Mitrailleuse Gatling

La mitrailleuse Gatling conçue en 1861 par l'inventeur américain Richard Jordan Gatling fut la première mitrailleuse efficace combinant fiabilité, puissance de feu et facilité d'alimentation.
Gatling avait l'espoir que son invention mettrait fin aux guerres. Il pensait que la nature meurtrière et dévastatrice de la mitrailleuse dissuaderait les nations de s'engager dans des conflits armés[1].
« J'ai été jour après jour, témoin du départ des troupes vers le front et le retour des blessés, des malades et des morts (...). Il m'est apparu que si je pouvais inventer une machinhe, un canon, capable, par la rapidité de son feu, de permettre à un homme de faire autant que cent sur le champ de bataille, cela supprimerait dans une large mesure la nécessité de vastes armées, et ainsi l'exposition à la bataille et aux maladies serait grandement diminuée »[2].
Historique
[modifier | modifier le code]Richard Jordan Gatling dépose en [3] le brevet validé en Novemebre 1862 pour une arme à plusieurs canons rotatifs.
La mitrailleuse est directement inspirée d'une des inventions précédentes de son concepteur, un semoir à blé et du concept du canon Agar Gun de Wilson Agar[4].
Le principe de fonctionnement repose sur plusieurs ensembles, chacun constitué d'un canon intégrant une chambre et un mécanisme de percussion. Lors du tir, l'une des opérations nécessaires (chargement, verrouillage, percussion puis extraction et éjection de l'étui ou de la douille) est ainsi à tout moment en cours sur l'un d'entre eux. Une manivelle imprime un mouvement de rotation à dix ensembles montés autour d'un axe central, de sorte que chacun tire successivement grâce à un système de cames qui ouvre et ferme les culasses. Le chargement est obtenu par gravité, les munitions tombant depuis le chargeur placé au-dessus de l'arme. La cadence de tir par minute atteignait théoriquement 1 200 coups mais un tir utile dépassait rarement 400. La précision du tir est continue jusqu'à 900m et le recul est absorbé par le poids de l'arme et de l'affut d'artillerie sur lequel elle repose. Le calibre allait de 7,8 à 25,5 mm. Elle était servie par quatre opérateurs. Autre avantage : en raison des multiples canons présents, la gatling évite la surchauffe pouvant arriver sur un canon unique[2].
La cadence de tir de ces armes est, si nécessaire, réglable sur site et elles sont insensibles aux cartouches défectueuses. En effet, n'employant pas l'énergie des gaz d'explosion, les cartouches sont éjectées automatiquement quel que soit le résultat du tir.
Le rapporteur de la Commission militaire de l'Etat de l'Indiana note à son sujet : « Les canons tirent indépendament. Ainsi, le fait que l'un soit endommagé n'affecte pas les autres,. L'arme ne présente aucune complexité, et le simple soldat peut la mettre en oeuvre aussi vite qu'un fusil... on peut tirer avec toute la précision souhaitable jusqu'à 150 fois par minute, et continuer sans danger pendant des heures sans risques, à notre avis, de surchauff. Deux hommes sont suffisants pour servir le canon, et deux chevaux peuvent transporter à travers champs avec la rapidité de la cavalerie »[2].
Elle utilise initialement des cartouches en papier qui limitent sa fiabilité. Gatling va ajouter rapidement un chargeur en acier vertical rechargeable sans démontage[2].
Les essais impressionnent néanmoins l'US Army qui achète plusieurs modèles en 1865. En 1866, elle est modifiée pour tirer des munitions à étui en laiton.
En 1873, à la demande l'US Army, elle est dotée d'un nouvel affut et d'un débattement de 10 degrés et le nombre de tubes est porté à 10. La même année à Annapolis, du 23 au 25 octobre, un test de fiabilité est effectué ou 100 000 cartouches sont tirées en continu dont une série de 63 600 en 6 heures soit une cadende de tir de 175 couprs par minute. Aucun incident de fonctionnement n'est reporté[2].

La Gatling conserve la taille d'un petit canon, et son caisson d'approvisionnement en munitions, qui affecta longtemps sa fiabilité, connut plusieurs versions. Considérée comme une pièce d'artillerie, elle est déployée loin des mouvements de l'infanterie, ce qui limite son effet sur le plan tactique à celui d'un canon tirant de la mitraille. Actionnée manuellement par un servant qui tourne la manivelle, elle tend à s'enrayer fréquemment en combat réel, les mitrailleurs ayant tendance à tourner la manivelle trop vite ou à perdre leur régularité en situation de combat[2].
La cartouche en papier cède ensuite la place à une version plus moderne, entièrement métallique, supprimant ainsi bon nombre d'enrayages et autres incidents de tir. La cadence de tir atteint alors environ trois cents coups par minute.
Richard Gatling améliore régulièrement le fonctionnement de son arme, et tente notamment d'installer un moteur électrique sur le modèle 1893, pour actionner la rotation des canons. Les prototypes gagnent ainsi en fiabilité et atteignent des cadences de tir théorique de 1 500 coups par minute, mais l'augmentation de poids la rend peu maniable.
Le concept originel de la mitrailleuse à manivelle Gatling fut apparemment périmé lorsque le mécanisme automatique fut découvert, principe apparu avec la mitrailleuse Maxim de 1886 . Les mitrailleuses n'employèrent dès lors généralement plus qu'un seul canon ne nécessitant plus de source d'énergie mécanique.
Déploiement opérationnel
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Bien que le président Lincoln en préssente le potentiel, les autorités militaires sont plus réservées face à une nouvelle arme qu'ils voient davantage comme une pièce d'artillerie et dont ils critiquent la consommation excessive de munitions[2].
Aux Etats-Unis, pendant la guerre de Sécession, la mitrailleuse Gatling n'est pas encore en usage officiel dans l'armée de l'Union mais quelques exemplaires, achetés sur fonds privés comme une douzaine d'exemplaires achetées par le Général Butler sur sa propre iniative personnelle pour un montant de 12 000 dollars de l'époque, sont cependant utilisés.
La mitralleuse Gatling est déployée en 1864-1865. Deux de ces armes furent utilisées au siège de Petersburg et huit furent déployées sur des canonnièrs [2],[5].
C'est avec la fin de la guerre de Secession que l'US Army qui a fondu en effectif s'intéresse de nouveau au surcroit de puissance de feu offert par l'arme[2].
En 1875, la gatling est déployée dans l'Olkahoma en 1875 face au cheyennes puis à nouveau en 1877-1878 face à la tribu des Nez-Percés.
Au Royaume-Uni, en 1870, les autorités, impressionnées par les performances du canon de Gatling, demandent à WG Armstrong and Co. d'en obtenir la licence de production locale. L'arme est déclinée en deux versions, l'une de calibre .45 (45 centièmes de pouce, donc 11,43 millimètres) pour l'armée de terre, l'autre en .65 pour la Royal Navy (marine).
En 1879, lors de l'une de ses premières utilisations, lors de la Bataille d'Ulundi, la Royal Navy l'opposa avec succès aux Zoulous. Quelques semaines plus tard, deux de ces armes permettent au général Roberts de tenir en échec l'armée afghane à Chahar Asyab[2].
En 1886, un modèle amélioré est adopté par l'armée américaine[2].
Néanmoins, malgré ces résultats probants, les contraintes logistiques restent un frein au déploiement généraliséde l'arme. En effet, six gatlings équipées de 10 000 coups requièrent six attelages, deux chariots soit un minimum de 34 chevaux. En 1876, le lieutenant-colonel Custer qui souhaite conserver sa mobilité à la bataille de Little Big Horn, n'emporte pas ses deux mitralleuses gatling et se fera tuer avec ces 250 hommes. Le même phénomène se répète à nouveau à la bataille de Wounded Knee[2].
C'est avec la guerre hispano-américaine de 1898, que les Gatlings connaissent leur mise en situation de combat et leurs heures de gloire. Les quatre modèles 1895 américaines en calibre .30-40 Krag furent engagées et obtinrent un excellent résultat à la bataille de San Juan, où trois des Gatling furent utilisées, tirant 18 000 coups en huit minutes et demie pour soutenir la charge américaine sur la crête des deux collines tenues par les Espagnols, provoquant un terrible carnage parmi les défenseurs[6]. Mais, dans le même temps, les Gatlings montrèrent que leur poids et leur manque de maniabilité les rendaient impropres à un déploiement avec l'infanterie, contrairement à la nouvelle mitrailleuse Colt-Browning M1895 à canon unique, qui obtint d'excellents résultats pendant la guerre, en particulier à la bataille de Guantanamo Bay. Il y eut encore un modèle 1900.
En 1903, l'armée américaine a recomposé son inventaire restant de mitrailleuses Gatling pour tirer la nouvelle cartouche 30-03 Springfield. En 1906, le processus a été répété pour permettre aux canons multicanons de tirer la nouvelle cartouche .30-06 Springfield. En 1911, les 88 mitrailleuses Gatling que l'armée avait encore en stock furent déclarées obsolètes et vendues à un revendeur de surplus militaire de New York appelé Bannerman's[7]. Celles en dotation dans d'autres armées furent également remplacées par des mitrailleuses mono-canon plus modernes vers la même époque.
En 1904, l'armée américaine adopte la mitralleuse Maxim à refroidisssement par eau comme arme d'appui d'infanterie standard[2].
Après une dernière adapatation au format des catouches de l'armée amériaines en 1906, l'arme est retirée des inventaires en 1911[2].
En 1917, les autorités américaines republient les manuels d'utlisation dans l'idée de les redéployer sur le téhatre européen pendant la Première Guerre Mondiale, projet qui ne reçoit finalement pas d'exécution. L'arme reste inutilisée durant la Seconde Guerre Mondiale également[2].
Gatling M1877 de l'US Navy à dix canons :
| Munition | Cadence de tir théorique | Longueur | longueur du canon | Masse à vide sans trépied | Chargeur |
|---|---|---|---|---|---|
| .45-70 Government | 300 coups par minute | 1079 mm | 673 mm | 77,2 kg | tambour de 400 cartouches |
Postérité et renaissance au XXe siècle
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Le principe conçu et mis au point par Gatling offre toutefois le moyen de paralléliser efficacement les opérations mécaniques nécessaires (chargement, percussion, extraction, éjection) et laisse chambres et canons mieux refroidir, donc atteint des cadences de tir élevées, sans commune mesure avec les armes à un seul canon. Il restait donc intéressant pour le développement d'armes lourdes à mitraille développant une très grande puissance de feu, par exemple pour des avions ne pouvant réaliser que des passages brefs sur un objectif, et ayant donc besoin d'une cadence de tir très élevée pendant ce court instant.
La guerre de Corée en 1955 suivie du conflit du Vietnam vont amener à une renaissance du concept de la mitrailleuse Gatling[2].
En effet, les canons de 12.7 mm des appareils de combat américain manquent de puissance face à des adversaires de plus en plus rapides en combat aérien rapproché comme les Mig 17 et Mig 21 tandis que la vitesse limitée de tir des canons de 20 et 30 mm limite leur usage[2].
Le concept et l'architecture Gatling sont redécouverts par l'entrerise américaine Général Electric. Combiné à des système de visée hydropneumatique et avec l'ajout d'un moteur d'entrainement électrique, les travaux aboutissent à divers prototypes comme le T45 de 1949 pour aboutir au M61 Vulcan 20 mm de 1959. La cadence de tir atteint le nombre de 100 coups à la seconde et une précision portée à 1 000 m[2].
Ce type d'arme est de nouveau déployé dans l'armée américaine notamment au cours de la guerre du Vietnam pour palier la faiblesse du « tout missile », souvent défaillants au démarrage comme l'AIM-9B Sidewinder, des chasseurs américains face à leurs homologues vietnamiens de facture soviétique[2],[8].
Par la suite, le dérivé allégé du M61, chambré en munition 7,62 × 51 mm Otan donnera naissance dès 1960 au M134 Minigun. Aec un poids de 19 kgs, et une dotation de 4 000 cartouches, il sera déployé massivement sur les hélicoptères de l'US Air Force modèle Huey engagés sur les missions d'attaque au sol à partir de 1963[2].
De ce fait, l'arme ressucitée de ses cendres renoue avec son emploi originel : à savoir celle d'une arme de petit calibre à haute puissance de feu pour l'infanterie[2].
L'utilisation importante du M61 et du M134 pendant la guerre du Vietnam entrainera le développement d'autres armes, tant au sein de l'OTAN, comme le GAU-8 Avenger 30 mm à 7 tubes, embarqué sur le Fairchild A-10 Thunderbolt II, que dans d'autres armées, comme le GSh-6-30 de Gryazev Shipunov au cœur de l’AK-630 antimissile de la marine soviétique, datant de 1963.
Toutes ces «Gatlings» modernes sont des armes lourdes ou semi-lourdes, à rotation intégralement motorisée (moteurs hydrauliques, à gaz comprimé ou électriques), généralement (mais pas toujours) embarquées sur des véhicules, des navires comme le système Phalanx ou des appareils aériens (avions comme le AC-130 spectre ou hélicoptères) et couplées à des solutions de détections radar[2].
Elles sont utilisées pour l'appui sol, le combat aérien, la défense antimissile ou la défense de positions terrestres.
| Désignation | Pays | Calibre | Nombre de canons | Cadence de tir (coups/min) | Masse de l'arme nue | Entraînement | Longueur |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| XM214 Microgun | 5,56 mm OTAN | 6 | jusqu'à 10 000 | 15 kg | électrique | 69 cm | |
| M134 Minigun | 7,62 OTAN | 6 | 4 000 - 6 000 | 18,8 kg | électrique | 80 cm | |
| GShG-7.62 (en) | 7,62 x 54 mmR | 4 | 6 000 | 18,50 kg | gaz | 80 cm | |
| YakB-12.7mm (en) | 12,7 × 108 mm | 4 | 4 000 - 5 000 | 45 kg | gaz | variable | |
| GAU-19 | .50 BMG | 3 | 1 300 | 64 kg | électrique | 137 cm | |
| M61 Vulcan | 20 mm | 6 | jusqu'à 6 000 | 114 kg | électrique ou hydraulique | 183 cm | |
| GSh-6-23M | 23 mm | 6 | 10 000 | 73 kg | gaz | 140 cm | |
| GAU-12 Equalizer | 25 × 137 mm | 5 | 4 200 | 122 kg | pneumatique | 211 cm | |
| GSh-6-30 | 30 × 165 mm | 6 | 6 000 | 149 kg | gaz | 204 cm | |
| M-1990 | 30 mm | 4 | 2 400-3 400 | - | électrique | - | |
| GAU-8/A | 30 mm | 7 | 1 800 ou 4 200 | 281 kg | hydraulique | 290 cm |
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Olivier Millet, « La mitrailleuse Gatling dans la guerre de sécession »
, (consulté le ) - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 Vincent BERNARD, « La Gatling, une légende », Guerres et Histoire, no 49, , p. 62-66
- ↑ Gary Ombler, L'histoire militaire : de la hache de pierre à la guerre électronique, Grund, coll. « Gründ Histoire », (ISBN 9782324004711)
- ↑ (en) Julia Keller, Mr Gatling's Terrible Marvel: The Gun That Changed Everything and the Misunderstood Genius Who Invented It, Viking, , 294 p. (ISBN 978-0-670-01894-9, lire en ligne), p. 210
- ↑ (en) « The Gatling Gun », Home of the American Civil War.
- ↑ (en) Parker, John H. (Lt.), The Gatlings at Santiago, Middlesex, U.K.: Echo Library (réimprimé en 2006).
- ↑ (en) Paul Wahl et Don Toppel, The Gatling Gun, Arco Publishing, 1971, page 155.
- ↑ Pierre GRUMBERG, « F-4 Phantom II contre le Mig 21 : la brute contre le truand », Guerres et Histoire, no 76, , p. 76-81
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Martin J. Dougherty, Armes à feu : encyclopédie visuelle, Elcy éditions, 304 p. (ISBN 9782753205215), p. 238.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Canon revolver, qui présente un fonctionnement comparable (plusieurs chambres dans un système rotatif), mais avec un seul tube.
- Lexique des armes à feu
Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) The gatling gun