en m’inspirant du titre de l’article de Benoît Hopquin publié par Le Monde, il y a 5 ans, jour pour jour.
J’étais à Hiroshima l’automne dernier. C’est un lieu saturé d’images, trop connu, que l’on connait avant même d’y être allé. Le dôme apparaît une dizaine de fois dans Gen d’Hiroshima ou Gen aux pieds nus, tel qu’il vient d’être nommé dans la nouvelle édition paru l’an dernier (reprenant le titre original Hadashi no Gen, はだしのゲン), et le voir en vrai fait remonter plein de souvenirs de lecture.

source: “Gen aux pieds nus“, de Keiji Nakazawa, publié par Le Tripode
Il y a aussi les photographies des lendemains du 6 août 1945 dans mes livres d’histoires. Hiroshima appartient à ce petit nombre de catastrophes que tout le monde croit avoir déjà vues. Et pourtant, l’essentiel de la catastrophe nucléaire n’a justement rien de visible. Ce que l’on voit à Hiroshima, c’est la destruction. Au sens littéral, on peut penser à ce couple, désintégré, dont il reste juste la silhouette sur un mur. Hormis le dôme, l’essentiel échappe au regard. Et au delà de la destruction, c’est aussi la contamination, l’incertitude, le temps long pour ses victimes. Janet Farrell Brodie le rappelle très bien dans Radiation Secrecy and Censorship after Hiroshima and Nagasaki. Dès après le bombardement, les autorités américaines ont travaillé à censurer, contenir, déformer l’information sur les effets radiologiques, autrement dit à rendre moins visible ce qui, de toute façon, ne se voyait pas directement.
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