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Chapitre 1

Le développement est défini comme une croissance multidimensionnelle qui va au-delà de l'augmentation du revenu par tête, englobant des transformations structurelles dans l'économie et la société. L'évolution du terme a été influencée par des débats sur la croissance durable et les limites des ressources naturelles, soulignant la nécessité de concilier développement économique et préservation de l'environnement. L'économie du développement se distingue de l'économie de la croissance en cherchant à comprendre les systèmes sociaux complexes et en intégrant des perspectives d'autres disciplines sociales.

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Chapitre 1

Le développement est défini comme une croissance multidimensionnelle qui va au-delà de l'augmentation du revenu par tête, englobant des transformations structurelles dans l'économie et la société. L'évolution du terme a été influencée par des débats sur la croissance durable et les limites des ressources naturelles, soulignant la nécessité de concilier développement économique et préservation de l'environnement. L'économie du développement se distingue de l'économie de la croissance en cherchant à comprendre les systèmes sociaux complexes et en intégrant des perspectives d'autres disciplines sociales.

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Chapitre 1: Définition du

développement et son
évolution
Dr Tapsoba Alexandra
I. Qu’est ce que le développement?
I.1 Le développement comme une croissance multidimensionnelle
 Selon Raffinot (2021) L’utilisation du terme « développement » en
économie suppose de le distinguer de la croissance. La croissance
serait unidimensionnelle, caractérisée par l’augmentation d’un
indicateur bien défini, généralement le revenu par tête;
 En revanche, la notion de développement désignerait un
changement de structure de l’économie, voire de la société en
général. Par exemple, si un pays mono-exportateur produit davantage de
son seul bien exportable, il ne devient pas pour cela un pays développé : il
croît, mais ne se développe pas. Ceci renvoie à une analogie avec le
développement des êtres vivants : la « croissance » d’un bébé qui
conserverait la même structure donnerait un monstre.
I. Qu’est ce que le développement?
I.1 Le développement comme une croissance multidimensionnelle
 Le terme « développement » est ainsi utilisé pour désigner un phénomène
qui associe la croissance à des changements dans d’autres domaines de la
société. Les domaines pris en compte différent beaucoup suivant les
auteurs;
 Certains mettent l’accent sur la modification des structures de
l’économie (complexification, intégration des divers secteurs de
l’économie). D’autres ont une approche franchement normative et
considèrent que le développement devrait se traduire par une
amélioration qualitative : réduction de la dépendance extérieure, de la
pauvreté, des inégalités, amélioration de la gouvernance, etc. – même si
cela ne correspond pas à l’expérience historique des pays aujourd’hui
« développés ». Si ce n’est pas le cas, ces auteurs parlent de
« croissance excluante », de « mal-développement », etc.
I. Qu’est ce que le développement?
I.1 Le développement comme une croissance multidimensionnelle
 Dans cette distinction entre croissance et développement, il y a une part importante de
subjectivité, voire d’arbitraire. En effet, il n’y a pas de processus de « croissance » qui n’entraîne
pas, dans une certaine mesure, transformation structurelle. De plus, les épisodes de changement
structurel important, comme la « révolution industrielle » européenne, ou le développement
chinois entamé à la fin des années 1970, ne sont pas vraiment des exemples de croissance
« inclusive », ayant bénéficié à tout le monde de la même manière.
 Enfin, la définition du développement est souvent « téléologique » (guidée par la fin) :
elle déduit les caractéristiques du « sous-développement » des différences entre les pays à faible
revenu et les pays industrialisés d’aujourd’hui, comme si la fin du processus était déjà connue.
On baptise parfois « théorie de la modernisation » cette approche suivant laquelle le
« développement » serait un processus qui permettrait aux pays aujourd’hui « en
développement » de ressembler en tout point aux pays actuellement « développés ».
 Cette manière de penser occulte carrément la possibilité que les dits pays en développement se
dirigent vers des modes de fonctionnement encore inconnus. On a l’exemple de la Chine, qui a
un type original de capitalisme d’Etat.
I.2. L’évolution du terme développement dans
l’histoire
 L’économie du développement utilise souvent des catégories
comme « sociétés traditionnelles » ou dans la tradition marxiste
« sociétés précapitalistes », sans nécessairement décrire les
caractéristiques qui constituent les « faits stylisés » de ces
sociétés. Or les sociétés qui ont précédé le développement de la société
« moderne » (capitaliste) sont très diverses;

Il est difficile d’en préciser des traits caractéristiques, car la plupart des pays
en développement aujourd’hui combinent de façon presque inextricable les
institutions des sociétés modernes et traditionnelles.
Il existe cependant quelques faits stylisés souvent mis en avant pour
caractériser les sociétés modernes et celles traditionnelles.
I.3. Existe-t-il une limite à la croissance et au
développement?
 Cette vision du développement reposant sur une croissance infinie
est largement remise en cause. Le rapport au Club de Rome [1970]
a sonné l’alarme en mettant l’accent sur la finitude des ressources
naturelles sur lesquelles repose notre croissance.
 La conséquence en serait que le développement tel que nous le connaissons
ne peut être étendu à la planète entière. Que les Chinois, les Indiens, les
Africains consomment comme les Nord-Américains d’aujourd’hui, et une
pression intolérable s’exercerait sur notre planète.
I.3. Existe-t-il une limite à la croissance et au
développement?
 Pour les économistes, la question n’est cependant pas vraiment
tranchée, car la finitude physique des matières premières n’est pas
synonyme de finitude économique. Les réserves prouvées augmentent
quand les prix augmentent et les techniques d’extraction s’améliorent. Quoi
qu’il en soit, la question du développement ne peut plus être pensée sans
sa dimension écologique. Ceci est d’autant plus vrai que le changement
climatique menace le développement de nombreux pays à faible revenu
[Bonnel, 2010 ; Jacquemot, 2016, chap. 6].
 Enfin, et ce n’est pas le moins important, la décroissance
démographique dans de nombreux pays industrialisés remet en
cause les visions antérieures. Si le « développement » produit des
sociétés dans lesquelles les individus n’ont plus la motivation nécessaire
pour assurer la reproduction de la population (Japon, Allemagne, Russie,
etc.), la croissance illimitée du revenu par tête risque de prendre fin.
I.4 Développement et développement
durable
 La notion de développement est souvent accolée à de nombreux adjectifs
censés préciser la dimension qui la différencierait de la croissance
(« développement social », « développement humain », « développement
durable »).
 La définition la plus courante de la notion de développement durable est
celle du rapport Bruntland de 1998 : le développement durable « répond
aux besoins du présent sans compromettre la capacité pour les générations
futures de satisfaire les leurs ». Il demeure cependant difficile de combiner
les approches économiques et environnementales. Certains prônent une
croissance zéro pour éviter d’accroître les charges sur l’environnement
(c’était déjà le cas du Club de Rome), voire la décroissance volontaire (du
moins dans les pays industrialisés) [Latouche, 2004].
I.4 Développement et développement
durable
 Toutefois, les idées alarmistes sur les ressources naturelles ont montré des
limites:
 Dès 1865, Stanley Jevons avait publié un livre (The Coal Question)
développant l’idée que la pénurie de charbon (alors principale source
d’énergie) risquait de bloquer la croissance.
 En 1975, le Club de Rome avait construit un scénario d’épuisement
progressif des matières premières conduisant à une réduction
dramatique des niveaux de vie. Il est vite apparu que cette vision des
choses était excessivement pessimiste (notamment parce que le
concept de « réserves » de matières premières est un concept
économique, relatif à un certain niveau de prix, et non un concept
physique).
I.4 Développement et développement
durable
 En fait, sur le plan économique, la réflexion est tout autre:
 le problème n’est pas le caractère fini des stocks de ressources
naturelles mais les possibilités de substitution. Une ressource naturelle
qui s’épuise peut être remplacée par une autre, ou par une meilleure
combinaison des facteurs de production et des intrants. Il y a cependant
des limites à cette substituabilité des facteurs de production. Si certains seuils
sont franchis (par exemple en termes d’émissions de gaz à effet de serre), il est
possible que des phénomènes de dégradation cumulatifs entrent en jeu;
I.4 Développement et développement
durable
 En ce qui concerne plus spécifiquement les pays en développement, le lien entre développement et
développement soutenable n’est pas évident. Pendant les années 1970, de nombreux pays en
développement, comme l’Algérie, ont considéré qu’il était souhaitable de s’industrialiser, même si
celle-ci devait s’accompagner de pollution. Il serait toujours temps après de lutter contre la
pollution, considérée comme un problème de pays riches.
 Avec l’accroissement des législations protectrices de l’environnement dans les pays industrialisés,
certains économistes ont émis la crainte que les activités les plus polluantes ne soient délocalisées
vers les pays en développement dans lesquelles ces législations n’existent pas.
 La catastrophe de Bhopal en Inde (une usine chimique qui a explosé en 1984, faisant quelque 20
000 morts) illustre tragiquement ce danger. Toutefois, des économistes libéraux ont défendu ce
type de délocalisation, considérant que l’absence de pollution était un avantage comparatif qui
pouvait se valoriser au niveau international.
 Comme l’a montré Dasgupta [1993, 2001], l’analyse en termes de développement
durable est fortement liée à l’économie du développement car les conditions de vie des
pauvres dans les pays en développement sont très souvent fondées sur la
surexploitation des ressources naturelles.
I.4 Développement et développement
durable
 C’est par exemple le cas en Afrique de l’Ouest de la déforestation pour la
fabrication de charbon de bois, ou pour le surpâturage de terres collectives
(« tragédie des communs »). Ceci est encore renforcé par la croissance
démographique, et peut déboucher sur l’apparition de trappes à pauvreté;
 Toutefois, ce n’est pas automatique. Des politiques avisées peuvent freiner ce
type d’évolutions.
 Le réchauffement climatique pose aujourd’hui le problème sous un angle
plus global ; est-il possible que les pays en développement croissent et
atteignent le niveau de vie des pays industrialisés sans que la planète
entière connaisse un réchauffement catastrophique du fait des
émissions croissantes de gaz à effet de serre ? Si ce n’est pas possible,
comment faire en sorte que l’impératif de réduction des émissions ne
freine pas le développement des pays à revenu moyen ou faible ?
I.4 Développement et développement
durable
 Ce problème fait l’objet de négociations internationales sous l’égide de l’ONU (les COP,
sigle anglais pour Conférences des Parties). Il ne s’agit plus de parler de développement
en tant que tel, mais de le resituer dans une problématique concernant notre avenir
commun;
 Deux conceptions s’y opposent. Les pays en développement y défendent leur droit
au développement et pointent la responsabilité historique des pays
industrialisés. En conséquence ces derniers devraient prendre des mesures
contraignantes pour limiter leurs émissions, et payer pour l’adaptation des
pays en développement au changement climatique;
 Les pays industrialisés cherchent à limiter la réduction de leurs émissions sans trop
freiner leur activité économique. La voie est donc étroite, et les négociations visent à
mettre en œuvre des compromis acceptables par tous. Le point de départ est très inégal,
avec des émissions des gaz à effet de serre de plus de vingt tonnes par habitant aux
États-Unis, de 10 tonnes en moyenne en Europe, au Brésil et en Argentine, et de 3
environ dans les pays à faible revenu.
I.4 Développement et développement
durable
 En termes d’émissions de gaz à effet de serre, le problème aujourd’hui est surtout lié à la
croissance des pays dits « émergents » (Chine, Indonésie, Mexique, Brésil, etc.) qui sont parmi les
premiers pays émetteurs compte tenu de leur forte population et du fait qu’ils produisent pour les
pays à revenus élevés;
 Le problème des pays à faible revenu est surtout un problème d’adaptation, étant
donné le très faible niveau d’émission par tête. Cependant, à long terme, il en sera
différemment du fait de leur croissance démographique extrêmement rapide;

 Pour atteindre l’objectif d’une augmentation de 2° de la température moyenne du globe, il


faudrait limiter les émissions à 20 Gt CO2e (Gigatonne d’équivalent CO2) en 2050, avec une
population mondiale atteignant 9,3 milliards de personnes suivant la projection moyenne des
Nations unies, ce qui signifie un niveau d’émission de 2,15 t de CO2e par personne. Or, comme
le note Willenbockel après avoir effectué ce calcul, le niveau d’émission dans les pays
les plus pauvres est déjà supérieur à cela aujourd’hui. Cela donne une idée des
réaménagements qu’il faudra opérer pour assurer à l’ensemble des humains des conditions de vie
agréables.
I.4 Développement et développement
durable
 La préservation de la biodiversité pose des problèmes analogues. C’est
aussi un problème global, comme vient de le montrer la pandémie mondiale
de la Covid-19. Le défrichement des terres met de plus en plus la population
humaine en contact avec des animaux sauvages, et avec les virus dont ils
sont porteurs, faisant apparaître des maladies inconnues (zoonoses);
 Réduire la déforestation et la mise en culture de zones non cultivées est
problématique dans les pays industrialisés, où l’habitat à tendance à
s’étaler et les infrastructures à gagner du terrain. Mais cela pose encore plus
de problèmes dans les pays émergents, où les plantations industrielles et
l’élevage extensif sont promues par de puissants intérêts, et dans les pays à
faible revenu où les paysans cherchent à étendre la superficie cultivée faute
d’alternative accessible en termes d’augmentation de la productivité.
II. Economie du développement et économie de la
croissance
 Pour se légitimer en tant que discipline, l’économie du développement doit se distinguer de
l’économie de la croissance, tout en se démarquant des autres sciences sociales qui s’intéressent
au développement.
 Contrairement à l’économie du développement, l’économie de la croissance se situe
clairement dans un cadre macroéconomique familier aux économistes. Les modèles
développés dans ce cadre étudient mathématiquement l’évolution du revenu par tête,
en simplifiant autant que possible la dynamique pour produire des énoncés fondés
rigoureusement.
 Pourquoi alors une économie du développement ? En dehors de l’approche purement descriptive
de pays à faible revenu, le fait de parler d’économie du développement suppose l’existence
d’un objet spécifique que les théories habituelles ne saisissent pas, ou saisissent
imparfaitement.
 Certains économistes nient purement et simplement la pertinence d’une économie du
développement. Pour eux, les principes de base de l’économie sont universels et intemporels.
L’économie standard est alors suffisante pour analyser les comportements individuels et les
évolutions macroéconomiques des économies à faible revenu.
II. Economie du développement et économie de la
croissance
 L’économie du développement a une ambition plus vaste, puisqu’il s’agit de
décrire l’évolution des économies en tant que systèmes sociaux complexes et
multidimensionnels. Certains résultats de l’économie de la croissance peuvent être mis à
profit dans ce cadre et se révèlent d’ailleurs fructueux. Mais ils sont en général trop
dépendants des hypothèses simplificatrices pour être réellement utiles pour les analyses du
développement.
 Toutefois, l’économiste rencontre rapidement ses limites. En tant que processus
multidimensionnel, le « développement » est aussi analysé par des géographes, des
politistes, des sociologues, des anthropologues, des philosophes, des psychologues, des
gestionnaires, des juristes, etc. Face aux autres sciences sociales, l’économie du
développement doit démontrer sa capacité à produire des analyses pertinentes. Les limites
rencontrées par chaque discipline isolée produisent régulièrement des appels à la
multidisciplinarité qui restent en général lettre morte en raison du cloisonnement des
disciplines académiques, mais aussi des différences entre les disciplines en termes
d’observation des phénomènes (qualitatif/quantitatif) et de validation des connaissances
[Guérin et al., 2016].
II.1 L’analyse des spécificités des pays à faible revenu
 L’économie du développement s’est constituée autour de l’analyse de
certaines spécificités : dualisme, exportation de matières premières,
par exemple. Dans les approches dualistes que nous allons voir, la
spécificité tient au fait que ces économies sont divisées en
plusieurs sous-ensembles, dont l’un seulement fonctionne à la
manière « habituelle » (quel que soit le sens que l’on attribue à ce
terme);
 Les approches fondées sur la spécialisation en termes de matières
premières mettent l’accent sur le fait que les pays en développement ne
bénéficient pas des gains attendus de la spécialisation tels que prévus par
les théories classiques du commerce international (Ricardo, Heckser-Ohlin-
Samuelson).
II.1 L’analyse des spécificités des pays à faible revenu
 De plus, les économistes qui étudient le fonctionnement des économies en développement se
trouvent confrontés à des comportements « irrationnels » : offre décroissante par rapport aux
prix, absence de recherche de la maximisation de l’utilité, etc;
 Une sorte de division du travail scientifique semblait établie, les économistes du
développement se bornant aux thèmes macro-économiques (sans fondements
microéconomiques), les comportements « non-standards » étant renvoyés aux ethnologues, qui
ont développé une réflexion sur les comportements principalement axée sur les rapports de parenté;
 Ce fossé ne cesse de se réduire. D’une part parce que les économistes ont de plus en
plus cherché à fonder leurs modèles macroéconomiques sur des comportements
microéconomiques explicites (de manière généralement discutable en raison des hypothèses
simplificatrices, telles que l’« agent représentatif » pour contourner le problème de l’hétérogénéité
des agents). D’autre part, parce que les économistes ont intégré à l’approche micro-
économique bien des éléments qui accroissent sa pertinence (asymétries d’information,
coûts de transaction, etc.) et modifient les conclusions de la micro-économie standard.
Enfin, le fossé s’est réduit du fait du renouvellement de l’analyse des institutions et de
leur rôle dans le fonctionnement économique.
II.2 Les processus de développement
 Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale coexistent chez les économistes deux visions du
processus de développement pratiquement opposées. Depuis Rostow et son célèbre
ouvrage sur les étapes de la croissance [1960], le développement est souvent pensé
comme un processus linéaire, avec une période d’accélération, le « décollage ».
 Le succès de cette notion est tel qu’il est difficile de faire entendre qu’elle est bien
loin de correspondre à une réalité historique, comme le montre P. Verley [2013].
Rostow a réussi à présenter les PED comme des pays « en retard de
développement », une représentation d’autant plus séduisante que certains traits de
leur fonctionnement rappellent ceux des économies industrialisées d’antan
(productivité, démographie, etc.)
 Cette représentation conduit à des analyses erronées, car il existe des différences
considérables. La principale est évidemment la présence des pays industrialisés eux-
mêmes. L’existence de connaissances, de techniques et d’institutions qui ont fait
leurs preuves permet des épisodes de « rattrapage » rapide. En sens inverse,
l’existence de concurrents compétitifs sur le marché mondial constitue un défi
considérable.
II.2 Les processus de développement
 Une autre représentation, presqu’opposée, qui structure les conceptions du
développement est celle de « trappe à pauvreté ». La situation des pays ou
des personnes pauvres serait caractérisée par l’existence de forces qui
vouent à l’échec toute tentative d’amélioration, en ramenant le pays ou la
personne pauvre à la situation initiale – sauf modification importante des
conditions de départ permettant d’échapper aux forces dépressives;
 Il y aurait deux équilibres stables (« pauvreté » et
« développement ») et une difficulté pour passer de l’un à l’autre.
Le « cercle vicieux » du sous-développement analysé par Ragnar Nurkse
[1952] en est un exemple : les pays en développement seraient caractérisés
par un faible revenu, ce qui implique une faible épargne, et ne permettrait
donc qu’un taux d’investissement limité.
II.2 Les processus de développement
 Ceci, enfin, interdirait la croissance et reproduirait la situation de départ. L’approche par la
trappe à pauvreté n’interdit pas des épisodes de croissance, mais il faut pour cela
un élément, généralement externe (une aide venue de l’extérieur, un changement
technique) pour enclencher une dynamique de sortie de trappe. Banerjee et Duflo
[2011] en présentent de nombreux exemples microéconomiques et expliquent
qu’en présence d’une trappe il faut toujours chercher à identifier les raisons qui
font que les individus ne parviennent pas à s’en sortir tous seuls de manière
graduelle.
 Ils se demandent par exemple pourquoi les pauvres ne choisissent pas
systématiquement les aliments les plus énergétiques, ce qui leur permettrait de
développer leurs capacités physiques et par là leur productivité. Cette question est
d’autant plus pertinente que ces aliments sont souvent moins chers. Leur enquête permet
à Banerjee et Duflo de montrer que, tout simplement, les pauvres cherchent à se
procurer de menus plaisirs, les plus facilement accessibles étant des aliments trop
sucrés et trop gras – ce qui leur crée des problèmes de santé, les empêche
d’accroître leur productivité et constitue donc une trappe à pauvreté.
II.2 Les processus de développement
 Une autre vision des trappes à pauvreté est apportée par
Leibenstein qui a développé la notion de salaire d’efficience dès
1957 pour expliquer la stagnation des économies sous-
développées;
 Pour Leibenstein, dans des économies très pauvres, la faiblesse de
l’alimentation réduit la possibilité de faire des efforts importants,
et donc la productivité agricole, ce qui empêche de produire plus
de nourriture, et reproduit ainsi la situation de départ, conduisant
à un cercle vicieux (une trappe à pauvreté). La notion de salaire
d’efficience part de la même idée : l’effort fait par le salarié dépend
de sa rémunération, ce qui fait que le lien entre productivité et
salaire est bilatéral, et non unilatéral comme dans l’approche
néoclassique élémentaire où le salaire est égal à la productivité
marginale.

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