Université d’Alger I
Faculté de Médecine
La relation soigné-
soignant
La relation médecin-malade est une relation faite
d’attente et d’espérances mutuelles,
pour le malade : le soulagement et si possible la
guérison,
et pour le médecin : une reconnaissance de la part
de son malade, et une vérification de son pouvoir
soignant,
elle est basée sur deux maitre mots : information et
consentement
La relation médecin- malade engendre une
dépendance bilatérale :
1. La dépendance du malade :
Le médecin est un personnage puissant, son
prestige et son autorité sécurisent mais aussi
inquiètent
Le pouvoir du médecin est lié à ses connaissances
médicales, à l’utilisation du jargon médical, à sa
capacité de délivrer des certificats, à sa
connaissance de la vie privée du patient, à son
intimité ……
Le malade se sent souvent en position d’infériorité
2. La dépendance du médecin :
Le malade est source de bénéfices : il est le
bienvenu mais l’oblige à supporter des
exigences ressenties parfois comme pénibles
Source de satisfactions professionnelles ou de
frustrations
Les demandes du malade peuvent être :
Explicites : compétences techniques
Implicites : l’écoute, d’être disponible qui font
appel aux qualités humaines du médecin
Cette relation peut être qualifiée :
D’inégale :
le point de départ est une demande d’un sujet
souffrant,
adressée à un sujet disposant d’un savoir,
dont l’objet est le corps humain et passe
souvent par la parole (qui peut être source de
malentendus et d’incompréhension)
D’idéalisation :
le médecin idéal pour le patient : médecin à
hauteur de ses multiples espérances ;
le malade idéal pour le médecin : celui qui
permettra au mieux de satisfaire sa vocation.
Dans l’antiquité, la relation médecin malade était
qualifiée de relation hippocratique :
le malade est quelqu’un de soumis, d’obéissant
qui remet toute sa confiance entre les mains du
médecin ;
le médecin qui agit toujours pour le bien du
malade, ordonne des soins pour son bien que le
malade suit à la lettre
Aujourd’hui, la médecine a évolué vers une
relation davantage contractuelle,
d’un côté un professionnel de soins et
de l’autre un patient qui vient avec une demande
où un contrat autour des soins est établi avec un
patient actif, détenteur d’une part de
l’information médicale
Les caractéristiques générales de la
relation médecin-malade
a. Les données classiques :
Avec ses symptômes, le malade demande au médecin
de le guérir, mais également, il demande soutien,
réassurance, sécurité et affection
Il demande donc à son médecin, une véritable
relation affective et une disponibilité, compatible
avec l’exigence de neutralité qui incombe au médecin
C’est une relation fondée sur l’inégalité et
l’asymétrie, puisque la demande du patient le rend
passif et dépendant et sa souffrance le mobilise et le
diminue
C’est une relation de confiance, non égalitaire
b. L’apport du modèle psychanalytique :
La théorie psychanalytique a défini :
Le concept de transfert : réactions affectives conscientes
et inconscientes qu’éprouve le patient à l’égard de son
médecin
Le concept de contre transfert : les réactions affectives
conscientes et inconscientes qu’éprouve le médecin vis-à-
vis de son malade,
Il est directement lié à la personnalité et à l’histoire
personnelle du médecin
Un contre transfert positif engendra une relation médecin
malade de qualité, Caractérisée par l’empathie du médecin
et une action thérapeutique efficace
(le médecin s’identifie au patient, comprend sa situation
tout en étant capable de garder une certaine distance vis à
vis de lui, distance requise par l’objectivité nécessaire à la
prise des décisions thérapeutiques)
Un contre transfert excessivement positif, risque de
conduire à une identification massive au malade et/ou
à une perte d’objectivité dans les soins
Un contre transfert négatif induisant l’agressivité et
des frustrations excessives du malade peut être à
l’origine d’échec de la relation thérapeutique ,
Il en est de même pour une absence de contre
transfert qui peut conduire à une froideur excessive
c. Les données récentes :
La relation médecin malade est en pleine mutation
La mise en avant des droits de l’individu, on tend à
faire évoluer la relation médecin malade d’un modèle
paternaliste vers un modèle d’autonomie, se
traduisant par les nouvelles obligations liées à
l’information et au consentement éclairé du patient
Les modèles de la relation médecin malade
Le modèle « PATERNALISTE »
Le plus ancien,
Présente de nombreuses anomalies
Ne devrait plus trouver écho aujourd’hui
Le malade- objet est écarté de la décision médicale, et
de ce fait n’aurait pas besoin d’une information
poussée sur les enjeux qui le concernent
Cette situation crée une échelle de valeur délétère
entre le soignant et le soigné qui se trouve placé en
situation dépendance
Cette situation est souvent générée par une double
attitude, celle autoritaire du patient, l’autre passive et
demandeuse du malade
Le modèle « AUTORITARISTE »
Effraction permanente de la sphère privée du
patient
Est essentiellement le fait des structures
d’hospitalisation
Est souvent partagé par l’ensemble du personnel
Ex : entrée brutale dans une chambre, utiliser le
3ème pronom personnel, le désignant par le nom de
sa maladie
Ces pratiques ne devraient plus avoir court
Le modèle « SCIENTIFIQUE »
Dérive du précédent
Le médecin écarte tous les éléments d’ordre
psychologique pour ne retenir que les éléments
objectifs de la maladie : l’objet scientifique de l’étude
L’approche scientifique peut être garante de la qualité
des soins et de la technicité dont la maladie a besoin,
mais insuffisante à apporter le soulagement et la
satisfaction espérée par le malade
Dans les meilleurs cas, le malade sera impressionné par
les qualités techniques du médecin, mais restera déçu
par une relation humaine à sens unique et ressentira un
sentiment de rejet, voire d’abandon
Dans les autres cas, il ne reviendra pas, ou pire
envisagera une issue judiciaire
Propre de la déshumanisation
Le modèle « AUTONOME »
Se situe à l’extrême inverse du précédent
Il s’agit d’une forme inverse d’autoritarisme :
celle du patient
L’indépendance médicale équilibre le libre
arbitre du malade
L’information et le consentement sont des
éléments incontournables mais insuffisants, et
exposent à une relation sans échange, donc à
l’échec
Le modèle « AMERICAIN» judiciaire
Issu du précédent
Transparence absolue, contrats formalisés,
relation encadrée et judiciarisée
Ces principes ont pour effet de détruire la relation
médecin malade en la réduisant au rang d’avis
technique et réduisant le soin médical en un objet
de consommation
Besoin du médecin américain de protéger leurs
intérêts face à la croissance des recours judiciaires
Le modèle « EMPATHIQUE »
Représente le juste milieu, idéal pour une
relation fructueuse et profitable au malade
Chaque place est définie : celle du médecin,
sachant et technicien, celle du malade,
souffrant et demandeur, tous intervenants à
parts égales dans la construction d’une
thérapeutique efficace et adaptée
Conforme aux données éthiques,
déontologiques et juridiques en vigueur
Le modèle « AFFECTIF » ou
SYMPATHIQUE
Correspond à la dérive du modèle
précédent
Limite étroite entre l’empathie et
affectivité
Les évolutions possibles et les
contraintes de la relation médecin
malade
a. La relation habituelle « normale »
Grande majorité des cas
Le malade demande un avis, le médecin le lui donne
et remplit sa mission thérapeutique en parfaite
entente avec le malade
b. La relation « anormale »
Echec simple de la relation qui va conduire le malade
à changer de médecin
Echec conflictuel qui va engendrer un contentieux
humain, simple mais toujours mal vécu par le malade
et le médecin ; un contentieux judiciaire, lourds pour
les deux parties