UNIVERSITE DE ZINDER
Faculté des lettres et sciences
Humaines
Département d’Histoire
U.E 103 HISTOIRE ET SOCIETE EN DEVENIR
M. KASSOU Maman
Plan du cours
Introduction Générale
Bibliographie
Chapitre Premier: Problématique de l’histoire
I. Génèse de l’histoire
1. L’histoire, une discipline universelle mais d’origine grecque
2. Définitions de l’histoire
3. Deux visions de l’histoire
II. L’histoire, une discipline scientifique?
1. Histoire et idéologie
2. Histoire comme genre littéraire
3. La scientificité de l’histoire
4. La méthode de l’histoire
4.1 Une méthode scientifique
4.2 La différence entre l’histoire et les sciences « dures »
5. Les rapports entre l’histoire et les sciences sociales et les langues
III La Problématique de l’histoire africaine
1. L’Afrique, un continent ahistorique?
2. La réhabilitation de l’histoire africaine
3. L’Afrique précoloniale: des historiens et un riche passé historique
CONCLUSION
Introduction générale
Importance de la mémoire pour les Africains: Pardonner mais jamais oublier: les
Africains doivent toujours garder en mémoire la déportation des bras valides
(traite esclavagiste), la tragédie de la colonisation et le néocolonialisme
(indépendance fictive, mains basses sur les ressources naturelles, dépendance
politique et culturelle ). « Le fait de reprendre conscience de son histoire est un
signe de renaissance pour un peuple » (Ki-Zerbo).
Prise en compte de l’unité et de la spécificité de la culture africaine en vue de
créer des nations fortes.
Faire appel à l’histoire pour rendre effective l’intégration africaine: parenté à
plaisanterie comme mécanisme de résolution des conflits et de lutte contre
l’ethnocentrisme, intégration économique et politique.
Introduction générale (suite)
• Une mauvaise interprétation de l’histoire: celle-ci est considérée à tort
comme une succession de dates. Bien au contraire c’est une discipline qui
s’intéresse à tous les aspects de la vie des sociétés humaines ( vie
politique, économique, sociale, culturelle, militaire, etc.). Mieux, elle
acquiert une dimension scientifique XIXè- Début XXè siècle; elle a ses
méthodes, son champ et ses matériaux (sources).
• L’histoire de l’Afrique reniée à dessein: Ecriture érigée en critère de
classification des peuples, des préjugés raciaux pour justifier la traite
esclavagiste et la colonisation.
• Avec l’avènement de la mondialisation, c’est la poursuite des mêmes
objectifs que ceux de la traite esclavagiste et de la colonisation.
Introduction générale(Fin)
La négation de l’histoire africaine contestée par les intellectuels africains: les
pères fondateurs de l’histoire africaine comme Ki-Zerbo, Cheikh Anta Diop et
Théophile Obenga ont engagé un combat scientifique pour démontrer
l’historicité de L’Afrique. L’Afrique, à l’image des autres continents dispose de ses
propres civilisations et de sa propre histoire.
La défense de l’oralité comme source de l’histoire africaine: Les pionniers de
l’histoire africaine ont réhabilité les civilisations de l’oralité qui n’ont rien à envier
aux civilisations à écriture. Les travaux de Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga
sur l’Egypte, ceux de Ki-Zerbo sur la tradition orale.
Chapitre premier: Qu’est ce que l’histoire?
I Genèse de l’histoire
1. L’histoire, une discipline universelle mais d’origine grecque
Le terme histoire vient du grec ancien « eido » qui signifie « voir »,
« savoir » d’où dérive le verbe historeo qui signifie chercher à savoir,
s’informer et un nom d’agent, histor: celui qui sait (A. Salifou 1971,
13). Au départ, il est synonyme « d’enquête », de « recherche » pour
connaître son milieu, une « description systématique des
phénomènes naturels ». Hérodote est considéré comme le père
fondateur de l’histoire.
Puis, l’histoire prend un caractère scientifique au XIXè siècle.
I Genèse de l’histoire (suite)
Dès les années 1860, l’historien français Fustel de Coulanges écrit: « l’histoire n’est
pas un art; elle est une science pure comme la physique ou la géologie ».
2 Définitions de l’histoire
Plusieurs définitions du terme histoire:
Au départ, il signifie s’informer sur son milieu par des enquêtes. Puis
progressivement il finit par désigner la connaissance du passé.
l’histoire n’est ni un roman, ni une fiction car elle ne s’intéresse qu’aux
évènements ayant effectivement eu lieu, des faits politiques, économiques,
sociaux et culturels historiquement attestés.
Définitions de l’histoire (suite)
le dictionnaire Petit Robert définit l’histoire comme:
• La connaissance des évènements du passé, des faits relatifs à l’évolution de
l’humanité qui sont dignes ou jugés dignes de mémoire;
• L’étude scientifique du passé;
• L’ensemble des connaissances relatives à l’évolution de l’humanité.
Définition donnée par l’Ecole méthodique ou positiviste: Pour ce courant
historique dominant à la fin du XIXè siècle, l’histoire n’est pas une science
car elle n’est pas objective. Ainsi l’histoire n’analyse pas la réalité mais ce
qu’il en reste. Pour être plus proche de la réalité, l’école méthodique
suggère le recours aux sources écrites: « L’histoire n’est que la mise en
œuvre des documents ». Fondateurs: Gabriel Monod, Langlois et Seignobos.
Définitions (suite)
L’Ecole des Annales: Lucien Fèbvre dans « combat pour l’histoire, 1953) définit
l’histoire comme « un besoin de l’humanité, le besoin qu’éprouve chaque groupe
humain à chaque moment de son évolution de chercher et de mettre en valeur
son passé: les faits, les évènements, les tendances qui préparent le temps
présent, qui permettent de la comprendre et aident à vivre ». Pour Fèbvre,
l’historien étudie le passé en fonction des problèmes qui préoccupent les
hommes de son temps.
Heideger (philosophe allemand): L’histoire est une projection dans le passé de
l’avenir que s’est choisi l’homme.
Définitions (suite)
Claude Levi-Strauss (Anthropologue): « Tout est histoire: ce qui se dit hier, ce
qui est dit il y a une minute est histoire ».
Léon-Ernest Halkin définit l’histoire comme: « La discipline qui étudie le
passé des hommes et présente un tableau raisonné de leurs actions de portée
sociale. Elle est pour l’humanité ce que la mémoire est pour la personne; elle
répond au besoin universel de connaître ses origines, de comprendre son
évolution, d’affirmer la parenté profonde des êtres, au-delà de leur diversité
et à travers leur évolution ».
Joseph Ki-Zerbo, un des pères de l’histoire africaine: « l’histoire est une
science humaine qui est à la recherche d’un certain degré de certitude dite
morale ou de probabilité qui lui permet de restituer et d’expliquer le passé de
l’homme ». C’est aussi « la mémoire collective des peuples ».
Définitions (Fin)
En somme, l’histoire est une discipline scientifique qui s’intéresse à l’étude du
passé de l’homme et de ses actions dans la société. En tant que « mémoire des
peuples », sa connaissance sert de repères pour développer sa civilisation et
affirmer son identité par rapport aux autres nations.
3 Deux visions opposées de l’histoire
Il s’agit:
D’une vision traditionnelle, classique qui fait de l’histoire une discipline qui se
charge de l’étude du passé de l’homme. Elle est exclusivement consacrée à
l’humanité et aux actions des hommes;
II L’Histoire est-elle une discipline
scientifique?
Une vision plus large, plus ouverte, plus totale de l’histoire: Tout intéresse l’historien,
tout est objet d’histoire. De nos, la recherche historique ne s’intéresse pas uniquement
à l’homme. L’étude historique de tout phénomène naturel est digne d’intérêt pour
l’homme.
II Histoire, une discipline scientifique?
L’histoire est-elle une science? Quelle différence entre vérité historique et vérité
scientifique?
1 histoire et idéologie
Le terme idéologie est inventé en 1796 par le philosophe français Antoine Destutt de
Tracy pour désigner l’étude des idées, de leur caractère, de leur origine et de leurs lois,
ainsi que leurs rapports avec les signes qui les expriment. L’histoire soulève ainsi des
intérêts politiques, économiques et sociaux au niveau des pays ou à l’intérieur d’un
même pays.
II L’Histoire est-elle une discipline
scientifique (suite)
A partir de l’étude historique d’une même société, on peut avoir plusieurs
interprétations:
Exemple1: Deux points de vue sur la société Sérère (Sénégal)
• Le père Labat compare en 1728 l’organisation socio-politique des Sérères à celle
d’une République avec des Assemblées du village et des Assemblées confédérales
dotées de pouvoir délibératif. Elles prennent leurs décisions par consensus; mais
une fois prises, elles sont appliquées avec la plus grande fermeté.
• Pinet Laprade 1865, plus d’un siècle après, qualifiait les Sérères de peuples
sauvages dont le caractère se confond avec une nature hostile qui a façonné leur
esprit belliqueux.
II L’Histoire est-elle une discipline
scientifique? (suite)
C’est donc cette contradiction dans l’appréciation d’un même fait qui pose le
problème de la scientificité de l’histoire.
Exemple2: Des considérations ethniques sont mises en avant pour étudier les
sociétés africaines:
• L’administrateur colonial Abadié présentait les Haoussa comme des
commerçants et des agriculteurs à l’opposé des Zarma-Zonghay, considérés
comme des bons guerriers.
• Au Nigéria par contre, ces mêmes Haoussas sont considérés comme de bons
guerriers et sollicités dans le recrutement par les Anglais.
• Au Mali, l’opposition fut entretenue entre Bambara, bons soldats et Songhay
mauvais guerriers.
II L’Histoire est-elle une discipline
scientifique? (suite)
Ainsi donc des conclusions hâtives sont tirées à partir d’observations locales pour
généraliser le comportement de toute une ethnie afin de l’opposer à une autre. Il
s’agit d’une histoire intéressée qui permet au colonisateur de diviser les Africains
pour mieux les dominer.
Un fait historique peut soulever des intérêts contradictoires. Ainsi, une
inscription sur les murs de la poste de Sarajevo en 1996 disait: « Ici, c’est la
Serbie». En réponse, une autre inscription anonyme avait répondu: « imbécile, ici
c’est la Poste ». Il y a donc ici une opposition entre la défense d’un service
collectif contre une revendication territoriale.
II L’Histoire est-elle une discipline
scientifique? (suite)
2 Histoire comme genre littéraire
Avant d’être une discipline scientifique, l’histoire était considérée comme un des
grands genres littéraires. Comme le roman et le théâtre, elle permettait jusqu’au
XIX è siècle de mettre en scène le passé des hommes. Mais à partir 1870, l’histoire
se sépare de la littérature.
3 Histoire, une discipline scientifique
L’histoire devient une science à la faveur de la révolution scientifique au XVIIIè
siècle. Elle se définit comme « une science des hommes dans le temps ». A partir
du XIXè siècle, elle est reconnue comme une discipline scientifique; elle est
enseignée dans les universités. Elle a un objet: le passé de l’humanité et une
méthode: la critique historique (interne et externe).
II L’Histoire est-elle une discipline
scientifique? (suite)
4 La méthode historique
La méthode scientifique: Pour l’école marxiste, c’est le matérialisme historique
qui sert de théorie à la connaissance de la science historique. Mais il y a des
éléments qui permettent d’affirmer que l’histoire une science:
Elle prend en compte les règles consensuelles de recherche appliquées par un
groupe;
Elle fait recours à une démarche scientifique: l’usage de la critique historique
(interne et externe).
II L’Histoire est-elle une discipline
scientifique?(suite)
Il faut cependant relativiser ce caractère scientifique de l’histoire car un certain
nombre de facteurs entrent en jeu tels que:
La position sociale du chercheur qui détermine l’interprétation correcte ou
erronée des faits historiques;
Le professionnalisme des chercheurs: des historiens qui partent du même
matérialisme historique, avec la même conception du monde, la même idéologie
peuvent formuler des appréciations différentes sur un même fait historique. Le
consensus total n’est pas évident au sein d’une même communauté. Ex: Le drame
de Dankori et le Tazarcé.
II L’Histoire est-elle une discipline
scientifique? (suite)
La différence entre l’histoire et les « sciences dures »:
• Les sciences dures (Maths, Physiques, Science de la vie et de la terre) se caractérisent
par un langage commun dans l’art de l’écriture et une capacité de reproductibilité et de
prédiction des phénomènes (météorologie). La vérité des sciences dures est une vérité
absolue.
• Par contre la vérité historique est une vérité relative. C’est celle de la connaissance
acquise et qui est la plus proche de la vérité. L’essentiel pour un historien, c’est d’utiliser
toutes les techniques, de réunir toutes les informations et d’avoir un raisonnement
rigoureux lui permettant d’être le plus proche possible de la vérité.
• La vérité scientifique a aussi de limites: une étude historique étant le résultat d’un
rapport de force scientifique, elle est conditionnée par la variété des sources
disponibles, l’état des connaissances sur le sujet, les conditions de travail et la rigueur
dans l’analyse des faits.
II L’Histoire est-elle une discipline
scientifique? (suite)
5 Rapports entre Histoire et les autres sciences sociales et les langues
L’histoire entretient de nombreux rapports avec les autres sciences sociales telles que:
L’anthropologie: composée de deux termes à savoir « anthropos » ou homme et
« logos » qui veut dire science, l’anthropologie est la science de l’homme. Elle est
aussi l’étude des sociétés « sans écritures » notamment africaines et
Amérindiennes. L’anthropologie se subdivise en plusieurs branches comme
l’anthropologie sociale très proche de l’histoire et qui étudie l’organisation sociale (la
parenté, la famille, le clan, la tribu ou l’ethnie, etc.), l’anthropologie politique qui
s’intéresse à la problématique de l’Etat, du pouvoir et de la politique dans les
sociétés « primitives », l’anthropologie économique qui étudie les systèmes de
production, les échanges et la consommation des biens produits, l’anthropologie
juridique dont le fondateur est Jan Van Beck, s’intéresse aux systèmes judiciaires et
pénitenciers des sociétés traditionnelles;
II L’Histoire est-elle une discipline
scientifique? (fin)
La sociologie qui étudie les sociétés industrialisées à écritures et analyse les rapports sociaux;
La philosophie: instrument d’analyse historique, elle véhicule les théories de la marche des
sociétés;
La linguistique: Discipline scientifique qui s’intéresse à l’étude des langues. La toponymie est un
apport;
La géographie: science qui se charge de la description du globe terrestre, au point de vue naturel
et humain;
La psychologie: science qui étudie la structure et le fonctionnement de l’activité mentale et des
comportements qui lui sont associés. Pour l’histoire des mentalités (comportements sociaux);
La numismatique: pour l’étude des monnaies et des médailles;
La paléontologie: Etude des fossiles;
La paléographie: science qui déchiffre les écritures anciennes (inscriptions, manuscrits…)
Les langues: pour les mythes, les chants, les devises…).
III Problématique de l’histoire africaine
1 L’Afrique un continent ahistorique?
Durant plusieurs siècles, les Européens refusèrent de reconnaître que l’Afrique a une
histoire car elle n’a pas d’écriture. Les intellectuels européens étaient persuadés de la
prédominance de la civilisation européenne sur les autres civilisations qu’ils considèrent
comme sans importance. Il s’agit en particulier de la civilisation africaine. Les
affirmations suivantes témoignent du mépris vis-à-vis de l’Afrique considérée comme un
continent ahistorique:
Hegel, philosophe allemand (1770-1831) dans son ouvrage « philosophie de l’histoire:
« l’Afrique n’est pas un continent historique; elle ne montre ni changement, ni
développement ». Puis il ajoute: « l’Afrique n’est pas intéressante du point de vue de
sa propre histoire; mais par le fait que nous voyons l’homme dans son état de barbarie
et de sauvagerie qui l’empêche encore de faire partie de la civilisation. L’Afrique, aussi
loin que remonte l’histoire est restée fermée, sans lien avec l’extérieur ».
III Problématique de l’histoire africaine
Livingstone, explorateur anglais écrit: « Nous tenons parmi eux en tant que membres
d’une race supérieure et serviteurs d’un gouvernement qui désire élever les parties
dégradées de la famille humaine. Nous sommes membres d’une religion saine et pouvons
devenir les précurseurs de la paix pour une race encore bouleversée et écrasée ».
Coupland, historien anglais en 1928: « Jusqu’à David Livingstone, on peut dire que
l’Afrique proprement dite n’avait pas eu d’histoire. La majorité de ses habitants étaient
restés, durant des temps immémoriaux, plongés dans la barbarie. […] Ils demeuraient
stagnants, sans avancer ni reculer ».
Pierre Gaxotte, historien français en 1957: « Ces peuples n’ont rien donné à l’humanité;
et il faut bien que quelque chose en eux les en ait empêchés. Ils n’ont rien produit, ni
Euclide, ni Aristote, ni Galilée, ni Lavoisier, ni Pasteur ».
Charles-André Julien, historien français écrit: « L’Afrique Noire, la véritable, se dérobe à
l’histoire ».
III Problématique de l’histoire africaine
Comme on le constate, des préjugés racistes et idéologiques sont mis en avant pour faire de
l’Afrique un continent qui n’a pas d’histoire. Cette négation de l’histoire africaine vise à détruire la
personnalité africaine pour faciliter la conquête des Africains car « Avant de s’attaquer à un peuple,
on s’attaque à son âme » (Gérard Leclerc). Comment les Africains vont-ils réagir pour affirmer
l’historicité du continent noir?
2 L’historicité de l’Afrique ou le combat des intellectuels africains
La traite des esclaves qui dura 4 siècles (30 à 100M de déportés), ensuite la colonisation constituent
des périodes de rupture de l’histoire africaine avec un choc moral sur les populations. C’est à partir
de ces moments que l’histoire des Africains leur fut « brutalement confisquée ». En niant à l’Afrique
« toute participation à l’histoire, les idéologies racistes ont refusé à son peuple le droit à l’humain et
justifié ainsi toutes les exactions et les exploitations qu’on lui a imposées ». C’est pour mettre fin à
ce déni d’histoire que certains intellectuels africains ont initié une lutte de réhabilitation de la
conscience négro-africaine au lendemain de la seconde guerre mondiale. Les grandes figures de ce
mouvement sont Joseph Ki-Zerbo, Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Mokhtar Bow, Djibril Tamsir
Niane. Les objectifs qu’ils se sont fixé sont:
III Problématique de l’histoire africaine
Démontrer l’historicité de l’Afrique : A travers leurs écrits, ces pères de l’histoire
africaine ont prouvé que l’Afrique est à la base de la plus vieille civilisation
humaine, celle de l’Egypte ancienne d’où « l’antériorité » de la civilisation négro-
africaine ;
Prouver la place de l’histoire dans la vie des Africains à tous les stades, depuis la
conception de la propriété foncière jusqu’aux pratiques religieuses en passant par
l’organisation sociale ;
Amener les Africains à prendre conscience de leur place dans l’histoire
contrairement à celle qu’on leur a imposée (servile/traite des esclaves,
colonisation), une histoire comme l’a dit Ki-Zerbo « faite sans nous et contre
nous » ;
Faire passer les peuples noirs de l’état d’ustensile à celui de personne;
III Problématique de l’histoire africaine
Réhabilité les civilisations de l’oralité : Les « fétichistes » de l’écriture ont
toujours considéré celle-ci comme le seul critère de civilisation. Or, la tradition
orale a permis l’élaboration de nombreuses études de haute qualité. D’ailleurs la
valeur de cette source fut reconnue par les tenants de l’Ecole des Annales. A ce
propos, L. Febvre écrit : « L’histoire se fait avec des documents sans doute. Quand
il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire avec tout ce que l’ingéniosité de
l’historien peut lui permettre d’utiliser… Donc avec des mots (traditions orales).
Des signes. Des paysages et des tuiles. Des formes de champs et de mauvaises
herbes. Des éclipses de lune et des colliers d’attelages. Des expertises de pierres
par des géologues et des analyses d’épée en métal par des chimistes ».
III Problématique de l’histoire africaine
Restaurer la conscience historique : l’histoire des Africains leur a été brutalement confisquée d’où la
nécessité de remonter aux sources les plus lointaines, notamment l’Egypte pharaonique ;
Réapproprier notre propre histoire et réaliser un auto-développement ;
Conquérir l’identité africaine pour atteindre la maturité historique ;
Réaliser l’intégration africaine pour échapper à la mondialisation.
3 L’Afrique précoloniale : des historiens et un riche passé historique
Bien avant l’arrivée des Européens, les Africains écrivaient leur histoire. Il existe une riche production
historique, preuve tangible de l’historicité de l’Afrique. A titre d’exemple, on peut citer :
Les chroniques royales écrites, les Tarikh, les Girgam ;
Les traditionalistes (Les généalogies, les dynasties, les récits de guerre) rapportent grâce à leur mémoire les
faits du passé ;
L’existence d’un centre universitaire à Tombouctou entre le XVIè et le XVIIè siècle animé par des lettrés qui
partaient enseigner dans les universités marocaines. Ces Ulama historiens ont rédigé des documents
historiques tels que le Tarikh es Sudan de Abdrehaman Saadi et le Tarikh el Fettach de Mahmoud Kati ;
III Problématique de l’histoire africaine
Existence de nombreux foyers de la vie intellectuelle : Sokoto, Agadez, Tombouctou ;
L’existence d’historiens africains qui utilisent l’Ajami : Mohamed Bello : Infaq al Maysour fi Tarikh bilal al
Tekrur, Les chroniques d’Agadez traduites par Urvoy, au Bornou Ahmed Ibn Furtua, Imam d’Idriss Alaoma
qui a écrit « The Twelve First Years of the Regn of Idriss Alaoma of Borno ».
4 Les sources de l’histoire africaine
On entend par source tout élément de connaissance susceptible d’éclairer l’étude de tel ou tel sujet, « tout
ce qui de quelque manière peut nous réveler quelque chose sur le passé de l’homme, sous l’aspect
particulier de son expérience passée que nous nous sommes donné, présentement, pour tâche d’interroger »
4.1 Les sources écrites
Elles comprennent:
Les sources antiques (égyptiennes, nubiennes et gréco-romaines);
Les sources arabes: Elles se composent de manuscrits écrits en arabe laissés par les voyeurs et géographes
arabes: Masoudi, Ibn Hawkal, Al Bakri, Al Idrisi, Al Omari, Ibn Battouta, Ibn Khaldoun, Al Hasan (Léon
l’Africain)
III Problématique de l’histoire africaine
Les sources d’origine européenne: elles comprennent:
• Les travaux des explorateurs: Livingstone, Mungo Park, Henri Barth, René Caillé,
etc;
• Les travaux des conquérants: Fernand Foureau, Amedée Lamy, Joalland, Reibell,
…
• Les travaux des administrateurs coloniaux: Maurice Delafosse, Abadié, Seré de
Rivières, Urvoy, …;
Les sources orales
III Problématique de l’histoire africaine
Conclusion
Le terme histoire est un concept d’origine grecque qui est synonyme « d’enquêtes ».
Puis le terme évolue pour devenir une discipline scientifique au XIXè siècle. En tant
science, l’histoire a sa propre méthode et sa propre vérité appelée vérité historique.
Mais à la différence de la vérité scientifique qui est absolue, la vérité historique est
une vérité relative. Aussi, l’histoire entretient des rapports étroits avec les autres
sciences sociales comme l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, etc. Certains
intellectuels européens défendirent pour un long moment l’idée selon laquelle
l’histoire appartient uniquement aux sociétés ayant connu l’écriture. L’Afrique est
alors qualifiée de continent ahistorique, dépourvu de civilisations. Au moment de la
lutte de libération, les intellectuels africains associèrent ce combat à celui de la
réhabilitation de la conscience négro-africaine. Il s’agit de restaurer l’histoire
confisquée de l'Afrique.
CHAPITRE II: LES METIERS D’HISTORIEN, LES CHAMPS ET FONCTIONS DE
L’HISTOIRE
Chapitre II: Les métiers d’historien, les champs et fonction et
de l’Histoire
I Le métier d’historien
1 La recherche de la crédibilité
La tâche de l’histoire consiste à produire des travaux originaux liés aux évènements
passés en utilisant les sources:
Son travail est comparé à celui d’un journaliste d’investigation comme le signifiait
le premier sens du mot histoire en grec qui veut dire « enquête ». Pour être
crédible, il est appelé à chercher avec prudence les causes et les mobiles des
actions humaines, à garder une position neutre pour tenir compte de toutes les
versions d’un fait pour distinguer celle qui est vraie;
Son métier est également comparé à celui d’un juge d’instruction, mais
contrairement à ce dernier, l’historien ne condamne pas et ne fait pas de jugement
de valeur;
I Le métier d’historien
Il joue un rôle social et politique: il est de plus en plus sollicité par la société d’expliquer le
présent à partir des faits du passé;
Dans les sociétés occidental, l’historien a tendance à être impliqué dans les affaires
judiciaires: on fait appel à lui pour rechercher des preuves dans les archives. Le métier tend
alors vers sa « marchandisation ».
L’historien rend dynamique un discours sur le passé à travers l’étude dans le temps ( cadre
chronologique) et dans l’espace (cadre territorial) de l’organisation socio-politique et culturelle
d’une société; de ses points de permanence (apogée et ses causes) et de rupture (déclin et ses
causes), l’impact des contacts extérieurs sur l’évolution de la société (religion, échanges
commerciaux, conquête);
Sur les différentes séquences de l’évolution socio-politique d’un pays, Théophile Obenga
affirme que l’histoire est très importante car « elle dépasse une simple description du passé:
c’est une étude et une réflexion sur le passé et le présent des hommes pour connaître les
stratégies des peuples afin de trouver les moyens de libération des peuples africains.
I Le métier d’historien
2 Les qualité d’un bon historien
L’historien doit disposer des qualités suivantes:
La rigueur dans le raisonnement: L’honnêteté et le courage sont les deux qualités qui
sont nécessaires pour faire un travail de qualité. Il doit dire « sans ambages les faits
qu’il a trouvés véridiques et ne rien avancer qu’il sache faux »;
Il doit chercher les causes, les mobiles des actions humaines: un évènement est
souvent le résultat d’une multitude de causes (certaines déclencheurs et d’autres des
antécédents plus généraux;
Faire preuve d’impartialité et prendre du recul par rapport à un fait historique;
L’historien est un homme de science engagé pour la cause du progrès des sociétés: il
doit se débarrasser des préjugés socio-politiques et culturels. L’historien tout
particulièrement dans le contexte des sociétés africaines dominées par l’impérialisme
I Le métier d’historien
Doit être engagé car de son objectivité dépend la profondeur et la valeur des résultats
de son entreprise.
Exemple d’historiens engagés:
Le professeur Cheikh Anta Diop a consacré sa vie pour démonter l’origine négro-
africaine de la civilisation de la civilisation égyptienne. Il a écrit plusieurs ouvrages
comme: Nation nègre et culture (titre de sa thèse écrite en 1954), l’antériorité de la
civilisation africaine, civilisation ou barbarie);
Joseph Ki-Zerbo un grand défenseur de la tradition orale qu’il considère comme une
source valable au même titre que les documents écrits à condition de la soumettre à
la critique historique. Homme politique, il a lutté pour la bonne gouvernance et le
développement de l’Afrique. Fervent défenseur de l’identité africaine à laquelle est
rattacher l’avenir du continent, Ki-Zerbo a également contribué au rayonnement du
système éducatif africain;
I Le métier d’historien
Amadou M. Bow, ancien directeur général de l’UNESCO de 1974 à 1987, il est un
historien engagé pour le développement des peuples africains. Il a lutté en faveur
de la mise en place d’un nouvel ordre international d’information (NOII) afin de
faire part de la voix des peuples du tiers monde;
Y. Bala Usman, historien nigérian et grand intellectuel africain, il est l’un des
chercheurs qui ont façonné l’historiographie nigériane et africaine de façon
générale. Il a démontrer la dynamique interne de l’histoire africaine et la capacité
des Africains à créer leurs propres institutions contrairement à ce qu’avancent
certains auteurs européens que l’Etat en Afrique est une création extérieure;
Ibrahima B. Kaké, historien guinéen, il a publié « Combat pour l’histoire
africaine », un ouvrage qui traduit le degré de son engagement pour la
réhabilitation de l’histoire africaine et l’émancipation de l’homme noir;
I Le métier d’historien
André Salifou, un des pionniers de l’historiographie nigérienne, il organise en 1983 à
Niamey une conférence publique sous le régime dictatorial du général Seyni Kountché
pour dénoncer l’absence des libertés démocratiques et le silence imposé aux nigériens sur
les problèmes du pays.
Ailleurs dans le monde, cet engagement des historiens est un fait reconnu. En France, F.
Braudel a écrit sa thèse « La Méditerranée et le monde méditerranéen au temps de Philippe
II » pendant qu’il était en prison dans les camps nazis lors de la seconde guerre mondiale. Le
fondateur de l’école des Annales M. Bloch fut exécuté par les nazis le 16 juin 1944.
Ces exemples montrent le côté humaniste de l’historien engagé et son sens de l’histoire.
« L’historien est un homme parmi les hommes. Il est un savant comme le médecin ou le
chimiste » affirme Irénée Marrou qui lui demande de « rester homme et de ne pas recouper
ses frères, les hommes mais de se mettre à leur service étant « détaché » auprès du passé,
pour établir un trait d’union entre celui-ci et le présent ».
II Les champs de l’histoire
Les champs historiques ou les territoires de l’histoire sont les domaines d’intervention de la
discipline historique. Il existe plusieurs champs historiques:
1 L’histoire événementielle: c’est l’histoire traditionnelle qui privilégie « le temps court » à la
« longue durée » et accorde une place importante aux récits de guerre, la diplomatie, les grandes
découvertes, etc. C’est une histoire des cours royales. Elle se caractérise par la persistance de la
narration.
2 L’histoire politique: C’est l’histoire des règnes des souverains, des hommes politiques marquée
par des évènements (mort, constitutions, traités, diplomatie, guerre, etc.). C’est l’histoire
événementielle, celle des Etats, des idées, des mouvements et des dirigeants. Elle est longtemps
restée au service des « puissants »(les rois, les aristocrates, le clergé). Elle fait une place à
l’idéologie qui selon certains auteurs conditionne son existence. Cette branche de l’histoire est
fortement critiquée par l’école des Annales. L. Febvre affirme que ce type d’histoire ne va pas en
profondeur dans le travail historique car on ne cherche pas les vrais motifs ( qui sont d’ordre éco,
géo, intellectuel, social, etc.). F. Braudel considère de son côté les faits politiques comme l’
« écume » de l’histoire.
II Les champs de l’histoire
3 L’histoire économique et sociale: Elle est introduite par l’école des Annales. Jacques le Goff la
définit comme « une histoire des profondeurs », une histoire « faite par les masses anonymes que
par les grands hommes », une histoire « irréductible à des dates mais ayant une épaisseur plus ou
moins longue de durée ». L’école des Annales révolutionne l’histoire à travers la diversification des
sources et le recours à d’autres sciences (statistiques, économie, linguistiques, …). C’est la
pluridisciplinarité.
4 L’histoire culturelle: Elle est définie comme une histoire « des sensibilités collectives » ou une
« histoire sociale des représentations » et fait appel à plusieurs disciplines (histoire des mentalités,
histoire sociale, la religion, la géographie, etc.). Elle a un champ d’étude élargi, ce qui permet à
l’historien de disposer de plusieurs approches pour ses objets d’étude.
5 L’histoire totale: C’est la nouvelle histoire ou histoire moderne qui prend en compte tous les
aspects de la vie des populations (vie économique, vie sociale, la culture, etc.). Elle vise donc à
reconstituer les structures politiques, économiques, sociales et culturelles d’un ensemble
géographique bien précis tel que l’espace nigérien ou une région historique précoloniale comme
le Zarmataraye, l’Arewa, le Damagaram, etc.
II Les champs de l’histoire
6 L’histoire présente: Passé tout récent, passé très proche (quelques années,
quelques mois, jours). Apparue au cours des années 1950 à la suite de la seconde
guerre mondiale, l’histoire présente ou l’histoire du temps présent couvre une
période historique marquée par des bornes chronologiques mobiles. L’histoire
présente est handicapée par le manque de sources officielles qui ont un délai de 30
ans pour être communiquées aux chercheurs. L’historien manque aussi de recul
nécessaire pour faire une critique historique car il vit les évènements.
7 La biographie: C’est l’histoire des grands hommes perçus comme les artisans des
grands évènements. C’est un récit de vie des personnages historiques, politiques,
militaires. Ex: Soundjata ou l’épopée mandingue.
8 L’histoire prospective: Elle s’intéresse à l’exploration du futur à partir du passé.
III Les fonctions de l’histoire
1 La construction d’une nation forte
L’ignorance des Africains de leur propre histoire explique en partie leur manque
d’expérience politique. Or, il est impossible de construire l’avenir d’une nation
avec « la mémoire des autres ». Selon D. Hamani, l’un des malheurs des Africains
est celui de travailler avec la mémoire d’autrui.
La référence à l’histoire précoloniale du Niger nous permet de savoir qu’il s’est
constitué dans cet espace une communauté d’intérêts entre divers groupes
ethniques (Haoussa, Touareg, Kanouri, etc.). D’abord unis par la religion
musulmane, ces différents groupes ethniques étaient également liés par des
échanges commerciaux, notamment les produits du nord (sel, dattes) contre ceux
du sud (mil, cuirs, plumes d’autruches…). Cette réalité historique peut servir de
base pour construire une nation forte qui transcende l’ethnie ou le région.
III Les Fonctions de l’histoire
2 Une fonction éducative
L’histoire permet l’acquisition des connaissances notamment le savoir, le savoir faire (les
techniques) et le savoir être (valeur morale);
Elle contribue à la formation des jeunes en les dotant d’un esprit critique et d’une logique de
raisonnement;
Une ouverture d’esprit sur le monde et une capacité d’appréciation de la situation de sa
communauté par rapport au reste du monde;
La formation d’un citoyen éclairé, responsable, capable de jouer un rôle social prépondérant.
3 La préservation de l’identité culturelle et la cohésion sociale
L’histoire ouvre la voie à la construction d’une culture nationale (identité nationale) qui est un
des piliers d’une nation et de son unité;
La sauvegarde la culture africaine qui se manifeste à travers l’habillement, les habitudes
alimentaires, la musique, l’amour, la religion, etc.;
III Les Fonctions de l’histoire
L’histoire utilise divers canaux pour faciliter la coexistence pacifique entre
différents groupes ethniques: cousinage à plaisanterie, jeux, manifestations
socio-culturelles.
4 Histoire et développement économique
« Le développement, nous dit Ki-Zerbo, ce n’est pas l’addition des choses produites ou à
produire, mais une multiplication, un multiplicateur des choix pour le maximum de personnes
qu’il rend parties prenantes du pouvoir, de l’avoir et du savoir »;
Le classement des pays en « pays sous développés », en « voie de développement » nous
montre que le développement est moins sûr à l’échelle mondiale;
Le Niger dispose d’un riche patrimoine archéologique qui peut s’associer à l’histoire pour
donner lieu à des représentions artistiques et culturelles (musique, danses, films, festivals)
créatrices d’emplois. On garde encore en mémoire le succès enregistré par la troupe théâtrale
Zinder, les films haoussa du Nigéria.
III Les Fonctions de l’histoire
5 Histoire et emploi
La formation historique confère une culture générale qui permet d’exercer diverses
fonctions et responsabilités:
• Conservateur ( patrimoine, musée le DG, banque : conservateur de la monnaie et
caissier de la BCEAO) ;
• Cadres de l’administration (Préfet, Gouverneur, etc.) ;
• Agent de développement, d’animation au niveau des projets et autres structures de
développement;
• Conseillers politiques celui qui aide à la prise de décision ( Kissinger le plus célèbre
conseiller d’un président américain et administratif dans toutes les institutions) est
historien;
• Spécialistes des relations internationales;
III Les Fonctions de l’histoire
• Conseiller pédagogique , enseignant;
• Communicateur (TV, radio, etc.) ;
• Journalistes ;
• Chroniqueur ;
• Chercheur, consultant ;
• Archivistes (ministère, collectivités territoriales, institutions scolaires)
• Animateur des ONG ;
• Gestionnaires des bibliothèques ; conservateur des patrimoines ;
• Enseignement (faiblesse du nombre des enseignants et dévalorisation de l’histoire) ;
• Chefs de personnels dans les entreprises
IV Les contraintes
Contraintes au développement de l’histoire
• L’absence d’une politique culturelle véritable: La politique culturelle actuelle s’intéresse
surtout aux aspects folkloriques (pas de politique de protection et de valorisation du
patrimoine) ;
• L’ignorance par les gouvernants du rôle primordial de l’histoire dans la construction
nationale ;
• La réduction de la place de l’histoire et géographie dans le secondaire: Exemple : dans le
dernier programme mis en œuvre en 2016, l’enseignement sur l’esclavage, un thème
d’histoire majeur a été supprimé au secondaire ;
• Le manque d’enseignants d’histoire : l’enseignement de l’histoire confié à des non
historiens qui ne maîtrisent pas la discipline (désaffection des élèves).
Nécessité d’un engouement des étudiants pour permettre la formation de grands
intellectuels capables de former la société à internaliser son histoire.
V Perspectives
Populariser l’histoire : constitution des lieux de mémoire
Nécessité d’aménager des lieux de mémoire (esclavage, colonisation, etc.) par la
création des musées qui s’intéressent au passé significatif;
Nécessité d’aménager des sites historiques (représentation des héros
nationaux, des évènements historiques y compris ceux qui posent problème et
interrogation car l’objectif est une démarche citoyenne, ouverte et critique car
l’histoire est une science de formation des citoyens de demain;
Les musées, les monuments et sites aménagés à ce propos deviennent alors des
lieux de savoir, de découvertes de civilisation et des repères de notre identité.
CONCLUSION
Le métier d’historien est vital pour les sociétés africaines fortement influencées
par l’extérieur. C’est devenu un impératif pour les peuples africains de réhabiliter
leur histoire afin de retrouver leur dignité et engager le combat contre toute
forme de domination;
L’historien lutte pour la sauvegarde de l’identité culturelle des peuples qui
représente pour eux une source de créativité, un symbole d’indépendance et un
moteur de développement;
L’identité culturelle, c’est la vie. Si elle n’évolue pas, elle meurt et la société
devient un fantôme, une proie facile à dominer.
Chapitre III: HISTORIOGRAPHIE AFRICAINE ET NIGERIENNE
Chapitre III: Historiographie africaine
et nigérienne
L’histoire écrite africaine, science pour nous former, pour nous servir de
boussole et de repère afin d’aller de l’avant vers le progrès de la société a une
origine ancienne.
I. Les étapes de l’historiographie africaine :
les œuvres des voyageurs arabes qui recouraient aux chameaux pour
effectuer des traversées en Afrique, au Moyen Orient et même en extrême
orient. Certains sont des géographes, d’autres sont des historiens ou de
simples voyageurs.
Ibn Hawkal: 943-988; originaire de Bagdad, il a beaucoup voyagé et a
abondamment décrit les régions visitées, notamment l’Afrique et l’Asie qu’il a
sillonnées pendant 30 ans.
Al Bakri: 1040-1094, originaire d’Espagne, c’est un géographe qui donna des
renseignements sur l’Afrique du Nord, le soudan, le Sahara et le Ghana.
Al Idrisi: 1099-1164, né à Ceuta en Espagne il fut à la base de l’une des premières
cartes et planisphères connus au monde. Il a donné des renseignements sur le
Niger, le Soudan et le Nil.
Ibn Battouta:1304-1377, né à Tanger au Maroc, il parcourt le Maghreb, la Chine,
le Moyen Orient, le Soudan, l’Afrique orientale. Il fut l’hôte du Mali sous le règne
de Mansa Souleymane.
Le tunisien Ibn Khaldun ( 1332- 1406) considéré comme le véritable père de
l’histoire . Il a beaucoup écrit sur l’Afrique. L’ouvrage le plus important est la
Muqqadima ( l’histoire des Berbères) . Il est considéré comme un historien très
moderne : il cherche à s’approcher de la vérité par la critique et la comparaison.
Al Hasan (Léon l’Africain): 1483-1554, né à Grenade, il parcourt le Soudan.
Capturé et remis au Pape Léon X qui le convertit au christianisme. Il se reconvertit
en Islam à son retour à Tunis.
Les œuvres historiques des lettrés Ouest –Africains : les vastes empires comme
le Songhay ou le Borno et même des royaumes haoussa ne peuvent préserver
leur identité, leur intégrité et leur puissance sans une tradition reconnue relative
à leur fondation et à leur développement d’où les traditions orales suivies de
textes écrits (chroniques royales d’ Agadès ou de Kano, ) pour conserver leur
histoire. Exemple d’ouvrages d’histoire les plus élaborés : Le Tarikh al Sudan et le
Tarikh el Fattach, tous deux écrits à Tombouctou (histoire du Songhay, du Ghana
ou du Mali).
Les récits des Européens établis sur les côtes africaines à partir du XVè siècle (le
portugais Cada Mosto).Il s’agit de témoignages sur la situation contemporaine
plutôt que d’écrire l’histoire mais il s’agit de nos jours de documents très précieux
car des matériaux de première main et datés qui ont servi à la reconstitution de
l’histoire
Les historiens de l’expansion coloniale : certains explorateurs comme Barth sont
de véritables historiens guidés par un désir scientifique ( cf son œuvre : Travels
and Dicoveries in North and Central Africa, véritable mine de renseignements sur
l’économie, les langues, la sociologie, l’ histoire etc). Par contre de nombreux
explorateurs et africanistes qui ont entrepris leurs travaux au moment de
l’expansion coloniale cherchent la place du nègre dans la nature en non dans
l’histoire car leur but c’est de justifier la colonisation par une prétendue mission
civilisatrice.
Les historiens coloniaux de métier ont perpétué la tradition selon laquelle, les
Africains « ignorant » l’écriture n’ont pas d’histoire digne d’être étudiée.
Les historiens amateurs à la recherche des ressorts de l’histoire africaine à l’extérieur du
continent ( dans les pays arabes ou berbères) : ex. de Maurice Delafosse avec son ouvrage
Haut Sénégal –Niger.
Développement des luttes de libération nationale en Afrique et affirmation de l’historicité
de l’Afrique : le contexte socio-politique :peu après la Deuxième Guerre mondiale : les
soulèvements armés à Madagascar en 1947, l’indépendance du Maroc en 1955 et la guerre
de libération nationale héroïque entreprise par le peuple algérien ainsi que les luttes de
libération nationale entreprises un peu partout en Afrique ont servi de contexte :il s’agit de
reprendre le contrôle de l’avenir et en même contrôler notre propre histoire.
cette lutte doit s’appuyer sur une prise de conscience de notre identité culturelle, ce qui
passe par la réhabilitation de l’histoire africaine. La multiplication des universités et la
création des départements d’Histoire a permis l’apparition d’une nouvelle génération
d’intellectuels ( C A Diop, Ki Zerbo D T Niane etc africains qui ont rénové la méthodologie
(réhabilitation des sources orales).
II L’historiographie nigérienne
Les administrateurs coloniaux, précurseurs de cette historiographie
• En 1936, Urvoy Y écrit « l’histoire des populations du Soudan central » dans
laquelle il aborde l’histoire du Niger;
• En 1965, Séré de Rivière publie « l’histoire générale du Niger ».
La première génération d’historiens nigériens: Il s’agit d’une génération formée en
Europe dans les années 1970. Les deux premiers sont André Salifou qui a soutenu
sa thèse de 3è cycle en 1970 à l’Université d’Aix en Provence (sud de la France) et
Hamani Djibo à Paris I en 1975. Puis suivent Karimou Moumouni en 1976 à Paris I;
Idrissa Kimba en 1979 à Paris 7 et Boubé Gado toujours en 1979 à Paris I.
La deuxième génération 1980-2000: La majorité de cette génération est également
formée dans les universités européennes. Le reste est formé en Afrique.
II L’historiographie nigérienne
La troisième génération: L’ouverture d’un cycle de doctorat au
département d’histoire de l’UAM a permis la formation des premiers
docteurs.
Les thèmes abordés par les premiers chercheurs nigériens concernent
l’organisation socio-politique précoloniale, la conquête coloniale et les
résistances. Ces mêmes temps seront largement repris par les
chercheurs qui les suivent.
D’autres thèmes sont également abordés: l’islam, les relations inter
ethniques, les échanges commerciaux, etc.
La région de l’ouest et centre-est du Niger sont plus couvertes que les
autres régions du pays.
II L’historiographie nigérienne
Entre 1982 et 2007, 55 mémoires de maîtrise ont été réalisés.
Malgré tous ces efforts, beaucoup de régions ne sont pas encore
couvertes par les recherches historiques.
II. Historiographie nigérienne : les thèmes abordes
La professionnalisation du métier d’ historien : la première génération est formée
après les indépendance dans les universités françaises. La deuxième génération
(majorité des historiens) est formée à l’Université de Niamey.
Les travaux étaient basés sur les grands ensembles précoloniaux ;
Les thèmes relatifs à l’histoire des conquêtes et résistances ont été abordés;
La plupart des régions ne sont pas encore bien couvertes
Il manque aussi des études préhistoriques, d’où la nécessité de faire des études
locales plus fouillées ;
Absence des travaux sur l’histoire sociale, démographique ;
Autres caractéristiques de la recherche historique au Niger.
Satisfaire la demande sociale en histoire
Mise en œuvre d’une politique culturelle véritable à travers :
le dépassement d’une approche folklorique de la culture ;
un inventaire systématique, la protection et la valorisation du patrimoine
(monuments historiques, sites historiques, artisanat, objet d’art, traditions
historique, jeux danses, littérature etc.)
L’Etat doit allouer des ressources importantes pour :
La constitution d’une banque de données sur les mythes, les traditions
historiques, les chants, des contes, les objets des sites archéologiques, les jeux,
les savoirs faires endogènes, le répertoire des lieux de mémoire.
Allouer des ressources pour la collecte des manuscrits ,la réalisation des
recherches (mémoires et thèses) et la diffusion des résultats de la recherche. La
réhabilitation de l’histoire passe par celle des langues nationales véhicule de
cette culture.
La multiplication des lieux de mémoire (musées, sites historiques) gérés par des
conservateurs attitrés ;
Mise à contribution des médias dans la diffusion de l’histoire (Télévision radios )
Meilleure prise en compte de l’histoire nationale et africaine dans les
programmes d’enseignement ;
Nécessité de prise de conscience des étudiants sur les enjeux du
développement de l’enseignement et de la recherche en histoire (ouverture d’un
cycle doctorale d’ histoire à l’ UAM ) et du développement de l’archéologie
nigérienne ( le nombre des archéologues est actuellement de deux pour
l’ensemble du Niger alors qu’il y a une Maîtrise d’ archéologie et un cycle doctoral
à Ouaga) .
L’ouverture d’un 3è cycle au département d’histoire ouvert de nouvelles
perspectives. L’ouverture prochaine des filières professionnalisantes dans le
cadre du LMD (artisanat et patrimoine) est un atout pour la redynamisation de
l’histoire .
Adoption d’un nouveau programme de recherche par le département assez
ambitieux en vue de la couverture de toutes les régions du pays.
CONCLUSION
Malgré l’acquisition de l’indépendance, le rouleau compresseur de l’impérialisme
occidental continue à agir, véhiculé par une fausse indépendance politique sans
souveraineté nationale.
La domination politique et culturelle de l’Afrique se poursuit et se renforce par
l’actuelle mondialisation néolibérale.
Malgré l’acquisition de l’indépendance, le rouleau compresseur de l’impérialisme
occidental continue à agir, véhiculé par une fausse indépendance politique sans
souveraineté nationale.
La domination politique et culturelle de l’Afrique se poursuit et se renforce par
l’actuelle mondialisation néolibérale.