Al-Maghar
| Pays | |
|---|---|
| Sous-district | |
| Superficie |
15,39 km2 |
| Altitude |
50 m |
| Coordonnées |
| Population |
1 740 hab. () |
|---|---|
| Densité |
113,1 hab./km2 () |
| Événement clé |
Expulsion (18 mai 1948) |
|---|---|
| Histoire |
bataille de la crête de Maghar (en) (13 novembre 1917) |
| Dissolution |
Al-Maghar ou Al-Mughar (المغار) est un village palestinien du sous-district de Ramle en Palestine mandataire. Comme des centaines d’autres villages, il a été dépeuplé lors de la guerre de Palestine de 1948, dans son cas par la brigade Guivati au cours de l‘Opération Barak, le 18 mai 1948.
Toponymie
[modifier | modifier le code]
Selon Palmer, le nom du village signifie « les grottes »[1]
Géographie
[modifier | modifier le code]Le village d‘Al-Maghar était situé à 12 kilomètres au sud-ouest de Ramle, dans la plaine côtière palestinienne. Il était construit sur trois petites éminences, à proximité de la route menant à Ramle. Il était baigné par le wadi al-Maghar[2].
Les villages voisins étaient Zarnouqa au nord, Aqir au nord-est, Shahma et Qatra au sud-est, Guedera au sud (colonie du mouvement Bilou fondée en 1886), Bashshayt au sud-ouest et Yibna à l’ouest. La base aérienne d’Aqir se trouvait à proximité. La route de Ramle à Gaza traversait le village[2].
En 1945, la superficie totale des terres du village était de 15 390 dounams (15,4 km²)[3] dont la propriété était répartie entre 11 252 dounams (1125 hectares) appartenant aux Arabes, 2659 dounams (266 hectares) appartenant à des Juifs et 1479 dounams (148 hectares) de terres publiques[2]. Sur cette superficie, les terres incultes représentaient 11 % (1646 dounams, soit 165 hectares)[2]. Les terres cultivées étaient réparties entre 1772 dounams (177 hectares) de cultures d’agrumes et de bananiers, 9075 dounams (908 hectares) classés comme terres céréalières et 86 dounams (9 hectares) classés comme vergers ou terres irrigables[4] (dont 2,2 hectares d‘oliveraies)[2].
Histoire
[modifier | modifier le code]Une inscription funéraire chrétienne en grec a été découverte à al-Maghar en juin 1870[5],[6]. D’autres trouvailles archéologiques confirment l’ancienneté de l’occupation humaine : des vestiges cananéens ont été retrouvés sur une des trois collines de Maghar[2].
Conquête arabo-musulmane
[modifier | modifier le code]Au début de la période musulmane, la tribu arabe des Lakhm (en) campe sur les terres du village[2].
L’ouléma Abu al-Hasan Muhammad al-Maghari (d’al-Maghar) naît à Al-Maghar au 8e siècle[7].
Empire ottoman
[modifier | modifier le code]La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.
Dans le defter (registre fiscal) de 1596, le village est appelé Imgar. Il relève alors de la nahié (sous-district) et de la liwa ou sandjak de Gaza. Ce document comptabilise 22 foyers, tous musulmans. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 33,3 % sur leurs productions agricoles, dont le blé, l‘orge, les "récoltes d‘été (fruits, légumes, maïs...), les vergers, les oliviers et le sésame, pour un total de 6400 akçe[8].
En 1838, el Mughar est signalé par Edward Robinson comme un village musulman[9].
En 1863 Victor Guérin estime la population du village de Merharah à environ 200 habitants, vivant dans des maisons de brique crue. Il signale les « champs immenses dont l’extrême fertilité réjouit la vue ». Lorsqu’il visite le village, l’orge est déjà en partie moissonnée et la plaine est ensemencée de maïs et de dourah[10]
Une liste de village ottomane de 1870 indique 54 maisons et une population masculine de 174 personnes, ce document ne recensant pas les femmes[11],[12].
En 1882, le rapport du Palestine Exploration Fund décrit un village presque entièrement construit en adobe, sur le versant sud d’un colline, face aux grottes. Des jardins garnis de figuiers sont proches, des pâturages situés au nord et à l’est. Le village dispose de deux puits, au nord et à l’ouest[13].
La bataille de la crête de Maghar (en) oppose l‘armée britannique à l‘armée ottomane le 13 novembre 1917, au cours de la Première Guerre mondiale (campagne du Sinaï et de Palestine).
Palestine mandataire
[modifier | modifier le code]
De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'al-Maghar est conquise en décembre 1917 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Mughar a une population de 966 habitants, tous musulmans[14] qui augmente au recensement de 1931 à 1211 habitants dans 255 maisons[15]. Le village est alors construit en groupes de maisons rapprochées le long de l‘oued et des routes qui se croisent à al-Maghar. La pierre et le ciment commencent à être utilisés. Le village s’agrandit sur deux collines voisines au nord et au sud, et en direction de Yibna. Al-Maghar avait une mosquée et plusieurs boutiques[2]
Dans les Statistiques de Village de 1945, sa population est estimée à 1740 habitants, tous musulmans[16],[3].
Le village avait investi 5000 livres palestiniennes pour construire son école primaire sur 22 dounams de terrain[2]. Elle avait 170 (ou 190[2]) élèves inscrits en 1945[17].
Guerre de 1948
[modifier | modifier le code]
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Al-Maghar était attribué à l’État juif[18].
Le 10 février 1948, le village est attaqué par un convoi sioniste qui tire en traversant le village, sans faire de victimes, selon un communiqué de la milice commandée par Hassan Salameh. Le 29 mars, une autre attaque a lieu, qui n‘est connue que quand les Britanniques découvrent l‘épave d’un véhicule blindé détruit. Six cadavres calcinés de Juifs se trouvaient à l’intérieur, aucune perte parmi les villageois n‘a été rapportée[2].
Début mai, les villageois ont recours au moukhtar de Zarnouqa pour faire une offre de reddition au Yishouv[19]. Le village est attaqué, conquis et dépeuplé le 18 mai 1948, selon Benny Morris[20],[21] puis détruit en juin pour prévenir toute tentative de retour des habitants[22] ou le 15 mai, selon l’Encyclopédie de la Question palestinienne, car cette « forteresse » aurait « commandé la route du Néguev », selon la Haganah[2]. Dès le mois suivant, le Fonds national juif rase le village, sur l’initiative de Yossef Weiz[2], présiden du Comité de transfert.
Début 1949, les Quakers indiquent que de nombreux habitants d’al-Maghar vivaient sous des tentes à Maghazi[23].
Le moshav d’Arugot est construit sur les terres d’Al-Maghar dès 1948. Il s‘appelle actuellement Beit Elazari[17].
Voici comment Walid Khalidi décrivait ce qui subsistait du village en 1992 : « Plusieurs maisons sont encore debout : quatre sont occupés par des familles juives, les autres sont désertes. Quelques murs de maisons démolies se dressent encore. Des figuiers de Barbarie poussent sur le site »[2].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Al-Maghar » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Palmer, 1881, p. 272
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 « al-Maghar — المَغار », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 3 juin 2026.
- 1 2 Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 67.
- ↑ Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 116.
- ↑ Clermont-Ganneau, 1874, p. 275
- ↑ Conder, Kitchener, 1882, SWP II, p. 427.
- ↑ Khalidi, 1992, p. 394.
- ↑ Hütteroth, Abdulfattah, 1977, p. 146.
- ↑ Robinson, Smith, 1841, vol. 3, 2nd appendix, p. 118.
- ↑ Guérin, 1869, p. 36
- ↑ Socin, 1879, p. 154.
- ↑ Hartmann, 1883, p. 133, note 56 maisons.
- ↑ Conder, Kitchener, 1882, SWP II, p. 411.
- ↑ Barron, 1923, Table V, Sub-district of Gaza, p. 9.
- ↑ Mills, 1932, p. 5.
- ↑ Government of Palestine, Department of Statistics, 1945, p. 30.
- 1 2 Khalidi, 1992, p. 395.
- ↑ Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
- ↑ Morris, 2004, p. 95.
- ↑ Morris, 2004, p. xix village #256. Also gives cause of depopulation
- ↑ Morris, 2004, p. 255, 306, 314, 373.
- ↑ Morris, 2004, p. 350.
- ↑ Nancy Gallagher, (2007) ‘’Quakers in the Israeli-Palestinian Conflict: The Dilemmas of NGO Humanitarian Activism’’ The American University in Cairo Press. (ISBN 977-416-105-X) p. 75.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Palestine: Report and General Abstracts of the Census of 1922, Government of Palestine, (lire en ligne)
- C.S. Clermont-Ganneau, « Letters from M. Clermont-Ganneau », Palestine Exploration Quarterly, vol. 6, , 261-280 (lire en ligne)
- C.R. Conder et H.H. Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 2, London, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- Government of Palestine, Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, (lire en ligne)
- V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 1: Judee, pt. 2, Paris, L'Imprimerie Nationale, (lire en ligne)
- S. Hadawi, Village Statistics of 1945: A Classification of Land and Area ownership in Palestine, Palestine Liberation Organization Research Centre, (lire en ligne [archive du ])
- M. Hartmann, « Die Ortschaftenliste des Liwa Jerusalem in dem türkischen Staatskalender für Syrien auf das Jahr 1288 der Flucht (1871) », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 6, , 102–149 (lire en ligne)
- W.-D. Hütteroth et K. Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century, Erlanger Geographische Arbeiten, Sonderband 5. Erlangen, Germany: Vorstand der Fränkischen Geographischen Gesellschaft, (ISBN 3-920405-41-2, lire en ligne)
- W. Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne)
- Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne)
- B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne)
- E.H. Palmer, The Survey of Western Palestine: Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- E. Robinson et E. Smith, Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea: A Journal of Travels in the year 1838, vol. 3, Boston, Crocker & Brewster, (lire en ligne)
- A. Socin, « Alphabetisches Verzeichniss von Ortschaften des Paschalik Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 2, , 135–163 (lire en ligne)
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Welcome To al-Maghar
- al-Maghar, Zochrot
- Survey of Western Palestine, Map 16: IAA, Wikimedia commons
