§4- La sous-traitance du marché reconductible
Le titulaire d’un marché reconductible peut sous-traiter l’exécution de certaines
parties de son marché à condition de respecter la spécificité du déroulement de
l’exécution de ce type de contrat.
A cet effet,
le titulaire du marché doit préciser, dès le dépôt de l’offre:
la nature des prestations à sous traiter et
avoir l’agrément du maître d’ouvrage.
Cette opération d’information du maître d’ouvrage quant au sous-traitant doit être
renouvelée à chaque reconduction tacite du marché, sauf stipulations contraires
prévues par le C.P.S., puisque la reconduction concerne le marché et non l’acte
spécial de la sous-traitance.
Section 4:Les marchés à tranches conditionnelles
Le régime des marchés à tranches conditionnelles est défini par l’article
8 du C.M.P.
En vertu de cet article, « un marché à tranches conditionnelles est un marché portant sur
l’ensemble d’une prestation dont l’exécution complète est incertaine pour des raisons
économiques ou budgétaires.
§1- Le champ d’application
Un marché à tranches conditionnelles est un contrat dont les
prestations
sont parfaitement identifiables :
« Le marché à tranches conditionnelles doit porter sur la totalité de la
prestation et définir la consistance... »
Cela signifie que le maître d’ouvrage peut déterminer dans l’ensemble
les composantes du projet ou de la prestation à fournir ou à réaliser
sur la base d’un programme pluriannuel, défini en totalité, mais que
sa mise en exécution complète ne peut pas être garantie, et ce pour
Toutefois, ce marché fractionné, même s’il peut être composé de plusieurs
tranches conditionnelles, n’en constitue pas moins un marché unique.
En conséquence,
l’affermissement (ou la réalisation) d’une tranche conditionnelle ne peut être considéré
comme un nouveau marché.
l’expérience dans les autres pays montre que ce qui justifie le recours à ce dispositif et à
cette réalisation conditionnée et échelonnée, ce sont des raisons financières, techniques
ou économiques,
ou encore le rythme ou l’étendue des besoins à satisfaire qui ne peuvent pas être
entièrement arrêtés dans le marché.
A. Les raisons financières :
Ces raisons sont déduites du paragraphe 1 du même article qui assujettit l’exécution
d’une ou des tranches conditionnelles « à la disponibilité des crédits. »
En effet, en l’absence d’une gestion financière par autorisation de programme et de
crédit de paiement, la personne responsable du marché ne peut notifier que la tranche
ferme couverte par les crédits disponibles.
B. Les raisons économiques :
à l’occasion de la réalisation d’un programme d’achat ou de travaux qui s’étale sur
plusieurs années, il peut arriver que:
l’exécution intégrale des prestations soit conditionnée par la réalisation de
certaines conditions économiques
par exemple la réalisation d’un projet touristique est tributaire de la réussite d’un
autre programme d’aménagement d’une zone côtière ou encore de la réalisation
d’un autre projet de construction de routes.
C. Les raisons techniques :
en fait, cette procédure des tranches conditionnelles est prévue en principe pour les
travaux de génie civil et de bâtiments ou sur des quantités importantes à réaliser,
mais les circonstances de certaines caractéristiques des produits ou matériaux à utiliser
ne peuvent être précisées qu’en fonction du commencement et du déroulement des
travaux.
§2- Les caractéristiques du marché à tranches conditionnelles
La durée de ce genre de marchés est tributaire de la nature de l’ouvrage et de la
prestation, selon l’octroi des crédits pour les autres tranches et en fonction du temps
nécessaire à l’exécution de chacune des tranches.
Il s’agit donc d’un marché dont l’exécution est étalée sur plusieurs années.
Le marché étant fractionné en plusieurs tranches, le découpage doit être autonome, ce
qui signifie que chaque tranche exécutée doit pouvoir satisfaire aux besoins exprimés
de manière autonome sans qu’il soit nécessaire que les tranches suivantes soient
affermies,
§3- Les conditions d’exécution
Le cahier des prescriptions spéciales détermine les conditions d’exécution.
Il doit préciser les modalités d’affermissement ou de renoncement à l’affermissement
des tranches conditionnelles.
Le maître d’ouvrage ne peut s’engager que sur la tranche ferme « que le titulaire est
certain de réaliser.»
Quant aux tranches conditionnelles, l’exécution en est subordonnée à une ouverture de
crédits pour couvrir les travaux à réaliser,
ainsi qu’à la notification de l’ordre de service par le maître d’ouvrage selon les termes
prévus par le marché.
Ceci implique que:
le maître d’ouvrage s’engage sur l’exécution des prestations de la tranche ferme,
tandis que l’engagement du titulaire du marché porte sur la totalité des tranches, ferme
et conditionnelles.
§4- Les modalités de règlement
A partir du moment où le marché fixe les modalités de règlement, il doit en
même temps indiquer en fonction du calendrier d’exécution:
Les conséquences du retard ou de l’absence d’affermissement des tranches
conditionnelles.
Lorsqu’une tranche conditionnelle est affermie avec retard ou n’est pas affermie du tout,
suite au renoncement du maître d’ouvrage, le titulaire peut bénéficier, selon que le
marché le prévoit ou non et dans des conditions bien définies, d’une indemnité d’attente
ou d’une indemnité de dédit.
Cela signifie que si le contrat ne prévoit pas d’indemnité, aucun montant en
guise de compensation ne doit être accordé.
§5- Le caractère des prix d’un marché
reconductible
La première question qui peut être posée est :
sur quels prix - fermes ou révisés - le concurrent peut s’engager ?
La réponse se trouve dans l’article 12 du C.M.P. qui définit le caractère des prix.
En effet, à partir du moment où un certain type de marché est étalé sur plusieurs années
et concerne notamment les travaux, il convient de préciser que la procédure la plus
adéquate dans ce genre de marché est d’envisager la révision des prix.
D’une part l’article 12 susvisé prévoit que les marchés de travaux sont passés à prix
révisable et que les marchés de fourniture sont passés à prix ferme
d’autre part l’actualisation des prix n’est pas prévue par cet article pour faire face à des
variations économiques importantes.
donc il reste la possibilité offerte par le premier paragraphe de l’article 12 qui indique
que « Le prix du marché est révisable lorsqu’il peut être modifié en raison des variations
économiques en cours d’exécution de la prestation », ce qui implique que la durée de la
réalisation du marché doit être prise en compte ; dans ce cas, il faut opter pour une
clause de révision des prix.
Section 5: Les marchés allotis
Aux termes de l’article 9-1 § 1, « Les travaux, fournitures et
services peuvent faire l’objet d’un marché unique ou d’un
marché alloti. Le maître d’ouvrage choisit entre ces deux
modalités de réalisation en fonction des avantages
économiques, financiers ou techniques. »
L’allotissement est donc un mode d’attribution qui permet à
l’acheteur public de fractionner un marché unique en
plusieurs lots.
Cette possibilité est en fait une simple faculté offerte au
maître d’ouvrage qui dispose d’un pouvoir discrétionnaire
pour recourir ou non à ce procédé, et ce selon son
appréciation du contexte et des avantages à en tirer.
§1- Le champ d’application
Si l’allotissement est un mode d’octroi des marchés, il est
également un
outil de gestion financière et technique.
L’allotissement est un procédé qui consiste à diviser un
marché unique en plusieurs lots.
La décision d’allotir, c’est-à-dire de découper l’objet de la
consultation, est prise par le maître d’ouvrage.
qui doit se fonder sur une analyse des avantages financiers,
techniques et économiques.
Cela signifie que l’allotissement n’est pas seulement un choix
juridique ou le fruit du hasard, mais le résultat d’un montage
subtil afin d’optimiser la réussite du projet, de garantir le
processus d’approvisionnement, de s’assurer des délais et du
lieu d’exécution et enfin de réduire les coûts.
Au sens de l’article 9 du C.M.P., un lot est un ensemble d’articles, d’objets ou de
marchandises, quand il s’agit de fournitures de même nature ou d’une partie de la
prestation à réaliser, corps d’état ou groupe de prestations lorsque le lot concerne
des travaux, avec comme dénominateur commun que le lot doit présenter un
caractère homogène, semblable ou complémentaire.
Un lot est une unité homogène qui est attribuée séparément selon la nature de la
prestation, fourniture ou travaux.
Donc, la question d’allotir ou non se pose différemment selon le type de marché en
cause.
En effet l’approche change selon que l’on se trouve dans l’hypothèse du marché de
fourniture ou dans celle du marché de travaux.
Quand il s’agit des fournitures, un lot est un « ensemble
d’articles, d’objets, de marchandises de même nature et
présentant un caractère homogène, semblable ou
complémentaire »,
c’est-à-dire des fournitures appartenant à la même famille or
l’homogénéité des besoins est une notion qui peut varier d’un
acheteur à l’autre en fonction des caractéristiques des
activités qui lui sont propre.
Par exemple:
les ciseaux utilisés par un chirurgien ne sont pas les mêmes
que ceux auxquels a recours un service administratif.
Quand il s’agit des travaux et des services, l’article 9-3§2
indique qu’un lot doit faire partie d’un tout : « corps d’état ou
groupe de prestations appartenant à un ensemble plus ou
moins homogène, présentant des caractéristiques techniques
semblables ou complémentaires.»
Le domaine des travaux publics regroupe toutes les activités
de conception et de construction des bâtiments publics et
privés et des infrastructures telles que les routes ou les
canalisations.
Il s’agit des études techniques et des études de prix d’un
ouvrage dans le cadre des objectifs définis préalablement.
Le bâtiment et les travaux publics concernent plus
spécifiquement:
toutes les opérations de réhabilitation, d’entretien et de
sécurisation d’ouvrages publics et privés,
souvent sur des routes nécessitant des travaux
d’aménagement et de sécurisation de falaises par exemple.
§2- Les conditions d’attribution
L’article 9 du code des marchés de 2013 ne fournit aucune raison ni aucun
référentiel pour recourir à cette procédure, hormis ce qui a été prévu par cet
article, à savoir que le choix est « en fonction des avantages financiers et ou
techniques qu’il procure.»
L’alinéa 2 dispose que:
lors de l’attribution des lots, le maître d’ouvrage procède à une ouverture
des plis partielle, pour un « examen de chaque lot »,
ou globale, qui permet « l’examen de l’ensemble des offres.» Donc le maître
d’ouvrage apprécie, selon des critères subjectifs, les motivations qu’ils l’ont
amené à passer un marché en lot séparés.
§3- L’aspect économique de l’allotissement
Décomposer un marché en plusieurs lots afin d’attribuer la réalisation d’un marché à
plusieurs entreprises a pour effet de favoriser l’accès des petites et moyennes
entreprises (P.M.E.) à la commande publique et d’ouvrir les marchés à une concurrence
plus large,
d’où la nécessité de la mise en œuvre de la notion du prix comme référence du choix de
l’attributaire du marché.
D’ailleurs, on peut constater que conformément au paragraphe 4, alinéa 2 de l’article 9,
« Les offres de remise sur le prix présentées par les concurrents en fonction du nombre
de lots susceptibles de leur être attribués sont prises en considération. »
Le respect du principe de transparence et d’égalité d’accès aux marchés publics, qui
prohibe la discrimination positive,
de même que les quotas font partie de ce dispositif. Cependant, force est de constater
que le législateur a offert au maître d’ouvrage le choix entre deux modes de passation :
l’appel d’offres ouvert ou restreint et d’autre part la procédure selon laquelle « l’examen
et l’attribution des lots s’effectuent selon l’ordre chronologique prévu au niveau de
l’avis d’appel d’offres ou de la lettre circulaire. »
§4-Les conditions d’exécution
Les lots sont susceptibles d’être attribués d’une manière distincte à plusieurs
entreprises, ou bien leur exécution est confiée à une seule entreprise.
Dans le premier cas, plusieurs marchés sont à passer avec autant d’entreprises retenues.
En revanche, dans le deuxième cas, un seul marché est à conclure avec l’unique
attributaire pour l’ensemble des lots, avec la signature d’un seul acte d’engagement.
les lots sont étudiés et examinés individuellement et de manière indépendante et la
personne publique ne saurait en aucun cas limiter le nombre des lots susceptibles d’être
attribués à une entreprise.
§5- La décomposition en lots
techniques
La décomposition du marché en lots techniques réservés aux groupements,
prévue par l’article 165 du code des marchés, est une opération qui diffère
dans son objectif de la procédure de l’allotissement prévue par l’article 9 de
ce code.
La décomposition du marché en lots techniques est un mode d’organisation,
tandis que l’allotissement est un mode de dévolution ;
aussi l’opération d’un marché alloti consiste-t-elle à conclure plusieurs
marchés séparés,
tandis que dans le cas de la décomposition technique, l’opération consiste à
présenter une offre unique qui conduit à la conclusion d’un marché unique.
Section 6: Le marché de conception-réalisation
Selon les termes de l’article 10 du décret du 20/03/2013, le
marché conception-réalisation est un contrat par lequel une
personne qualifiée (le
titulaire) est chargée par le maître d’ouvrage d’assurer le
déroulement de
l’exécution d’un « marché particulier portant notamment sur
des procédés spéciaux, des processus de fabrication
étroitement intégrés ou des travaux d’un type spécifique….»
et non simplement en fonction de l’urgence, ou pour des
impératifs architecturaux.
Ces traits du marché conception-réalisation l’opposent à un
marché alloti dans la mesure où le premier a pour objet de
confier simultanément la conception (études) et la réalisation
(exécution des travaux) d’un ouvrage.
Cette personne qualifiée s’engage à livrer l’ouvrage complet
en état de marche, depuis la conception jusqu’à la mise en
service après vérification,
le cas échéant, de ses garanties de performance ou selon les
termes de l’article 10 « la conception, la fourniture et la
réalisation d’une installation complète.»
§1- Les propriétés juridiques du
contrat
Un contrat liant essentiellement, d’une part un maître d’ouvrage
qui ne
peut pas intervenir mais qui, néanmoins « dispose d’un pouvoir
général de contrôle »,
c’est-à-dire qu’il perd en grand partie le contrôle classique qu’il
exerçait antérieurement sur le projet et sur son exécution, et
d’autre part un prestataire de service qui n’exécute pas
généralement la totalité des prestations lui même, mais qui
assume « la totalité des responsabilités » est un contrat qui revêt
un aspect particulier quant à sa qualification sur le plan juridique.
La première question qui se pose est de savoir sous quel régime
juridique
ce contrat doit être conclu : s’agit-il d’un marché public, d’un
contrat
d’entreprise ou d’un contrat sui generis ?
Un contrat de conception-réalisation ne se résume pas à une
addition de
travaux et de services, mais l’insertion de travaux et de
services dans un
projet global a pour conséquence qu’une telle opération
constitue un projet contractuel spécifique, non réductible aux
éléments qui le composent.
C’est pourquoi le contrat de conception-réalisation n’est ni un
marché public au sens classique du terme, ni une délégation
de service public. Néanmoins, à partir du moment où ce
contrat n’est soumis ni à une procédure de passation de
délégation de service public, ni, a fortiori, au code des
marchés publics,
il doit être soumis à un régime juridique spécifique, qualifié
par les uns de
contrat d’entreprise et par les autres de contrat sui generis
qui peut être
Un contrat d’entreprise est un contrat par lequel le titulaire
du marché
s’engage, moyennant rémunération, vis-à-vis d’une autre
personne (le
maître d’ouvrage), à réaliser un travail en toute
indépendance et sans
représentation.
On peut dire qu’un contrat est un contrat d’entreprise quand
une partie confie à la seconde la réalisation d’un produit qui
ne correspond pas à des caractéristiques déterminées à
l’avance par cette dernière mais qui est destiné à satisfaire
aux besoins particuliers exprimés par la première partie.
L’autre qualification est évoquée lorsque le contrat ne rentre dans
aucune
qualification et qu’il est impossible de la rattacher à un contrat
nommé :
dans ce cas le contrat est dit inqualifiable, ou sui generis, soit de
son propre genre.
Au-delà des dispositions générales suscitées, un contrat innommé
«n’est donc pas organisé par la loi.»
Ainsi, en cas de lacune dans un contrat innommé, on ne peut avoir
recours à des dispositions supplétives du code civil.
C’est ici au juge qu’appartient le rôle de procéder par analogie, en
rapprochant le contrat innommé litigieux d’un contrat nommé qui
lui est proche.
Le titulaire du marché assume en conséquence la totalité de
la responsabilité et des risques afférents aux coûts de ces
prestations, à leurs qualités et à leur exécution dans les
délais prescrits.
Son obligation est donc une obligation mixte, une obligation
de résultat et une obligation de moyens.
₫ C’est une obligation de résultat qui pèse sur le titulaire du
marché et,
par voie de conséquence, le critère même de la définition du
contrat de
conception-réalisation tel qu’il résulte des dispositions de
l’article 10 susvisé corrobore parfaitement ce critère.
Il s’agit en fait de « l’exécution dans les délais prescrits» de
la prestation objet du marché.
En effet, l’obligation de résultat implique que le titulaire du
marché doit
réussir l’achèvement de l’opération, voire la réparation qui lui
est demandée.
Il s’engage sur des résultats précis et vérifiables et en cas
d’échec, la responsabilité lui en incombe.
Sa responsabilité est donc engagée du simple fait de
l’inexécution du travail exigé, une responsabilité à laquelle il
ne pourra se soustraire qu’en cas de force majeure.
Il est plus facile d’obtenir de lui des garanties de performance
et non pas seulement des garanties de bonne exécution.
Cette obligation de résultat qui pèse sur le titulaire du
marché peut être
totale, partielle, voire défectueuse.
La faute liée à l’obligation principale (contractuelle) est
présumée en cas d’obligation de résultat non atteint
(transporter, construire, vendre, réparer, installer…).
C’est une obligation de moyens, dans la mesure où le
prestataire doit déployer tous ses efforts pour atteindre
l’objectif visé par le maître d’ouvrage et qu’il doit être tenu
de mettre en œuvre:
prudence, diligence et tous moyens techniques, humains,
professionnels et intellectuels en vue de satisfaire à
l’obligation qui résulte du contrat, dans la mesure où le
titulaire doit « superviser la bonne exécution » de la
prestation.
La charge de la preuve de responsabilité pour manquement
appartiendra
au maître d’ouvrage, chargé d’ailleurs du « suivi de la bonne
exécution des prestations.»
Il lui appartiendra, dans ce cas, de démontrer que le titulaire
du marché a failli à ses obligations contractuelles.
Cette responsabilité découle des dispositions de l’article 10§4
qui prévoit que « Le maître d’ouvrage assure un contrôle du
respect des engagements du titulaire et du suivi de la bonne
exécution des prestations objet du marché.» La périodicité et
les modes de ce contrôle doivent être précisés dans le C.P.S.
La responsabilité, dans ce cas, ne peut être engagée sur la
simple constatation que le résultat convenu n’a pas été
atteint.
Toutefois, le titulaire peut se libérer en donnant la preuve
qu’il n’a commis aucune faute.
Cependant, si on qualifie ainsi ce contrat, il faut que sa
conclusion soit appréhendée sous l’angle des règles de droit
commun qui régissent la conclusion de ce genre de contrat.
§2- Le mécanisme de la mise en œuvre du
contrat
Le contrat de conception-réalisation est un contrat qui doit être
adapté aux besoins de l’administration. Trois phases sont
nécessaires:
l’appréciation des besoins par le maître d’ouvrage,
les études et examens de ces besoins
et enfin l’exécution des différentes prestations établies par le
cahier des charges.
La détermination des besoins renvoie à la détermination de
l’objet du contrat et entraîne la détermination de la
responsabilité avec précision.
Plus le projet est complexe, plus l’objet est flou et évolutif,
d’où la possibilité pour le titulaire du marché d’esquiver sa
responsabilité. Pour éviter ces pièges, le maître d’ouvrage,
vigilant, doit se prémunir contre toutes éventualités.
Dans le cas de la construction par exemple, la garantie des
vices cachés doit se juxtaposer avec la responsabilité
décennale.
L’obligation de la délivrance dans les contrats informatiques
selon les attentes du maître d’ouvrage doit aussi être
observée.
L’étude et l’examen sont faits conjointement par le maître
d’ouvrage et le
titulaire, ce qui implique que le maître d’ouvrage doit être en
mesure de fournir une description très précise de ces besoins
dès le départ (obligation de collaboration) et que le titulaire
doit être un professionnel qui détient toutes compétences
nécessaires pour effectuer son travail et aboutir à l’obligation
de résultat (obligation de conseil).
Dans le cas d’une procédure de conception-réalisation, le
choix de l’attributaire appartient au jury.
La procédure propre aux marchés de conception réalisation
est une modalité particulière du concours prévu par l’article
70 du C.M.P., applicable aux marchés qui portent à la fois sur
l’établissement
des études et sur l’exécution des travaux pour la réalisation
des ouvrages
mentionnés à l’article 10§3, ce qui implique qu’une prime doit
être accordée aux candidats.
Le règlement de la consultation doit préciser dans ce cas les
modalités de versement, son montant ainsi que ses modalités
de réduction, voire de suppression.
Plusieurs verrous juridiques, techniques et financiers doivent
être observés
par le maître d’ouvrage. A titre d’exemple, le contrat de
construction
conception-réalisation est un contrat approuvé par l’autorité
compétente.
Il doit être accompagné par certaines garanties obligatoires
qui constituent
une soupape de sécurité, comme la délivrance d’une
attestation de caution d’achèvement, souvent accompagnée
de la souscription d’une assurance «dommage-ouvrage» et
offre donc un maximum de garanties pour le maître
d’ouvrage.
Le contrat ne doit pas exclure non plus de sa garantie les
faits
imputables à ses propres sous-traitants, fournisseurs ou
concepteurs.
Cette caution, aussi appelée «garantie bancaire» ou caution
d’achèvement, est obligatoire dans le cadre du contrat de
conception-réalisation. C’est pour l’administration la
certitude que la prestation sera réalisée aux prix et délais
convenus du contrat, si le constructeur ne pouvait plus faire
face à ses obligations suite à un dépôt de bilan ou d’une
liquidation judiciaire.
La banque ou la compagnie d’assurance qui délivre la caution
prend évidemment le maximum de garanties afin d’être sûre
de la bonne santé de l’entreprise cautionnée en prévoyant un
audit comptable, technique, fiscal.
L’assurance dommage-ouvrage s’ajoute aux garanties
décennales et
biennales classiques et permet de réparer les désordres
éventuels qui
surviennent sur l’ouvrage avant toute recherche de
responsabilité, et ce
sans aucune franchise.
Cette garantie est également obligatoire dans le cadre du
contrat de conception-réalisation, mais elle ne peut être
souscrite que par le maître d’ouvrage.
En ce qui concerne l’évaluation des offres, elle est effectuée
sur la base du coût global de la prestation qui couvre
l’ensemble du montant de l’investissement initial et des coûts
différés de gestion, d’entretien et d’exploitation d’une
opération d’installation d’un logiciel ou de construction d’un
ouvrage.
§3- Le rôle du maître d’ouvrage
En vertu de l’article 10 § 4, « Le maître d’ouvrage assure un
rôle de contrôle du respect des engagements du titulaire et
de suivi de la bonne exécution
des prestations objet du marché.»
C’est une définition laconique, eu égard à l’importance du
projet à réaliser. Toutefois, deux missions peuvent être
décelées et sont donc assignées au maître d’ouvrage :
une mission juridique
et une mission technique.
Le maître d’ouvrage exerce une mission générale d’ordre
juridique, pour
vérifier sur pièce et sur place l’observation par le titulaire du
marché des
engagements contractuels pris par ce dernier durant son
exécution du
Une autre mission d’ordre technique découle de tous pouvoirs
de contrôle
pour s’assurer de la bonne exécution des prestations objet du
marché.
C’est une mission qui consiste à s’assurer que le personnel et
le matériel
de l’entreprise sont conformes à ceux prévues par le C.C.A.G.
Cette mission englobe aussi le fait de constater que le
planning d’exécution des prestations prévues est respecté, ce
qui implique un jugement global sur les performances quant
aux moyens mis à la disposition de l’entrepreneur ou du
prestataire de service, ainsi qu’une évaluation de la
progression des travaux.
Section 7: Les marchés d’études
Avant de s’engager dans la procédure d’un marché public,
l’article 5 du
C.M.P. prévoit que le maître d’ouvrage détermine aussi
exactement que
possible les spécifications et la consistance d’une commande
d’une manière claire et exhaustive, en précisant aussi les
compétences nécessaires.
Il est donc indispensable de mener en amont une réflexion étayée
sur les
différentes contraintes entourant l’opération projetée.
Cette démarche a pour but de:
vérifier la faisabilité de l’opération,
mais également d’assurer, par la suite, autant que possible, le bon
déroulement du chantier.
Or certaines administrations ne disposent pas des moyens humains
et techniques pour assurer les démarches préliminaires relatives aux
études, ou bien elles ne peuvent pas déterminer avec précision le
but à atteindre ni les moyens à mettre en œuvre pour l’exécution
d’un projet.
Pour faire face à cette éventualité, le code des marchés publics
recommande le recours aux marchés dits marchés d’études.
Comme prévu par l’article 154 du C.M.P., le maître d’ouvrage,
lorsqu’il ne
peut effectuer par ses propres moyens les études qui lui sont
nécessaires
en mesure de préciser les buts et les performances à atteindre,
les techniques à utiliser,
les moyens en personnel et en matériel à mettre en œuvre, a
recours à des marchés d’études,
c’est-à-dire qu’il confie la réalisation des études préalables à
une tierce personne qui est une personne privée dans la
majorité des cas.
Ces études nécessaires varient selon les domaines, ce qui
nécessite de faire appel à différents corps de métiers :
architectes, urbanistes, juristes, bureaux d’études techniques,
géotechniciens, ingénieurs, qui peuvent intervenir
individuellement ou en groupement.
§1- Le champ d’application
Le maître d’ouvrage est tenu de respecter les règles de
passation édictées
par le code des marchés publics. A cet effet, l’article 154-A §2
prévoit que
les marchés d’études sont conclus après la mise en
concurrence, autrement dit le recours aux différents modes
de compétition constituent la règle sine qua non.
Toutefois, quand il s’agit d’un projet qui porte sur des études
juridiques,
le maître d’ouvrage ne jouit pas d’une liberté totale mais
plutôt d’une
compétence liée.
L’article 154-A§3 prévoit à cet effet que « Pour les prestations
afférentes à des études juridiques donnant lieu à
l’élaboration de projets de textes législatifs ou
réglementaires, le maître d’ouvrage doit avant le lancement
de la procédure recueillir l’avis du Secrétaire général du
Gouvernement..» Autrement dit, il s’agit d’un avis obligatoire
et non facultatif ;
en conséquence, l’absence de cet avis est un motif de nullité
de la procédure de passation d’un marché d’études qui porte
sur l’élaboration de textes législatifs ou réglementaire.
En effet, l’article 26 du cahier des clauses administratives
générales applicables aux marchés de services de l’Etat
portant sur les prestations d’études et de maîtrise d’oeuvre
du 04 juin 2002 (C.C.A.G.-E.M.O.) indique d’une manière claire
que « Le titulaire du marché d’études est tenu d’observer une
indépendance d’action absolue vis-à-vis des attributaires des
marchés.
de travaux, de fournitures ou de services qui interviennent
dans le cadre de l’exécution du projet sur lequel portent les
prestations objet du marché qui lui est confié », et ceci dans
la mesure où ledit titulaire est amené à établir les documents
qui se rapportent au marché de travaux afférents à l’étude.
§2- Le déroulement de la procédure
Lorsque la nature et l’importance du marché le justifient, la
méthode
prévue par le code, notamment le paragraphe 6, consiste à
scinder l’étude
en plusieurs phases, chacune assortie d’un prix afin
d’explorer le plus
grand nombre possible de voies de recherche.
Chaque phase peut être:
naturellement assortie du prix demandé, dans la mesure où
les buts et les
performances à atteindre, les techniques, les moyens en
personnel et en
matériel à mettre en oeuvre, ne peuvent pas toujours être les
Les marchés d’études donnent généralement naissance à des droits
de propriété intellectuelle tels que le droit de propriété industrielle,
architecturelle ou artistique.
C’est pour cette raison que le droit de la propriété intellectuelle trouve sa place dans le
cadre légal de la réglementation des marchés publics.
A cet effet, si l’administration se réserve le droit de disposer du résultat des études pour
ses propres besoins sans qu’il y ait une mention spéciale au marché,
il faut qu’il y ait une clause spéciale pour que d’autres collectivités et organismes puisse
bénéficier de ces résultats.
En outre, le marché doit prévoir les droits réservés au titulaire dans le cas
de fabrication ou d’ouvrages réalisés à la suite de l’étude; les droits de
propriété industrielle qui peuvent naître à l’occasion ou au cours de l’étude
sont acquis au titulaire de l’étude.
En effet, à partir du moment où chacune des phases est
clairement
Identifiée.
chacune étant assortie d’un prix, le marché précise les
charges qui, entraînées de façon certaine par l’arrêt de
l’étude, seront remboursées au titulaire du marché, ce qui
signifie que la décision d’arrêter l’exécution des prestations
ne donne lieu à aucune indemnité.
La combinaison de la notion du délai et du montant des crédits alloués
implique que l’administration contractante doit imposer au titulaire du marché, en vertu
d’une clause contractuelle, un contrôle a posteriori des coûts de revient. Ce contrôle
s’appuie sur:
les comptes-rendus d’avancement des travaux accompagnés d’une comptabilité qui fait
ressortir un descriptif de la comptabilité
et de tous les renseignements nécessaires au calcul des coûts d’unités d’oeuvre,
des taux de frais de production et de frais hors production, en fournissant tous éléments
qui permettent d’analyser et de contrôler ces coûts.
§3- Le choix du titulaire du marché
Eu égard à l’importance du rôle que doit assumer le titulaire du marché
d’études,
le maître d’ouvrage est en mesure d’exiger des candidats de lui considère
qu’il s’agit là d’un élément essentiel et d’un critère d’attribution, et prévoit
en outre la justification:
des capacités techniques et financières. Cependant, cette exigence ne doit
pas limiter l’accès à la commande publique, en conséquence des niveaux
minimaux de capacité doivent être liés et proportionnels à l’objet du marché
et rendus nécessaires par ce même objet et la nature des prestations à
exécuter,
ce qui revient à dire que le règlement de la consultation peut
proposer aux candidats d’apporter tout moyen de preuve équivalent et que
la capacité des candidats doit être appréciée au regard de l’objet du marché
et de la nature des prestations.
Section 8: Les prestations architecturales
Le cadre réglementaire en matière de marchés publics d’architecture a été
modifié par le décret du 20 mars 2013 du C.M.P. notamment par les articles
89 à 129.
Les marchés portant sur des services d’architecture sont soumis à des règles précises et
pour lesquelles
il n’est plus autorisé de faire systématiquement appel à des méthodes de désignation
directe sans passer par la procédure concurrentielle.
L’objectif principal de cette nouvelle législation est de stimuler la concurrence,
d’apporter une plus grande transparence dans l’accès aux marchés publics
et de donner du dynamisme aux projets présentés par les architectes.
D’ailleurs, parmi les critères de choix d’un projet, on cite « l’originalité, la
pertinence et de l’intelligence créative du pari architectural ce qui signifie que
le C.M.P. considère l’architecture comme une expression de la culture. »
L’article 4-1-§ 3 du contrat d’architecte indique clairement
que: l’architecte doit « veiller à la conformité des études
techniques réalisées par les ingénieurs spécialisés en
construction avec la conception architecturale »,
ce qui signifie que l’architecte doit disposer de toutes les
données indispensables,
soit directement, soit en collaboration avec le bureau
d’études qui doit lui
délivrer les documents nécessaires, notamment les levées
topographiques
et les études géotechniques.
Quant à la mission de suivi des travaux de construction, l’architecte est tenu
De:
la mener aussi en étroite collaboration avec le bureau d’études dans la
mesure où le contrat d’architecte passé avec l’organisme public implique que
l’architecte doit suivre l’exécution des travaux et en contrôler la conformité
avec les plans architecturaux qui ont été effectués sur la base des études
techniques réalisées par les ingénieurs spécialisés en construction avec la
conception architecturale.
L’article 112 du C.M.P. fixe le périmètre d’une intervention de l’architecte
dans le cadre d’une procédure d’un concours de conception évaluant les idées des
architectes, architecte paysagistes et urbanistes sur la base d’un programme et de
critères définis.
Le maître d’ouvrage confie à l’attributaire:
en plus de la conception,
le suivi et le contrôle d’un projet.
C’est un concours
d’idées et de projets.
§2- Les conditions requises des architectes
L’article 96 du C.M.P. prévoit que seuls peuvent participer et
être attributaires des contrats de prestations architecturales
les architectes qui remplissent les conditions juridique,
fiscales et administratives requises:
• conditions juridiques : qu’ils jouissent notamment de
l’autorisation
d’exercer la profession d’architecte à titre indépendant et
qu’ils soient
inscrits au tableau de l’Ordre national des Architectes,
sans être frappés d’une sanction de retrait de l’autorisation,
ou bien en redressement ou en liquidation judiciaire ;
§3- La mission de l’architecte
Du début à la fin de la mise en place d’un projet architectural,
l’homme de l’art doit être présent. Ainsi, à partir du moment
où il sera chargé d’une mission réalisée dans un cadre public,
l’architecte sera requis dès le stade
de la conception du projet, avant même la réalisation des
travaux.
- l’architecte est amené à prescrire un certain nombre de
biens tels que:
les matériaux d’enveloppe extérieure et intérieure, par
exemple, que le maître d’ouvrage est appelé à négocier avec
les candidats que l’architecte a sélectionné.
De plus, en tant qu’expert-conseil principal désigné lors de
l’appel d’offres et responsable de la composition des équipes
pour réaliser les projets,
l’architecte s’avère une porte d’entrée pour les ingénieurs et
pour les autres entreprises de services qui veulent participer
à la réalisation de l’ouvrage.