, l’école et les formes d’apprentissage qu’on fait aux enfants. On leur montre si tôt ce qu’il faut faire ou ne pas faire, penser ou ne pas penser que le système, la grande fabrique de travailleurs et on traite l’enfant comme si c’était un ignorant. Il l’est, mais en quelques années, si on le laisse un peu libre, il en sait déjà plus que bien des adultes.

Revenons à nos…porcs.

Je pense que notre premier échange fut très intéressant : lui se servait de son nez, moi de mes yeux. Mais au fond il y avait quelque chose de bien plus profond et fondamental : l’instinct que nous partagions. Et le porc n’avait pas de préjugé envers moi non plus. Mais comme toute créature différente il fallut nous apprivoiser : je craignais qu’il m’attaque, je craignais sa réaction, mais il avait également peur de la mienne : lui avait déjà vu des humains, lui. Et je compris plus tard à quel point le porc avait raison.

Il était gras et poilu… Une peau rose recouverte d’une sorte de duvet blanc. J’étais impressionné par son gros museau et son langage étrange. J’avais déjà appris un peu d’anglais dans le Maine, j’étais ouvert à tous les sons qui se présentaient. Et comme tous les humains, je cherchais un sens aux choses.

Je vis que le porc avait une queue en tire-bouchon. C’est étrange, mais chaque fois que j’ai ouvert une bouteille, tard, très tard dans ma vie, je voyais la queue du porc ouvrir la bouteille, comme une fête…

Le porc commença à me taquiner avec son museau. Je compris qu’il voulait jouer. Mais à quoi peuvent jouer un porc et un enfant ? Comme j’avais vu des films américains, j’ai pensé qu’il pouvait me servir de cheval. Je grimpai dessus et il se laissa faire. Il partit à grande course. C’était excitant. Mais étant donné les courbes de mon cheval, je ne pouvais rester que quelques secondes. Et c’est là que ce passa la magie : quand je chutais, il s’arrêtait. Je rembarquais et nous partions en trombe avec toujours le même trajet : le tour du camp.

Nous avons joué comme ça pendant tous les mois d’hiver. À chaque matin je retrouvais mon porc à l’entrée, le lancement du sceau, les vapeurs aux odeurs toujours pareilles. Je le laissais déjeuner en paix et quand il était prêt nous jouions au cowboy.

Je suis devenu très habile à monter la monture. Mais le porce allait tellement vite qu’un jour je fis une chute en tournant le coin du camp qui me marqua. J’étais sonné… et pour de vrai. J’avais le visage planté dans la neige et je ne voyais plus rien. La tuque toute croche et je tentais, bedaud, de me relever. Le porc vint vers moi et se mit à parler. Comme s’il voulait me secouer. J’ai alors replacé ma tuque, essuyé le visage et remonté sur ma monture.

Mais comme dira plus tard Geoges : All things must pass. Et c’est ainsi que le porc disparut parce qu’il avait été élevé pour nourrir les bûcherons du camp. En ai-je maingé6 Je ne sais pas. Sans doute que oui. Ceux qui disparaissent prennent toujours une autre forme…. Ils en deviennent invisibles.

Il y a probablement un peu de porc dans tous les êtres que j’ai rencontré dans ma vie. Je ne me suis pas fié aux dires, je me suis fié à mon instinct. Rares sont ceux qui ont passé le test. J’ai toujours eu du flair pour les méchants…

Il se passa deux ou trois incidents pendant cette hiver-là : un bûcheron fut attaqué par un orignal, je suis allé à la rencontre d’un ours et j’ai tenté de le caresser. Tout le monde me regardait à partir du camp. Personne ne sortait de peur que la bête ne me déchiquète. Mais je suppose que les bêtes ont un flair pour les «enfants». J’ai encore le souvenir des chevaux attelés à leur traîneaux aux skis de bois plaqués d’acier sur lesquels j’embarquais parfois. Il y avait le froid, le froid mordant, et les museaux des chevaux qui crachaient de leurs narines des jets de vapeur.

Puis au printemps arriva un couple avec deux enfants. Je pense que c’était le patron… J’ai joué avec les deux enfants, dans un petit camp, à un jeu étrange : fabriquer des images à partir de cubes. L’une m’avait particulièrement frappé : c’était celle d’un diable cornu. Qui donc m’avait déjà appris la peur du diable,la crainte de l’enfer ? On ne sait pas ce qu’on enseigne aux enfants à travers les discours des adultes que ceux-ci entendent sans…écouter. Ce sont comme des messages subliminaux. Les premiers, sans doute.

L’été passa. L’école m’attendait…

L’avenir de force

Das Boot

 » On n’a pas éteint pour si peu la TV. Quand il n’y a plus rien, elle joue encore : son vide crie. C’est un cri aigu qui ne monte ni ne baisse : il est droit. C’est un appel qui nous tire, un vecteur irrésistible, comme un train ininterrompu qui nous passerait sous le nez. On résiste puis on suit. Ça exaspère puis excite. Ça nous rend fous, mais si fous que gais, que soûls, qu’on n’a plus peur de rien, qu’à tue-tête on met au défi Dieu, Diable, Homme, Bête, Minéral, Végétal, de nous faire fermer jamais notre TV.  » L’hiver de force, Réjean Ducharme 

***

L’humanité , son histoire, ressemble à une bonne cuite en train de se terminer dans un bain-océan de vomi. On a trop bouffé des ces saletés d’idées, camisolés dans des théories de banquiers, de politiciens en radeaux. On n’est pas mieux qu’un Khmer rouge le cou roulé dans son foulard et la bouche remplie de formules robotiques pour « changer le monde ».  Tous les dirigeants, à commencer par  les banquetiers visqueux et parasites, charmeurs et serpents à sornettes.

Quand, les dimanches matins, – comme s’il ne me restait qu’une religion silencieuse, je prends mon vélo et je m’en vais faire un tour  pour lécher la beauté des arbres,  i l y a comme des vrilles de chants d’oiseaux, de vieilles granges en train de s’éteindre de par leur toit gondolé et peureux de la pluie. J’aime la bordure des routes de campagnes avec ses roches, ses bas-côtés frivoles de marguerites et de petites fraises des champs. On ne peut pas aimer la vie et arracher ce que la Vie a enfouie dans le sol pour nous empoisonner ni empoisonner le sol pour lui donner une autre vie que celle qu’il a . On ne peut pas être Monsanto et Saint-François d’Assise en même temps.

La Terre est sous acharnement thérapeutique. Une chimio de force et une camisole nommée « démocratie ». La vente aux ans chers est en train de finir. Il n’y a plus de vie tranquille et limpide. On est en train de se menotter mollement et insensiblement par credo de robots cuisinés sous des couches et des couches de tracés sonores et  visuels. Nous sommes l’homme éponge asphyxié.

Trop d’idées et pas de cœur!

Celui qui a inventé la roue n’a sans doute jamais pensé à la vendre… Aujourd’hui on invente pour vendre et non par utilité.

Ne prenez pas la peine de vous empiffrer d’idées, de « systèmes », de « grands projets ». C’est la malbouffe initiatique à extraire en vous la petite graine de gens biens chimifiée sous la pétarade de mensonges et d’idéologies.

Qui donc a besoin d’idéologies? Si les idéologies étaient efficaces, il n’y aurait pas des milliards d’humains souffrant de la faim ou en mourant tout simplement ou  complexement.

Alors, nous sommes tous migrants. On l’est de force. On nous a promis de beaux avenirs. On a eu les avenirs d’hier aujourd’hui. Sont encore plus laids qu’un Frankenstein à cravate.

Ben alors! Où allons nous? On nous dira vers un monde meilleur. C’est la chanson d’hier. En fait, la Terre étant constitué d’eau et les créatures également, on s’en va tous en radeaux rêvant de quitter un pays, une idéologie, mais avant tout une pauvreté de vivre nûment, et non pas décorés d’artifices comme un cerveau en arbre de Noël. Ça pétille de couleurs comme des feux d’artifice…  Le problème est que nous ne pouvons pas voir les dégâts de « l’en dedans ». On ne peut pas sortir de son cerveau et l’analyser. Mais Facebook et Google le peuvent… Beau progrès!

Si l’avenir est de force, où se situe donc cette chère démocratie et les « valeurs »  à défendre vantées par les forces canadiennes? Enrôlez-vous!

On est des migrants noyés à sec.

Mon pays, mes valeurs, ma femme, ma maison, ma terre, mon chien, ma banque (sic), ma bouffe, ma bière, mon amour,  mon vin de petit bourgeois avec son palais dans le palais, mon arbre, mon mari, mes recettes, mes pensées, mes « créations », mon émission « The Voice », ( ils ne veulent plus planter des carottes, ils veulent chanter pour vivre – c’est ce que font les oiseaux), ma patrie, ma voiture, mon idée, mon invention, ma pelouse, mon job…

On nous a appris à posséder… Quelle belle philosophie! Posséder. Rien ne se possède, tout appartient à la Vie, même la poésie, les mots, les chats, les pissenlits. On nous a désintégré par filaments. Comme une corde de pendue défibrée…

Et là, on se plaint, on pancarte, on se fait dépouiller, mais on ne comprend pas. On combat le fer par le caoutchouc. Bien armés les migrants des états  « évolués »! Félicitations!

On a le choix entre prendre  leur avenir de force ou s’en fabriquer un comme on fabrique un moule qui sied au fondement des gens simples qui veulent simplement travailler pour vivre, manger, et profiter de toute la beauté de cette petite planète bleue qui tourne comme une bille dans l’Univers.

On est si grands que ça? J’ai plus de respect pour la feuille de laitue et le vers de terre qui travaillent ensemble…

Gaëtan Pelletier

Avril 2014 –

L’art de la délogique

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Le 21 ième siècle est l’art de la délogique et du mensonge: On vous dira que c’est l’Océan ( les banques et les énormes entreprises) qui nourrissent les rivières ( les travailleurs, les citoyens, les « petits »).  Comme si les rivières et les fleuves avalaient l’eau des lacs. Que les océans remontaient vers les fleuves. Et que l’argent, finalement, façonne les humains…

Gaëtan Pelletier, Entrepreneur en reconstruction de la réalité