Leçon 1.
3
Les Eléments
d’Euclide
Livre 1 (Partie 1)
9 décembre 2024
Introduction
Le livre 1 est le livre de base de la géométrie plane.
Euclide y aborde successivement
Les 23 définitions
Les 9 notions communes
Les 5 demandes
Les 48 propositions
Dans cette première partie, nous allons faire une analyse
critique des définitions, demandes et notions communes.
La deuxième partie sera consacrée à l’étude des
propositions.
LES DEFINITIONS
Les définitions
Consignes
Lisez et essayez de comprendre les 23
définitions.
Classer les par thème.
Pour chaque sous groupe de définitions
portant sur un thème, faites une analyse
critique.
Les termes primitifs
1. Un point est ce dont il n’y a aucune partie.
2. Une ligne est une longueur sans largeur.
3. Les limites d’une ligne sont des points.
4. Une ligne droite est celle qui est placée de manière
égale par rapport aux points qui sont sur elle.
5. Une surface est ce qui a seulement longueur et
largeur.
6. Les limites d’une surface sont des lignes.
7. Une surface plane est celle qui est placée de
manière égale par rapport aux droites qui sont sur
elle.
Commentaires sur les termes primitifs
Ces 7 premières définitions constituent un groupe homogène qui part de l’élémentaire au
complexe (point, droite, surface, …). Ce sont les objets primitifs.
Le point
La première définition est négative : liée au mouvement régressif qui mène de corps au
point par élimination des dimensions successives.
Pythagoriciens : Le point n'était pas le point sans dimension, c'était un être concret,
appelé monade, matérialisé par un grain de sable. C’est une unité qui a une position,
Platon : C’est une fiction géométrique
Aristote : la non grandeur, sans partie.
Imprécision de la définition : l’unité, l’instant, …
Mais c’est le seul indivisible géométrique
La ligne
Pythagoriciens : Une succession de monades dont le nombre donnait la mesure.
Aristote : grandeur divisible continument d’une seule manière
Proclus : grandeur étendue sur une direction
Commentaires sur les termes primitifs
(suite)
La ligne droite
Idée de rectitude égalité de statut, impartialité. Expression courante dans le
vocabulaire politique
Proclus interprète cette définition :
« la droite seule couvre une distance égale à celle qu’il y a entre ses points »
Renvoie aux travaux d'Archimède :
De toutes les lignes ayant les mêmes extrémités, la plus courte est la droite
Pour 5, 6 et 7, commentaires analogues
8.
Les angles
8. Un angle plan est l’inclinaison, l’une sur l’autre, dans
un plan, de deux lignes qui se touchent l’une
l’autre et ne sont pas placées en ligne droite.
9. Et quand les lignes contenant l’angle sont droites,
l’angle est appelé rectiligne
10. Et quand une droite, ayant été élevée sur une
droite, fait les angles adjacents égaux entre eux,
chacun de ces angles égaux est droit, et la
droite qui a été élevée est appelée
perpendiculaire à celle sur laquelle elle a été
élevée
[Link] angle obtus est celui qui est plus grand qu’un
droit
12. Un angle aigu celui qui est plus petit qu’un droit
Commentaires sur les angles
Plusieurs types d’angles :
mixtilignes et angles
rectilignes
Angle plat exclu
Egalité d’angles non définie
Quatre termes sont définis :
Perpendiculaire, aigus, obtus,
droits
Les figures
13. Une frontière est ce qui est
limite de quelque chose.
14. Une figure est ce qui est contenu
par quelque ou quelques
frontière(s).
Commentaires sur les figures
« Limite » antérieure à « frontière »
contrairement à Aristote où les
deux sont synonymes.
Pour Proclus : Frontière = limite
particulière, propre aux aires
(origines de la géométrie dans le
rétablissement des bornes
délimitant les propriétés)
Segments et angles sont elles des
figures?
Le cercle
15. Un cercle est une figure plane contenue par une
ligne unique [celle appelée circonférence] par rapport
à laquelle toutes les droites menées à sa rencontre à
partir d’un unique point parmi ceux qui sont placés à
l’intérieur de la figure, sont [jusqu’à la circonférence
du cercle] égales entre elles
16. Et le point est appelé centre du cercle
17. Et un diamètre du cercle est n’importe quelle droite
menée par le centre, limitée de chaque côté par la
circonférence du cercle, laquelle coupe le cercle en
deux parties égales
18. Un demi-cercle est la figure contenue par le
diamètre et la circonférence découpé par lui; le centre
du demi-cercle est le même que celui du cercle
Commentaires sur le cercle
Circonférence non définie ; il aurait pu donner
une définition 16’
Diamètre = ce qui mesure (la figure) en travers, sur la
plus grande longueur possible
Polygones
19. Les figures rectilignes sont les figures contenues par des
droites; trilatères: celles qui sont contenues par trois droites,
quadrilatères par quatre; multilatères par plus de quatre
20. Parmi les figures trilatères est un triangle équilatéral celle
qui a les trois côtés égaux; isocèle celle qui a deux côtés
égaux seulement; scalène celle qui a les trois côtés inégaux
21. De plus, parmi les figures trilatères est un triangle
rectangle celle qui a un angle droit; obtusangle, celle qui a
un angle obtus; acutangle, celle qui a les trois angles aigus
22. Parmi les figures quadrilatères est un carré celle qui est à
la fois équilatère et rectangle; est oblongue celle qui est
rectangle mais non équilatère; un losange, celle qui est
équilatère mais non rectangle ; un rhomboïde, celle qui a les
côtés et les angles opposés égaux les uns aux autres mais
qui n’est ni équilatérale ni rectangle; et que l’on appelle
trapèzes les quadrilatères autres que ceux là.
Commentaires sur les polygones
Traditionnellement, on utilisait
« triangles », « quadrangle » et
« polygone »
Le triangle équilatéral n’est pas isocèle,
le rectangle n’est pas rhomboïde …
Pourquoi le mot parallélogramme n’est
pas introduit ?
Les définitions modernes obéissent à
des soucis économiques
Trapèze !!! La proposition 35 utilise la
définition moderne
Droites parallèles
23. Deux droites parallèles
sont celles qui étant dans le
même plan et indéfiniment
prolongées de part et
d’autre, ne se rencontrent
pas, ni d’un côté ni de l’autre
LES NOTIONS
COMMUNES
Notions communes
Ce sont des énonces supposés naturellement vrais,
communes presque à toutes les branches des
mathématiques :
ce sont des axiomes, du grec axioma = j'estime, je
crois vrai
Il y en a 9 dans le livre 1 des Eléments d’Euclide,
traduit et commenté par Bernard Vitrac.
Notions communes
1. Les choses égales à une même chose sont aussi
égales entre elles
2. Et si, à des choses égales, des choses égales sont
ajoutées, les tous sont égaux
3. Et si, à partir de choses égales, des choses égales
sont retranchées, les restes sont égaux
4. Et si, à des choses inégales, des choses égales sont
ajoutées, les tous sont inégaux
5. Et les doubles du même sont égaux entre eux
6. Et les moitiés de même sont égaux entre elles
7. Et les choses qui s’ajustent les unes sur les autres
sont égales entre elles
8. Et le tout est plus grand que la partie
9. Et deux droites ne contiennent pas une aire
CONSIGNES
1. Lisez attentivement chacune des
ces notions communes puis
traduisez les dans un langage
moderne.
2. Quels commentaires pouvez-vous
faire ?
LES DEMANDES
LES DEMANDES
Ce sont des hypothèses qu'on demande au lecteur
d'accepter :
Ce sont des postulas, du latin postulare =
demander
Il y en a 5 dans le livre 1 des Eléments d’Euclide,
traduit et commenté par Bernard Vitrac.
Les demandes
1. Qu’il soit demandé de mener une ligne droite de
tout point à tout point
2. Et de prolonger continûment en ligne droite une
ligne droite limitée
3. Et de décrire un cercle à partir de tout centre et au
moyen de tout intervalle
4. Et que tous les angles droits soient égaux entre
eux
5. Et que, si une droite tombant sur deux droites fait
les angles intérieurs et du même côté plus petits
que deux droits, les deux droites, indéfiniment
prolongées, se rencontrent du côté où sont les
angles plus petits que deux droits
La cinquième demande
Et que, si une
droite tombant
sur deux droites
fait les angles
intérieurs et du
même côté plus
petits que deux
droits, les deux
droites,
indéfiniment
prolongées, se
Le cinquième postulat
Le cinquième postulat est le plus célèbre
de tous les Éléments d'Euclide, si bien
qu'il est souvent appelé « le postulat
d'Euclide ».
Cependant, son énoncé exact est la
plupart du temps inconnu par ceux qui
citent ce postulat, aussi dit « postulat
des parallèles ».
L' énoncé le plus connu est celui de
PROCLUS (410-483)
Par un point extérieur à une droite, il passe
toujours une parallèle à cette droite, et
une seule.
Historiquement, les géomètres de toutes
Les premiers travaux
Il y eut d’innombrables tentatives de démonstration qui ont
toutes échoué.
On peut les classer en trois catégories
Certains qui ont cru démontrer le « postulat des
parallèles » n’ont fait que le remplacer par un autre,
logiquement équivalent ; mais toujours indémontrable.
Parmi ces hypothèses de remplacement ; on peut citer :
Trois points quelconques sont soit alignés, soit sur un cercle.
La somme des angles d’un triangle est égale à 180 degrés.
D’autres qui pensaient l’éliminer se sont retrouvés avec une
géométrie très pauvre : la géométrie absolue. En effet, même
si on obtient une géométrie exempte de contradiction, tous
les résultats dépendant du cinquième postulat disparaissent :
On n’a plus la somme des angles d’un triangle qui est égale à
180°
On n’a plus de théorème de Pythagore.
Des tentatives plus sérieuses
La contribution des savants arabo-
musulmans du moyen âge ;
La contribution de Lambert ;
L’œuvre de Saccheri (1667-1733).
LES
PROPOSITIONS
LES PROPOSITIONS
A la suite des 23 définitions, 9
notions communes et 5
demandes, il énonce, avec
démonstrations, 48 énoncés,
appelés propositions.
Certaines de ces propositions
peuvent être considérés comme
des théorèmes, d’autres comme
des problèmes de construction
Les propositions
1. Sur une droite limitée donnée, construire un triangle équilatéral.
2. Placer, en un point donné, une droite égale à une droite donnée.
3. De deux droites inégales données, retrancher de la plus grande, une
droite égale à la plus petite.
4. Si deux triangles ont deux côtés égaux à deux côtés, chacun à
chacun, et s’ils ont un angle égal à un angle, celui contenu par les
droites égales, ils auront aussi la base égale à la base, les triangles
seront égaux et les angles restants seront égaux aux angles restants,
chacun à chacun, c’est-à-dire ceux que les côtés égaux sous-tendent.
5. Les angles à la base des triangles isocèles sont égaux entre eux ; et
si les droites égales sont prolongées au-delà, les angles sous la base
seront égaux entre eux.
Les propositions (suite)
6. Si deux angles d’un triangle sont égaux entre eux, les côtés qui
sous-tendent les angles égaux seront aussi égaux entre eux.
7. Sur la même ligne droite, ne seront pas construites, égales chacune
à chacune aux deux mêmes droites, deux autres droites, en un point
quelconque, différent mais du même côté, et ayant les mêmes limites
que les premières.
8. Si deux triangles ont deux côtés égaux à deux côtés, chacun à
chacun, s’ils ont, de plus, la base égale à la base, ils auront aussi un
angle égal, à savoir qui est contenu par les droites égales.
9. Couper un angle rectiligne donné en deux parties égales.
10. Couper en deux parties égales une droite limitée donnée.
Les propositions (suite)
11. Mener une ligne droite à angles droits avec une droite donnée, à
partir d’un point donné sur celle-ci.
12. Mener une ligne droite perpendiculaire à une droite indéfinie
donnée à partir d’un point donné qui n’est pas sur celle-ci.
13. Si une ligne droite, élevée sur une droite, produit des angles, elle
produira deux angles soit droits, soit égaux à deux droits.
14. Si, relativement à une certaine droite, et en un point situé sur elle,
deux droites non placées du même côté, font des angles adjacents
égaux à deux droits, les droites seront en alignement l’une avec
l’autre.
15. Si deux droites se coupent l’une l’autre, elles font des angles au
sommet égal entre eux.
Les propositions (suite)
16. Dans tout triangle, un des côtés étant prolongé, l’angle extérieur est
plus grand que chacun des angles intérieurs et opposés.
17. Dans tout triangle, deux angles, pris ensemble de quelque façon
que ce soit, sont plus petits que deux droits.
18. Dans tout triangle, le côté le plus grand sous-tend l’angle le plus
grand.
19. Dans tout triangle, le plus grand angle est sous-tendu par le plus
grand côté.
20. Dans tout triangle, deux côtés, pris ensemble de quelque façon
que ce soit, sont plus grands que le côté restant.
Les propositions (suite)
21. Si, sur un des côtés d’un triangle, à partir de ses extrémités, deux droites sont
construites à l’intérieur, d’une part les droites construites seront plus petites que les
deux côtés restants du triangle, d’autre part, elles contiendront un angle plus grand.
22. Construire un triangle avec trois droites égales à trois droites données. Il faut
alors que deux de ces droites, prises ensemble de quelque façon que ce soit, soient
plus grandes que la droite restante.
23. Sur une droite donnée, et en un point sur elle, construire un angle rectiligne égal
à un angle rectiligne donné.
24. Si deux triangles ont deux côtés égaux à deux côtés, chacun à chacun, et si
l’angle de l’un – celui qui est contenu par les droites égales – est plus grand que
l’angle de l’autre, sa base sera aussi plus grande que la. base de l’autre
25. Si deux triangles ont deux côtés égaux à deux côtés, chacun à chacun, et si la
base de l’un est plus grande que la base de l’autre, l’angle de l’un sera aussi plus
grand que l’angle de l’autre, celui qui est contenu par les droites égales.
Les propositions (suite)
26. Si deux triangles ont deux angles égaux à deux angles, chacun à
chacun, et un côté égal à un côté, soit celui sous-tendant l’un des angles
égaux, ils auront aussi les côtés restants égaux aux côtés restants, chacun,
et l’angle restant égal à l’angle restant.
27. Si une droite, tombant sur deux droites, fait des angles alternes égaux
entre eux, ces droites seront parallèles l’une à l’autre.
28. Si une droite tombant sur deux droites fait l’angle extérieur égal à
l’angle intérieur et opposé du même côté, ou les angles intérieurs, et du
même côté, égaux à deux droits, les droites seront parallèles l’une à l’autre.
29. Une ligne droite tombant sur des droites parallèles fait des angles
alternes égaux entre eux, et aussi l’angle extérieur égal à l’angle intérieur
et opposé, et les angles intérieurs, et du même côté, égaux à deux droits
30. Les parallèles à une même droite sont aussi parallèles l’une à l’autre.
Les propositions (suite)
31. Par un point donné, mener une droite parallèle à une droite
donnée.
32. Dans tout triangle, un des côtés étant prolongé, l’angle extérieur
est égal aux deux angles intérieurs et opposés, et les trois angles
intérieurs du triangle sont égaux à deux droits.
33. Les droites qui joignent du même côté des droites égales et
parallèles sont, elles aussi, égales et parallèles.
34. Les côtés et les angles opposés des aires parallélogrammes sont
égaux entre eux, et la diagonale les coupe en deux parties égales.
35. Les parallélogrammes qui sont sur la même base et dans les
mêmes parallèles sont égaux entre eux.
Les propositions (suite)
36. Les parallélogrammes qui sont sur des bases égales et dans les mêmes parallèles sont égaux
entre eux.
37. Les triangles qui sont sur la même base et dans les mêmes parallèles sont égaux entre eux.
38. Les triangles qui sont des bases égales et dans les mêmes parallèles, sont égaux entre eux.
39. Les triangles égaux qui sont sur la même base et du même côté, sont aussi dans les mêmes
parallèles.
40. Les triangles égaux, qui sont sur des bases égales et du même côté, sont aussi dans les
mêmes parallèles.
41. Si un parallélogramme a la même base qu’un triangle est dans les mêmes parallèles, le
parallélogramme est le double du triangle.
42. Dans un angle rectiligne donné, construire un parallélogramme égal à un triangle donné.
43. Dans tout parallélogramme les compléments des parallélogrammes qui entourent la
diagonale sont égaux entre eux.
Les propositions (FIN)
44. Sur une droite donnée et dans un angle rectiligne donné, appliquer
un parallélogramme égal à un triangle donné.
45. Sur un angle rectiligne donné, construire un parallélogramme égal
à une figure rectiligne donnée.
46. Décrire un carré sur une droite donnée.
47. Dans les triangles rectangles, le carré sur le côté sous-tendant
l’angle droit est égal aux carrés sur les côtés contenant l’angle droit.
48. Si, dans un triangle, le carré sur l’un des côtés est égal aux carrés
sur les deux côtés restants du triangle, l’angle contenu par les deux
côtés restants du triangle est droit.
Devoir à rendre
L’énoncé ci-dessous est la proposition 4
du Livre 1 des Eléments d’Euclide
La démonstration proposée est la
suivante :
Consignes
1) Traduisez la proposition précédente dans un
langage moderne.
2) Cette proposition apparait elle dans nos
programmes ?
Si oui, dans quelle classe et dans quel chapitre ?
Sinon, proposez un niveau et un chapitre dans
lesquels cette proposition pourrait être étudiée.
3) Réécrivez la démonstration comme cela devrait
figurer dans la trace écrite.