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Homme bisexuel

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Un homme bisexuel éprouve une attraction amoureuse, sexuelle ou romantique envers plus d'un genre[1]. La bisexualité masculine est souvent invisibilisée et associée à des stéréotypes négatifs emprunts de biphobie.

Définitions

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Plusieurs critères peuvent entrer en compte pour définir la bisexualité des hommes : l'auto-définition, les attirances, ou encore les pratiques sexuelles[2].

Certains hommes ayant des attirances pour plus d'un genre ou des relations sexuelles avec d'autres hommes peuvent se définir comme hétérosexuels[3] à cause du stigmate associé à ces attirances, ou bien ne pas se sentir légitime à utiliser le label bisexuel. Lors des enquêtes statistiques, certains hommes répondants estiment que la bisexualité n'existerait pas et que l'on est soit hétéro, soit homosexuel, ce qui peut expliquer pourquoi peu d'hommes s'auto-définissent comme bi[4].

D'autre part, les attirances romantiques peuvent fluctuer et varier au fil d'une vie. Toutes les pratiques sexuelles n'ont pas la même signification pour tous les individus : il peut s'agir d'actes exprimant un désir propre, ou bien plutôt pour se conformer à des normes sociales[5]. Certains hommes bisexuels découvrent leur attirance pour les hommes plus tard au cours de leur vie, après avoir été auparavant dans des relations qualifiées d'hétérosexuelles[5] .

La catégorie statistique des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes (HSH) s'intéresse aux pratiques sexuelles plutôt qu’à l'auto-identification ou l'orientation sexuelle. Cette catégorie englobe des hommes bisexuels et homosexuels, ainsi que des hommes se définissant comme hétéro. Ce terme, surtout utilisé dans le domaine de la santé a été créé dans les années 1990 par des épidémiologistes suite à l'épidémie de Sida[6]. Toutefois, elle ne s'intéresse pas aux attirances et attractions romantiques des personnes interrogées, et n'inclut pas forcément les hommes asexuels ou aromantiques. Le terme HSH est parfois appliqué aux femmes trans[7].

Parmi les labels utilisés, certains de ces hommes se définissent comme pansexuels, bi-curieux, homoflexibles ou hétéroflexibles. En anglais, le terme m-spec (multi-gender attraction spectrum) est aussi utilisé[8].

La bisexualité masculine est très présente dans plusieurs cultures et époques, jusqu’à être une norme dans certains cas : la Grèce antique[9],[10], la Rome antique[11], et au sein de la dynastie Han en Chine[12].

Dans la recherche

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L'échelle de Kinsey est l'une des premières représentations théoriques de la (bi)sexualité humaine. La part de sentiments et d'attractions homosexuelles est exprimée en bleu. L'hétérosexualité (0) comme l'homosexualité (6) sont des monosexualités[13]. Entre les deux se situent différents degrés de bisexualité[14].

Sexual behavior in the human male (1948) marque profondément l'étude de la sexualité humaine en indiquant que la sexualité ne se trouve pas dans un binarité hétérosexuel-homosexuel, mais est mieux décrite dans un continuum[15]. Dans cette publication, Alfred Kinsey montre notamment que 37% des hommes interrogés (qui ont jusqu'à 45 ans) ont déjà eu un contact sexuel avec un autre homme les menant à l'orgasme, et, bien que son échantillonnage ait été critiqué, les idées de Kinsey sur une sexualité humaine plus nuancée que 2 pôles étanches et exclusifs sont largement acceptées au début du XXIe siècle[15].

Alors que les hommes bisexuels sont plus nombreux que les gays, ils font l'objet de beaucoup moins de recherche scientifique[16]. Lorsqu'ils sont pris comme objet de recherche, ils sont souvent vus sous un prisme médical, ou comme sujets de plusieurs discriminations ; cela est dû en partie à la sélection des personnes interrogées, qui se cantonne souvent à une population fréquentant des associations ou regroupements identitaires qui ont une forte sous-culture propre[16].

Catherine Deschamps note en 2002 dans Le miroir bisexuel que ce qui l'a poussée à écrire cet ouvrage sur la bisexualité est à cette époque l'absence quasi-totale de travaux de recherche entre les 2 pôles que sont l'hétérosexualité et l'homosexualité[17]. Ses propres travaux, commencés en 1994 se consacrent premièrement à la bisexualité masculine. Ils sont financés par la Direction générale de la Santé française dans le cadre de la lutte contre le VIH[18]. Même si les recherches sur la bisexualité masculine sont depuis plus nombreuses, la bisexualité masculine est longtemps « mélangée » avec les travaux sur l'homosexualité, sans qu'une grande distinction ne soit faite[19]. La bisexualité masculine n'est pourtant que très rarement rangée avec l'hétérosexualité masculine[19], et la composante hétérosexuelle des hommes bisexuels est l'objet d'assez peu d'attention[20].

Des débats scientifiques ont longtemps eu lieu sur la réalité d'une orientation sexuelle où des hommes seraient attirés à égalité par les hommes et les femmes, mais aujourd'hui cela n'est plus autant controversé[21],[22].

Invisibilisation

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La bisexualité des hommes est souvent rendue invisible par la société, car les relations entre hommes sont généralement désapprouvées, et ceux qui maintiennent par ailleurs des rapports avec des femmes sont ainsi incités à dissimuler leur attraction pour les hommes[23]. Dans leur traversée des espaces hétéronormés et queer, les hommes bisexuels voient souvent la validité de leur expérience et de leur masculinité remise en cause parce qu'elle ne rentre pas dans les cases, et adopte alors différentes stratégies: relativiser l'importance des étiquettes, se définir avant tout par l'authenticité, adapter son comportement au contexte, compter sur ses relations au sein des différents espaces, et faire valoir l'intersectionnalité des identités[24]. Par rapport aux femmes bisexuelles qui se voient parfois exclues des cercles lesbiens, les hommes bisexuels seraient moins exclus des milieux gays, ce qui pourrait expliquer que leur invisibilité est moins problématisée au sein de l'activisme LGBT+[25]. Néanmoins, les relations entre les hommes bisexuels et la communauté gay n'est pas toujours positive : certains hommes gays jugent que les hommes bisexuels bénéficient d'un privilège hétéro, qu’ils ne luttent pas assez contre l'homophobie ou qu’ils ne pourraient pas s'engager de manière durable dans une relation avec un autre homme[26].

La biphobie est le facteur principal causant la clandestinité sexuelle des hommes bisexuels, qui ont alors plus de chances de recourir à des pratiques dangereuses comme le chemsex lorsqu'ils se cachent[27]. Les hommes bisexuels ont tendance à choisir de rentrer dans des relations monogames avec des femmes, parce que cela est vu comme moins dangereux, et qu'ils perçoivent les relations entre hommes comme plus fragiles et superficielles[28].

Stigmates autour du Sida

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Aux États-Unis, dans les années 1980 et 1990, les hommes bisexuels sont décrits comme de dangereux vecteurs d'infections sexuellement transmissibles pour les femmes hétérosexuelles blanches. En pleine épidémie du Sida, les hommes bisexuels deviennent l'objet d'une panique morale, accusés de transmettre la maladie depuis la communauté gay vers le reste de la société. Ils sont aussi décrits comme infidèles et menant une double vie, ayant caché leur bisexualité à leur épouse. Plusieurs magazines comme Redbook ou Cosmopolitan donnent à leur lectorat féminin des « guides » pour savoir si leur mari ne serait pas secrètement bisexuel, et écrivent sur les dangers supposés de leur vie sexuelle[14].

Steinman et Beemyn notent en 2014 que cette hostilité envers les hommes bisexuels est toujours vive, même après la fin de l'attention médiatique autour du VIH[14].

Stéréotypes et difficultés à nouer des relations amoureuses

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Proportion de femmes hétéro, de femmes et d'hommes bisexuels, et d'hommes gay déclarant être d'accord pour être dans une relation amoureuse avec un homme bisexuel, comparé quelqu'un de leur groupe (homme hétérosexuel, bisexuel ou gay).

Une conséquence de l'invisibilité de la bisexualité masculine est que les stéréotypes sur eux ne sont généralement pas explicitement formulés ou connus, mais dans la manière dont les gens caractérisent les hommes bisexuels, des préjugés ressortent selon lesquels ces hommes seraient confus, polyamoureux, curieux, et indignes de confiance[29].

Les femmes hétérosexuelles ont une vision souvent négative des hommes bisexuels. Dans une étude américaine de 2022, seules 36% des femmes hétérosexuelles se déclarent prêtes à sortir avec un homme bisexuel[30]. Elles les perçoivent comme des hommes moins virils, plus efféminés, ce qui renforce le biais anti-bisexuel. Les hommes gays sont également moins enclins à relationner avec des hommes bi, et c'est également le cas des femmes bi, qui ont une légère préférence pour les hommes hétéro[30].

Un autre stéréotype présent est l'idée que les hommes bisexuels seraient en réalité des homosexuels qui ne sont pas complètement sortis du placard[30].

Violences subies

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Dans une enquête de 2014 en France, les hommes bisexuels sont plus nombreux que les hommes hétéros et les hommes gays à déclarer subir des violences (psychologiques, physiques, sexuelles) au sein de leur entourage familial et amical[2]. Plus d'un tiers (36%) des hommes bisexuels rapportent avoir subi des violences au cours de leur vie (contre 30% des hommes gays et près de la moitié (46%) des femmes bisexuelles et des lesbiennes)[2]. Les hommes bisexuels sont également deux fois plus nombreux que les hommes hétéro à quitter le domicile familial suite à un rejet de leur famille, un chiffre qui est aussi plus élevé que les hommes gay[2]. Dans l'espace public, les bisexuels sont plus nombreux à rapporter des violences subies que les femmes hétérosexuelles (un quart d'entre eux rapportent avoir subi des violences sexuelles et « la bisexualité semble constituer un facteur spécifique de vulnérabilité pour les femmes comme pour les hommes »[2]). Lorsqu’ils sont dans l'espace public avec un partenaire masculin, plus de la moitié des hommes bisexuels évitent des gestes d'affection comme se tenir la main ou s'embrasser[2]. Les bisexuels sont moins nombreux à révéler leur orientation sexuelle à leurs parents que les homosexuels. Cela peut résulter d'un choix de cacher son orientation en se prétendant hétérosexuel afin de se prémunir contre des violences familiales. La bisexualité est également parfois mieux acceptée par les parents car elle est perçue comme transitoire avant un retour à l'hétérosexualité. Les auteurs de l'étude concluent que les hommes bisexuels, à l'instar de nombreuses personnes LGBT, subissent des violences hétéronormatives car ils s'écartent de la norme dans leurs attirances romantiques et sexuelles[2].

Vers une meilleure acceptation ?

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Selon une étude de 2013, les lycéens bisexuels au Royaume-Uni font face à moins de harcèlement et de pressions au cours de leur scolarité qu'auparavant[31]. Plusieurs études font état d'une transformation des perceptions de la bisexualité par les hommes des nouvelles générations, qui sont plus enclins à la considérer comme une sexualité légitime pour eux-mêmes et leurs pairs[32]. En même temps, ils aussi ont tendance à concevoir l'hétérosexualité de manière moins stricte[32].

Dans les années 2010, la recherche montre que si l'homophobie en Occident à reflué, il en est de même pour la biphobie : les jeunes bisexuels ont généralement des expériences de coming out plus favorables que leurs ainés, ce qui suggère qu'ils sont mieux acceptés par les personnes de leur âge que les bisexuels plus âgés ne l'étaient à leur époque[16].

Références

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  1. (en) Shiri Eisner, Bi: Notes for a Bisexual Revolution, Berkeley (Californie), Seal Press, (ISBN 978-1-58005-475-1), p. 13
  2. 1 2 3 4 5 6 7 Mathieu Trachman et Tania Lejbowicz, « Lesbiennes, gays, bisexuel·le·s et trans (LGBT) : une catégorie hétérogène, des violences spécifiques », dans Violences et rapports de genre : Enquête sur les violences de genre en France, Ined Éditions, coll. « Grandes Enquêtes », , 355–390 p. (ISBN 979-10-365-7625-6, lire en ligne)
  3. (en) Latino Studies, « Latino Studies – Latinos on DA Down Low: The Limitations of Sexual Identity in Public Health », Palgrave-journals.com, (consulté le )
  4. Michael Pollak, « L'entrée en homosexualité », dans Des hommes et du masculin, Presses Universitaires de Lyon, (lire en ligne), p. 55
  5. 1 2 Michael Pollak, « L'entrée en homosexualité », dans Des hommes et du masculin, Presses Universitaires de Lyon, (lire en ligne), p. 52
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  7. (en) Operario D, Burton J, Underhill K, Sevelius J, « Men who have sex with transgender women: challenges to category-based HIV prevention », AIDS Behav, vol. 12, no 1, , p. 18–26 (PMID 17705095, DOI 10.1007/s10461-007-9303-y)
  8. Mehta 2023, p. 13-14
  9. (en) Gary Zabel, PhD., « Male Homosexuality », sur Université du Massachusetts à Boston (consulté le ) : « Athenian men were not homosexual in the sense that they were sexually attracted only to other males, although there were such men just as in our society. Robin Waterfield suggests that the term ‘homoeroticism’ more accurately describes Athenian males, who were sexually attracted to both other males (homoeroticism) and women (heteroeroticism) and generally viewed both forms of love as equally normal. »
  10. (en) Brent Pickett, « Homosexuality », dans The Stanford Encyclopedia of Philosophy, Metaphysics Research Lab, Stanford University, (lire en ligne) :
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  18. Catherine Deschamps, Le Miroir bisexuel, Balland, coll. « Le Rayon », , 299 p. (ISBN 978-2-7158-1391-5), p. 10-11
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  20. Catherine Deschamps, Le Miroir bisexuel, Balland, coll. « Le Rayon », , 299 p. (ISBN 978-2-7158-1391-5), p. 14
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Bibliographie

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