Chapitre 2: Le
dualisme / Les
approches dualistes
Dr Tapsoba Alexandra
I. Introduction
• Le dualisme décrit les sociétés en développement comme des sociétés
divisées en deux secteurs : un secteur « traditionnel » et un secteur
« moderne ».
• Le modèle de Lewis [1954] formalisé par Ranis et Feï [1961] est un
modèle fondateur de l’économie du développement. Le
« développement » serait caractérisé par la disparition progressive du
secteur traditionnel, absorbé par le secteur moderne.
• L’économie du développement apparaît comme l’analyse d’économies
ou de sociétés hétérogènes, animées par une dynamique de transition.
II. Le dualisme et le décollage
II.1 Le modèle de Lewis
• Le modèle de Lewis étudie et présente les mécanismes qui sont à
l’œuvre lors de la phase de « décollage ». Son travail initial à savoir
(Lewis, 1954) est très littéraire et ne comporte pas de modèle comme
nous les connaissons aujourd’hui.
• Le modèle de ce prix Nobel W Arthur Lewis dans les années 1950 a
été plus tard modifié, formalisé et étendu par John Fei et Gustav
Ranis. Le modèle à deux secteurs de Lewis est devenu la théorie
générale du développement et du surplus de travail dans les pays en
développement dans les années 60 et 70, et est souvent encore
appliqué particulièrement dans l’analyse de la croissance de la Chine,
et du marché du travail dans les pays en développement.
II. Le dualisme et le décollage
II.1 Le modèle de Lewis
• Définition transformation structurelle : le processus de transformation d’une économie
de manière à ce que la contribution du secteur manufacturé au revenu national dépasse
à terme la contribution du secteur agricole. De manière générale, une altération majeure
dans la composition industrielle de n’importe économie.
• Définition modèle à deux secteurs de Lewis : il s’agit d’une théorie du développement
dans laquelle le surplus de travail dans le secteur agricole traditionnel est transféré dans
le secteur moderne industriel, dont la croissance (celui du secteur industriel) absorbe le
surplus de travail, promeut l’industrialisation, et stimule le développement soutenable.
• Définition surplus de travail :il s’agit de l’excès d’offre de travail qui se trouve au dessus
de la quantité demandée au niveau du taux de salaire d’un marché libre. Dans le modèle
d’économie du développement à deux secteur de Lewis, le surplus du travail fait
référence à la portion du travail rural, dont la productivité marginale est nulle ou
négative.
II. Le dualisme et le décollage
II.1 Le modèle de Lewis
• Il s’agit ici d’une révision du modèle présenté en croissance.
• Voici une autre manière de représenter le modèle à deux secteurs de
Lewis:
II. Le dualisme et le décollage
II.2: Les critiques du modèle de Lewis
• Le modèle le Lewis a soulevé de nombreuses controverses. Les principales critiques
portent sur les hypothèses, mais d’autres concernent la logique de son fonctionnement.
• De manière très générale, il est clair que la réalité ne montre pas partout une disparition
progressive et régulière du secteur traditionnel lorsque le secteur moderne se développe.
En Italie, par exemple, la modernisation du Nord n’a pas entraîné celle du Sud.
• L’industrialisation n’a pas éliminé le secteur traditionnel, que ce soit en Italie [Benetti,
1974], ou en Inde, où il a, au contraire, continué à croître [Eswaran et Kotwal, 1993]. Pour
expliquer ce phénomène, Eswaran et Kotwal construisent un modèle alternatif qui
introduit deux aspects importants mais négligés dans les modèles courants : des
rendements décroissants plus rapidement dans l’agriculture que dans l’industrie ; des
préférences lexicographiques inspirées de lois d’Engel (il faut un minimum de
consommation de biens alimentaires pour pouvoir consommer des produits issus de
l’industrie, par exemple).
II. Le dualisme et le décollage
II.2: Les critiques du modèle de Lewis
a. La critique des hypothèses
• L’hypothèse de main d’œuvre illimitée remise en cause;
• L’absence de travail agricole durant la saison morte;
• Pas d’explication de la raison pour laquelle les capitalistes
investissent;
• L’existence d’un secteur moderne, d’une demande de travail et de
niveaux de rémunération beaucoup plus élevés que les standards
« traditionnels » n’ont souvent pas suffi à assurer un
approvisionnement en main-d’œuvre originaire du secteur
« traditionnel »
II. Le dualisme et le décollage
II.2: Les critiques du modèle de Lewis
b. La critique du fonctionnement du modèle
• Il est difficile de comprendre dans ce modèle simple comment il est
possible de nourrir la population urbaine sans qu’augmente le niveau
de vie rural. En effet, dès qu’un travailleur migre vers la ville, tant que
la production agricole totale ne diminue pas, la production par
personne du secteur traditionnel devrait augmenter.
• La stagnation du niveau de vie exclut notamment la vente du
surproduit rural, comme la consommation par les paysans eux-
mêmes. Le plus logique serait donc de supposer un prélèvement sans
contrepartie, par des propriétaires fonciers ou par l’État. Pour pallier
ces difficultés, deux économistes, Ranis et Feï, ont présenté une
véritable modélisation de l’approche de Lewis.
II. Le dualisme et le décollage
II.2: Les critiques du modèle de Lewis
c. La modélisation de Ranis et Feï
• Comme Lewis, Ranis et Feï [1961] décrivent une économie dualiste,
mais modélisent plusieurs marchés, notamment le marché du travail
urbain ainsi qu’un marché de produits agricole (alimentaire);
• Le fonctionnement du secteur moderne est fondé sur une fonction de
production explicite. Sur cette base, deux fonctionnements du modèle
sont étudiés ; en économie fermée et en économie ouverte.
II. Le dualisme et le décollage
II.2: Les critiques du modèle de Lewis
c. La modélisation de Ranis et Feï
En économie fermée.
• Le modèle de Ranis et Feï [1961] se distingue de celui de Lewis sur
plusieurs points :
• L’hypothèse que le surplus prélevé par les propriétaires fonciers est en partie
réinvesti dans l’industrie ;
• L’hypothèse que les salariés du secteur moderne achètent leur nourriture aux
propriétaires fonciers. Le prix relatif des biens agricoles n’est plus indéterminé
mais endogène. Il établit l’équilibre entre l’offre et la demande sur le marché
du bien agricole contre le bien industriel ;
• L’hypothèse suivant laquelle le rapport capital/travail peut se modifier durant
la période de transition. Si le progrès technique économise le travail, il peut y
avoir un problème d’absorption de la main-d’œuvre dans le secteur moderne.
II. Le dualisme et le décollage
II.2: Les critiques du modèle de Lewis
c. La modélisation de Ranis et Feï
• Les conclusions du modèle sont très proches de celles de Lewis, à ceci
près qu’il existe des possibilités d’échec de l’accumulation dans le
secteur moderne, au cas où la croissance des termes de l’échange en
faveur de l’agriculture serait plus rapide que l’accumulation du capital,
ou si l’accumulation du capital est très capitalistique.
II. Le dualisme et le décollage
II.2: Les critiques du modèle de Lewis
c. La modélisation de Ranis et Feï
En économie ouverte.
• En économie ouverte, les modifications apportées au modèle sont
importantes :
• Le prix redevient exogène : il est donné par le marché mondial. Cela
suppose évidemment que les produits agricoles sont parfaitement
échangeables.
• Il n’y a plus de correspondance entre production agricole et utilisation
locale. Si la production est en excédent, le pays exporte. Dans le cas
inverse, il importe des produits alimentaires.
II. Le dualisme et le décollage
II.3: Le concept de chômage déguisé
• Le concept de chômage déguisé (hérité de Joan Robinson) est très
utile et peut s’appliquer à de nombreuses situations extérieures au
modèle de Lewis. Il peut s’appliquer, par exemple, au secteur
informel;
• L’exemple est celui des jeunes qui vendaient les cartes de recharge
aux carrefours. En général, certains pourraient travailler dans d’autres
domaines sans que cela fasse diminuer le « chiffre d’affaires » de la
téléphonie mobile à ce carrefour. Nous sommes bien en présence
d’un chômage déguisé. Ces jeunes ont un « emploi », et un bien faible
revenu, mais la productivité marginale de la plupart d’entre eux est
nulle.
II. Le dualisme et le décollage
II.3: Le concept de chômage déguisé
• Il en résulte une conséquence importante : quand une économie se caractérise
par un secteur informel et/ou rural important, le concept de chômage (au sens
du BIT) n’est pas pertinent. C’est pourquoi les taux de chômage obtenus en
appliquant cette définition sont souvent très faibles, paradoxalement plus
faibles que dans les pays industrialisés. Ainsi, au Burkina Faso, le taux de
chômage au sens du BIT a été estimé lors du recensement de 2006 à 2,3 % –
provoquant une certaine incompréhension dans les médias.
• Par ailleurs, l’existence ou non d’un chômage déguisé au niveau national est
importante pour juger des effets de catastrophes comme les épidémies ou les
massacres de masse, qui, malheureusement, ne sont pas si rares dans les pays en
développement. Ainsi, par exemple, il est bien difficile de trouver un impact
négatif du HIV SIDA sur la croissance économique dans des pays pourtant
fortement touchés comme le Botswana.