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Cravate Club : Amitié en crise et conflit

La pièce 'Cravate Club' de Fabrice-Roger Lacan explore la rupture d'une amitié entre deux architectes, Adrien et Bernard, à travers un débat sur les principes de leur relation. Les tensions montent alors qu'Adrien justifie son absence à l'anniversaire de Bernard en évoquant une métaphore contractuelle, tandis que Bernard remet en question la nature de leur amitié face à des secrets et des attentes non exprimées. Cette dynamique culminera dans une confrontation violente, symbolisant les glissements imperceptibles vers le conflit dans les relations humaines.

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Cravate Club : Amitié en crise et conflit

La pièce 'Cravate Club' de Fabrice-Roger Lacan explore la rupture d'une amitié entre deux architectes, Adrien et Bernard, à travers un débat sur les principes de leur relation. Les tensions montent alors qu'Adrien justifie son absence à l'anniversaire de Bernard en évoquant une métaphore contractuelle, tandis que Bernard remet en question la nature de leur amitié face à des secrets et des attentes non exprimées. Cette dynamique culminera dans une confrontation violente, symbolisant les glissements imperceptibles vers le conflit dans les relations humaines.

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Étape n°7 : Une amitié à la vie, à la mort ?

– Étude d’un extrait


de la pièce Cravate Club (2001) de Fabrice-Roger Lacan
Éléments d’introduction : Après des études à l’École de cinéma à New York, ce
scénariste, réalisateur, metteur en scène, est reconnu par le public grâce à cette œuvre
Première pièce créée en 2001 par Charles Berling (Bernard) et Edouard Bear (Adrien),
mise en scène par Isabelle Nanty qui la présente ainsi dans sa préface de l’édition 2010 :
« Le rouleau compresseur de la destruction / Luttant chacun pour sa cause
Sourd à l’autre / On n’en sortira pas vivant / On se fait mourir les uns les autres.
Pas de rencontre possible ? » questionner l’autre à mort pour le réduire à soi ?
Résumé de la pièce: La dispute s’amplifie avec violence à travers 3 scènes très graduelles.
Sc 1: malgré l’obtention d’un grand projet, deux architectes se séparent brouillés: Adrien ne peut
venir fêter les 40 ans de Bernard car il est retenu au dîner mensuel de son « club ».
Sc 2 : Après une nuit d’ivresse, Bernard veut rentrer au « club » d’Adrien qui refuse.
Sc 3 : Bernard s’est fait parrainer par un autre pour « le club » qu’Adrien veut quitter. Mais Son
ami veut l’y entraîner de force avec lui et manque de le tuer en lui mettant sa cravate...
Situation: Après un cadeau douteux, Adrien avoue à Bernard qu’il ne sera pas à ses 40 ans
Comment ce premier moment d’explication engendre-t-il une crise entre les deux amis?
1er mouvement : Un débat sur les principes fondamentaux de l’amitié (l.1-16)
A) Des points de vue divergents des deux amis sur le « contrat » qui les unit (l.1-8)
Adrien justifie son absence par une métaphore contractuelle (au présent de vérité générale)
« Bernard, il n’est pas écrit dans les statuts de notre amitié qu’elle doit
automatiquement prendre fin si l’un d’entre nous ne peut pas se rendre à l’anniversaire de
l’autre. »
Négation d’un pacte froid et contraignant qui s’oppose à leur relation affective (« notre »)
+ Emploi d’une subordonnée hypothétique = atténuation par l’exposé objectif de son cas
Échange de stichomythies ironiques (question niée) : « Bernard : Non ? / Adrien : Non. »
Bernard demande néanmoins des précisions sur les conditions de leur relation, en filant la
métaphore contractuelle/syndicale : « Et c’est quoi les statuts de notre amitié ? » (familier)
Adrien explicite, selon lui, l’exception constituée par une relation amicale authentique,
qu’il oppose aux contrats administratifs/conjugaux, à travers le parallélisme des sub de tps:
« Y’en a pas, c’est ça qui est joli. Quand on décide de s’associer, on signe des papiers,
quand on décide de se marier, on signe des papiers, quand on décide de devenir amis…
ben justement, on décide pas… on le devient, comme ça… comme un cadeau.… »
=> Il insiste sur le caractère désintéressé et spontané de leur relation par l’adjectif familier,
B) Le rappel d’un code et d’une déontologie inhérents à l’amitié (l.10-16)
Bernard souligne avec ironie la contradiction avec sa profession de foi d’authenticité :
« Et c’est pour ça que tu préfères aller dîner avec ces gens ce soir…C’est ça? » (q
oratoire) + insistance sur une décision assumée par le verbe malgré des circonstances
inconvenantes
Adrien se contredit (guillemets) en jugeant la règle du club prioritaire sur l’amitié tacite :
« Ce n’est pas « pour ça ». Je manque ce dîner, je suis exclu, c’est tout. » (ellipse cause/
csq)
La didascalie suggère la recherche d’arguments : « Un temps. Bernard cogite. » puis Bernard
renverse le point de vue d’Adrien par une q oratoire + complétive ironique : « Et
qui te dit que tu ne prends pas le risque de me vexer à mort ? » hyperbole familière
Épanorthose dévoilant les obligations implicites entre amis:« O.K., y a pas de statuts entre
amis mais y a des règles… Elles sont pas écrites, on n’en parle pas, mais elles existent !.
Gradation du duel verbal à travers les stichomythies en interrogatives/exclamatives:
« Pourquoi tu te piques ? Pourquoi tu n’essaies pas de te mettre une seconde à ma place? »
« Tu retournes tout, là !Tu te défiles le soir de mes 40 ans mais c’est moi le faux frère ! »
=Jeu d’opposition ou d’antithèse entre pronoms personnels + verbe affirmatif/négatif
2e mouvement: Un interrogatoire accusateur face à des dissimulations (l.17-34)
A) Début de l’enquête et suspicion d’une infidélité envers leur amitié (l.17-26)
Bernard ironise sur la nature secrète du groupe : « C’est quoi ce club ! C’est une secte ? »
Réplique tâtonnante d’Adrien par épanorthoses successives : « C’est pas une secte. C’est pas…
C’est même pas…C’est rien, c’est un lien. C’est quelque chose qui me lie, qui me relie, qui
m’empêche de m’envoler. »+ gradation (relatives)= cercle essentiel à sa stabilité
Q oratoire sur leur relation intime (Bernard)/réponse (Adrien) en stichomythies opposées:
« Et nous deux, on n’est pas liés?/Adrien : Si, Bernard, on est liés. »+antithèse nous-je/club
Bernard met l’accent sur la liberté laissée à Adrien en comparaison des règles du groupe:
« Oui, mais comme je suis pas aussi exigeant que ton « club »... (+guillemets ironiques)
Mais Adrien retourne et applique la comparaison à leurs rapports et en fait une hyperbole
« Tu es mille fois plus exigeant. On est tous les deux infiniment plus exigeants l’un envers
l’autre que n’importe quel club avec ses membres. » = énonciation ambiguë ?
+ double sens qui insinue une exclusivité de leur amitié et l’étouffement d’Adrien ?
L’explication répétée mécaniquement aboutit à l’absurde, à l’incompréhension mutuelle:
« Il se trouve que ce club a une seule exigence qui est de nous réunir une fois par
mois… »
B) Une relation désormais minée par le jardin secret de l’autre (fin l.26-l.34)
Reprise du questionnement de Bernard qui vire à l’obsession/la vexation maladive:
« C’est quoi ce club, pourquoi tu m’en parles pas ? » (niveau familier = virulence)
Minimisation du secret par la négation : « Parce que… Tu sais, c’est pas non plus très
important. » = formule artificielle qui aboutit à l’effet inverse, attise la jalousie
Insistance de Bernard par la répétition et la déclinaison ou le polyptote du verbe: « Si,
quand même!Pourquoi tu m’en as jamais parlé ?» (présent/passé= long terme)
Nouveau crescendo / gradation dans les stichomythies = symétries et oppositions
« Je sais pas…Je te raconte pas tout./Si, justement, tu me racontes tout.» = paradoxe
« Tu me le reproches ? /Je ne te le reproche pas. » = jeu mutuel de faux
semblants autour d’une relation toujours transparente selon Bernard, voire trop selon
Adrien?
Bernard insinue que la dissimulation d’Adrien contredit son caractère expansif:
« Je constate que tu n’es pas quelqu’un de très…/ Pudique ? »= Adrien le confirme !
« Tu n’as pas l’habitude de faire des cachotteries. Pas avec moi. » Négation corrigée =
épanorthose qui revendique la relation intime et privilégiée qui semble fissurée ?
Conclusion: Par son thème traditionnel de la rupture d’une amitié censée solide
pour un « rien », un club qui cristallise vite une vexation narcissique pour Bernard,
et révèle la gêne d’Adrien à avouer son étouffement dans une relation trop exclusive,
cette pièce de Fabrice-Roger Lacan reprend en partie les réflexions propres au
théâtre de Nathalie Sarraute sur les glissements imperceptibles de la conversation
vers le conflit, à travers le surgissement, l’interaction des mots ou sous-entendus.
Dans l’adaptation cinématographique réalisée par Frédéric Jardin en 2002
avec les mêmes acteurs que pour la pièce originelle, l’atmosphère sombre
du bureau d’architecture des deux amis et le huis-clos amplifient leur inéluctable
éloignement
jusqu’à la quasi tentative de meurtre de Bernard avec la cravate d’Adrien, et un
forme de sado-masochisme qui pousse le dénouement aux limites de l’absurde :
« Faut la serrer cette cravate… » / « Jamais notre amitié n’a été aussi vivante que
pendant les cinq minutes où je t’ai cru mort… » / « Faut que tu me tues… »

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