COURS SOCIOLOGIE M1 science
POLITIQUE politique
2017-2018
APPROFONDIE
LES PROFESSIONNELS DE LA
POLITIQUE
3.1. La professionnalisation de la politique
3.2. Les sphères d’exercice du pouvoir
3.3. Les fi lières politiques
3.4. spécifi cités du métier politique
3.5. caractéristiques des professionnels de la
politiques : dispositions et gratifi cations
LES FEMMES EN POLITIQUE
1. Défi nition des concepts :
- Le sexe
- Le genre
- Le patriarcat / sociétés patrilinéaires
- Le leadership
- Le leadership féminin
2. Retour sur l ’étude de
3. Aperçu sur la présence des femmes dans la vie
politique dans le monde / dans les pays arabes/ en
Tunisie
LES FEMMES EN POLITIQUE
- Obstacles à la participation politique des femmes
- Dans les partis
- La visibilité médiatique
- Les sphères de vie
- Le féminisme d’Etat
- Les stéréotypes genre
LE GENRE
le terme genre désigne ce qui est socialement
construit par opposition à ce qui est donné
biologiquement. Dans cet usage, le genre se réfère
communément aux traits de personnalité et au
comportement, et non au corps. Le genre et
le sexe se rapportent ici à deux ordres bien distincts.
Une autre acception du terme genre renvoie aux
constructions sociales relatives à la distinction
masculin/féminin, y compris celles qui séparent le
corps « féminin » du corps « masculin » . Ce deuxième
usage est apparu quand on a commencé à réaliser
que la société ne façonne pas seulement la
personnalité et le comportement, mais aussi la
manière de percevoir le corps.
Mais si le corps lui-même ne peut jamais être appréhendé
qu’à travers une interprétation sociale, alors le sexe n’est
pas séparé du genre, il est plutôt englobé dans le genre.
Joan Scott nous donne une description éloquente de cette
deuxième acception de genre où l’inclusion du sexe dans
le genre est évidente : « Il s’ensuit que le genre est
l’organisation sociale de la diff érence sexuelle . Mais cela
ne signifi e pas que le genre refl ète ou détermine des
diff érences physiques naturelles et fi xes entre femmes et
hommes ; le genre est plutôt la connaissance qui établit
les signifi cations des diff érences corporelles … Nous ne
pouvons pas voir les diff érences sexuelles autrement
qu’en fonction de notre connaissance du corps et cette
connaissance n’est pas ‹ pure ›, elle ne peut être isolée
de son implication dans un large éventail de contextes
discursifs » (1988 : 2).
Les recherches féministes insistent sur le caractère
fondamentalement social des distinctions fondées sur
le sexe.
Le genre s’oppose donc au déterminisme biologique
implicite dans l'usage de termes comme "sexe" ou
"diff érence sexuelle« et met au jour l'aspect
relationnel des défi nitions normatives de la féminité.
Cela implique la remise en question des études qui se
concentrent exclusivement sur les femmes. Les
études mobilisant l’approche genre défi nissent les
hommes et les femmes en termes réciproques et
aucune compréhension de l'un ne pouvait être
acquise par une étude entièrement séparée .
Ainsi, Natalie Davis affi rmait-elle en 1975 : "Je pense
que nous devrions nous intéresser à l'histoire aussi
bien des hommes que des femmes, et que nous ne
devrions pas travailler seulement sur le sexe
opprimé, pas plus qu'un historien des classes ne peut
fi xer son regard sur les paysans. Notre objectif, c'est
de comprendre l'importance des sexes des groupes
de genre dans le passé historique. Notre objectif,
c'est de découvrir l'étendue des rôles sexuels et du
symbolisme sexuel dans diff érentes sociétés et
périodes, de trouver quel était leur sens et comment
Us fonctionnaient pour maintenir l'ordre social et
pour le changer."
Il est une manière de recentrer les questionnements
sur les diff érences et inégalités femmes-hommes
autour de l’idée d’une construction sociale des deux
sexes. Toutefois, utilisé simplement, il ne permet pas
de comprendre toutes les facettes de la domination
masculine et contribue même parfois à en gommer
certains traits.
la notion de sexe biologique est également une
construction sociale comme le fait de penser en
terme de dichotomie féminin-masculin et homo-
hétéro. Le genre a permis tout comme le concept
de sexe social en France d’ouvrir le débat sur les
identités sexuées et sexuelles en ramenant les
questions hommes-femmes à des rapports de
pouvoirs. C’est ainsi que la notion de « rapports
sociaux de sexe » prend son sens et exprime les
aspects matérialistes et symboliques de la
domination masculine.
Le genre qualifi e l’opposition hiérarchique entre deux
groupes sociaux construits socialement, celui des
hommes qui s’approprie en toute légitimité le travail
et la production de celui des femmes sans
contrepartie équivalente. Cette légitimité repose sur
un système de valeurs et de représentations et
s’impose à l’ensemble de la société : le patriarcat.
Pour l’auteur, nier ou ignorer ces aspects du concept
contribue à négliger la hiérarchie sociale qui se
dégage de cette catégorisation. L’utilisation de ce
concept atteint ses limites quand il ne prend pas en
compte la hiérarchisation et la catégorisation qui
s’expriment dans le même temps.
RAPPORTS SOCIAUX DE SEXE
Monique Haicault écrit (2000, p. 48) :
Les rapports sociaux de sexe sont à la base des relations
dynamiques qui distribuent les sexes, en tant que
catégories sociales, dans les diff érentes instances ou
sphères d’une totalité sociale considérée. Ils sont partout.
Ils fonctionnent selon trois principes de spécifi cation :
l’identifi cation, la diff érenciation et la hiérarchisation. Les
rapports sociaux de sexe — entre sexes et intrasexes —
toujours imbriqués à d’autres rapports sociaux, sont
organiquement composés d’une dimension matérielle qui
correspond aux places, aux fonctions, aux moyens
matériels et techniques, aux accès aux ressources
concrètes. Ils sont aussi composés d’une dimension
symbolique faite de croyances organisées en doxas, qui
fonctionnent à légitimer les positions matérielles
asymétriques de sexe..
Les rapports sociaux eff ectuent sans cesse un travail
de production symbolique qui vise à justifi er la
distribution sexuée des places, des fonctions et des
représentations, ainsi que leurs trois principes de
distribution. Par son inscription dans les pratiques
sociales, la production symbolique contribue
activement à la recomposition dynamique de ces
rapports sociaux
En pensant les rapports sociaux, elles englobent la
réfl exion sur les grandes structures idéologiques et
institutionnelles à l’échelle de la société (modèle
patriarcal) tout en pensant le changement qui peut
s’exprimer à l’échelle des relations sociales entre
individus et groupes sociaux.
Permet de sortir des grandes dichotomies classiques
(macro/micro, matérialisme/idéologie,
holisme/individualisme).
Roland Pfeff erkorn en développe trois que sont les
rapports sociaux de classe, de sexe et de racisation
En science politique, l’objet de recherche « femmes »
a une longue histoire, comme en témoigne
l’introduction de la variable de sexe dans les
recherches de sociologie politique et de
comportements politiques dès les années 1950
Le développement de la mobilisation des femmes au cours des
années 1960 et 1970 a mis au coeur du débat intellectuel – et
aussi de la science politique – la question de savoir s’il
existait ou non une approche féministe et ce qui la
distinguerait de l’étude des « femmes ». Il faut noter qu’il
était à l’époque – et encore aujourd’hui – tout à fait possible
d’étudier les femmes en politique ou les politiques publiques
prenant les femmes et leurs mobilisations pour objet sans
pour autant adopter une approche féministe ou même utiliser
le concept de genre. Il n’y a donc pas de lien mécanique entre
le féminisme en tant que mouvement social ou approche
analytique et une prise en compte de la variable sexe ou des
comportements politiques des femmes, ou encore l’analyse
des conséquences des
politiques publiques sur la situation et la vie des femmes.
D e n o m b re u x t r a v a u x d e s a n n é e s 1 9 7 0 e t 1 9 8 0 , e n p a r t i c u l i e r e n t h é o r i e
politique,
ont repris à leur compte le slogan des féministes de la deuxième vague « le
personnel
e s t p o l i t i q u e » , i n t ro d u i s a n t a i n s i u n e r u p t u re d a n s l e s f a ç o n s t r a d i t i o n n e l l e s
de penser les
l i m i t e s d e l a s p h è re p o l i t i q u e e t l ’ o b j e t m ê m e d e l a s c i e n c e p o l i t i q u e 1 . E n
considérant
l e s f e m m e s c o m m e d e s s u j e t s p o l i t i q u e s à p a r t e n t i è re , c ’ e s t t o u t u n d o m a i n e
jusqu’alors
e xc l u d e l ’ a n a l y s e , l a s p h è re p r i v é e , q u i s ’ e s t t ro u v é r a m e n é d a n s l e c h a m p
d’étude de
la discipline. Ce débat suscité par la prise en compte du privé – fallait-il
prôner une sortie
d e s f e m m e s d e l a s p h è re p r i v é e p o u r a c c é d e r a u s t a t u t d ’ i n d i v i d u d a n s l a
sphère publique
o u a u c o n t r a i re p ro m o u v o i r u n e re v a l o r i s a t i o n d u p r i v é e t d e s a c t i v i t é s «
féminines » ? –
a i n fl u e n c é l e s d i s c u s s i o n s s u r l a d é fi n i t i o n d e c e q u ’ e s t u n e a p p ro c h e
féministe en science
p o l i t i q u e e t d e c e q u ’ e s t , o u d e v r a i t ê t re , u n e m o b i l i s a t i o n f é m i n i s t e .
L ’ i n fl u e n c e d e s q u e s t i o n s q u i t r a v e r s e n t l e m o u v e m e n t q u a n t à s a d é fi n i t i o n e t s e s
objectifs politiques sur les recherches menées au m êm e m oment apparaît clairement
dans
l a c l a s s i fi c a t i o n d e s d i ff é r e n t e s a p p r o c h e s f é m i n i s t e s e n s c i e n c e p o l i t i q u e é t a b l i e p a r
certaines
a u t e u r e s . E n e ff e t , a u s s i b i e n l a t y p o l o g i e p r o p o s é e p a r S a n d r a W h i t w o r t h p o u r l e s
relations internationales que celle de Judith Squires pour la théorie politique
reprennent
les divisions qui ont traversé les m ouvements fém inistes pour décrire leur cham p de
recherche. Elles distinguent en particulier entre une approche libérale qui postule que
l’objectif politique à atteindre est l’inclusion des fem mes, à égalité, dans le systèm e
tel
q u ’ i l e x i s t e , e t u n e a p p r o c h e q u e W h i t w o r t h q u a l i fi e d e « r a d i c a l e » – e t S q u i r e s
d ’ a p p r o c h e d e l a « d i ff é r e n c e » – q u i m e t a u c o n t r a i r e e n a v a n t l e s q u a l i t é s e t
caractéristiques
propres aux femmes et qui prônent une transformation du système politique fondée
sur de nouvelles valeurs que les femmes seraient, de par leur position sociale, plus à
m ê m e d ’ i n c a r n e r. O n r e c o n n a î t d a n s c e s d e u x t y p o l o g i e s l a d i v i s i o n c l a s s i q u e e n t r e u n e
s t r a t é g i e « é g a l i t a i r e » e t u n e s t r a t é g i e m e t t a n t l ’ a c c e n t s u r l a « d i ff é r e n c e » .
en science politique, le terme « recherche féministe » est plutôt un
positionnement
p o l i t i q u e q u i g é n è r e d e s q u e s t i o n s d e r e c h e r c h e d i ff é r e n t e s , s a n s q u e
l’épistémologie
d e l a d i s c i p l i n e s o i t p o u r a u t a n t r e m i s e e n c a u s e . Q u e l q u e s e xe m p l e s d e c e s
points de
v u e f é m i n i s t e s e n s c i e n c e p o l i t i q u e p e r m e t t e n t d e r e n d r e c o m p t e d e s e ff e t s d e
savoir
induits par cette approche, y compris dans le domaine des politiques publiques.
Pa r e xe m p l e , p l u t ô t q u e d ’ i n t e r p r é t e r l a s o u s - r e p r é s e n t a t i o n p o l i t i q u e d e s f e m m e s
comme le résultat d’un désintérêt de la part des principales intéressées 2, les
recherches
des politistes féministes se sont tournées vers le fonctionnement du système
électoral 3,
les modes de scrutin 4 ou encore le rôle de gatekeeper des partis politiques 5,
montrant
ainsi que, plus qu’un désintérêt naturel des femmes pour la chose politique, c’est
le
système politique qui constitue un obstacle à l’inclusion et la participation de ces
dernières.
Les po l i t i st es sc a ndi n av es o nt éga l em ent i ni t i é d es t ra va ux qui o nt t rès vi te fa i t l e
l i en en t re l e sexe d es él u s et l e c o n t en u d es p o l i t i q u es p u b l i q u es. A i n si , en 19 88,
Drude
D a h l e r u p o p p o s e a u c o n c e p t d e « m a s s e c r i t i q u e » d é v e l o p p é p o u r a n a l y s e r l ’ e ff e t
d’une
pl us gra nde présen ce des fem m es en p ol i t i qu e cel ui « d’ a ct es cri ti ques » 6. Inspi rée
par
l es rec herc hes en soc i o l o gi e d es o rga ni sa t i o ns et su r l a p résen ce de m i n ori t és a u sei n
des
é q u i p e s d e t r a v a i l , D . D a h l e r u p s ’ i n t é r e s s e a u x e ff e t s d e l a p r é s e n c e d e s é l u e s s u r l e s
politiques publiques, le discours politique ou la culture politique, pour conclure que
c’est
seu l em en t po ur c et t e derni ère que l a no t i o n de m a sse c ri t i q ue rest e pert i nent e. E n ce
qui
co nc ern e l e co nt enu des po l i t i q ues p ubl i ques qui son t vo t ées, m êm e un gra nd n om b re
d’élues ne peut, selon D. Dahlerup, constituer une « masse critique » au sens donné
à ce
terme en fusion nucléaire, à savoir la fusion de particules qui, une fois agrégées
seraient
ca pa bl es d e pro v oq uer une réac t i o n en c ha î ne, au trem ent di t l a m i se à l ’ a gend a de
nouveaux
pro bl èm es so ci au x et un e tra nsfo rm at i on des règl es d u j eu po l i t i q ue. Sel o n el l e,
« la volonté et la capacité d’une minorité de mobiliser
les ressources d’une organisation
ou d’une institution pour améliorer sa propre
situation et celle du groupe minoritaire »
traduisent un acte d’empowerment plus crucial que la
simple augmentation du nombre
de femmes 1.
De façon sim ila ire, depuis des décennies, les politiques sociales
constituent un objet
privilégié d’a na lyse pour celles qui s’intéressent aux politiques
publiques et a ux eff ets
de l’Éta t sur les ra pports socia ux de sexe. Si l’on souhaite
évaluer da ns quelle m esure
un régim e de politiques publiques prône ou non une perspective
féministe 2, a lors les
prestations et services liés au statut familial des fem mes
(alloca tions fa m ilia les, congés
parenta ux , etc.) ne sont plus évalués seulement en fonction des
budgets et des som mes
qui sont a insi a llouées à des populations fém inines, ma is plutôt
en fonction de leurs eff ets
sur la structura tion, la reproduction ou la transformation des
inégalités entre les fem mes
et les hom m es 3.
Les recherches sur le féminisme d’Éta t posent, elles aussi, dès
leur origine, la question
des critères qui permettraient de qualifi er de fém iniste l’action
de l’Éta t ou de ses
agents. Avec des termes diff érents selon les auteures, la
dim ension fém iniste d’une politique
publique s’év a lue en fonction de la défi nition des femmes sur
laquelle elle est
fondée (com m e groupe social), de sa volonté affi chée de « fa ire
avancer le sta tut économ ique
et socia l, a insi que les droits des femm es aussi bien dans le
domaine public que
privé » et son objectif de « réduire ou d’éliminer les hiérarchies
fondées sur le genre qui
sous-tendent les inégalités de ba se entre les hommes et les
femm es da ns les sphères
publiques et priv ées » 4.
2. LE LEADERSHIP
1. LE LEADERSHIP POLITIQUE
2. LE LEADERSHIP FEMININ
LE CONCEPT DE LEADERSHIP
Qu’est-ce que le leadership? Qu’est-ce qu’un leader?
Il convient tout d’abord de souligner la diffi culté de défi nir ce
concept, trop ambigu et à forte charge normative. En eff et, de
nombreux travaux se sont attachés à identifi er les qualités
d’un bon leader/ meneur. Il est ainsi généralement défi ni
comme un meneur d’hommes/ ou de femmes, une personne
dotée de qualités particulières qui lui donnent la légitimité et
la crédibilité nécessaires pour occuper des positions
d’autorité.
Les qualités de leader mises au jour par une partie de la
littérature (communication effi cace, achèvement des tâches,
responsabilité, résolution de problèmes, originalité, prise de
décision, prise de mesures, passion, vision, éthique, humour,
conscience de soi, confi ance en soi, courage, expérience et
pouvoir (Foster, 2000; Whitten, 2000; Withers, 2000), sont
généralement des caractéristiques associées à la masculinité.
LE LEADERSHIP DANS UNE
PERSPECTIVE WÉBÉRIENNE
Dans une optique wébérienne, le leadership est
synonyme de mode de domination et il est
fondamentalement une relation sociale. Le déclin des
notables et leur substitution par des professionnels
de la politique aptes à galvaniser les masses grâce à
leur art de la persuasion et à l’appui d’une machine
électorale montre combien la démocratisation a
modifi é les modes d’accès, les qualités et les
manières d’exercer le leadership politique (Weber,
1959 [1920]).
2.1.LA NOTION DE DOMINATION
La notion de pouvoir est associée à celle de
domination. Max Weber, qui en est l’un des
principaux théoriciens, distingue la puissance de la
domination. La puissance est pour lui synonyme de
pouvoir, elle signifi e: « toute chance de faire
triompher au sein d’une relation sociale sa propre
volonté, même contre des résistances, peu importe
sur quoi repose cette chance.»
Ceci signifi e que le pouvoir peut reposer uniquement
sur la contrainte.
La domination suppose, en revanche, que les
relations de pouvoir s’inscrivent dans un cadre
légitime, c’est à dire qu’elle soit acceptée par ceux
qui la subissent.
2.1.LA NOTION DE DOMINATION
les relations de pouvoir légitimées et
stabilisées relèvent de la domination.
Weber la défi nit ainsi: « Nous entendons par
domination, la « chance », pour des ordres
spécifi ques […] de trouver obéissance de la part d’un
groupe déterminé d’individus. Il ne s’agit cependant
pas de n’importe quelle chance d’exercer
« puissance » et « infl uence » sur d’autres individus.
En ce sens, la domination (l’autorité) peut reposer sur
les motifs les plus divers de docilité: de la morne
habitude aux pures considérations rationnelles en
fi nalité. Tout véritable rapport de domination
comporte un minimum de volonté d’obéir par
conséquent, un intérêt intérieur ou extérieur, à
obéir. » (économie et société, p. 285)
2.1. LA NOTION DE DOMINATION
Le pouvoir doit comporter un minimum de volonté
d’obéir, être reconnu et accepté pour se maintenir.
Reposant uniquement sur la force (la contrainte), le
pouvoir est précaire et menacé.
La question qui se pose dès lors est de savoir d’où
vient cette volonté d’obéir?
Pour Weber, il est nécessaire que les individus croient
en la légitimité du pouvoir auquel ils obéissent.
Ceci amène Weber à établir une typologie des
légitimités revendiquées, celles-ci conditionnant aussi
bien les formes de l’obéissance que les
caractéristiques et les modalités d’exercice de la
domination.
2.2. LES TYPES DE DOMINATION
LÉGITIME
Max Weber distingue les modes de domination par
les types de légitimité sur lesquels ils reposent. Il a
ainsi construit 3 idéaux-types de domination:
- La domination charismatique
- La domination rationnelle-légale
- La domination traditionnelle
A) LA DOMINATION
TRADITIONNELLE
Elle repose sur la coutume et la tradition. Elle fonde
son autorité sur l'obéissance à des coutumes «
sanctionnées par leur validité immémoriale ». Elle
puise sa légitimité dans les coutumes et repose sur
l'habitude que les acteurs ont de respecter ces
coutumes. Celui qui exerce le pouvoir est légitime car
il puise sa légitimité dans les coutumes, car il y a
adéquation entre sa nomination et les coutumes
reconnues par le droit.
A) LA DOMINATION
TRADITIONNELLE
Tout cela dépend de la force de la croyance en la
tradition. Au fi l des ans, les institutions deviennent
naturelles, suscitent des réfl exes d'obéissance. Il
n'existe pas de texte codifi ant le pouvoir, celui-ci est
intériorisé dans les individus. Il fi nit par être naturel
et nécessaire car se perpétue.
Exemples : domination de la société féodale,
monarchie de l'Ancien Régime, les sociétés dans
lesquelles existait une forte personnalisation du
pouvoir. La coutume est donc une contrainte pour le
gouvernement, le dominant doit agir conformément
aux valeurs établies.
B) LA DOMINATION RATIONNELLE
LÉGALE
Les gouvernés consentent à un ordre légal, le rendant
légitime. Dans ce type de domination, l'appareil
administratif est perfectionné, hiérarchisé, les
compétences sont déterminées. L'exercice du pouvoir est
fondé sur la compétence juridique des agents, est organisé
à l'avance par des textes répartissant ces compétences
selon un principe hiérarchique. Weber prend comme
exemple l'État bureaucratique moderne.
Cette domination caractérise le fonctionnement des
sociétés contemporaines. Le pouvoir est organisé par des
règles écrites défi nissant les droits et devoirs des
gouvernants et gouvernés. Les gouvernants agissent
conformément aux normes car toute transgression
menacerait la légitimité à exercer le pouvoir, tandis que
les gouvernés ne sont tenus d'obéir que dans la limite de
la réglementation du pouvoir.
B) LA DOMINATION RATIONNELLE
LÉGALE
Les gouvernants peuvent gouverner car ils ont été
choisis par des procédures conformes à la
Constitution. Il y a une forme de dépersonnalisation
dans l'exercice de la domination. On obéit à des
règles et des fonctions plus qu'à des individus,
conduisant à une juridicisation des rapports de
pouvoir car la légitimité de l'État repose sur le fait
qu'il se soumet lui aussi à des règles de droit qu'il
produit et qui sont jugées comme universelles. De
plus cet État de droit accepte de se soumettre au
contrôle de juridiction constitutionnel.
C) LA DOMINATION CHARISMATIQUE
La légitimité provient des qualités exceptionnelles du
dirigeant, liée à un individu et surtout au fait que les
gouvernés croient / reconnaissent ses qualités. On obéit
à un individu parce qu’il est doté de qualités hors du
commun. La domination politique est donc fondée sur la
croyance, dans le caractère exemplaire d'un chef.
L'adhésion populaire est d'ordre personnel, aff ectif.
La domination charismatique repose sur « la soumission
au caractère sacré, à la vertu héroïque ou à la valeur
exemplaire d'une personne ou encore émanant d'un
ordre révélé de celle-ci. Les qualités exceptionnelles du
leader, son charisme, justifi ent sa position de
gouvernant aux yeux des gouvernés ».
C) LA DOMINATION CHARISMATIQUE
Cela dépend du contexte, d'un caractère historique rendant
la population réceptive à ce type de domination. Le chef
impose un contact direct avec le peuple et peut parfois
court-circuiter les institutions. Cette forme de légitimité est
fragile car elle doit être confi rmée régulièrement pour être
gardée. Il y a un risque de « routinisation du charisme ».
Cette domination est souvent précaire et limitée dans le
temps, elle disparaît en même temps que le leader qui
l'incarne.
Cette domination peut se combiner avec la domination
traditionnelle (monarque vénéré) ou avec la rationnelle
légale (chef de gouvernement démocratique ayant une
popularité exceptionnelle, comme de Gaulle).
C) LA DOMINATION CHARISMATIQUE
En général, un régime politique s'apparente à l'un des trois
types décrits, mais en pratique ils se combinent dans des
contextes historiques variables.
L'Empire napoléonien combine de manière inégale ces trois
formes de légitimité. La forme dominante est le type
charismatique : cette légitimité se retrouve dans l'attachement
à la personne de l'empereur, dans l'établissement d'une
légende autour de ses épopées militaires. On trouve aussi des
éléments de légitimité légale rationnelle – c'est à cette époque
que l'on a créé une administration rationnelle et centralisée,
qu'on a codifi é le droit coutumier (Code civil) ; mais aussi des
éléments de légitimité traditionnelle : on a tenté de
reconstituer une société de cour, on a créé une noblesse
impériale, on a voulu constituer une dynastie.
C) LA DOMINATION CHARISMATIQUE
Le Gaullisme (début de la Ve République) s'est
toujours revendiqué d'un double principe : la légalité,
le pouvoir procède du suff rage (proche de la
légitimité rationnelle légale). Pour De Gaulle, le
pouvoir procède de la confi ance, il se réclamait du
lien de confi ance qu'il entretenait avec les citoyens,
il est l'homme de l'appel du 18 juin (proche d'une
légitimité de type charismatique – les référendums
permettant de tester les liens qui le lient aux
Français ; d'ailleurs le référendum de 1969 l'amènera
à démissionner).
Il y a par ailleurs de plus en plus une dimension
charismatique dans les régimes politiques
contemporains.
UNE CONCEPTION ANTI-
UTILITARISTE DU POUVOIR
We b e r d i s t i n g u e d o n c e n t re l a M a c h t , l a p o s s i b i l i t é d ’ i m p o s e r s a
v o l o n t é c o n t re t o u t e ré s i s t a n c e , e t l a H e r r s c h a f t , l a p o s s i b i l i t é
d ’ i m p o s e r u n e d é c i s i o n g r â c e à l a re c o n n a i s s a n c e d e s a l é g i t i m i t é p a r
c e u x q u i o b é i s s e n t . A l a i n C a i l l é p ro p o s e u n e t e rm i n o l o g i e d i ff é re n t e d e
c e l l e m a j o r i t a i re m e n t u t i l i s é e e n Fr a n c e e n t r a d u i s a n t H e r r s c h a f t p a r
p o u r v o i r ( e t n o n d o m i n a t i o n ) e t M a c h t p a r d o m i n a t i o n , v o i re p a r
domination violente.
« I l n ’ y a p a s d o m i n a t i o n l o r s q u e l e p o u v o i r s u r d e s a c t e u r s p e rm e t
d ’ a c c ro î t re l e u r p o u v o i r d ’ a g i r c o m m u n , l e u r p o u v o i r d e , e t , m o i n s
e n c o re , q u a n d i l s e d é p l o i e s u r l e m o d e d u p o u v o i r a v e c . Pa s d e
d o m i n a t i o n n o n p l u s l o r s q u e l e s v a l e u r s a u n o m d e s q u e l l e s u n o rd re e s t
d o n n é s o n t p a r t a g é e s e t re s p e c t é e s p a r c e u x q u i l e s d o n n e n t c o m m e
p a r c e u x q u i l e s re ç o i v e n t . E n c o re m o i n s d e d o m i n a t i o n l o r s q u e c e u x q u i
c o m m a n d e n t u n j o u r s o n t a p p e l é s à o b é i r u n a u t re j o u r , c o m m e o n l e
v o i t , p a r exe m p l e , d a n s l a s u c c e s s i o n a u p o u v o i r d e s p a r t i s p o l i t i q u e s ,
t a n t ô t m a j o r i t a i re s t a n t ô t m i n o r i t a i re s , o u d e s d i r i g e a n t s d ’ u n e
association, d’une université, etc. »
A l a i n C a i l l é , « P o u v o i r, d o m i n a t i o n , c h a r i s m e e t l e a d e r s h i p » ,
Re v u e d u M AU SS ,
À partir des quatre mobiles de l’action de la théorie
anti-utilitariste
TYPOLOGIE DU POUVOIR
Dans l’ordre de l’intérêt pour soi, de la rationalité
instrumentale et du contrat (on retrouve le pouvoir
rationnel légal de Weber), de la négociation, a du
pouvoir le gestionnaire. On lui obéit parce que l’on
croit que c’est lui qui, à partir de fi ns communément
partagées, sait obtenir la meilleure combinaison
possible des moyens.
Dans l’ordre de l’intérêt pour autrui et de la
sympathie, exerce une infl uence, a du pouvoir, l’ami
patron. On lui obéit parce qu’on l’aime bien, et on
l’aime bien parce qu’il aime bien, « il est humain » et
sait prendre en compte les diffi cultés et les
problèmes particuliers de chacun.
TYPOLOGIE DU POUVOIR
Dans l’ordre de l’obligation (morale, juridique,
économique), met en œuvre la Loi, a du pouvoir le
directeur (on est assez proche du pouvoir traditionnel
de Weber).On lui obéit parce qu’il incarne les valeurs
fondatrices de l’organisation et qu’il est le seul qui en
a une vue générale.
Dans l’ordre de la liberté-créativité, de la
générativité (on retrouve le pouvoir charismatique de
Weber), innove, entreprend, a du
pouvoir l’innovateur. On lui obéit ou plutôt, on le suit
parce qu’il a de l’allant, il permet de sortir des
routines, il apporte de l’espoir en faisant miroiter des
possibles à faire advenir.
TYPOLOGIE DU POUVOIR
tout dirigeant doit savoir combiner les quatre
registres de l’action, qui sont quatre modalités
possibles de la légitimité, et être, dans des
proportions variables, un peu directeur, un peu ami,
un peu directeur et un peu innovateur. S’il le fait
bien, il accroît le pouvoir d’agir du collectif. Il devient
un puissant. On lui obéit parce qu’il a de l’ autorité.
Cette autorité fait qu’il n’a plus besoin de rappeler
les raisons qu’il y a de lui obéir, les sources de sa
légitimité
TYPOLOGIE DU POUVOIR
Caillé distingue à partir de là deux types de
puissants: le Manger et le leader. Le premier combine
et articule les quatre registres de l’action en
privilégiant leur dimension fonctionnelle sur leur
dimension humaine, et en fonctionnant plus dans le
registre du contrat et de la Loi que dans celui de la
sympathie et de la créativité (correspond au type
wébérien rationnel-légal); le second, combine et
articule plus les personnes que les fonctions. Il
privilégie la sympathie, la créativité et la passion
(correspond à l’autorité charismatique).
DEVENIR LEADER
Comment devient-on puissant (manager ou leader) et
obtient-on de l’autorité ? Qu’est-ce qui fait que le
puissant est suivi, qu’on lui accorde sa confi ance et
son énergie ? La réponse est à chercher du côté de la
dynamique du don telle qu’il est possible de la penser
dans le sillage de la découverte par Marcel Mauss du
caractère socialement structurant de ce qu’il appelle la
triple obligation de donner, recevoir et rendre. Si le
puissant convainc, et plus particulièrement le leader,
c’est parce qu’il est totalement investi et impliqué
dans son rôle ou sa mission qui deviennent
indissociables de sa personne. Il s’y adonne pleinement
en donnant de sa personne, conformément à la thèse
de Mauss selon laquelle donner, c’est toujours donner
quelque chose de soi
L’autorité fonctionne donc sur le même mode que le
don. L’obtient celui qui donne quelque chose en plus
de sa fonction. Le gestionnaire fait son métier. Le
manager et surtout le leader font plus que leur job. Or
cet « en plus », cette dimension surérogatoire, est
précisément ce qui caractérise le don. L’accroissement
du pouvoir d’agir du collectif est la résultante de la
circulation des dons entre les membres du collectif et
de leur adonnement. Le puissant est celui qui donne
l’exemple de l’adonnement.
TYPOLOGIE DE LA DOMINATION
Les quatre types de domination
Dans le champ de l’intérêt rationnel règne la
bureaucratie (le chef donne unilatéralement des ordres
censément rationnels et à portée universelle) : domine
le bureaucrate qui ne veut rien savoir des cas
particuliers, qui applique le règlement parce que c’est
le règlement et avec qui il est hors de question de
discuter ou de négocier.
Dans le champ de l’intérêt pour autrui, règne le
clientélisme (le chef donne unilatéralement des
présents qui lient) : domine le parrain, celui qui met en
scène une relation amicale et aff ective, prétendument à
parité, mais en réalité subordonnée à l’adhésion
inconditionnelle du client et qui ne fonctionne qu’à
partir de la menace de représailles.
TYPOLOGIE DE LA DOMINATION
Dans le champ de l’obligation, règne la violence pure
(le chef donne unilatéralement des coups, la mort) :
le despote. Le moindre de ses ordres doit être
exécuté, sous peine que l’on soit soi-même
immédiatement exécuté.
Dans le champ de la créativité règne l’idéologie, la
violence symbolique (le chef donne unilatéralement
des croyances obligées ou obligatoires) : domine
l’idéologue, celui dont les croyances ne souff rent pas
la discussion et auxquelles il faut se conformer sans
la moindre hésitation apparente.
LES DÉCISIONS EN
DOMINATION
LEADERSHIP POLITIQUE
Sawicki d émo ntre que l’app ort le plus imp ortant des travaux sur le
leadership est d ’avo ir permis d e ro mp re avec « une vision de la
so ciété fo ndée sur la do minatio n inéluctable des élites sur les
masses, élites q ui utiliseraient po ur cela des techniq ues
universelles, en gro s celles subsumées p ar Machiavel sous les
fi g ures du lion et du renard , à savoir un mélange de menaces, d e
ruse, d e séd uction et d e réco mp enses. Les recherches les p lus
pertinentes sur le leadership sont en eff et celles qui affi rment
clairement qu’aucune d omination po litique ne p eut durab lement
repo ser sur la fo rce, mais aussi que l’exercice d e cette domination
est bo rné p ar d es règ les, no rmatives et p ragmatiques, et rep ose sur
des ressources q ui ne prennent sens que p ar rap port à une société
et une culture do nnées. »
Frédéric Sawicki, « Leadershi p pol itiqu e : u n concept à remettre
su r l e méti er ? », dans Smith (And y), So rb ets (Claude) (d ir.), Le
leadership p o litique et les territoire. Les cadres d’analyse en
débat , Rennes, Presses universitaires d e Rennes, « Res publica »,
2003, p. 71-88.
l’accès au leadership, les ressources utilisables, aussi
bien que la gamme des stratégies légitimes pour y parvenir et
s’y maintenir, sont culturellement déterminés.
Par ailleurs, l’auteur souligne que les qualités qu’on attribue
aux leaders sont généralement co -produites par l’entourage et
les adversaires d’un leader, dans le sens que c’est
l’enchevêtrement de causes et de circonstances contingentes
qui expliquent l’accès à des postes de leadership et le maintien
dans ce poste et non des qualités propres au leader et
universellement reconnues.
“ Y a-t-il la moindre preuve tangible démontrant l’existence de
traits communs à tous les leaders ? La réponse est clairement
non. […] D’une façon ou d’une autre, la situation ou le rôle
déterminent les traits manifesté par le leadership : soit les
individus accédant aux positions de leadership disposent des
caractéristiques requises, soit ils les acquièrent une fois
devenus leader ” (Gouldner, 1965 [1950], p. 33 et 40).
- La relation leaders (meneurs) - followers (suiveurs)
le but du leader est de conserver à la fois la force de
son groupe et la stabilité de sa propre position et
avec le moins de frais possibles ” (1971, p. 82). De là
découlent tout un certain nombre de tâches : gérer
les tensions au sein du groupe, notamment entre les
membres du noyau et ceux de l’entourage mais aussi
avec les représentants des appareils bureaucratiques,
maintenir l’équilibre entre les diff érentes factions,
arbitrer quand nécessaire, maintenir l’équilibre entre
ses propres intérêts et ceux de ses supporters,
construire un intérêt commun en manipulant les
institutions, les valeurs et les croyances du groupe
Comme le remarque A. W. Gouldner “ le leadership est un
rôle qu’un individu occupe à un moment donné dans un
groupe donné. Un leader n’est pas une personnalité
entière, mais une personne qui, dans certaines situations,
réactive les valeurs intégratrices du groupe. Clairement,
un même individu peut être à la fois follower et leader
dans deux “segments” de sa vie ou dans le même segment
à des moments diff érents ” (Gouldner, 1965 [1950], p.
20). Un même homme politique peut donc en fonction des
arènes où il intervient être tantôt leader, tantôt suiveur,
tantôt “ intermédiaire ” (broker). Cette succession, voire
cette superposition des rôles est le propre des sociétés
qui se spécifi ent, pour reprendre le vocabulaire de Bailey,
par un emboîtement des structures politiques, mais plus
encore où l’activité politique est structurée par des partis.
Toutefois, s’il y a une compétence nécessaire pour l’exercice
d’un leadership politique autour de laquelle il y a un accord,
c’est bien la capacité à se créer des fi dèles.
« l’entreprise politique est toujours une entreprise
collective quelle que soit son degré de personnalisation.
Accéder au leadership politique implique d’agréger des
cercles étendus de relations, que ces relations soient
instrumentales ou aff ectives, car c’est là le plus sûr moyen
d’infl uencer des cercles sociaux plus larges (Lagroye, 1973
; Briquet, 1997). Si, dans les sociétés modernes, la
bureaucratie s’est progressivement substituée aux
relations de clientèle ou simplement informelles (échanges
entre quasi-égaux), celles-ci n’en demeurent pas moins
présentes, même si c’est selon des degrés variables en
fonction des secteurs sociaux (Briquet et Sawicki, 1998).
De la diff érenciation des rôles résulte une multiplicité de
leaders. De ce fait, c’est la collégialité qui caractérise leur
pouvoir. Ceci implique un changement de focale vers les
rapports et les accords entre leaders plutôt que vers leurs
caractéristiques personnelles. (Bourricaud, 1969, p. 113).
Modifi cation substantielle des modes d’exercice du leadership.
« comment les échanges et les transactions mutuelles entre
acteurs stabilisent le jeu des positions. Dans cette perspective
on peut se demander si le bon “ leader ” aujourd’hui, c’est-à-
dire celui à qui, au moins symboliquement, on reconnaît le droit
de parler au nom d’un territoire ou d’une institution, n’est pas
de plus en plus celui qui, en pratique, a de moins en moins les
qualités fantasmées du leader démocratique, celui que Burns
appelle le leader “ transformationnel ”… ce qui n’exclut pas que,
ponctuellement, des confi gurations particulières, créant des
attentes spécifi ques dans certains groupes, produisent des
conjonctures charismatiques »
LE LEADERSHIP FÉMININ
Selon de nombreuses études, les femmes adoptent
soit:
1. un type de leadership similaire au leadership
masculin (donc sans diff érences de genre); Cette
école propose que les femmes qui poursuivent le rôle
non traditionnel de leader rejettent les rôles et
caractéristiques féminins et ont des besoins et des
styles similaires à ceux des dirigeants masculins.
L'argument est que les dirigeants d'une organisation
sont socialisés et choisis dans leur rôle
organisationnel et que cela remplace leur rôle de
genre. Il en résulte une faible diff érence entre les
dirigeants masculins et féminins.
2. Une deuxième perspective (majoritaire) met en
évidence un style de leadership distinctif associé aux
femmes, qui se caractérise par le fait qu’il est plus
participatif, démocratique, plus sensible, stimulant et
attentionné. Parmi les autres caractéristiques
associées au leadership des femmes fi gurent une
bonne gestion des confl its et des compétences en
relations interpersonnelles. Les femmes seraient
aussi d'excellents auditrices et feraient preuve de
tolérance et d'empathie. Les femmes sont également
décrites comme plus susceptibles de diriger par
derrière, par rapport aux hommes qui dirigent depuis
le front. Elles encouragent la participation, le partage
du pouvoir et l'information.
un leadership transformatif qui serait plus axé sur
l’interaction avec leurs subordonnés. Les diff érences
étant attribuées à une socialisation genrée et aux
expériences de vie diff érenciées. Cela est d’autant
plus visible dans le champ politique qui a été
longtemps dominé par les hommes. En plus des
savoirs spécifi ques requis, les qualités de debater et
de rhéteur sont fondamentales pour accéder à des
positions de leadership au sein des partis et des
institutions politiques. La qualité de debater par
exemple implique de hausser la voix, de s’imposer
dans les échanges entre professionnels de la
politique.
QU’EST-CE QUI EXPLIQUE CES
DIFFÉRENCES DE STYLE DE
LEADERSHIP?
l'accès des femmes aux postes de direction a été
entravé par la discrimination et les stéréotypes. L'une
des explications aux diff érences de leadership entre
hommes et femmes est que les connaissances et
l'expérience tirées de la résolution de ces diffi cultés
ont amené les femmes à élaborer un modèle de
leadership plus coopératif et plus fl exible. Certaines
caractéristiques associées au leadership des femmes,
telles que la communication, les compétences
interpersonnelles et la résolution des confl its, ainsi
qu'une capacité plus grande que leurs homologues
masculins à établir des priorités, peuvent découler
d'expériences sexospécifi ques telles que la gestion
d'un ménage et l'éducation des enfants, jongler avec
une carrière (Helgesen, 1990).
Cette explication des diff érences de leadership entre les
hommes et les femmes n’est donc pas enracinée dans la sphère
biologique. Les diff érences sont plutôt attribuées à des
pratiques de socialisation et à des expériences de vie
spécifi ques au genre. Par exemple, Rosener (I1990) a signalé
qu'une deuxième vague de femmes dirigeantes se dirigeait vers
les postes de responsabilité les plus élevés en mettant à profi t
les compétences et les attitudes uniques qu'elles avaient
acquises au cours de leur socialisation et en partageant leurs
expériences. que les femmes peuvent obtenir de bons résultats,
mais que leur chemin peut être diff érent de celui emprunté par
les hommes. Les conclusions de la recherche corroborent ces
constatations. Ainsi, Rosener (1990) a rapporté que les femmes
dirigeantes se caractérisaient par un style de leadership
interactif «transformationnel» et qu'elles travaillaient
activement à établir des interactions positives avec leurs
subordonnés et à créer un environnement de travail où chacun
est impliqué.
Historiquement, les caractéristiques associées à un bon
leadership sont des traits et des comportements associés
à la masculinité. Dans la vaste littérature sur le
leadership, le genre a été ignoré. Ceci s’explique par:
- La culture masculiniste dominante au sein des
institutions, qui s'est matérialisée par des normes de
comportement et des images de bonne gestion et de
leadership. des symboles, des rituels et des mythes qui
ont façonné la culture organisationnelle. Celles-ci
incluaient l'utilisation de métaphores sportives pour faire
référence à des modèles de leadership, à des rituels tels
que prendre un verre après le travail, à certains types de
vêtements et à l'image de leur corps, ainsi qu'à des
mythes sur les femmes et leur indécision.
- Les diff érences entre les hommes et les femmes en
matière de leadership ne sont pas réductibles aux
diff érences biologiques et ne sont pas simplement
expliquées par les pratiques de socialisation et les rôles
sexuels. Au lieu de cela, nous devons examiner comment
certaines formes de comportements sexospécifi ques
deviennent dominantes et privilégiées de manière à
fonctionner contre les femmes et favoriser les hommes. Par
le biais de pratiques d’auto -sélection, la majorité des
dirigeants et des dirigeants d’une organisation sont
probablement ceux qui affi chent les formes de masculinité
(individualisme affi rmé, compétitivité, autorité et
compétences techniques) qui façonnent la culture d’une
institution. un site à la fois pour la construction et la
reproduction de masculinités hégémoniques qui, à leur tour,
façonnent et sont façonnées par la culture institutionnelle.
Les processus même de production des professionnels
de la politique et de sélection du personnel politique au
sein des partis dépendent de défi nitions latentes des
compétences moulées sur les caractéristiques
masculines. Or, en raison de la production et de la
reproduction de stéréotypes, des assignations
identitaires, et de la permanence d’une vision de la
sphère politique comme étant essentiellement
masculine, les femmes se trouvent face à un obstacle
majeur, celui d’être reconnue par leur entourage (les
membres de leurs partis) et adversaires comme étant
des leaders politiques et occupent de ce fait le plus
souvent des positions subordonnées dans les partis. Le
nombre de femmes présidentes d’un parti ou membres
des bureaux politiques en est un parfait exemple.
Y’ A-T-IL UN STYLE DE LEADERSHIP
FÉMININ?
3. LES PROFESSIONNELS DE LA
POLITIQUE
3.1. La professionnalisation de la politique
3.2. Les sphères d’exercice du pouvoir
3.3. Les fi lières politiques
3.4. spécifi cités du métier politique
3.5. caractéristiques des professionnels de la
politiques : dispositions et gratifi cations
3. LES PROFESSIONNELS DE LA
POLITIQUE
Dans toute société, il existe des individus qui
disposent du pouvoir d'édicter des règles
contraignantes et du pouvoir de les faire respecter
(en utilisant parfois la force), c’est la caractéristique
distinctive entre gouvernants et gouvernés.
Le terme gouvernants renvoie à l'ensemble des
agents participant à la lutte pour la conquête et
l'exercice du pouvoir.
La science politique va étudier sociologiquement la
classe politique.
3.1. LA PROFESSIONNALISATION DE
LA POLITIQUE
L’élite politique est composée d’un corps de professionnels du
politique. La professionnalisation politique est un phénomène
récent datant du début du XXe siècle. Max Weber met au jour
l’apparition de la politique comme activité professionnelle
spécifi que en distinguant deux périodes historiques qui
correspondent à deux manières diff érentes de faire de la
politique :
1. L’activité politique nécessite des ressources économiques
importantes ainsi qu’un budget temps considérable. Jusqu’au
XIXe siècle, les personnes disposant de ces ressources étaient
les notables qui pouvaient se permettre d’exercer des
fonctions politiques sans attendre de rémunération en retour.
Ils vivent pour la politique. Les membres des classes ouvrières
et moyennes ne disposaient pas des ressources nécessaires
pour faire de la politique, ce qui implique un recrutement
politique ploutocratique (type de gouvernement où le pouvoir
politique est acquis grâce à la richesse) . Il s’agit ici de ce
que Weber appelle « l’administration des notables ».
3.1. LA PROFESSIONNALISATION DE
LA POLITIQUE
2. Un longue évolut ion hist orique m arquée notam m ent par
l’extension du suff rage universel et la construction d’un m arc hé
politique dém ocratique a donné lieu à une nouvelle cat égorie de
personnel politique qui n’est pas rec rut é auprès des notables
m ais plutôt des c lasses m oyennes et qui vivent de la politique
et pour la polit ique. Vivre de la polit ique signifi e que les
hom mes politiques sont rém unérés pour l’ac tivité politique
qu’ils exercent, n’ayant pas les ressources leur perm ett ant de
s’adonner à c ette activité sans c ontrepartie. C ’est de là que
sont apparus les plans d’indem nité (rém unérat ion des fonc tions
électives) pour les post es polit iques ainsi que les post es de
perm anents de part is.
Les hom m es polit iques professionnels tendent à m onopoliser les
activités politiques. L’exist ence d’agents politiquem ent actifs
suppose et favorise la passivité de c eux qui s’adonnent à
d’autres act ivit és. C ec i im plique une séparation entre
professionnels et profanes, donc l’exclusion de ceux qui ne sont
pas initiés à ce m ét ier.
3.1. LA PROFESSIONNALISATION DE
LA POLITIQUE
La politique a donc été touchée par la division du
travail qui caractérise les sociétés modernes.
Les activités politiques sont devenues distinctes des
autres activités sociales. La politique est devenue
l’apanage d’une « profession » particulière. Cette
profession est particulière notamment en ce sens
qu’elle n’est pas pleinement reconnue comme une
profession. Il y a d’une part une dénégation de la part
des hommes politiques et d’autre part un refus des
citoyens de considérer la politique comme une
profession. Il s’agit là d’une vision idéalisée de la
politique comme une activité désintéressée œuvrant
pour l’intérêt général.
La politique est devenue une « activité diff érenciée,
spécialisée, permanente et rémunérée »
3.2. LES SPHÈRES D’EXERCICE DU
POUVOIR
Il est fondamental de distinguer au sein de l’élite
politique entre classe dirigeante, à savoir celle
composée d’individus ayant une infl uence au niveau
du milieu décisionnel central et ceux qui participent
de manière moindre ou indirecte dans le processus
décisionnel. Pour ce faire, Philippe Braud délimite les
sphères dans lesquelles les professionnels de la
politiques exercent le pouvoir, ce qui permet de
mieux saisir d’une part, de quelle manière la position
occupée dans chaque sphère détermine leur capacité
d’infl uence, et d’autre part comment interagissent les
dirigeants politiques avec des partenaires
appartenant à l’appareil d’Etat ou qui lui sont
extérieurs.
3.2. LES SPHÈRES D’EXERCICE DU
POUVOIR
Braud distingue trois sphères:
a) La sphère politique
b) La sphère administrative
c) La sphère des partenaires extérieurs
3.2. LES SPHÈRES D’EXERCICE DU
POUVOIR
a) La sphère politique
Il existe des diff érences notables entre professionnels de la
politique au niveau de l’exercice d’une infl uence dans le milieu
décisionnel central. Leur infl uence est en eff et inégale en
fonction de la position qu’ils occupent dans cette sphère. On
distingue ainsi :
- Les agents qui sont extérieurs au milieu décisionnel central. Ce
sont les opposants, d’une part et les représentants qui exercent
des mandats modestes, ce qui ne leur permet pas d’avoir une
notoriété et une autorité suffi santes pour exercer une réelle
infl uence (maire de petites villes, députés n’ayant pas
responsabilités majeures par exemple en tant que rapporteur,
président d’une commission parlementaire), d’autre part.
- Ce sont ceux qui exercent une infl uence dans le milieu
décisionnel central qu’on peut appeler proprement les
dirigeants politiques. Il s’agit des agents qui détiennent des
fonctions à la tête de l’Etat (ministres, chef de l’Etat)
3.2. LES SPHÈRES D’EXERCICE DU
POUVOIR
b) La sphère administrative
Il s’agit des services publics de l’Etat qui constituent
des outils indispensables à l’exercice du pouvoir
politique. Leur responsabilité consiste dans la
préparation, l’élaboration et la conception d’une
politique et également dans la mise en œuvre des
décisions politiques.
Seuls les hauts fonctionnaires au sein de ces
administrations publiques peuvent participer au
pouvoir décisionnel
3.2. LES SPHÈRES D’EXERCICE DU
POUVOIR
c) La sphère des partenaires extérieurs
Il s’agit ici des groupes d’intérêts qui peuvent -selon
les cas- intervenir dans le processus décisionnel.
Selon Braud, on peut identifi er deux pôles :
- Le premier concerne le monde de l’entreprise
économique. La concertation des pouvoirs publics
avec des agents impliqués dans des secteurs
détermines (industrie, commerce, agriculture, etc.)
est souvent nécessaire
- Le second pôle renvoie aux agents spécialisés dans
le travail sur les croyances et les représentations: il
s’agit ici des faiseurs d’opinions et des leaders
d’opinion, à savoir les individus ou les groupes qui
sont en mesure d’infl uencer ou de façonner l’opinion.
3.3. LES FILIÈRES POLITIQUES
Les d i ff éren t es fi lières p o li ti q u es
O n d ist in g u e t roi s t yp es d e fi l ières p o lit i q u es :
• L a fi li ère lo ca le (« c u rsu s ascen d a n t » : l'a ct eu r réal ise u n
p a rc ou rs t ra d it io n n el d u n ivea u l oc al vers le n i veau n a t i o n a l)
• L a fi li ère p art isan e (« c u rsu s m i li t an t »)
• L a fi li ère d esc en d a n t e (« cu rsu s in versé » )
A) L a fi l ière l oc al e / l e cu rsu s ascen d an t
Cel a co m m en c e p ar u n e im p l an t a t io n l oc ale c arac t ér isée p a r
l'ob t en t ion d 'u n o u p l u sieu rs m an d a t s lo ca u x d 'i m p o rt an c e
c ro issa n t e (c on seill er m u n ic ip a l, g én éral , m a ire, p u is d ép u t é, et c . ),
p rop u lsan t au fu r et à m esu re l 'ac t eu r a u n ivea u n at io n al .
Lo rsq u ’on a réu ssi a u n i veau l oc al, lorsq u ’o n s’est fait u n n o m a u
Parlem en t , o n p eu t ob t en ir u n p o st e à l'exécu ti f (m in i st re, Prem ier
Min i st re, Présid en t d e la Rép u b liq u e). E xem p le : Jea n - Pi erre
Ra ff arin .
3.3. LES FILIÈRES POLITIQUES
B) L a fi lière p a rtisa ne / le c ursus m ilit a nt
On p a rle d e c et t e fi lière lo rsq ue l' a sc ens io n d u nive a u lo c a l a u
na t io na l se f a it a u sein d ' une o rg a nisa t io n p o lit iq ue, lo rsq ue l’a c t eur
a s sum e les resp o nsa b ilit és p o lit iq ue s d e so n p a rti jusq u' a u p lus ha ut
nive a u. À p a rt ir d e là , le p a rti d ésig ne l' a c t eur c o m m e c a nd id a t à un
p o s te g o uvernem enta l, et c .
C ) L a fi lière d esc end a nte / le c ursus invers é
D isp o sa nt d e resso urc e s s o c ia les élev ées , l' a c t eur ent re d irec tem e nt
a u c ent re d u p o uvo ir c o m m e c o lla b o ra t eur o u c o nseiller a up rès d ' un
d irig ea nt . Puis d a ns un sec o nd te m p s , il v a t ente r d e s ' im p la nt er
lo c a lem ent et d e s'invest ir d a ns un p a rt i p o litiq ue. C es a c t eurs s o nt
en g énéra l issus d 'une f o rm a tio n sup érie ure, int èg rent à leur s o rt ie un
c a b inet m inistériel p uis s e f o nt p a ra c huter ve rs les m a rc hés p o lit iq ues
lo c a ux d a ns d es c irc o nsc rip tio ns lo c a le s. Ils ent rent en c o nfl it a v ec la
fi lière a sc end a nte. U ne f o is l' im p la nt a t io n f a it e, ils o nt a c c ès a ux p lus
ha utes resp o nsa b ilit és na t io na le s.
3.3. LES FILIÈRES POLITIQUES
L ' i m p o r t a n c e d e c e s fi l i è re s v a r i e e n f o n c t i o n d u t e m p s e t a u s e i n d e
l ' e s p a c e p o l i t i q u e . A i n s i à g a u c h e , l a fi l i è re p a r t i s a n e d o m i n e t a n d i s q u ' à
d ro i t e c ' e s t p l u t ô t l a fi l i è re d e s c e n d a n t e .
L a Ve Ré p u b l i q u e e s t l ' exe m p l e d e c e t t e m o n t é e e n p u i s s a n c e d u c u r s u s
inversé. Depuis 1958, une partie de l'élite s'est imposée à l'intérieur de
l ' a d m i n i s t r a t i o n e t à l ' ex t é r i e u r d a n s l e m o n d e p o l i t i q u e e t d e s a ff a i re s ( «
é l i t e p o l i t i c o - a d m i n i s t r a t i v e » ) . O n re t ro u v e à p e u p rè s c e m o d è l e e n
A l l e m a g n e m a i s p a s e n G r a n d e -B re t a g n e n i e n I t a l i e , d e u x p a y s o ù l e m o d e
d e f o rm a t i o n e t l e s c a rr i è re s a d m i n i s t r a t i v e s s o n t b e a u c o u p p l u s s é p a ré s .
L a Fr a n c e s e d i s t i n g u e d a n s s o n s y s t è m e é d u c a t i f a v e c d e s é c o l e s q u i
p e u v e n t f o rm e r d e h a u t s f o n c t i o n n a i re s d o n t c e r t a i n s i n t è g re n t l ' é l i t e
p o l i t i q u e . C e t t e d e rn i è re e s t c a r a c t é r i s é e p a r u n d o u b l e c r i t è re , l e c u m u l d e
d e u x d i p l ô m e s ( E N A e t S c i e n c e s Po , H E C e t E N A , e t c . . . ) . O n p a r l e d e
Ré p u b l i q u e d e s f o n c t i o n n a i re s ; o n a s s i s t e fi n a l e m e n t à u n d o u b l e
mouvement : un mouvement de fonctionnarisation de la politique (n'a pas à
démissionner grâce à son statut) et de politisation de la haute fonction
politique (où les élites politiques puisent de nouveaux collaborateurs).
3.3. LES FILIÈRES POLITIQUES
La France ne connaît pas (contrairement aux États-
Unis) le système des dépouilles (spoil system), mais
un système de personnel administratif fortement
politisé, résultant notamment de l'infl uence exercée
par le pouvoir politique sur le déroulement des
carrières des fonctionnaires.
Dans le système des dépouilles (spoil system) le parti
remportant les élections choisit « ses »
fonctionnaires : plusieurs milliers d’emplois changent
alors de titulaires. Néanmoins, depuis 1883, les États-
Unis ont développé le merit system, afi n de parvenir
à une professionnalisation de ses fonctionnaires.
3.4. SPÉCIFICITÉS DU MÉTIER
POLITIQUE
faire de la politique, c'est aussi exercer un métier
spécifi que reposant sur des savoir-faire, sur une
habilité technique résultant de l'expérience acquise
sur le terrain et pas forcément d'une formation
sanctionnée par un diplôme.
3.4. SPÉCIFICITÉS DU MÉTIER
POLITIQUE
Le terme de « métier politique » suggère que l'exercice de
l'activité politique repose sur l'apprentissage de
connaissances pratiques, mais facultatives, pas
obligatoires. Les connaissances et savoir-faire utiles en
politique se transmettent par certains types de formations
universitaires mais aussi de manière informelle : dans un
régime démocratique, le représentant doit être capable
d'assurer son autorité sur une circonscription au sein de
son parti politique, de fi déliser des soutiens et d’en
acquérir de nouveaux, d’être crédité de compétences qui
varient selon le poste occupé, doté de qualités oratoires /
d'un sens d'improvisation / d'adaptation / capable de
maîtrise de soi et des médias.
3.4. SPÉCIFICITÉS DU MÉTIER
POLITIQUE
L'action politique vise à mobiliser des soutiens
indispensables, mais aussi à obtenir la satisfaction au
bénéfi ce de la collectivité toute entière. Il s'agit de
satisfaire un certain nombre d'intérêts particuliers mais
aussi et plus encore l'intérêt général. Le travail politique
comporte deux aspects : un travail de décision et un travail
de communication.
La participation à des processus de décision : toute décision
politique mobilise une multiplicité d'acteurs plus ou moins
apparents. L'analyse de la répartition des compétences
entre les pouvoirs publics ne suffi t pas à elle seule pour
rendre compte de la fabrication d'une décision politique. Il
faut ajouter les stratégies des acteurs concernés.
3.4. SPÉCIFICITÉS DU MÉTIER
POLITIQUE
To ut e déc i s i o n po l i t i que i mpl i que l a mi s e s ur a genda d' un pro bl ème
pui s l a déc i s i o n des a c t eurs po l i t i ques . Cet t e expres s i o n « d' a genda
po l i t ique » rec o uvre l ' ens embl e des pro bl èmes perçus co mme appel a nt
une int ervent i o n des po uvo i rs publ i c s . À ce s t a de, l es po l i t i ques j o uent
un rô le dét ermi na nt de ma ni ère s po nt a née, pa r s o uci d' a nt i ci per des
di ffi cult és o u d’ a s s urer des pers pec t i ves à l o ng t erme, o u agi s s ent
s o us co nt ra i nt e po ur réa gi r à un événement o ù l es po l i t i ques
s o uha i t ent a gi r pa r eff et d' a nno nc e o u enco re s o us l a co nt ra i nt e des
a dvers a i res . Qua nd un go uverna nt déc i de d' i ns c ri re un pro bl ème à
l ' agenda , i l l ui a ppa rt i ent d' éva l uer l es c o ût s et l es bénéfi ces de t o ut e
a ct i o n ent repri s e, s uppo s a nt l a pri s e en c o mpt e de l a di ffi cul t é de l a
mi s e en œuvre, de l a pro ba bi l i t é du s uc cès fi na l . Des rés ul t a t s de ce
bi l an co ût s / a va nt a ges dépendent l es c ho i x des t echni ques de pri s e
de déci s i o n. To ut e pri s e de déc i s i o n s uppo s e un c ert a in s a vo i r-fa i re
des act eurs po l i t i ques , qui do i vent perc evo i r l es a t t ent es des ci t o yens
et l es éva l uer, po uvo i r i dent i fi er da ns un do s s i er t echni que l es
élément s s us c ept i bl es de pro vo quer des rés i s t a nces / po l émi ques .
3.4. SPÉCIFICITÉS DU MÉTIER
POLITIQUE
L a p ol it iq u e est a u ssi u n fa ire- savo ir : sa vo ir c om m u n i q u er p o u r
assu rer la p résen t at io n d e la d éci si on d e m a n ière à l a fa ire
ac c ep t er p ar les g o u vern és. C'est u n e c on d i t ion d e su rvi e d an s l e
m o n d e p o lit i q u e : t en u d e ju st ifi er, d 'exp l iq u er... C e t rava il d e
c om m u n ic at i on est d e n at u re à fa ci li ter la m ise en œ u vre d e l a
d éci si on p ri se.
Cet t e c om m u n i ca t ion rem p li t u n d ou b le o b ject if : t ra va il ler su r l es
rep résen ta t io n s d es ac t eu rs et m ob ili ser d es so u t ien s. Les l o g i q u es
d 'exp ression varien t selo n le c on t ext e p ol it iq u e : l es o p p o san t s
t ien n en t u n la n g ag e d e p ro m esse, m et t en t l 'ac cen t su r l es p ro j et s ;
les d i rig ean t s m et t en t l 'ac cen t su r l es b i la n s et ch erc h en t à ét ab l ir
d es li en s en t re l es p h én o m èn es p osit ifs et l'a ct i on q u 'i ls o n t
m en ée. Jou rn a li st es et ac t eu rs p ol it iq u es en t ret ien n en t d es li en s
c om p lexes d e d ép en d an c e : les p rem i ers on t b eso i n d es sec o n d s
p o u r ob t en ir d es in form at io n s et les sec on d s on t b eso i n d es
p rem iers p o u r ju st ifi er l eu rs ac t io n s, p ou r véh icu ler d es i m ag es,
et c .
3.4. SPÉCIFICITÉS DU MÉTIER
POLITIQUE
Finalement, on peut regrouper les tâches politiques autour de
quatre axes :
• Plaider : le député ira démarcher les administrations pour
régler telle ou telle diffi culté dans sa circonscription ; le
ministre essaiera d'obtenir du gouvernement des arbitrages
favorables et le soutien des partenaires sociaux. Cela suppose
un art de la parole ciblée, car les qualités d'éloquence ne sont
pas les mêmes lors d’un meeting et devant un comité restreint
; ainsi qu'un art de la controverse.
• Participer à des processus décisionnels, coordonner les
diff érents acteurs qui interviennent au moment de l'étude d'un
projet de décision, au moment de la rédaction de la décision.
3.4. SPÉCIFICITÉS DU MÉTIER
POLITIQUE
• Décider. L'acteur politique endosse les décisions, doit
assumer les mesures prises quelle que soit la part de son
infl uence dans ce processus d'élaboration. Il doit
développer certains talents de pédagogue pour traduire
en termes présentables à tous les données d'un problème.
• Contrôler. Cela suppose un accès aux sources
d'informations facilité par les contacts individuels, par les
réseaux relationnels tissés avec les journalistes / hauts
fonctionnaires ; l'opposition est tributaire à cet accès. Les
dirigeants doivent développer une vigilance critique pour
prévenir tout scandale susceptible d'être exploité contre
eux, pour anticiper les réactions hostiles. Ils cherchent à
diff user des informations favorables, tandis que
l'opposition tente de trouver les informations
embarrassantes.
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
Pour entrer en politique, il est nécessaire d’avoir des
compétences particulières légitimant l’accès au
monde politique, mais aussi une certaine appétence
pour la politique, ce qui signifi e avoir du goût, un
penchant pour la politique.
Les études sociologiques sur les professionnels de la
politique attestent de l’existence de caractéristiques
sociales particulières, un processus de socialisation
créant des dispositions (une appétence et une
compétence pour la politique) et des expériences
sociales qui contribuent dans le renforcement ou au
contraire la mise en veille des dispositions.
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
Selon Daniel Gaxie, « L’observation empirique établit que la
probabilité d’exercer un pouvoir politique (quel qu’il soit)
s’accroit avec la position dans la hiérarchie sociale et que la
position sociale d’origine (mesurée par exemple à la dernière
profession avant l’entrée en politique) des hommes politiques
est d’autant plus élevée qu’ils occupent des positions plus
hautes dans la hiérarchie politique. » Gaxie Daniel. Les logiques
du recrutement politique. In: Revue française de science
politique, 30ᵉ année, n°1, 1980. p. 5.
Ceci signifi e que:
- d’une part, la compétition politique intéresse avant tout les
agents situés au sommet de la hiérarchie sociale (classes
supérieures);
- d’autre part, plus la position politique occupée est prestigieuse
et se trouve au sommet de la hiérarchie du pouvoir, plus les
caractéristiques sociales du personnel politique deviennent
plus aristocratiques.
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
Le portrait idéal-ty pique du député dans les démocraties
occidentales est le suiv ant: « un homme d’âge mûr, appartenant
aux classes moy ennes et supérieures, disposant d’un bon niveau
d’éducation et dev enant sans cesse dav antage un professionnel
de la politique. »
Cette description implique 4 caractéristiques :
- La domination masculine dans ce métier (les femmes sont
généralement sous représentées, malgré les mesures de
discrimination positiv e adoptées dans certains pays : les quotas
par exemple);
- L’âge : les jeunes (18-25 ans) ainsi que ceux ay ant plus de 60 ans
sont généralement sous représentés dans les assemblées
parlementaires;
- Le niv eau d’éduction des députés qui est généralement supérieur
à celui des citoy ens ordinaires (univ ersités prestigieuses);
- Le milieu social d’origine (classes moy ennes et supérieures)
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
La question est de savoir pour quelles raisons, les
factions supérieures sont-elles davantage
représentées que les classes moyennes et populaires.
- Tout d’abord, il y a le facteur héritage: en eff et,
l’intérêt porté pour la politique est souvent lié au
milieu familial, c’est-à-dire à l’existence d’un intérêt
pour la politique au sein de la parentèle. Cet intérêt
ne se manifeste pas de la même manière dans tous
les milieux sociaux. En eff et, parmi les couches
sociales modestes, à faible niveau de diplômes il y a
souvent un sentiment d’infériorité culturelle qui fait
obstacle à la compréhension des enjeux et questions
politiques et donc à l’intérêt pour la politique.
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
- Ensuite, certaines activités professionnelles
permettent l’acquisition de compétences analogues à
celles qu’exige le métier politique. Par exemple : les
hauts fonctionnaires disposant d’une formation
juridique ou administrative, ou les journalistes et les
avocats qui jouissent de compétences oratoires
indispensables dans ce métier.
- Finalement, ce métier nécessite des ressources
importantes : un savoir-faire et un savoir être
politique, un capital symbolique, social, qui sont
davantage présents dans les classes sociales les plus
favorisées économiquement et socialement
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
Cela dit, il est nécessaire de souligner que la logique
propre du recrutement interne des partis politique
implique un recrutement social diff érentiel des
dirigeants. Ainsi, chaque parti a des caractéristiques
propres qui font que l’origine sociale de ses
dirigeants soient diff érentes. On trouvera des partis
qui recrutent essentiellement auprès des couches
sociales élevées, d’autres auprès des classes
moyennes (universitaires, professeurs,), et encore
des partis qui recrutent auprès des couches
populaires (ouvriers).
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
Dans les travaux sur l’engagement politique, il existe
deux approches diff érentes. L’une expliquant le
militantisme politique comme étant le produit
d’affi nités idéologiques avec un parti. Ainsi, le
militantisme, impliquant des coûts élevés, est
considéré comme un don de soi en vue de la réalisation
d’une cause à laquelle on croit.
la seconde approche considère que l’attachement à
une cause n’est pas un facteur unique ou déterminant
de l’engagement. L’entrée en politique est souvent liée
à la recherche de rétributions (gratifi cations)
symboliques et matérielles qui ne sont pas recherchées
en tant que telles mais qui agissent comme un
carburant (moteur) de l’activité militante (Daniel
Gaxie).
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
En partant de la défi nition des partis politiques
comme entreprise de conquête du pouvoir, Daniel
Gaxie considère que l'occupation des postes de
direction de l'appareil d'Etat est le premier bénéfi ce
non collectif (avantage individuel) que les dirigeants
retirent de leur activité politique.
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
Les partis de cadres, tendent généralement à recruter
au moment des élections, des agents extérieurs au
parti en échange d'une rémunération fi nancière. Il est
alors fait appel à une catégorie particulière de «
mercenaires » politiques, qui ne sont pas
nécessairement animés par des mobiles idéologiques.
Une deuxième méthode consiste à s'assurer les
services d'un personnel permanent en échange d'un
emploi à la discrétion du parti: exemple : le parti de
patronage qui réserve à ses membres les nombreux
postes de l'appareil administratif soumis à l'élection,
utilisés dès lors comme rémunération indirecte de
l'activité proprement politique des adhérents.
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
Les rétributions peuvent être :
- La reconnaissance sociale
- La notoriété
- L’élargissement du capital social (réseau de
relations)
- L’acquisition de savoirs et de savoir-faire
- La solidarité groupale
- L’excitation de l’action collective, etc.
3.5. CARACTÉRISTIQUES DES
PROFESSIONNELS DE L A POLITIQUES :
DISPOSITIONS ET GRATIFICATIONS
Ces rapports diff érenciés aux gratifi cations sont
intimement liés à l’origine sociale des individus, ainsi
une personne issue des classes sociales défavorisées
économiquement et culturellement accordera plus
d’importance à l’acquisition d’un capital culturel.
Tandis qu’une personne issue des couches favorisées
économiquement et socialement attendra des
rétributions liées à la confi rmation du prestige social.
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE
- Daniel Gaxie, « Les enjeux citoyens de la
professionnalisation politique », Mouvements 2001/5,
(no18), p. 21-27.
- Gaxie Daniel. Les logiques du recrutement politique.
In: Revue française de science politique, 30ᵉ année,
n°1, 1980. pp. 5-45.
- Philippe Braud,
- Jean Yves Dormagen,
LES FEMMES EN POLITIQUE
d’aucuns s’accordent à dire que l’exclusion des femmes de
la scène politique, attestée par les chiff res relatifs à la
présence des femmes dans les instances de prise de
décision (le législatif, l’exécutif, les partis politiques, les
syndicats, les associations), est due à deux types
d’obstacles. Il existe d’une part des obstacles dits «
inhérents à la femme » elle-même, tel que le manque de
confi ance et d’estime de soi, l’autosubordination à
l’homme au niveau de la prise décision, l’auto -exclusion
de la sphère médiatique. D’autre part, des facteurs
limitant la participation politique des femmes qui sont liés
aux discriminations de tout ordre : sociales, culturelles,
économiques, politiques, ethnique, etc.
Il convient de signaler que les obstacles ne sont pas
inhérents à la femme, c’est-à-dire d’ordre biologique, mais
liés à la socialisation reçue et
Only 51 women preside over one of the Houses of the 193 Parliaments , 77 of which are
b i c a m e r a l . Wo m e n t h e r e f o r e o c c u p y o n l y 1 8 . 4 % o f t h e t o t a l n u m b e r o f 2 7 7 p o s t s o f
P r e s i d i n g O ffi c e r s o f Pa r l i a m e n t o r o f o n e o f i t s H o u s e s . T h e p o s t s a r e c o m p r i s e d a s f o l l o w s :
2 6 5 p a r l i a m e n t a r y c h a m b e r s w i t h o n e p re s i d i n g o ffi c e r e a c h ;
T h re e c h a m b e r s w i t h t w o p re s i d i n g o ffi c e r s e a c h ( S a n M a r i n o ' s s i n g l e c h a m b e r , t h e U S S e n a t e a n d t h e
Liberian Senate);
Tw o c h a m b e r s w i t h t h re e p re s i d i n g o ffi c e r s e a c h ( B o s n i a - H e r z e g o v i n a ' s l o w e r a n d u p p e r c h a m b e r s ) .
The countries concerned are: Antigua and
Barbuda (Senate); Argentina (Senate); Austria (National
Council); Bahamas (Senate); Bangladesh (Jatiya
Sangsad); Barbados (Senate); Belgium (Senate); Belize(House of
Re p r e s e n t a t i v e s ) ; B o l i v i a ( C h a m b e r o f D e p u t i e s ) ; B o t s w a n a ( N a t i o n a l
A s s e m b l y ) ; B u l g a r i a ( N a ti o n a l A s s e m b l y ) ; D e n m a r k ( Fo l ke t i n g ) ; D om i n i ca ( H o u s e o f
Assembly); Equatorial
G u i n e a ( S e n a d o ) ; F i j i ( Pa r l i a m e n t ) ; F i n l a n d ( E d u s k u n t a ) ; G a b o n ( S e n a t e ) ; G a m b i a
(the) (National Assembly); Iceland(Althingi); India (Lok Sabha); Italy (Chamber of
Deputies); Lao People's Democratic Republic (Saphs Heng
Xat); Latvia (Saeima); Lesotho (Senate); Mauritius (National
A s s e m b l y ) ; M o z a m b i q u e ( A s s e m b l e i a d a Re p u b l i c a ) ; N a m i b i a ( N a t i o n a l
C o u n c i l ) ; N e p a l ( Ry a b a s t h a p i k a S a n s a d ) ; N e t h e r l a n d s ( E e r s t e K a m e r d e r S t a t e n G e n e r a a l a n d
Tw e d e K a m e r d e r S t a t e n G e n e r a a l ) ; P a n a m a ( A s a m b l e a N a c i o n a l ) ; R u s s i a n F e d e r a t i o n ( S o v i e t
Fe d e r a t s i i ) ; R w a n d a ( C h a m b e r o f D e p u t i e s ) ; S a i n t L u c i a ( H o u s e o f
Assembly); Serbia (Narodna skupstina); South Africa (National Assembly and National
Council of Provinces); Spain (Congress of Deputies); Suriname (Nationale
Assemblee); Swaziland (Senate); Switzerland (National Council); Syrian Arab
R e p u b l i c ( M a j l i s A l - C h a a b ) ; Tr i n i d a d a n d To b a g o ( H o u s e o f r e p r e s e n t a t i v e s a n d
S e n a t e ) ; Tu r k m e n i s t a n ( M e j l i s ) ; U g a n d a ( Pa r l i a m e n t ) ; U r i g u a y ( S e n a t e ) ; U n i t e d A r a b
E m i r a t e s ( M a j l i s Wa t a n i I t i h a d i ) ; V i e t N a m ( N a t i o n a l A s s e m b l y ) ; Z i m b a b w e ( S e n a t e ) .
SOURCE: HTTP://ARCHIVE.IPU.ORG/WMN-
E/WORLD.HTM
LES FEMMES DANS LA SPHÈRE
POLITIQUE
Les quotas permettent
HTTPS://WWW.IDEA.INT/DATA-
TOOLS/DATA/GENDER-QUOTAS
LA VISIBILITÉ MÉDIATIQUE
laquelle l’enquêtée parvient à s’imposer dans un univers
qu’elle perçoit comme étant exclusif aux hommes, où les
chances qu’a une femme d’être prise au sérieux par ses pairs
sont plus faibles. Pourtant, toutes les enquêtées sans
exception aucune ne font part des diffi cultés en tant que
femmes à ce que cette prise de parole soit reconnue par leurs
pairs, en l’occurrence les hommes. Elles doivent disposer de
compétences hors du commun pour pouvoir s’imposer, alors
que pour un homme il lui suffi t d’exister. Les enquêtées ne
doutent généralement pas de leurs compétences, estimant que
sur ce plan elles n’ont rien à envier aux hommes. Les
obstacles à la prise de parole et à la prise de décision
identifi és par les enquêtées sont liés au genre et à la
jeunesse. On concède volontiers à un homme politique le droit
à la prise de parole et on le refuse aux femmes. Par ailleurs, le
poids des charges qui pèsent sur elles conduit souvent à leur
exclusion des sphères de prise de décision.
VISIBILITÉ MÉDIATIQUE
Les obstacles à la prise de parole et à la prise de décision
ont une incidence directe sur la visibilité médiatique des
femmes politiques. Comme le souligne Derville, la
médiatisation opère un eff et de sélection sur le personnel
politique en renforçant la prééminence de ceux qui sont
considérés comme les poids lourds du politique. Ainsi, la
médiatisation infl ue sur la reconnaissance à deux
niveaux : la reconnaissance par le public et la
reconnaissance par et dans l’organisation politique
d’appartenance. En considérant la visibilité comme une
forme de reconnaissance, il est nécessaire d’interroger la
conscience des femmes politiques d’un tel enjeu et de
l’impact de la visibilité médiatique sur leurs carrières
politiques.
Derville Gregory, Le pouvoir des médias. Mythes et
réalités, Grenoble : PUG, 1997, p. 109.
VISIBILITÉ MÉDIATIQUE
La question de la visibilité médiatique des femmes
politiques est fortement liée à la notion de reconnaissance.
Axel Honneth souligne à cet eff et que « la reconnaissance
dépend des médias qui expriment le fait que l’autre
personne est censée posséder une valeur sociale » . À ce
titre, la visibilité médiatique constituerait un enjeu
fondamental pour les femmes politiques dans la mesure où
la médiatisation est une forme de reconnaissance
statutaire, dans le sens d’une reconnaissance d’un droit à
la participation qui consacre le statut d’acteur politique.
Nous interrogerons donc l’existence de revendications de
visibilité pour les femmes politiques et de stratégies de
médiatisation aussi bien dans les médias traditionnels que
dans les nouveaux médias.
Honneth Axel, « Invisibilité : sur l'épistémologie de la «
reconnaissance »«, Réseaux, 2005/1 n° 129-130, p. 45.
Honneth met également en évidence le lien étroit entre la
reconnaissance et la représentation que l’on se fait de la
valeur sociale d’un individu. La valeur positive ou négative
que l’on attribue à une personne détermine l’acte de
reconnaissance on ne peut aborder la visibilité ou
l’invisibilité médiatique sans tenir compte des clichés,
stéréotypes et injures sexistes véhiculés dans les médias.
Le focus a été mis ici sur l’image des femmes politiques
dans les nouveaux médias, en l’occurrence Facebook, car ils
donnent à voir, sans se soucier du politiquement correct ou
de la correction langagière imposés dans les médias
traditionnels, les représentations que se font les internautes
de la femme politique. Cette analyse permet de poser la
question de l’impact de l’injure sexiste sur les stratégies de
visibilité adoptées par les femmes en politique.
Ibid., p. 50-56.
En Tunisie, les relati ons entre réali té social e et représentation
médiatique correspondent à l ’i déal type hégémoni que tel que défi ni
par E. Macé. Celui -ci se caractéri sant par « l ’absence de
problématisati on des rapports sociaux de genre […] est
spontanément sexiste ». Il convient tout d’abord de préciser que ce
problen’est pas propre à la Tuni si e et n’est pas non plus spécifi que
à un contexte poli ti que déterminé. La quasi -invisibil ité des femmes
pol itiques dans le monde arabe en général et en Tunisi e en
parti culi er est attestée par de nombreuses enquêtes et moni tor ages
des médias réal isés sur le sujet. En eff et, l e rappor t régional de l a
région du Moyen- Orient relati f au monitorage des médi as i ndi que
que dans la régi on arabe, l es femmes i nterpellées par l es médias
et/ou faisant l’objet des Infos sont sous-représentées. Aussi , on
note que les infos à caractère poli ti que, qui sont les plus di ff usées,
ne donnent l a parole qu’à 10% des voi x des femmes. Le r apport
révèl e égal ement que ces derni ères n’interviennent qu’à hauteur de
19% en tant qu’expertes et 12% en tant que porte-parol es. En tant
que source d’informations, el les ne représentent que 16% des
sources des informations nationales.
D’un autre côté, le monitorage a dévoilé une
féminisation du secteur des informations puisque 57%
des présentateurs et journalistes sont des femmes et
33% des reporters le sont aussi (sachant que cette
discipline est traditionnellement réservée aux
hommes).
Finalement, cette étude a révélé aussi que les infos
renforcent en général les stéréotypes basés sur le
genre dans toute la région : 81% des Infos véhiculent
des clichés contre 4% uniquement qui les combattent.
Lorsqu’on en vient au cas tunisien, nous observons
que la visibilité médiatique des femmes politiques ne
s’est pas améliorée après la révolution du 14 janvier
2011, et ce malgré le contexte de transition qui
favorise la participation des femmes dans la vie
publique. L’ouverture des champs des possibles
politiques, la réduction de la variable risque, l’off re
politique abondante, le sentiment de devoir
contribuer à la transition démocratique, l’instauration
de la parité sur les listes électorales, constituent
autant d’opportunités à la participation qui motivent
le passage à l’acte.
Un rapport intitulé « Médiatisation de la participation politique de
la femm e en Algérie, au Maroc et en Tunisie » a focalisé sur le
traitement m édia tique réservé a ux femmes actives dans la vie
politique a va nt la révolution du 14 ja nvier 2011. Cette étude a
démontré que les m édias en Tunisie (presse écrite, audiovisuelle
et électronique) ne refl ètent pas la diversité de la participation
politique des fem m es. Pendant la période de transition, la
situa tion ne sem ble pas s’être améliorée da ns la mesure où
l’observa tion des m édias montre que les femm es actrices
politiques continuent de recevoir une couverture m édiatique
extrêm em ent lim itée avec 10,4 % pour la radio ; 10,21% pour la
télévision et seulem ent 2,85% pour la presse écrite.
El Bour Ha m ida , M édiatisation de la participation politique de la
femm e en Algérie, a u Ma roc et en Tunisie. Rapport de synthèse
de l’exercice m édia . Tunis, UN-INSTRAW & CAW TAR, 2009, p.77.
Fem mes et ra pports de genre au fi l de la presse tunisienne en
période de tra nsition. Rapport prélim inaire n°1, ATFD, 1-25 aout
2011.
Cette quasi-invisibilité médiatique réduit
considérablement le pouvoir symbolique des femmes
actives en politique, dans la mesure où leur exclusion de
la scène médiatique constitue une forme de non-
reconnaissance implicite de leurs compétences et de leur
légitimité à agir dans le champ politique. Ces observations
nous amènent à interroger les causes de l’exclusion des
femmes de l’espace de débat médiatique. Relèvent-elles
des stéréotypes de genre, à fortiori ici l’idée que la qualité
de Debater, « compétence spécifi que du politique
indispensable dans ses rapports avec les professionnels du
politique » serait l’apanage des hommes?
Pierre Bourdieu, « La représentation politique », Actes de
la recherche en sciences sociales, Vol. 36-37, février/mars
1981, p. 6.
La réponse à cette question est apportée par une enquête
réalisée début juillet 2011, auprès des producteurs et
animateurs de débats télévisés (11 hommes et cinq
femmes) dans le cadre du Réseau arabe du monitoring de
l’image de la femme dans les médias. Les 16 interviews
conduites avec des acteurs appartenant à trois chaînes
TV tunisiennes gouvernementales et privées permettent
de mieux saisir les causes de l’absence des femmes de
l’espace médiatique télévisuel. Une analyse de contenu
des propos des interviewé(e)s a ressorti qu’ils, elles, sont
profondément convaincus que les participants hommes
sont plus nombreux, plus disposés et plus motivés à
débattre de la chose publique.
Soit cinq mois après la révolution tunisienne du 14
janvier.
Par ailleurs, les interviewé(e)s ont relevé que lorsqu’il
s’agissait de faire participer des personnalités féminines,
l’indisponibilité (en raison des charges familiales), le
besoin de se référer au mari ou à des membres de la
famille pour participer à ces débats en plus de leurs
craintes de ne pas assurer une prestation adéquate est
la principale raison invoquée par elles.
A noter aussi qu’en plus des conditions de production qui
nécessitent des réponses instantanées à des demandes
urgentes d’autres raisons ont été évoquées par ces
femmes entre autres, le souci d’être présentable « le
bien paraître », le fait qu’elles ne soient pas sensibles au
rôle des médias, qu’elles sont exigeantes et sélectives
(par rapport à la nature des autres participants) et
qu’elles manquent de confi ance en soi.
Paradoxalement, il est ressorti aussi de cette analyse que les
producteurs et animateurs de débats télévisés estiment que
les femmes invitées à débattre dans les médias, bien qu’elles
soient marginalisées, allaient droit au but, initiaient des
débats constructifs, pointus et rationnels, préparaient bien
leurs interventions, répondaient immédiatement aux
questions, étaient audacieuses. De même, elles obligeaient, la
plupart du temps, les autres débatteurs à respecter une
certaine déontologie de débat (respect de l’autre, du temps de
parole, de la non-déviation des sujets à l’ordre du jour). Leurs
discours se distinguaient, toujours selon les interviewé(e)s, de
celui des débatteurs hommes par une argumentation
pragmatique rigoureuse et précise loin de toutes
extrapolations théoriques abstraites. Elles avaient le plus
souvent, et plus que les hommes, une propension à provoquer
des thématiques nouvelles et à placer le politique dans le
cadre d’un projet de société.
Cette enquête pointe ainsi d’autres obstacles à la
visibilité médiatique des femmes que les stéréotypes : à
savoir le manque de temps en raison des contraintes
familiales et professionnelles (la double journée), le
manque de confi ance en soi, l’importance de l’image.
Sans pour autant dénier l’existence de stéréotypes de
genre, cette enquête nous amène à réorienter notre
regard vers les femmes politiques elles-mêmes pour
mieux comprendre les ressorts de l’invisibilité.
Perçoivent-elles l’accès à la visibilité comme une forme
de reconnaissance politique? Est-ce que la visibilité
médiatique constitue pour la femme politique un moteur
de sa carrière politique? Emploie-t-elle des stratégies de
médiatisation ou entre-t-elle dans une lutte pour la
visibilité?
pose la question de la visibilité médiatique en tant que
modalité de reconnaissance contribuant dans le maintien de
l’engagement militant des femmes politiques. Il ressort que les
femmes actives dans la vie politique enquêtées, qu’elles
soient membres d’un parti, militante associative, syndicaliste,
n’ont pas toutes la même conception de la visibilité et n’y
accordent pas la même importance. En eff et, lorsqu’on les
interroge sur leur visibilité, ce terme ne renvoie pas
systématiquement chez elles à la visibilité médiatique.
Spontanément les enquêtées parlent toutes de la visibilité de
leurs actions politiques par l’électorat à travers le contact
direct. Elles assimilent la visibilité aux interactions de face-à-
face, spatialement et temporellement limitées qui correspond
dans la conception de Voirol à la visibilité immédiate par
opposition à la visibilité médiatisée.
Olivier Voirol, « Les luttes pour la visibilité » Esquisse d'une
problématique, Réseaux, 2005/1 n° 129-130, p. 95-97
Lorsqu’on les interroge sur leur accès à la visibilité via les
médias, la majeure partie des interviewées considèrent
cet aspect comme secondaire. Mais il s’agit là d’un profi l
particulier de femmes politiques, celui des femmes
agissant dans les coulisses, non pas parce qu’elles y sont
contraintes, mais par choix. Rester dans les coulisses ne
signifi e pas pour elles avoir un rôle mineur, mais renvoie
au travail de terrain désintéressé. La vision binaire qu’ont
certaines enquêtées de l’action politique : intéressée,
c’est-à-dire au service de leurs intérêts propres, d’une
part et désintéressée privilégiant l’intérêt général, d’autre
part est à l’origine de cette prise de position négative vis-
à-vis de la visibilité médiatisée. Celle-ci est perçue comme
une stratégie de visibilité personnelle servant à alimenter
l’ego du politique.
Cette femme politique engagée dans un parti et
candidate aux élections de l’Assemblée nationale
constituante semble accorder davantage
d’importance à l’impact de son action politique sur
son entourage immédiat. Selon elle, sa réputation, les
valeurs qu’elle porte et son action lui donnent plus de
légitimité que les apparitions à la télévision, qui ne
refl ètent pas selon elle le poids politique de la femme
bouder les médias revient-il à des représentations
genrées du militantisme, attribuant aux femmes le
rôle d’attention-giving (“donner de l’attention”), la
qualité de « don » étant socialement dévolue aux
femmes et aux hommes celui de rôle d’ attention-
getting (“ attirer l’attention ”)? Dans les récits de ces
deux enquêtées, une même distinction est établie
entre les rôles féminins et masculins, qu’elles
contestent pourtant. La prise de parole de l’homme
est rendue légitime par sa seule masculinité, tandis
que la femme doit doubler d’eff ort pour s’imposer.
Mary Brown Parlee, “Conversational Politics”, in
(coll.), Feminist Frontiers II (pp. 8-16), New-York:
McGraw-Hill, 1989 [2 e éd.], p.10-14.
Les eff orts que la femme politique doit fournir n’ont
pas trait au développement de qualités oratoires ou à
la maîtrise de l’art de la rhétorique, mais à sa
capacité d’écoute. Ce qui qui est mis en avant
particulièrement par les femmes est le
rapprochement avec les gens : les femmes victimes
de violence, les personnes démunies, les parents
d’élèves. Cette conception du militantisme semble
conduire à l’auto-exclusion des femmes des postes de
prise de décision et de la visibilité médiatique, dans
la mesure où ce qui est recherché c’est la
reconnaissance par le peuple au service duquel elles
se mettent, en d’autres termes, la légitimité du
terrain.
Cependant, la médiatisation, notamment ses eff ets
pervers, constitue une des raisons pour lesquelles
elle refuse de s’engager dans un parti ou de se
présenter aux élections, préférant le domaine
associatif plus « sain ». Par eff ets pervers, elle
entend la discrimination entre hommes et femmes
politiques au niveau du traitement et de la réception
médiatiques. La concurrence politique et le poids
symbolique qui pèse sur la femme en politique
« L’injure est une insulte grave et intentionnelle de
nature à porter atteinte à l’honneur ou à la
considération d’une personne, mais qui ne renferme
pas les éléments de la diff amation ou de la calomnie
parce qu’elle ne fait pas allusion à un fait précis ».
Stéphane Hoebeke, Sexe et stéréotypes dans les
médias, Paris, Editions L'Harmattan, 2008, p. 89.
Le s i n j u re s s o n t c o n s i d é ré e s c o m m e s ex i s t e s l ors q u ’ e l l e s t o u c h e n t l a
f e m m e d a n s s o n i n t é g ri t é m o ra l e e t c o n c e rn e n t s p é c i fi q u e m e n t C .
O l g e r a d é m o n t ré d a n s l e c a s d e s f e m m e s p ol i t i q u e s f ra n ç a i s e s q u e
l ’ i n j u re s ex i s t e i n t e r v e n a i t s u i t e à l ’ a c c e s s i o n d e s f e m m e s p o l i t i q u e s
à l a p ri s e d e p a ro l e d a n s l ’ e s p a c e p u b l i c o u s o n i m m e rs i o n d a n s c e t
e s p a c e . N o u s a v o n s o b s e rv é q u e c ’ e s t é g a l e m e n t l e c a s e n Tu n i s i e
d a n s l a m e s u re o ù l e s p u b l i c a t i o n s , l e s v i d é o s p a rt a g é e s p a r l e s
i n t e rn a u t e s e t l e s d é b a t s s u s c i t é s s u rv i e n n e n t s u i t e à u n e a c t i o n o u
u n e d é c l a r a t i o n f a i t e p a r u n e f e m m e p ol i t i q u e . Le re n v o i à l ’ i d e n t i t é
s ex u é e d e s f e m m e s p ol i t i q u e s q u e c o n t i e n t l ’ i n j u re s ex i s t e , e n p l u s
d e b l e s s e r , exc l u t s y m b o l i q u e m e n t l e s a c t ri c e s p o l i t i q u e s d e c h a m p
p o l i t i q u e e t a ffi rm e l a p e rs i s t a n c e d e l ’ i d é e d e l a m a s c u l i n i t é d e c e
c h a m p . Le s i n j u re s s o n t s ou v e n t a c c o m p a g n é e s d ’ u n e re m i s e e n
c a u s e d e l a p a ri t é q u i a u ra i t p e rm i s à d e s « i n c o m p é t e n t e s »
d ’ i n v e s t i r l e c h a m p p o l i t i q u e d on t e l l e s n e m a i t ri s e n t p a s l e s c o d e s .
C l a i re O g e r , « D i a l e c t i q u e d e l a p a ro l e e t d u s i l e n c e . É m e rg e n c e e t
f o n c t i o n d e l ’ i n j u re s ex i s t e e n p o l i t i q u e » , C o m m u n i c a t i on , n o 2 5 ( 1 ) ,
2006.
Le premier type d’injure renvoie à une vision négative et
dévalorisante du statut de la femme. Le terme le plus couramment
usité dans le lexique « facebookien » est celui d'une Harza,
employée de Hammam chargée des soins corporels et confrontée à
la saleté des gens, pour désigner les femmes politiques
incompétentes. Ce terme fait référence aux commérages, attribut
typiquement féminin dans l’imaginaire collectif, et à un métier
fortement dévalorisé.
Les injures les plus répandues aussi portent sur la moralité de la
femme (femme de mauvaises mœurs, divorcée, prostituée, salope,
lesbienne, sorcière). Ces injures sont pour la femme politique
injuriée un déni de sa valeur sociale, celle-ci étant inhérente à son
honneur pour l’insulteur. Les insultes relatives à l’aspect physique
sont également fréquentes (mocheté, hommasse, mal fagotée). Les
propos portent rarement sur le contenu du discours ou de l’action
entreprise par la femme politique, mais sur son statut de femme.
Le second type d’injures relève de la perception
discriminatoire des rôles attribués aux hommes et aux
femmes, à savoir l’espace public réservé aux hommes et
l’espace privé qui serait le milieu naturel des femmes.
Nombreuses sont en eff et les insultes qui fi xent le
domaine imparti aux femmes, à savoir les tâches
ménagères et signalent ouvertement l’illégitimité de la
position politique de la femme.
Ce commentaire d’une vidéo d’une députée à l’ANC, qui
sur les 148 commentaires en grande majorité insultants,
proclame que l’entrée des femmes dans le champ
politique ne peut être que néfaste.
« La maison dans laquelle la poule fait le travail du coq
est condamnée à la ruine »
Inversement, les éloges adressés aux femmes politiques
portent soit sur leur intégrité morale (femme de bonnes
mœurs) ou sur leur virilité. Le recours au terme « rajil »
(homme) ou « rjouliyya » (virilité/ masculinité) n’est pas
toujours péjoratif pour ceux qui l’utilisent, bien qu’il est
en soit fortement sexiste. Ce soi-disant « compliment »
sous-entend que la femme politique faisant preuve de
compétence, d’un savoir-faire et d’un savoir-être
politique ne peut-être une femme, car les femmes sont
dépourvues de ces qualités. La détention de ces
compétences implique ainsi implicitement l’annihilation
de sa féminité et met en avant sa capacité à intérioriser
« les règles « masculines » du pouvoir afi n de se trouver
elle-même une place dans la sphère publique » (Sourd,
2005).
Le troisième type d’injures répertorié concerne l’âge.
L’insistance sur le célibat, en utilisant le terme «
vieille-fi lle » signale la croyance que l’engagement
politique des femmes a été rendu possible par son
écart par rapport à la norme, être mariée et mère de
famille.
Aux salves d’insultes sur Facebook com m ent ant la vidéo d’une
déclaration d’une déput ée de l’ANC , un des internautes répond
sur un ton condescendant : « Non ne dites pas ça, c ’est une
fem me acariâtre, c ar elle est âgée, et c’est la coutum e du sérail
que la concubine qui prend de l’âge se transform e en une fem m e
acariâtre s’oc cupant des aff aires du harem dans le sérail du
Calife ». C e type d’injure incarne l’idée selon laquelle la fem m e
âgée n’a plus de valeur dans la soc iét é du m om ent qu’elle n’a
plus de rôle reproductif. L’injure sexiste dévie ainsi le sujet de la
critique en rem ettant en cause c arrém ent la présence de la
fem me dans la vie politique. Les traits sur lesquels port e l’injure
deviennent les c aractérist iques propres de la fem m e polit ique. Sa
fém inité et le rôle traditionnel qui lui est attribué sont les seuls
élément s susceptibles d’être rem arqués et qui justifi ent son
incompét ence. L’incom pét enc e qui est censée être critiquée,
indépendam m ent du fait qu’on soit hom m e ou fem m e politique,
devient à travers l’injure sexiste un t rait inhérent à la fem m e
politique, car liée à sa fém init é.
Fi na l e m e n t , l a d i s cr i m i na t i o n q u e ré v è l e n t l e s i nj ure s n ’ e s t p a s
s e ul e m e nt s ex ue l l e . L ’ i n j u re p e u t a us s i a t t e i n d re l e d e g ré d e l ’ i ns ul t e
r a c i s t e (n é g re s s e ) o u l ’ a p p e l à l a vi o l e n ce . S ur l e co m p t e Fa c e b o o k
d ’ un e f e m m e m i n i s t re t u ni s i e n ne , u n co m m e n t a i re d ’ un e v i d é o q u ’ e l l e a
p o s t é d i t u ne v i n g t a i n e d e f o i s : « v i o l e z l à p ui s j ug e z l à ! » ( 2 6
s e p t e m b re 2 0 1 2 )
Le s i n j u re s o uv e r t e m e n t r a ci s t e s (n é g re s s e ) a d re s s é e s à l a p ré s i d e nt e
d u s y nd i ca t d e s j o urn a l i s t e s t un i s i e ns , c he rch e nt e n l a ré d u i s a n t à l a
c o u l e u r d e s a p e a u à s i g n i fi e r s o n i nf é r i o r i t é r a ci a l e e t d o nc s a p o s i t i o n
d e d o m i n é e q u i j u s t i fi e l ’ i n s u l t e . L ’ i n s u l t e r a ci s t e ré d u i t l ’ i ns ul t é « a u
s e ul a s p e ct d e s a p e r s o nn e p e rce p t i b l e p a r l e r a ci s t e : l a p i g m e n t a t i o n
d e s o n é p i d e rm e » .
L a s p é c i fi ci t é d e ce re g i s t re d e l ’ i nj ure e s t q u’ e n ré d u i s a nt l a f e m m e
p o l i t i q ue à s o n a s p e ct ve s t i m e nt a i re , p h ys i q ue o u à s a m o r a l i t é l a
s o us t r a i t d e s a q u a l i t é d ’ a ct r i ce p o l i t i q ue e t re m e t p a r c o ns é q u e n t e n
c a u s e s a l é g i t i m i t é à i nt e r v e ni r d a n s l e cha m p p o l i t i q u e .
Q u’ e s t - c e q u’ un e i nj ure s exi s t e ? , Le b u re a u d e s ch i e n ne s d e g a rd e ,
j ui l l e t 2 0 0 0 ( ht t p : / / w ww. ch i e n ne s d e g a rd e . co m / a r t i cl e . p h p 3 ? i d _ a r t i c l e = 9 )
LA PARTICIPATION POLITIQUE
1. La participation électorale
2. la participation protestataire