Portugal
République portugaise
(pt) República Portuguesa
Drapeau du Portugal |
Armoiries du Portugal |
| Hymne | en portugais : A Portuguesa (« La Portugaise ») |
|---|---|
| Fête nationale | |
| · Événement commémoré |
Mort du poète Luís Vaz de Camões () |
| Plus grandes villes | Lisbonne, Porto, Coimbra, Braga, Aveiro, Setúbal, Évora, Leiria, Faro, Funchal et Ponta Delgada |
|---|---|
| Superficie totale |
92 256[2] km2 (classé 109e) |
| Superficie en eau | 0,5 % |
| Fuseau horaire | Heure d'été : UTC +1 (WEST) |
| Gentilé | Portugais, Portugaise |
|---|---|
| Population totale (2026[3]) |
11 424 031 hab. (classé 83e) |
| Densité | 124 hab./km2 |
| PIB nominal (2024) |
+ 6,49 %[4] (46e) |
|---|---|
| PIB (PPA) (2024) |
+ 4,39 %[4] (52e) |
| PIB nominal par hab. (2024) |
+ 5,56 %[4] (52e) |
| PIB (PPA) par hab. (2024) |
+ 3,48 %[4] (43e) |
| Taux de chômage (2024) |
- 1,77 %[4] |
| Dette publique brute (2024) |
Nominale : - 2,87 %[4] |
| Monnaie |
Euro[n 1] (EUR) |
| IDH (2023) |
|
|---|---|
| IDHI (2023) |
|
| Coefficient de Gini (2023) |
|
| Indice d'inégalité de genre (2023) |
|
| Indice de performance environnementale (2024) |
|
| Code ISO 3166-1 |
PRT, PT |
|---|---|
| Domaine Internet | .pt, .eu[n 2] |
| Indicatif téléphonique | +351 |
| Code sur plaque minéralogique | P |
| Organisations internationales |
|
Le Portugal, en forme longue la République portugaise (en portugais Portugal et República Portuguesa), est un État transcontinental d'Europe du Sud-Ouest, dont le territoire continental est situé dans l'ouest de la péninsule Ibérique, et dont le territoire insulaire est situé sur la plaque continentale africaine pour Madère, et à cheval sur les plaques européenne et nord-américaine pour les Açores. Délimité au nord et à l'est par l'Espagne, au sud par sa frontière maritime avec le Maroc[7],[8] et les Canaries espagnoles[9],[10], et à l'ouest par l'océan Atlantique, ce pays est le plus occidental de l'Europe continentale[9]. Fondé en 1143, c'est le plus vieil État-nation d'Europe et ses frontières terrestres internationales, établies au milieu du XIIIe siècle, sont parmi les plus anciennes encore en vigueur en Europe et dans le monde[11]. Son expansion précoce dans l'Atlantique à partir du XVe siècle lui permet de posséder au XXIe siècle une zone d'exclusivité maritime de 1 727 408 km2, soit dix-huit fois sa superficie terrestre, classée troisième ZEE de l'Union européenne, cinquième d'Europe et vingtième du monde[12].
Le Portugal est constitué du Portugal continental, qualifié communément de Continente, et des archipels des Açores et de Madère, deux régions autonomes situées dans l'océan Atlantique nord, pour une superficie totale de 92 090 kilomètres carrés[13]. Du fait de sa situation géographique, de son histoire et de sa position de tête de pont de l'Europe face à l'Amérique et à l'Afrique, le Portugal se conçoit depuis des siècles comme un trait d'union entre l'Europe et l'Atlantique sud[14],[7],[n 3]. Membre fondateur de l'OTAN, étroitement lié politiquement et militairement à l'ensemble des autres pays occidentaux, le Portugal est membre de l'Union européenne, de l’OCDE, de l'ONU, du conseil de l'Europe et de l’espace Schengen, et il est l'un des pays fondateurs de la zone euro[15]. Dans le même temps, fort de son histoire atlantique et de son appartenance aux mondes ibériques, il est également membre de l'Organisation des États ibéro-américains (OEI) depuis 1949, et est l'un des États fondateurs en 1996 de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). Le Portugal entretient des liens politiques, culturels et institutionnels privilégiés avec les PALOP et surtout avec le Brésil, avec lequel il a établi en 1971 le « Statut d'égalité » (Estatuto de Igualdade (pt))[16]. En même temps, il entretient d'importantes relations en Europe avec l'Espagne et la France[17], l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie, qui sont ses cinq plus importants partenaires culturels et commerciaux[18]. Ce double ancrage est entretenu par le fait qu'après s'être définis pendant des siècles comme un peuple « à vocation atlantique », ne faisant pas vraiment partie intégrante de l'Europe, les Portugais ont choisi de se placer, à partir de 1974, comme un peuple « euro-atlantique », appartenant pleinement à la fois à l'Europe et aux mondes atlantiques, et situé au cœur de la lusophonie[14],[7],[19].
Fondé au XIIe siècle, le royaume de Portugal devient au XVe siècle l'une des principales puissances d'Europe occidentale, jouant un rôle majeur dans les grandes découvertes et se constituant un vaste empire colonial en Afrique, Asie, Océanie et Amérique du Sud. La puissance du pays décline à partir du XVIIe siècle. La monarchie portugaise est renversée en 1910, à l'issue d'un soulèvement militaire qui contraint le roi Manuel II à l'exil. La Première République portugaise (en portugais : Primeira República) est le régime politique en vigueur au Portugal entre la fin de la monarchie constitutionnelle, marquée par la révolution du , et le coup d'État militaire du . Puis, pendant plus de quarante ans, le pays est soumis au régime autoritaire d'António de Oliveira Salazar, jusqu'à la révolution des Œillets de 1974 qui met fin à la dictature et restaure la démocratie dans le pays. L'économie du Portugal a alors connu un essor important. Il devient à la fin du XXe siècle un pays développé selon les standards européens, économiquement prospère, socialement et politiquement stable. Le Portugal est un pays en mutation économique et sociale, qui effectue depuis 2015 un redressement économique rapide, après la crise socio-économique et politique de 2009-2013[20],[21]. Le Portugal doit relever le défi du renouvellement des générations, le pays a en effet la fécondité la plus faible d'Europe[22] et l’une des plus faibles au monde, tombée en 2014 à seulement 1,23 enfant par femme. En 2022, le taux de natalité du pays est remonté à 1,43 enfant par femme[23].
Durant la dictature de 1926 à 1974, près d'un million et demi de Portugais sont partis travailler en dehors du pays pour fuir la pauvreté de la campagne et les guerres coloniales. Les fortes zones d'émigration portugaise sont le Brésil, les États-Unis, la France[24], le Luxembourg (14,5 % de la population totale du pays)[25], la Suisse[26], l'Argentine, le Venezuela, le Canada[27], ainsi que la principauté d'Andorre (16 % de la population totale du pays)[28]. Avec plus de 30 millions de luso-descendants (descendants portugais) dans le monde, la diaspora portugaise est à l'heure actuelle l'une des principales diasporas européennes et mondiales.
Le tourisme, principalement balnéaire, est une ressource très importante, notamment en Algarve et dans la région de Lisbonne. Le climat subtropical de Madère et ses paysages singuliers en font une destination touristique appréciée. Le Portugal est l'un des pays les plus visités d'Europe avec 12,7 millions de touristes en 2019[29]. Il est également un grand pays viticole, réputé notamment pour le porto. Le Portugal est par ailleurs le premier producteur mondial de liège.
Le Portugal rayonne enfin par son action sur la scène internationale, et par les grands évènements qu'il organise. Sa capitale, Lisbonne, est depuis 1996 le siège de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). Elle a accueilli l'Exposition universelle sur le thème des océans en 1998[30]. Elle accueille en outre depuis 2016 le Web summit, confirmant son statut de pôle européen des technologies de l'information et de la communication[31]. L'Union européenne y a établi les bureaux de l'Agence européenne pour la sécurité maritime et de l'Agence de l'UE sur les drogues. Plusieurs Portugais sont ou ont été récemment à la tête de grandes organisations internationales : José Manuel Durão Barroso a été président de la Commission européenne de 2004 à 2014, António Guterres est le secrétaire général des Nations unies depuis 2017, et António Costa est depuis 2024 le président de l'Union européenne[32]. Entre 1999 et 2002, le Portugal a été l'un des principaux soutiens internationaux du Timor oriental dans son processus d'accession à l'indépendance. Célébrant les liens historiques et culturels les unissant, le Portugal a également obtenu, conjointement avec l'Espagne et le Maroc, l'organisation de la Coupe du monde de football 2030[33], après avoir été l'hôte du Championnat d'Europe en 2004[34].
En 2024, l'indice mondial du soft power établi par le cabinet de conseil Brand Finance plaçait le Portugal en 27e position dans l'indice d'influence mondial sur 193 pays, soit parmi les 15 % de pays les plus influents au monde[35],[36]. Ce bon classement ne doit rien au hasard. Pour des raisons historiques, et malgré ses ressources très limitées, le Portugal est un pays dont la politique étrangère a une vocation universelle. Sous-tendu par son passé impérial, son champ d’action est très large[14],[37]. La politique diplomatique habile et ambitieuse du Portugal est régulièrement saluée par les spécialistes en relations internationales et par la presse internationale[14]. Cette politique est soutenue par un réseau diplomatique dense rapporté aux dimensions du pays, constitué de 134 représentations officielles (77 ambassades, 48 consulats et 9 postes consulaires ou missions permanentes) et de 226 consulats honoraires[38]. La politique extérieure portugaise est basée sur trois principes stratégiques: intégration européenne, relations transatlantiques et lusophonie[39],[15],[40],[37].
Histoire
[modifier | modifier le code]Préhistoire
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Les plus anciennes traces de présence humaine au Portugal datent du Paléolithique, et remontent à plus de 400 000 ans avant notre ère[41]. Elles témoignent de l'existence de populations de chasseurs cueilleurs vivant principalement de cueillette[42]. Entre 200 000 et 28 000 ans, le pays est habité par l'homme de Néandertal, nomade, qui perfectionne l'art de la chasse, et circule dans toute la péninsule. Les sites liés à sa présence au Portugal se concentrent entre l'Estrémadure et l'Alentejo, et au nord du Douro[42]. Néandertal trouve l'un de ses ultimes refuges dans le territoire de l'actuel Portugal[n 4] avant de s'amalgamer à homo sapiens, qui le supplante vers 40 000 ans avant notre ère[42]. Durant le dernier maximum glaciaire (24000 à ), cette partie de la péninsule Ibérique joue un rôle déterminant de refuge pour les populations humaines[43],[44],[45],[46]. Le développement des premières civilisation retrouvées au Portugal date du Paléolithique supérieur : peintures et gravures rupestres des grottes d'Escoural (Alentejo), de Mazouco[n 5] (Tras-os-Montes) et surtout de Vale de Côa, datées entre 22000 et La majorité de ces traces se trouvent au nord du Tage, et sont le fait de groupes de chasseurs-cueilleurs. Vers , les Ibères peuplent l'intérieur des terres de la péninsule, qui prend dès lors le nom de « péninsule Ibérique »[47]. L'Asturien (7500-), culture épipaléolithique ou mésolithique caractérisée par la consommation de mollusques, la richesse de son industrie lithique, et l'utilisation d'un pic spécifique, le pico arredondado[48], s'étend depuis la Cantabrie jusqu'à l'actuelle province du Minho, au nord du Portugal[49],[50],[51].
Les premiers agriculteurs arrivent dans le sud du Portugal au VIe millénaire av. J.-C. Des économies agricoles, cohabitant avec des chasseurs-cueilleurs, sont établies le long des zones côtières de l'Estrémadure et de l'ouest de l'Algarve vers De là, l'agriculture s'étend à l'intérieur et au nord, où sa présence est attestée vers [52]. Entre 4000 et , le Portugal et la Galice voient se développer une culture mégalithique originale par rapport au reste de la péninsule, caractérisée par son architecture funéraire et rituelle particulière, ses pierres gravées de symboles, et par la pratique de l'inhumation collective[53]. On trouve dans tout le pays des milliers de traces et sites monumentaux de cette culture propre à l'ouest péninsulaire, avec une concentration particulière dans l'Alentejo[54]. Parmi les sites les plus connus, on peut citer le cromlech des Almendres près d'Évora, plus important complexe mégalithique de toute la péninsule Ibérique, et parmi les plus importants d'Europe, non seulement en raison de sa taille, mais aussi pour son état de conservation. On peut aussi citer les cromlech de Vale Maria do Meio ou de Portela de Mogos, ainsi que le dolmen de Zambujeiro. De nombreux éléments et sites de cette culture mégalithique ont continué à être utilisés dans les siècles suivants, servant aux rituels de fertilité ou intégrés aux lieux de cultes des religions postérieures, jusqu'à l'ère chrétienne, par exemple avec les antas capelas, les « chapelles dolmens »[55],[56].
Antiquité
[modifier | modifier le code]Période pré-romaine
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L'âge du bronze (2300–) voit l'établissement de contacts maritimes au nord entre le littoral atlantique et celui de la Bretagne, et des îles Britanniques, alors que le sud du pays entretient des liens commerciaux avec la Méditerranée : des Grecs et des Phéniciens venus de l'actuel Liban, ainsi que leurs descendants carthaginois, y installent de petits comptoirs commerciaux semi-permanents[58]. Le moteur de ce commerce est la richesse de la péninsule en métaux : or, argent, fer, cuivre et étain ; ainsi que le salage du poisson de l'Atlantique, réputé dans l'ensemble du bassin méditerranéen. Disposant de plus grands gisements européens de l'Antiquité, l'ouest de la péninsule Ibérique supplante pour plusieurs siècles la Gaule et l'Italie comme fournisseur principal d'étain du monde grec antique[59],[60]. De véritables routes de l'étain structurent alors les échanges des peuples de l'ouest péninsulaire, et les relient au reste de la péninsule, à l'Europe du Nord et au Bassin méditerranéen[59],[60]. Le transport des métaux se fait en articulant transports par voie terrestre avec des chevaux de bât et par voies fluviales en Hispanie méridionale[59]. Un âne ou un mulet peuvent transporter entre 80 et 150 kg, ce qui, pour l’étain, permet de fabriquer jusqu’à 1 500 kg de bronze[59]. Les Phéniciens introduisent la culture du vin et de l'huile d'olive dans la péninsule, y développent la pratique de la pêche[42]. Certains historiens ont avancé qu'ils auraient fondé Lisbonne autour de l'an [61],[62],[n 6]. Les Grecs s'établissent sur le site d'Abul, près d'Alcácer do Sal, et diffusent leur culture, contribuant à la légende qui veut qu'Ulysse ait donné son nom à Lisbonne, Olissipona en grec[63],[64],[65].
Dès l'âge du bronze, puis tout au long de l'âge du fer, des groupes indo-européens s'établissent dans la région, et se mêlent aux populations locales. Cette période, qui s'achève avec l'arrivée de Celtes entre les VIIIe et Ve siècles[66], aboutit à la formation d'une multitude de peuples. Occupant le centre et l'ouest de la péninsule, et regroupés en petits noyaux de population isolés, ces peuples développent à partir de l'âge du bronze final (IXe siècle av. J.-C.) une civilisation castrale originale, articulée autour d'agglomérations fortifiées, les castros[67]. Ces agglomérations, édifiées en hauteur, sont composés d'habitations circulaires, et assises sur l'agriculture et l'élevage[67]. Dans ces localités, composées en moyenne de 150 habitations, chaque maison est défendue par une enceinte, comme on peut en voir dans la Citânia de Briteiros[68]. On trouve aussi dans ces regroupements un édifice funéraire. Comme ils maîtrisent le fer, le travail de la terre devient plus efficace, les cueillettes augmentent, améliorant par la même les conditions de vie et la démographie. Cette civilisation des castros est commune à la quasi-totalité des peuples présents à l'époque dans l'ouest péninsulaire, avec la présence de sites archéologiques dans tout le Portugal[69].

Après plusieurs siècles de gestation, on voit s'affirmer dans le pays trois grands ensembles ethnoculturels, qui nous sont connus par les sources grecques, romaines, et l'archéologie[70]. Les Lusitaniens, autochtones pré-celtiques[71], occupent le centre du territoire actuel du Portugal et les provinces espagnoles du León et l'Estrémadure espagnole. Organisés en tribus, fondées sur des sociétés guerrières aristocratiques[72], ils parlent leur propre langue, et s'étendent peu à peu vers le centre-est de la péninsule[73]. Leurs tactiques de combats, leur équipement et leurs qualités de soldats leur valent d'être considérés par les auteurs grecs tels que Strabon comme des combattants hors-normes, et leur réputation vaut à leur pays de devenir à partir du IVe siècle av. J.-C. un des grands foyers de recrutement du mercenariat en Méditerranée[74]. Considérés comme le principal substrat de peuplement antique du Portugal, ce sont eux qui donnent leur nom à la Lusitanie, encore étroitement associé au Portugal, à l'identité et à la langue portugaises. Au Nord du pays, au-dessus du Douro, commence la Gallaecia, le pays des Gallaïques, peuple du massif galicien aux influences celtiques plus marquées. Enfin, au sud du pays, dans l'Estrémadure portugaise, l'Alentejo et l'Algarve actuels, se déploient les Turduli, les Celtici, les Turdéans et les Conii, peuples celtibères de l'aire du Tartessos, civilisation commerciale brillante tournée vers la Méditerranée, qui développe un alphabet propre, l'écriture du Sud-Ouest[75], et qui se maintient de façon résiduelle jusqu'au Ier siècle av. J.-C.[76]

Quoi qu'ils constituent trois ensembles distincts, nous savons par les sources écrites et archéologiques antiques que ces trois grands groupes sont inextricablement liés, avec des échanges commerciaux et socio-culturels constants[77]. N'étant séparées par aucune frontière naturelle infranchissable, leurs trois aires de répartition sont mouvantes et poreuses. En fonction de la conjoncture, les peuples qui les constituent n'hésitent pas à migrer, établir des colonies, passer des alliances, se placer sous la protection les uns des autres et constituer des confédérations[77]. Vers le Ve siècle par exemple, une branche du peuple Turduli, les Turduli Oppidani, voyage vers le nord en collaboration avec les Celtici, et finit par coloniser toute la côte de l'actuelle province portugaise de l'Estrémadure, depuis l'estuaire du Tage jusqu'au territoire des Bracari[78]. Avant le milieu du IIIe siècle, ces Turduli Oppidani semblent devenir clients des Lusitaniens voisins, et membres de leur confédération, puis conjointement de Carthage à la fin du siècle, avant de repasser sous la suzeraineté des seuls Lusitaniens[78]. C'est au titre de ces liens qu'ils subiront le plus gros des premières attaques romaines au IIe siècle av. J.-C.[77]. Outre l'influence que ces trois grands groupes exercent les uns sur les autres, nous savons que leurs cultures sont largement mâtinées d'influences phéniciennes, grecques et puniques, liées au échanges commerciaux et au mercenariat dans la Méditerranée[79].

Période romaine
[modifier | modifier le code]L'influence de Rome, d'abord circonscrite au nord-est de la péninsule, au nord de l'Èbre, est ancienne, mais longtemps ténue dans la région. Ce sont les relations avec les Barcides puniques, établis au sud-est de l'Espagne, qui priment jusqu'au IIIe siècle av. J.-C.[79]. Ces derniers se sont installés dans la péninsule après la défaite de Carthage lors de la première guerre punique pour s'emparer des mines d'or et d'argent du territoire[80]. Très vite, les Puniques ont recours massivement aux mercenaires lusitaniens, qui constituent l'essentiel de leurs caetratii, leurs troupes d'infanterie légère, au sein des auxiliaires hispaniques carthaginois[81]. Présents en grand nombre dans les armées d'Hannibal, ils contribuent activement aux victoires puniques au IIIe siècle av. J.-C.[70] Le début de la conquête romaine, dans le prolongement de la deuxième guerre punique, constitue un bouleversement pour les populations de l'ouest péninsulaire. Ces dernières opposent une longue résistance militaire à l'envahisseur, qui ne vient à bout des Lusitaniens en que par une politique de soudoiement et trahisons[79], permettant l'assassinat du chef lusitanien Viriate[81]. Même après leur soumission à Rome, les Lusitaniens affirmeront sans cesse leur particularisme et leur esprit de résistance, par exemple de 80 à lors de l'épisode de la révolte de Sertorius, un magistrat romain qui parvient à soulever le pays et tenir tête à Rome pendant plusieurs années dans le cadre des guerres civiles romaines[82]. Comme les Puniques avant eux, les Romains recrutent de nombreux mercenaires lusitaniens comme auxiliaires hispaniques d'infanterie légère, en complément de leur infanterie lourde[83],[72].

L'intégration de la Lusitanie à l'Empire romain est déterminante dans la constitution de la culture portugaise ; les usages et la langue lusitaniens sont fortement latinisés. Le peuplement romain proprement dit commence au Ier siècle av. J.-C. après la conclusion de la paix entre les Lusitaniens et Jules César, en , et après la constitution de la province romaine de Lusitanie par Auguste en [84] La création de la province de Lusitanie donne pour la première fois au pays une unité administrative, politique et juridique, qui sera reprise systématiquement au fil des siècles suivants par les différents maîtres du pays, avec des variations territoriales, et sous-tendra l'émergence de l’État portugais moderne au XIIe siècle[85]. Sous la domination romaine, de nombreuses colonies romaines sont fondées, tandis que de nombreux castros sont refondés sur le modèle urbain romain et élevés au rang de cités[79]. L'exploitation minière du pays est renforcée, avec la mise en place d'une véritable industrie minière romaine exportant or, argent, cuivre, plomb, étain, cinabre et calamine[86]. Pour permettre le mouvement des troupes et faciliter le commerce, les Romains créent un réseau de transport maritime et terrestre dense, associant ports et grandes voies pavées, souvent calqués sur des ports et des chemins préexistants, qui structure le pays jusqu'à nos jours[79]. Il est spécialement destiné à l'exportation maritime vers la Méditerranée des principales productions du pays : métaux, huile d'olive, vin, conserves de poisson[87].
Dynamisées par ces activités, les villes du pays se développent et s'enrichissent. Située à l'est de la Lusitanie, la capitale de la province, Augustas Emerida, constitue un centre administratif et militaire majeur de la péninsule, et un nœud routier terrestre important reliant la Lusitanie aux autres provinces de l'Empire. À l'ouest, les cités de Braccara Augusta et Conimbriga sont insérées dans un réseau d'échanges nord-sud actif débouchant sur la cité portuaire de Felicitas Julia, correspondant à l'actuelle Lisbonne, qui constitue un carrefour commercial majeur entre l'océan Atlantique, la Méditerranée et l'arrière-pays. De l'autre côté du Tage, sur les grandes plaines agricoles méridionales, la domination romaine est centrée sur les importantes cités de Liberalitas Iulia et Pax Augusta. Enfin, dans le sud du pays, sur la Ria formosa, la cité d'Ossónoba, correspondant à l'actuelle Faro, est l'un des ports les plus importants de la province, et fait office comme Felicitas Julia au nord, de grand carrefour entre l'Atlantique, la Méditerranée et l'arrière-pays[87]. Sous le règne de Vespasien (69-79), la province acquiert un équilibre qui se traduit par la création de municipes flaviens de droit romain (ius Latii)[72]. Cette évolution marque la volonté de Rome de rendre hommage à l'attitude de loyauté exemplaire de la Lusitanie pendant les luttes de pouvoir de l'année des quatre empereurs qui ont déchiré l'Empire[72]. L'octroi du ius Latii constitue surtout une mutation politique de la province au bénéfice des communautés locales autonomes, qui pose les bases de la culture communale qui restera au centre de la vie du pays tout au long de son histoire[72],[79]. Cette autonomie politique et juridique est soutenue par des échanges intérieurs et extérieurs actifs, qui assurent la prospérité des cités de Lusitanie dont témoignent encore aujourd'hui d'importants et riches vestiges, par exemple avec le Temple de Diane à Évora, les ruines de Conimbriga ou les ruines de Pisôes, avec un lien commercial fort à la Méditerranée[72].

Ce lien commercial à la Méditerranée favorise une arrivée précoce du christianisme dans la péninsule. Les premières communautés chrétiennes apparaissent dès le Ier siècle. Leur origine remonterait, selon la tradition, aux Apôtres eux-mêmes dont un groupe aurait abordé la province romaine d’Hispania dès l’an 40, soutenu par la présence de Marie[88] : la Vierge leur serait apparue sur un pilier de jaspe vert à Saragosse[n 7]. Les premières communautés chrétiennes se sont vraisemblablement organisées dans les villes du sud[89]. Malgré cette évangélisation précoce, et malgré les progrès du christianisme, la religion païenne romaine et le culte impérial restent longtemps dominants[90]. Par l'édit de Caracalla de 212, l'ensemble des habitants de la Lusitanie accède à la citoyenneté romaine[91]. La province est réorganisée comme le reste de l'Empire dans le cadre des réformes de Dioclétien (284-305). Le découpage administratif et territorial de la Lusitanie est rationalisé, la fiscalité normalisée, la bureaucratie romaine renforcée, les pouvoirs civil et militaires séparés[92]. Les villes sont cerclées de solides murailles, et dotées de garnisons locales pus puissantes[93]. En parallèle, dans la seconde moitié du IIIe siècle, le christianisme acquiert une diffusion véritablement plus large dans le pays[88]. Son institutionnalisation comme religion officielle de l'Empire entre l'édit de Milan de 313 et la fin du IVe siècle l'impose définitivement à l'ensemble de la population[94]. Mais sa pratique est très vite caractérisée en Lusitanie par des particularismes qui amènent une partie des fidèles à adopter au IVe siècle le priscillianisme, une hérésie d'inspiration gnostique, entremêlant certains aspects du polythéisme païen au christianisme, condamnée par Rome. Le mouvement, bien ancré dans le Nord du pays, est réprimé par le pouvoir impérial et combattu vigoureusement par le clergé catholique nicéen local jusqu'au VIe siècle[90]. La position géographique de la Lusitanie, en périphérie occidentale de l'Empire, lui permet d'être longtemps épargnée par les guerres, les raids de pillage et les invasions par les peuples barbares qui désorganisent les autres provinces de l'Empire, notamment au niveau du Danube, en Orient et sur le Rhin[79].
Conquête germanique : les royaumes suève et wisigoth
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La situation de la Lusitanie romaine est bouleversée au début du Ve siècle par la rupture du limes romain du Rhin, en 406, qui entraîne le début des invasions barbares[79]. En 409, plusieurs peuples germaniques, les Suèves, les Vandales (Silinges et Hasdingi) et leurs alliés, les Sarmates et les Alains envahissent la péninsule Ibérique[95]. Après avoir mis à sac l'Hispanie pendant deux ans, ces peuples décident en 411 de se partager la péninsule[96]. Menés par leur roi Herméric (411-438), les Suèves s'installent au nord-ouest de la péninsule, autour de la cité de Bracara Augusta, l'actuelle Braga, dans une région à cheval entre deux provinces romaines, qui embrasse le sud de la Gallaecia et le nord de la Lusitanie, considérée comme le berceau historique du Portugal[97]. La politique pragmatique d'Herméric, qui bénéficie d'une grande longévité, permet aux Suèves de prendre l'ascendant sur leurs voisins germaniques, et de s'enraciner durablement[79].

En 418, les Suèves parviennent à régulariser leur situation vis-à-vis de Rome en obtenant un fœdus, qui leur donne le statut de peuple fédéré de l'Empire, et légitime leur installation[96]. En échange du droit de s'installer, avec des privilèges religieux, juridiques et des donations de terres, les Suèves doivent assurer la défense de la province au nom de Rome, le maintien de l'ordre, et assister l'administration romaine[95]. De 418 à 430, les Suèves étendent leur domination à l'ensemble de la Gallaecia, d'où ils chassent les Vandales avec l'aide de l'armée romaine[96]. En parallèle, par la médiation du clergé, ils parviennent à établir des accords avec les populations galaïco-romaines et luso-romaines locales, qui acceptent de se placer sous leur domination[98]. Au fur et à mesure que l’État romain s'affaiblit, la royauté suève gagne en autonomie et s'affirme comme un véritable Royaume indépendant[99].
Moyen Âge
[modifier | modifier le code]Le Royaume suève est par exemple le premier royaume du haut Moyen Âge qui frappe monnaie pour signifier son existence[95]. Pour renforcer leur puissance, ses rois s'allient avec les Bagaudes, des bandes armées de paysans sans terre, d'esclaves, de soldats déserteurs ou de brigands, actives dans l'Empire romain tardif[97]. Pour affirmer leur spécificité par rapport à Rome et accentuer le décrochage de leur Royaume de l'autorité romaine, ils favorisent le clergé priscillianiste contre les évêques nicéens locaux[100].

Pendant vingt ans, les Suèves dominent la péninsule, lancent des raids sur les provinces romaines voisines, et étendent leur domination à toute la Lusitanie[101]. En 448, lorsque le roi Rechila (441-448) meurt, il laisse le soin à son fils Réchiaire Ier (448-456) de poursuivre le renforcement et l'expansion du royaume[95]. La conversion de ce dernier au catholicisme nicéen permet à la monarchie suève de se concilier momentanément les populations et le haut clergé local[102]. Tout en renforçant ses assises, le roi reprend à son compte la politique de raids de ses prédécesseurs sur les provinces romaines voisines de Vasconie, Tarraconaise et Bétique[103], pillant les grandes villes, et mettant des milliers de romains en esclavage. Mais après avoir défié l'Empire pendant huit ans, Réchiaire est battu et tué en 456 par les Wisigoths de Toulouse, établis dans le sud de la Gaule, qui interviennent pour rétablir l'ordre dans la péninsule au nom de Rome[104]. S'ensuit une guerre civile d'une dizaine d'années, qui entraîne une partition en deux du royaume, et une progression de l'arianisme sous l'influence de missionnaires envoyés par les Wisigoths[95]. Le Royaume suève se réunifie en 464 et se referme sur lui-même pendant plusieurs décennies, connues sous le nom de « période obscure »[105].

Pendant cette période, l'influence des Suèves continue à s'exercer hors de leur royaume par l'intermédiaire de soldats, de princes et de généraux suèves entrés au service de Rome, qui conquièrent l'État romain de l'intérieur, jusqu'à jouer un rôle historique déterminant[106]. En s'appuyant sur son armée de mercenaires germaniques et sur ses relations politiques, le prince royal suève Ricimer (456-472) parvient à s'élèver aux postes de patrice des Romains et de magister militum, qui lui donnent les plus hautes responsabilités dans l'Empire. Solidement installé dans ses fonctions, Ricimer fait et défait les empereurs au gré des luttes de pouvoir déchirant l'Empire d'Occident en crise, exerçant pendant seize ans la réalité du pouvoir[107],[108]. À sa mort, son neveu Gondebaud (472-474) lui succède en reprenant le titre de patrice et la fonction de commandant en chef des armées, mais ce dernier ne parvient pas à maintenir l'empereur Glycérius face à Julius Népos, imposé par l'empereur d'Orient Léon Ier[107]. Son retrait des affaires entraîne une rapide succession de coups d'État et d’empereurs, qui échouent tous à consolider leur pouvoir. La déposition en 476 de l'empereur Romulus Augustule, qui entraîne la fin de l'Empire romain d'Occident, fait des royaumes barbares les seuls dépositaires en Europe occidentale du pouvoir officiel et de la romanité[109].

Le Royaume suève se rouvre au milieu du VIe siècle, pour entrer dans une phase de grand rayonnement culturel, économique et religieux[95]. Ses deux villes principales sont alors sa capitale Braga, grand centre religieux, et Porto, son port de commerce fortifié[79]. La conversion au catholicisme des rois Cararic (550-559, Théodemir (559-570) et de la noblesse suève leur permet de fusionner totalement avec les élites et populations catholiques locales[98]. Mais à ce moment les Suèves ne sont plus seuls dans la péninsule[110]. Après sa défaite contre les Francs à la bataille de Vouillé en 507 et la chute de sa première capitale Toulouse en 508, le Royaume wisigoth s'est rabattu en Hispanie, avec Tolède pour capitale[104]. En 585, après plusieurs décennies de tensions et d'affrontements, les Wisigoths parviennent à annexer le Royaume suève[95]. Devenant la sixième province du Royaume wisigoth, l'ancien Royaume suève prend le statut de duché, et est confié à une grande famille noble wisigothe[99]. Pour s'assurer qu'elle accepte leur domination, les Wisigoths concèdent une grande indépendance à la noblesse locale[95].

En soumettant le Royaume suève et sa capitale Braga en 584-585, et en annexant l'Espagne byzantine en 624, les rois wisigoths placent l'ensemble de la péninsule sous leur domination[111]. Comme pour les Suèves en 560, leur conversion au catholicisme en 589 leur permet de fusionner avec les populations et les élites locales[112]. Dans la seconde moitié du VIIe siècle, les Wisigoths apparaissent comme l'une des principales forces d'Europe occidentale[111]. Mais depuis la mort du dernier roi de la dynastie royale à la bataille de Vouillé, le Royaume est très instable politiquement[112]. Les crises de succession se succèdent, avec des luttes de pouvoir violentes entre les grandes familles wisigothes[112]. Plusieurs rois essayent sans y parvenir de transformer la monarchie élective en monarchie héréditaire[112]. Les mauvaises récoltes et les famines de la fin du VIIe siècle, ainsi que les excès des persécutions des juifs ibériques, très nombreux, contribuent à fragiliser le pouvoir wisigoth[112]. Plusieurs opposants au pouvoir wisigoths font alors appel aux Omeyyades musulmans qui viennent de conquérir l'Afrique du Nord pour les aider[113]. Lors d'une crise l'opposant au pouvoir wisigoth de Tolède, le comte Julien, gouverneur de Ceuta décide d'aider les armées omeyyades à passer en Espagne[79]. S'ensuivent plusieurs années de guerre, avec la bataille du Guadalete, véritable tournant dans la conquête du royaume par les troupes musulmanes[113].
Conquête arabo-musulmane et période du Gharb Al-Andalus
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La conquête musulmane de l'Hispanie par les Omeyyades se fait à partir du Maghreb[114