Types de rap-
ports syntax-
iques
coordination, subordination, juxtaposition.
Ces classifications sont issues de grammaires de réfé-
rence comme celles de Maurice Grevisse, Jean Dubois,
Oswald Ducrot, Jean-Claude Chevalier, etc
Introduction à l'étude de la syntaxe.
On peut distinguer trois approches de la syn-
01 02
La syntaxe est la partie de la grammaire taxe: structurale, logique et sémantique.
décrivant les règles de la combinaison des La première s'attache à étudier les formes,
mots et de l'organisation des phrases, la deuxième met en corrélation les formes
ainsi que celles de l'insertion des phrases syntaxiques et celles de la pensée étudiées
dans des formations plus importantes par la logique, tandis que la dernière tient
telles que l'unité superphrastique et le compte également de la réalité décrite par
texte. Unité de communication, la propo- les phrases. Ces trois approches se com-
sition constitue l'unité essentielle de la plètent et sont nécessaires pour une analyse
syntaxe. adéquate des faits syntaxiques.
03
La structure sémantique de la phrase com-
prend deux aspects: l'aspect nominatif quire-
présente la situation de fait (les objets, leurs
qualités, leurs actions, leurs relations) et l'as-
pect modal et communi-catif qui reflète la si-
tuation de discours, c'est-à-dire les circons-
tances et le but de l'acte de parole.
Les liaisons syntaxiques
01 02
Les moyens de liaison syntaxiques Sur le plan de l'expression, la syntaxe
ont pour fonction de relier les uni- française utilise, en tant que moyens de
tés inférieures au sein d'une unité liaison, des éléments lexicaux (mots-ou-
de niveau supérieur. Tout moyen tils – prépositions et conjonctions, mots
de liaison est caractérisé par une autonomes désémantisés), des éléments
forme .aussi bien que par un sens morphologiques des moyens positionnels
généralisant. ou tagmémiques (ordre de mots, cohé-
sion des groupes syntaxiques).
03 04
Sur le plan du contenu, on distinguera les rap- La coordination a pour fonction primaire
ports non-différenciés et les rapports dif- de relier des éléments homogènes au
férenciés, ces derniers embrassant à leur point de vue sémantique et fonctionnel. La
tour ceux d'homogénéité et ceux de dépen- fonction primaire de la subordination est
dance. A ces trois types sémantiques corres- d'exprimer les rapports de dépendance.
pondent trois formes principales de relation: la Les rapports de dépendance de la juxtapo-
juxtaposition, la coordination et la subordina- sition consiste à traduire les rapports sé-
tion, qui se manifestent aussi bien au niveau mantiquement non-différenciés.
des mots qu'au niveau des propositions.
La phrase complexe
Unité polyprédicative réunissant deux ou plusieurs propo-
sitions simples. Ses composants, tout en possédant une
prédication propre, n'ont pas toutes les caractéristiques
d'une proposition indépendante
Il y a 3 types de liaison au sein de la phrase com-
plexe:
la juxtaposition, la coordination, la subordination
La subordination
La linguistique connaît plusieurs classifications des propositions
subordonnées:
a) classification fonctionnelle b) morphologique, qui tient c) formelle, qui prend en
se basant sur la fonction syn- compte de l'antécédent de la considération la forme des
taxique de la subordonnée par subordonnée éléments conjonctifs
rapport à la principale
d) sémantique, partant du de-
gré de l'autonomie séman-
tique des constituants de la
phrase complexe
Le plus souvent on s'en tient à la classification fonctionnelle qui dis-
tingue les propositions complétives, circonstancielles et relatives
Les propositions subordon-
nées peuvent reliées par
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une conjonction de un pronom re- un mot inter-
subordination latif rogatif
J'attends que Pierre vienne. J'aime la mer qui est déchaînée Je me demande où va Pierre.
Parfois pas de terme introducteur : J'entends les oiseaux chanter .
La grammaire distributionnelle – Jean Dubois
Traitement de la subordination :
- Une proposition subordonnée est définie
par sa place et sa fonction dans la phrase
principale.
- Trois grands types sont distingués selon
leur fonction distributionnelle :
1. Subordonnée complétive : remplit la
fonction d’un complément (objet direct ou
indirect) →
Je pense qu’il viendra.
2. Subordonnée circonstancielle : a une
fonction adverbiale, précisant les conditions,
le temps, la cause, etc. → L’analyse ne s’intéresse pas au sens des
Il partira quand il aura fini. propositions, mais à leur insertion struc-
turelle dans l’énoncé.
3. Subordonnée relative : remplit la fonction - Chaque type de subordonnée est identi-
fié selon des critères syntaxiques formels
d’un adjectif qualificatif → (place, compatibilité avec d’autres struc-
La femme qui parle est ma tante tures, possibilité de transformation).
L’approche sémantico-pragmatique / argumentative
Oswald Ducrot & Jean-Claude Anscombre
Traitement de la subordination :
- Les relations syntaxiques (et notamment la
subordination) sont vues comme des mar-
queurs de relations d’inférence logique ou
argumentative.
- Une subordonnée n’est pas simplement "in-
sérée" dans une principale : elle justifie, ex-
plique ou oriente la lecture de la principale.
Exemples :
- Il est parti parce qu’il était fatigué : la su-
bordonnée exprime une relation causale
argumentativement dirigée (justification
du fait). Les connecteurs logiques (conjonctions) sont vus
comme des opérateurs argumentatifs, et non
- Même s’il est malade, il viendra comme de simples éléments grammaticaux.
- La signification pragmatique des subordonnées
ici, la subordonnée anticipe une objection → (comment elles orientent l’interprétation) est es-
approche dialectique. sentielle
La grammaire générative – Noam Chomsky, adaptée au
français par Jean-Pierre Ruwet et Richard Kayne
- La subordination est analysée comme un emboîte-
ment hiérarchique d’unités syntaxiques dans une
structure arborescente.
- Les subordonnées sont insérées dans des positions
spécifiques de l’arbre syntaxique :
- Complément direct : sous un syntagme verbal (VP)
- Modificateur circonstanciel : en position d’adjonction
- Relative : dans la structure du syntagme nominal
(NP)
- L’analyse repose sur des règles de réécriture, mouvements syntaxiques,
et des contraintes universelles.
- Ruwet a proposé des analyses spécifiques au français (ex. relatives, su-
bordonnées interrogatives).
- Kayne a formulé le principe d’asymétrie linéaire, selon lequel tout ordre
linéaire reflète une structure hiérarchique non symétrique — ce qui im-
pacte l’analyse des subordonnées introduites par "que", "si", etc.
La juxtaposition
On parle de juxtaposition quand il y a
deux éléments de même statut syn-
taxique reliés sans terme relationnel.
Les éléments qui peuvent être juxta-
posés sont :
des propositions
des mots des groupes de mots dans une phrase
complexe
Pierre est contexte,
Pierre est content, il a réussi
heureux.
son
examen.
Types de juxtaposition
1. Juxtaposition sans conjonction (entre propositions)
Exemples :
- Il pleut, je reste chez moi.
- Le rideau tomba, on applaudit, tout était fini.
Ces phrases ne sont pas reliées par des conjonctions (comme et
ou parce que), mais la relation logique (cause, conséquence, suc-
cession, etc.) est comprise par le contexte.
2. Juxtaposition sans préposition (entre noms)
Exemples :
- exposition-vente (exposition + vente)
- wagon-lit, roman-problème
- meuble lavabo (ambigu : meuble avec lavabo ? meuble sous la-
vabo ?)
Ce type de juxtaposition peut exprimer :
- une coordination (égalité des éléments) : moissonneuse-bat-
teuse
- une subordination (relation de dépendance) : wagon-lit
Caractéristiques importantes
Ambiguïté sémantique : parfois, la relation exacte entre les élé-
ments n’est pas claire et ne peut être précisée que par le contexte ou
la connaissance du monde.
→ foire-exposition peut vouloir dire :
- une foire et une exposition (coordination)
- une foire qui est une exposition (subordination)
- Souplesse de structure : contrairement à la coordination ou la su-
bordination classiques, la juxtaposition permet plus de flexibilité, no-
tamment :
- des inversions : député-maire / maire-député
- des omissions d’éléments implicites :
→ Aucune voiture (= je ne vois aucune voiture)
→ postes toutes ondes (= postes qui reçoivent toutes les ondes)
- Elle peut transmettre plusieurs types de relations sémantiques,
sans les exprimer explicitement :
- simultanéité : La nuit était noire, le vent soufflait...
- succession : Le rideau tomba, on applaudit...
- causalité implicite : Il pleut, je reste chez moi.
Chaque type de lien syntaxique (coordination, subordina-
tion, juxtaposition) possède une fonction principale. Pour la
juxtaposition, cette fonction est multiple :
- l’énumération (Il est arrivé, il s’est assis, il a attendu
- la simultanéité temporelle (Le vent soufflait, les
arbres pliaient.)
- la succession d’actions ou d’états
- la précision ou l’explication (Paul, mon voisin, est parti
hier.)
L'insertion
Un cas particulier de juxtaposition est ce qu’on appelle
l’insertion (insertion syntaxique).
Ce phénomène est parfois considéré comme un qua-
trième type de relation syntaxique, à côté de la coordi-
nation, la subordination et la juxtaposition classique.
L’insertion concerne les éléments incidents ou parenthé-
tiques, souvent utilisés à l’oral ou dans des récits vi-
vants :
- L’été, je crains, sera chaud.
- Quand, me demanda-t-il, reviendras-tu ?
Grammaire distributionnelle
Juxtaposition = absence de lien explicite (pas de
conjonction), mais les unités restent syntaxique-
ment parallèles.
La ponctuation ou l’ordre joue un rôle structurant
Le lien est formellement faible mais toujours ana-
lysable.
ll est tard, je pars.
→ Deux phrases indépendantes, placées côte à
côte, mais souvent interprétées comme liées.
Approche sémantico-pragmatique
- La juxtaposition laisse à l’interprétation du lecteur/
auditeur la relation sémantique implicite.
- Elle peut suggérer la cause, la concession, l’opposi-
tion, selon le contexte.
- Elle sert souvent à créer un effet de style ou à suggé-
rer un lien sans le dire.
Il pleut, je sors quand même. → malgré cela (con-
cession implicite)
il est fatigué, il continue. → inférence argumenta-
tive.
Grammaire générative
Problématique : pas de conjonction → pas de CoordP
explicite.
- Certains linguistes supposent un opérateur zéro
(coordination silencieuse).
- D’autres considèrent que ce sont deux phrases auto-
nomes, reliées non syntaxiquement mais pragma-
tique/discursivement.
- La prosodie ou la ponctuation devient un indice de
structure.
La coordination est la relation, qui unit des éléments de même statut syntaxique par
un terme relationnel
Le terme relationnel peut être :
Adverbe conjonctif : Conjonction de coordination
aussi, en effet, d'abord,
ensuite, puis, au
contraire, finalement,
d'ailleurs..
La coordination
Grammaire distributionnelle (Dubois, Le Goffic)
La coordination unit deux éléments de
même statut syntaxique (deux SN, deux pro-
positions, etc.).
- Elle se signale par la présence d’une
conjonction de coordination (et, ou, mais,
donc…).
- Chaque coordonnée peut souvent être
substituée indépendamment.
- L’analyse se focalise sur la forme et la posi-
tion dans la phrase.
Approche sémantico-pragmatique (Ducrot,
Anscombre)
La coordination n’est pas seulement syn-
taxique : elle reflète des relations argumen-
tatives.
- Chaque conjonction exprime un type d’in-
férence ou de relation logique.
- et = ajout sans implication argumentative
forte
- mais = opposition argumentative
- donc = conséquence logique, conclusion
Exemple :
Il a échoué, donc il doit recommencer.
→ donc marque une inférence causale : la
deuxième proposition est interprétée à partir
de la première.
Grammaire générative (Ruwet, Kayne, Chomsky)
- Coordination = structure binaire sous un nœud CoordP (Coor-
dination Phrase).
- Chaque élément coordonné est un constituant syntaxique
complet.
- L’organisation hiérarchique est analysée dans un arbre syn-
taxique.
- Même et est traité comme une tête syntaxique
4 espèces de
coordination
a. la coordination b. la coordina- c. la coordination d. la coordination
copulative qui tion disjonctive adversative qui causale qui
marque l'addition qui marque un marque l'opposi- marque la cause
choix tion
Mon frère et ma
Il veut être avo- Elle est impa- Partons, car il se
sœur sont ab-
cat ou médecin tiente, mais gé- fait tard.
sents
néreuse
Différenciation de la
relation de coordina-
tion et de subordina-
tion
La distinction entre la coordination et la subordination est
l’un des aspects les plus complexes de la grammaire. De
nombreux critères ont été proposés pour les différencier,
mais bon nombre d'entre eux sont communs aux deux types
de relations, bien qu'avec des degrés de typicité différents.
Ces critères concernent tant des aspects sémantiques que
structuraux.
Égalité/Inégalité des composants
Dans la coordination, les composants sont égaux
(A ↔️B), il n’y a pas de relation de subordination.
Par exemple : Je vois Pierre et Marie
(les deux éléments sont mis sur un pied d'égalité).
En revanche, dans la subordination (A → B), un
des composants est dominant et l'autre dépen-
dant, il y a une relation de détermination, c'est-à-
dire qu’un composant en détermine l’autre :
Je vois le fils de ma voisine(le « fils » est l’élé-
ment principal, « ma voisine » est subordonné à «
fils »).
Identité fonctionnelle/Non-identité fonction-
nelle
Lors de la coordination, les deux membres ont une
fonction identique dans la phrase.
Cela ne signifie pas nécessairement qu'ils sont mor-
phologiquement similaires, mais leur rôle dans la
structure de la phrase est similaire.
Par exemple : Il répondait tristement et avec re-
gret (ici, un adjectif et une préposition se coor-
donnent, mais ont la même fonction adverbiale).
Cependant, dans la subordination, un des compo-
sants remplit un rôle dépendant, ce qui montre une
différence fonctionnelle plus marquée.
Réversibilité/Ir-réversibilité des combinaisons
La coordination implique l’égalité des deux élé-
ments, ce qui permet leur permutation sans changer
le sens.
Par exemple : Je vois Marie et Jean.
En revanche, en subordination, cette permutation
modifie souvent le sens : Je vois la voisine de mon fils
ne peut pas être inversée sans provoquer une ambi-
guïté.
Ouverture/Fermeture de la série
Dans la coordination, la série des éléments est ou-
verte et peut être complétée : Je vois Marie, Jean et
Claude.
En revanche, dans la subordination, cette ouverture
est plus limitée, car la relation s'établit entre deux
éléments principaux : Je vois le fils de ma voisine,
et on ne peut pas ajouter d’autres éléments à cette re-
lation sans changer la structure.
Inclusion/Non-inclusion du moyen de liaison
Lors de la coordination, le moyen de liaison (comme
la conjonction et) peut être placé seulement entre les
deux éléments ou entre chaque élément dans le cas
d'énumérations ou d’oppositions : tantôt...tantôt,
et...et.
En subordination, le moyen de liaison (comme un
conjoncteur subordonné) fait partie intégrante de l’un
des composants, soit dans la phrase principale, soit
dans la subordonnée : quand (introduisant une subor-
donnée), par (préposition).
Identité/Distinction des moyens de liaison
Les moyens de liaison utilisés dans la coordina-
tion (conjonctions comme et, mais, ou) sont iden-
tiques
tandis que dans la subordination, les relations
sont marquées par des conjonctions subordonnées
et des prépositions.
Caractère obligatoire/Facultatif des relations
La coordination est une relation facultative, c'est-à-dire qu’elle peut
être supprimée sans altérer la structure de la phrase.
Par exemple, dans
Je vois Jean et Marie,
la relation est facultative et peut être enlevée sans affecter la com-
préhension principale.
En somme, bien que les distinctions entre coordi-
nation et subordination soient évidentes dans des
cas polaires, il existe de nombreux cas où ces deux
types de relations se mêlent et s'influencent mu-
tuellement, créant ainsi des structures grammati-
cales plus complexes.
Selon A.M. Peshkovsky, « la subordination et la
coordination se chevauchent constamment » et
sont souvent entrelacées dans les phrases.