Intoxications accidentelles
FSS-Maradi
Dr Hamadou Mazou, Pédiatre CHR
Objectifs
- Définir une intoxication aigue
- Connaître les principes de prise en charge des
intoxications aigues par ingestion, contact à la
peau et aux yeux
- Connaître les conduites à tenir devant les
intoxications aigues par les produits
hydrocarbures, paracétamol, fer et acide
salicylique
I. Introduction
1. DEFINITION
État consécutif à la prise d’une substance psycho-
active et entraînant des perturbations de la
conscience, des facultés cognitives, de la
perception, du jugement, de l’affect ou du
comportement, ou d’autres fonctions et réponses
psychophysiologique.
I. Introduction
3. Epidémiologie
Importance
- Cents milles cas annuels en France
- Intoxication accidentelle, essentiellement chez les
moins de 4 ans, 85%
- Noter que les médicaments traditionnels peuvent
être une source d’intoxication.
I. Introduction
– Les médicaments représentent toujours plus d’une
intoxication sur deux.
– Les produits ménagers et produits industriels
(hydrocarbures, acides, caustiques, pesticides,
raticides…) à usage domestique;
– Les cosmétiques occupent la 3e place .
I. Introduction
Facteurs favorisants
– Négligence des parents en laissant trainer des
produits dangereux à la portée des enfants.
– Déconditionnement en transvasant dans des
bouteilles de boisson ou récipients à usage
domestique.
II. Diagnostic
Un diagnostic est posé à partir de:
- l’anamnèse recueillie auprès de l’enfant ou de la personne qui
s’en occupe,
- l’examen clinique ,
- du résultat des examens complémentaires.
Obtenir le plus de détails possible sur la substance toxique en
cause, la quantité ingérée et le moment où a eu lieu l’ingestion.
Essayer d’identifier précisément la substance et demander à voir
le récipient s’il y a lieu.
Vérifier qu’aucun autre enfant n’est concerné.
II. Diagnostic
Questions à poser
– Heure de survenue et durée depuis l’accident?
– Quelle substance? Emballage?
– Quelle quantité? estimée?
– L’estomac est –il vide?
– Quel symptômes à t-il présenté?
– Qu’est ce qui a été fait?
– Quel est le poids de l’enfant?
II. Diagnostic
Examen clinique rapide
– Vérifier les traces de la substance: habits, peau,
bouche, yeux…
– Sentir l’haleine de l’enfant
– Rechercher les brûlure de la muqueuse buccale,
pharyngée
– État de conscience, respiratoires, hémodynamique
II. Diagnostic
– Rechercher des signes de brûlure dans ou autour
de la bouche ou la présence d’un stridor (lésion du
larynx ou des voies aériennes supérieures) qui
évoquent l’ingestion de substances corrosives.
III. Principes de PEC des intoxications par
ingestion
- Les agents toxiques ingérés doivent être retirés de
l’estomac, sauf en cas de contre-indication.
- Le lavage gastrique est plus efficace dans l’heure
suivant l’ingestion de la substance toxique. Il est
moins utile par la suite, sauf pour les substances qui
retardent la vidange gastrique ou chez les sujets
plongés dans un coma profond.
Principes de PEC des intoxications par ingestion
Les contre-indications du lavage gastrique:
– absence de protection des voies aériennes chez un
enfant inconscient, sauf quand les voies aériennes
sont protégées par une intubation réalisée par une
anesthésiste avec une sonde à ballonnet;
– ingestion de substances corrosives ou de dérivés du
pétrole.
Principes de PEC des intoxications par ingestion
Vérifier si l’enfant ne présente pas des signes
d’urgence, et rechercher une hypoglycémie ; si le
test de la glycémie n’est pas disponible et que
l’enfant présente une altération de la vigilance,
traiter comme s’il y avait une hypoglycémie.
Identifier l’agent en cause, et l’éliminer ou l’adsorber
aussi vite que possible. Le traitement est plus
efficace s’il est administré dès que possible après
l’intoxication, l’idéal étant dans l’heure qui suit.
Principes de prise en charge des intoxications
par ingestion
Ne pas faire vomir un enfant s’il a avalé du pétrole
lampant, de l’essence ou un dérivé du pétrole (noter que la
plupart des solvants utilisés pour les pesticides sont à base
de pétrole), ou si sa bouche ou sa gorge a été brûlée (par
exemple par de l’eau de Javel, du produit pour nettoyer les
toilettes ou de l’acide pour batterie) ; lui donner à boire de
l’eau.
Demander à un anesthésiste d’examiner ses voies
aériennes.
Si l’enfant a avalé d’autres agents toxiques, ne jamais
utiliser du sel comme émétique, car cela peut être mortel.
Principes de prise en charge des intoxications
par ingestion
Administrer du charbon activé (si disponible) par
voie orale ou à l’aide d’une sonde nasogastrique
en suivant les doses indiquées dans le tableau ci-
après.
Si l’administration se fait par sonde
nasogastrique, s’assurer que la sonde est bien
dans l’estomac et pas dans les voies aériennes ou
les poumons.
Principes de prise en charge des intoxications
par ingestion
Tableau: quantité de charbon activé par dose
Enfant jusqu’à l’âge de 1 an 1 g/kg
Enfant entre 1 et 12 ans 25 à 50 g
Adolescents et adultes 25 à 100 g
Principes de prise en charge des intoxications
par ingestion
Mélanger le charbon à 8 à 10 fois son volume d’eau,
par exemple 5 g dans 40 mL d’eau.
Si possible, administrer le charbon en une seule fois
; fractionner la dose si l’enfant a du mal à tout
prendre d’un coup.
Si le charbon n’est pas disponible, provoquer des
vomissements (seulement si l’enfant est conscient)
en administrant un émétique comme l’ipéca
pédiatrique (10 mL chez l’enfant âgé de 6 mois à 2
ans ou 15 mL chez l’enfant âgé de > 2 ans).
Principes de prise en charge des intoxications
par ingestion
Lavage gastrique
– Ne procéder à un lavage gastrique que si l’ingestion remonte
à < 1 heure et engage le pronostic vital et qu’il n’y a pas eu
ingestion de substances corrosives ou de dérivés du pétrole.
– S’assurer qu’un appareil d’aspiration est disponible au cas où
l’enfant vomirait.
– Mettre l’enfant sur le côté gauche, tête vers le bas. Mesurer
la longueur de la sonde à introduire. Introduire par la bouche
une sonde nasogastrique de calibre 24 à 28 CH jusqu’à
l’estomac, une sonde plus petite ne suffisant pas pour
évacuer certaines particules comme les comprimés.
S’assurer que la sonde est bien dans l’estomac.
Effectuer le lavage avec 10 mL/kg de soluté
isotonique de chlorure de sodium (0,9 %).
Le volume de liquide de lavage qui ressort doit être
approximativement le même que celui administré.
Le lavage doit être poursuivi jusqu’à ce que la
solution récupérée ne contienne plus de particules.
Noter qu’une intubation endotrachéale par un
anesthésiste réduit le risque de fausse route.
Principes de PEC des intoxications par ingestion
Administrer un antidote spécifique (en cas d’indication).
- Assurer les soins généraux.
- Garder l’enfant en observation pendant 4 à 24 heures en
fonction de l’agent toxique ingéré.
- Si l’enfant est inconscient, le mettre en position de
sécurité.
- Envisager de transférer l’enfant dans un hôpital de niveau
supérieur s’il y a lieu (enfant est inconscient ou présente
une altération du niveau de vigilance, si l’enfant présente
des brûlures de la bouche et de la gorge, une détresse
respiratoire grave, une cyanose ou une insuffisance
cardiaque).
Principes de PEC en cas de contact d’un agent toxique
avec la peau ou les yeux
Contact avec la peau
- Retirer tous les vêtements et effets personnels et bien
nettoyer à l’eau courante tiède toutes les parties exposées.
- Laver au savon et à l’eau lorsqu’il s’agit de substances
huileuses.
- Le personnel de soins doit se protéger de toute
contamination secondaire en portant des gants et un
tablier.
- Les vêtements et effets personnels retirés doivent être
conservés en toute sécurité dans un sac en plastique
transparent qui peut être fermé hermétiquement en vue
d’un nettoyage ultérieur ou pour être jetés.
Principes de PEC : contact d’un agent toxique avec la
peau ou les yeux
Contact avec les yeux
- Rincer l’oeil pendant 10 à 15 min à l’eau courante
propre ou avec du soluté isotonique de chlorure
de sodium.
- Éviter de contaminer l’autre œil avec l’eau de
rinçage. Retourner les paupières et veiller à ce
que toutes les surfaces soient bien rincées.
- En cas de lésion importante de la conjonctive ou
de la cornée, transférer d’urgence l’enfant à l’
ophtalmologie.
Principes de prise en charge des intoxications
par inhalation
Retirer l’enfant de la source d’exposition.
– Demander de l’aide en urgence.
– Si l’enfant présente une détresse respiratoire, est
cyanosé ou si sa saturation en oxygène est ≤ 90 %,
administrer de l’oxygène.
– L’inhalation de gaz irritants peut provoquer une
tuméfaction et une obstruction des voies aériennes
supérieures, un bronchospasme et une pneumopathie
inflammatoire retardée. Il peut être nécessaire de
réaliser une intubation, d’utiliser des bronchodilatateurs
ou de mettre l’enfant sous assistance respiratoire.
Conduite à tenir
Mesures générales
– Hospitaliser tout enfant qui a absorbé délibérément du fer, des
pesticides, du paracétamol ou de l’aspirine, des analgésiques
narcotiques ou des antidépresseurs ; et tout enfant à qui le
médicament ou un agent toxique a peut-être été donné
intentionnellement par un autre enfant ou un adulte.
– Mettre en observation pendant au moins 6 heures tout enfant
qui a absorbé des substances corrosives ou des dérivés du
pétrole.
Les substances corrosives peuvent provoquer des brûlures.
- Avoir une attitude posée, calme, rassurant et ne pas
culpabiliser
Conduite à tenir
Mesures symptômatiques immédiates: manœuvres de
secourisme PAL, aspirations des VAS, anticonvulsivants
Evaluation de la situation:
– Une évaluation à la recherche de signes d’urgence (voies
aériennes, respiration, circulation et degré de vigilance)
doit être menée rapidement chez tout enfant qui se
présente comme un cas d’intoxication, certains agents
toxiques pouvant être à l’origine d’une dépression
respiratoire, d’un choc ou d’un coma.
Décision de transfert en réanimation: produit non
identifié, produit dangereux: digoxine, quinine, présence
de signes cardiovasculaires, respiratoires ou neurologiques
Conduite à tenir
1. Substances corrosives
Exemples : hydroxyde de sodium, hydroxyde de potassium, acides, eau
de Javel ou désinfectants
En cas d’ingestion d’une substance corrosive
- Ne pas provoquer de vomissement ni utiliser de charbon activé, car
cela pourrait aggraver les lésions aux niveaux de la bouche, de la gorge,
des voies aériennes, des poumons, de l’oesophage et de l’estomac.
- Donner du lait ou de l’eau dès que possible pour diluer la substance
corrosive.
- Ne rien donner ensuite à l’enfant par la bouche et prendre les
dispositions nécessaires pour un examen chirurgical afin de vérifier
s’il n’y a pas de lésion ou de rupture oesophagienne en cas d’atteinte
grave.
Conduite à tenir
2. Dérivés du pétrole
– Exemples : pétrole, essence
– Ne pas provoquer de vomissements ni
administrer de charbon activé, une inhalation
pouvant provoquer une détresse respiratoire avec
hypoxémie due à un œdème pulmonaire ou à une
pneumonie lipoïde. L’ingestion de ces composés
peut provoquer une encéphalopathie.
– Le traitement spécifique comprend une
oxygénothérapie en cas de détresse respiratoire .
Conduite à tenir
3. Acide acétylsalicylique
- Troubles digestifs (gastralgie, vomissements striés de sang ou
sanglant), troubles neurologiques (agitation, hyperexcitabilité
neuromusculaire, obnubilation)
- Décès par coma profond, convulsions hyperthermie sueurs et
déshydratation. Syndrome hémorragique et hypoxie.
- Stimulation bulbaire respiratoire entrainant une alcalose
gazeuse par hyperpnée, puis une acidose métabolique lactique
et pyruvique
- Élimination 75% dans les urines sous forme inchangée et
dérivé (acide sali urique).
Conduite à tenir
- Vue tôt: évacuation gastrique suivie de charbon activé
Carbomix 1 g/kg en gavage
- En cas de coma: ventilation mécanique
-Bicarbonate Na en perfusion: 20 à 30 mL/kg et 5
mmol de potassium pour 100 Ml
- Hyper-diurèse alcaline, glucose 10%
- Épuration extrarénale
- Administrer 10 mg de vitamine K par voie IM ou IV.
Conduite à tenir
4. Paracétamol
Dans les 4 heures suivant l’ingestion, administrer du
charbon activé (si disponible) ou provoquer des
vomissements, sauf s’il est nécessaire d’administrer un
antidote par voie orale ou IV.
Déterminer s’il est nécessaire d’administrer un antidote
pour prévenir les lésions hépatiques: ingestion d’au moins
150 mg/kg ou taux sanguin du paracétamol (si disponible)
atteignant le niveau toxique au bout de 4 heures.
Le traitement par l’antidote est plus souvent nécessaire
pour les grands enfants qui ingèrent délibérément du
paracétamol ou lorsque des parents provoquent par erreur
un surdosage chez leurs enfants.
Conduite à tenir
Dans les 8 heures suivant l’ingestion, administrer de la
méthionine par voie orale ou de l’acétylcystéine par voie
IV.
La méthionine peut être utilisée si l’enfant est
conscient et ne vomit pas (avant l’âge de 6 ans: 1 g
toutes les 4 heures à quatre reprises ; 6 ans et
plus : 2,5 g toutes les 4 heures à quatre reprises).
Conduite à tenir
Plus de 8 heures après l’ingestion ou si l’enfant ne peut
prendre le traitement par voie orale, administrer de
l’acétylcystéine par voie IV.
Pour un enfant pesant < 20 kg, administrer
- une dose de charge de 150 mg/kg d’acétylcystéine dans
3 mL/kg de solution glucosée à 5 % en 15 min,
- suivie de 50 mg/kg dans 7 mL/kg de solution glucosée à
5 % en 4 heures,
- puis de 100 mg/kg dans 14 mL/kg d’une solution
glucosée à 5 % en 16 heures.
La perfusion d’acétylcystéine doit être continuée au-
delà de 20 heures en cas de présentation tardive ou
de signes de toxicité hépatique.
Surveillance: dosage des enzymes hépatiques
– Si élevé, continuer la perfusion jusqu’à observer
une diminution de ce dosage.
Conduite à tenir
5. Fer
Rechercher les signes cliniques d’une intoxication martiale :
nausées, vomissements, douleurs abdominales et diarrhée.
Les vomissures et les selles sont souvent grises ou noires.
Une intoxication grave peut être à l’origine d’une hémorragie
gastro-intestinale, d’une hypotension, d’un état de
somnolence, de convulsions et d’une acidose métabolique.
Les signes gastro-intestinaux apparaissent généralement dans
les 6 premières heures suivant l’ingestion ; un enfant qui n’a
pas présenté de symptômes pendant ce laps de temps ne
nécessite probablement pas d’antidote.
Conduite à tenir
– Le charbon activé ne fixe pas les sels de fer ; si des
quantités potentiellement toxiques de fer ont été
ingérées, il faut donc envisager un lavage d’estomac.
– Déterminer si l’antidote doit être administré.
Comme ce dernier peut avoir des effets secondaires,
il ne sera utilisé qu’en cas de signes cliniques
d’intoxication.
–
Administrer de la déféroxamine, de préférence en
perfusion IV lente : initialement 15 mg/kg par heure, en
diminuant après 4 à 6 heures de façon que la dose totale
ne dépasse pas 80 mg/kg en 24 heures. La dose
maximale est de 6 g/jour.
Si la déféroxamine est administrée par voie IM : 50
mg/kg par voie IM toutes les 6 heures. La dose maximale
est de 6 g/jour.
Conduite à tenir
6. Morphine et autres opiacés
– Rechercher une altération de la vigilance, des
vomissements ou des nausées, une dépression
respiratoire (ralentissement de la respiration ou
absence de respiration), un ralentissement du temps
de réponse et une diminution du diamètre des pupilles
(myosis).
– Dégager les voies respiratoires et, si nécessaire, aider
l’enfant à respirer avec un masque et un ballon
d’anesthésie et administrer de l’oxygène.
–
Administrer de la naloxone (antidote spécifique)en IV :
10 μg/kg ;
en l’absence de réponse, administrer une autre dose de
10 μg/kg.
Des doses supplémentaires peuvent être nécessaires en
cas de détérioration de la fonction respiratoire.
Si IV n’est pas possible, utiliser IM, mais l’action sera
plus lente.
Conduite à tenir
7. Monoxyde de carbone
– Administrer de l’oxygène à 100 % pour accélérer
l’élimination du monoxyde de carbone jusqu’à ce que
les signes d’hypoxie disparaissent. (Remarque : le
patient peut être rose tout en étant encore
hypoxémique.)
– Surveiller à l’aide d’un oxymètre de pouls, en sachant
cependant que les résultats peuvent être faussement
élevés. Dans le doute, se guider sur la présence ou
l’absence de signes cliniques d’hypoxémie.
Prévention des intoxications
- Apprendre aux parents à conserver les
médicaments et les substances toxiques dans des
récipients adaptés et hors de portée des enfants.