Les angines et les pharyngites
de l’enfant et de l’adulte
DR REMICHI
I -INTRODUCTION
A la naissance, l’enfant ne possède comme moyen de défense
immunitaire que les seules IgG maternelles, cette arme anti-infectieuse
est passive et temporaire (6mois) durant cette période, l’enfant met en
place ses propres moyens d’acquisition immunitaire :tissu lymphoide
L’antigène nécessaire à cette synthèse pénètre dans l’organisme par les
fosses nasales et entre d’abord en contact avec la muqueuse du
rhinopharynx, entrainant ainsi le développement de l’amygdale
pharyngée, puis dans un second temps, au niveau de l’oropharynx
(amygdales palatines), enfin le long du tube digestif (plaques de PEYER)
Ce contact entre les antigènes (viraux ou bactériens) et le tissu
lymphoïde, provoque l’hypertrophie de ce dernier, d’abord une
hypertrophie de l’amygdale pharyngée (végétation adénoïde) puis
hypertrophie des amygdales palatines.
Cette hypertrophie du tissu lymphoïde doit DONC être considérée non
pas comme une manifestation pathologique, mais comme une réaction
normale d’un organisme en voie dematuration immunitaire ou
« maladie d’adaptation »
En revanche, les rhinopharyngites et les angines de l’enfant sont
considérées comme véritablement pathologiques, lorsqu’elles se
répètent trop souvent ou lorsqu’elles entrainent des complications.
La rhinopharyngite aigue
La rhinopharyngite aigue est la première pathologie infectieuse de
l’enfant est la première cause de consultation en pédiatrie
Elle est définie comme une atteinte inflammatoire du rhinopharynx +/-
des fosses nasales
Cette inflammation chez l’enfant constitue une adaptation naturelle au
monde microbien.
Elle est principalement d’origine virale et reste une pathologie bénigne,
d’évolution spontanément favorable en 7 à 10 jours
La rhinopharyngite aigue
Etiologie :
Les virus sont de très loin les principaux agents pathogènes des
rhinopharyngites :
Rhinovirus, coronavirus, virus respiratoire syncitial (VRS), virus
influenzae, adénovirus…
La rhinopharyngite aigue
Diagnostic clinique :
Le diagnostic positif est purement clinique, Le tableau clinique associe :
Un syndrome infectieux : Une fièvre : 38 à 39 ° avec parfois des vomissements et une diarrhée
ADP cervicales bilatérales et douloureuses.
Une rhinite : Obstruction nasale, Rhinorrhée mucopurulente, Prurit nasal et éternuement.
Pharyngite : Odynophagie et dysphagie (refus de l’alimentation), Toux, Inflammation du
pharynx
Autres : on peut avoir une obstruction tubaire et donc une légère surdité de transmission.
L’examen clinique ne se limite pas à l’examen de la cavité buccale et des fosses nasales, on
doit examiner aussi :
l’oreille (otoscopie)
Auscultation pulmonaire.
Examen digestif
Examen méningé
La rhinopharyngite aigue
Evolution
L’évolution est le plus souvent spontanément favorable en 7 à 10 jours.
- Les signes devant faire consulter :
Fièvre après 72 h de traitement antipyrétique
Persistance de symptômes après 10 jours
Gêne respiratoire
Troubles digestifs
Alimentation diminuée de plus de 50 %
Modification de comportement de l’enfant.
La rhinopharyngite aigue
Complications
Généralement d’origine bactérienne, elle nécessitera donc un traitement
antibiotique :
OMA
Sinusites aigues : surtout l’ethmoidite.
Rhinopharyngites récidivantes : plus de 6 épisodes par an
Autres complications :
Digestives : diarrhée, vomissement et déshydratation.
Complications de l’hyperthermie : convulsion fébrile
La rhinopharyngite aigue
Traitement :
Le traitement et uniquement SYMPTOMATIQUE
PAS d’antibiotique, PAS de corticoïde et PAS d’AINS
Traitement antipyrétique : PARACETAMOL 60 mg /kg/j per os en 4 prises
Mesures physiques de lutte contre l’hyperthermie : hydrater, dévêtir
sans découvrir.
Lavage des fosses nasales au sérum salé
Mouchage du nez
Les angines
Les angines ou amygdalites aigue sont les inflammations aigues de
l’amygdale palatine.Les angines sont virales dans 60 à 80 % des cas
(selon l’âge)
Dans les angines bactériennes, le streptocoque b hémolytique du groupe
A et le germe le plus souvent en cause.
On distingue 4 types d’angines :
Erythémateuses (rouge) ou erythématopultacées (blanche)
Pseudomembraneuses
Vésiculeuses
Ulcéreuses et nécrotiques
Les angines
Les angines
Etiologie :
erythématopultacées :
Virales : EBV,adénovirus, rhinovirus,adénovirus……
Bactérienne : SBHGA,staphylocoque,pneumocoque….
Pseudomembraneuses:
MNI : EBV
Diphtérie :corynebacterium diphtériae
Les angines
vésiculeuses :
Herpangine :coxsackie
Angine herpétique : virus herpès simple
Ulcéro nécrotiques:
Angine de Vincent :bactérie fuso spirillaire
Syphilis : treponema pallidum
Les angines
Diagnostic clinique :
Le tableau clinique associe
Fièvre d’intensité variable.
Odynophagie, Dysphagie
Otalgie reflexe
Céphalées
ADP satellite sensible inflammatoire
Les angines
Examen clinique : L’examen de la cavité buccale : à l’abaisse langue et
éclairage.
Examen ORL complet : nez sinus oreille….
Palpation du cou : ADP
Examen général : température, hydratation, auscultation pulmonaire.
Les angines
Les formes cliniques :
L’examen de la cavité buccale et l’aspect des amygdales ne permettent pas de poser le
diagnostic d’une angine virale ou bactérienne, Seul le TDR (test de diagnostic rapide) permet
de confirmer l’origine bactérienne, mais malheureusement ce dernier (TDR) n’est pas encore
disponible chez nous. Cependant quelques éléments de l’examen clinique peuvent nous
orienter :
Fièvre supérieure à 38°
Présence d’exsudat
ADP cervicale douloureuse
Absence de toux
Age : +1 de 3 à 14 ans -1 à partir de 45 ans
Chaque item valant un point, soit un score de 0 à 4
0 = fort possible l’angine est virale
4= fort possible l’angine est bactérienne.
Les angines
1- Les angines Erythémateuses (rouges) ou erythématopultacées
(blanches)
Elles sont souvent virales (EBV, oreillons, grippe, rougeole,
rubéole….)
Si elles sont bactériennes, il s’agit souvent de streptocoque b
hémolytique du
groupe A mais aussi : streptocoque hémolytique non A,
staphylocoque,
pneumocoque…..
Rouges : le pharynx et rouge vif, les amygdales tuméfiées sans
exsuda pultacé.
Blanches : elles se caractérisent par la présence sur des amygdales
rouge vif d’un exsudat pultacé, gris jaunâtre, punctiforme ou en
trainées.
Les angines
Angine rouge
Les angines
Angine rouge + hypertrophie amygdalienne
Les angines
erythématopultacées (blanches)
Les angines
2- Les angines pseudomembraneuses ou a fausses membrane :
Devant une angine à fausses membranes, deux diagnostics sont à évoquer, la
mononucléose infectieuse ou MNI et la diphtérie.
A-MNI :
Il s’agit d’une primo infection à Epstein Barr virus EBV
Touche surtout l’adolescent ou l’adulte jeune (15 à 25ans)
Transmission orale par la salive
Cliniquement on a une angine pseudomembraneuse, un purpura du voile,
œdème de la luette, des ADP cervicales, fièvre et asthénie ++++ et parfois une
splénomégalie.
L’administration d’un antibiotique PENI A, l’amoxicilline par exemple, provoque une
éruption cutanée maculo-papuleuse assez caractéristique de la MNI.
Les angines
Paraclinique :
FNS : syndrome mononucléosique (hyperleucocytose avec
mononucléose hyperbasophile)
un syndrome inflammatoire biologique.
MNI test:
Sérologie EBV Et il faut faire un prélèvement bactériologique pour
éliminer une diphtérie car les deux (diphtérie et MNI) se manifestent par
une angine pseudomembraneuse.
Les angines
MNI
Les angines
B-Diphtérie :
Il s’agit d’une infection a corynebacterium diphteriae ou bacille de klebsloeffler.
Contamination interhumaine aérienne.
Actuellement très rare (vaccination), mais il faut toujours l’évoquer devant une
angine pseudomembraneuse (sujets non vaccinés, originaire d’une zone
d’endémie) et il faut l’évoquer aussi à cause de sa gravité.
Le diagnostic de certitude est posé par : prélèvement bactériologique
pharyngé.
Il s’agit d’une urgence médicale (complications graves : atteinte neurologique,
cardiaque, diffusion a l’arbre trachéo-bronchique et LA MORT)
Devant une diphtérie il faut : HOSPITALISER, DECLARER, ISOLER et VACCINER.
Et ne pas oublier d’examiner l’entourage aussi.
Les angines
Cliniquement :
Altération de l’état général, avec fièvre, pâleur, asthénie +++ et
tachycardie.
Coryza unilatéral.
ADP sous maxillaire.
Les angines
Le diagnostic de certitude est posé par : prélèvement bactériologique
pharyngé.
Il s’agit d’une urgence médicale (complications graves : atteinte
neurologique, cardiaque, diffusion a l’arbre trachéo-bronchique et LA
MORT)
Devant une diphtérie il faut : HOSPITALISER, DECLARER, ISOLER et
VACCINER. Et ne pas oublier d’examiner l’entourage aussi
Les angines
diphtérie
Les angines
Les angines
Les angines
3- Angines ulcéreuses ou ulcéronecrotiques
A-Angine de vincent :
Infection par une association fuso-spirillaire : bacille fusiforme + spirochète.
Elle touche surtout l’adulte jeune et les adolescents à état général médiocre(fatigue,
surmenage, période d’examen….), une hygiène bucco-dentaire
médiocre est souvent associée (gingivite, carie…)
Les signes généraux et fonctionnels sont peu marqués, avec un état subfébrile, une
asthénie, une dysphagie unilatérale et surtout une haleine fétide.
L’examen de la cavité buccale montre une ulcération limitée de l’amygdale et
recouverte d’un enduit pultacé blanc grisâtre, souvent unilatérale.
le prélèvement de la gorge objective l’association fuso spirillaire (bactéries
anaérobiques).
Angine de vincent
Les angines
Les angines
B-Le chancre syphilitique de l’amygdale :
Une ulcération amygdalienne unilatérale repose sur une
induration.
Poly adénopathies cervicales : un gros ganglion central entouré
de petits ganglions
La sérologie syphilitique (VDRL, TPHA, FTA) et le prélèvement de
gorge
(treponema pallidum) confirment le diagnostic.
NB : devant une ulcération chronique de l’amygdale, il faut
toujours éliminer
un cancer de l’amygdale.
syphilis
Les angines
4- Angines vésiculeuses: L’angine vésiculeuse se rencontre sous forme de
petites vésicules siégeant au niveau des amygdales, le pilier antérieur, le
voile ou plus généralement de la cavité buccale.
a-Herpangine :
Infection par le virus COXSACKIE du groupe A
Touche surtout les enfants 1 à 7 ans.
La fièvre est modérée
Les vésicules intéressent l’amygdale, le pilier antérieur, le voile, mais
respectent la cavité buccale.
Cas particulier : syndrome pied-main-bouche : associe une angine
vésiculeuse
+ une éruption cutanée vésiculaire de la paume des mains et de la plante
des pieds.
B-L’angine herpétique :
Due au virus herpès simplex VHS
Un herpès labial et narinaire est souvent associé
herpangine
Herpes
Les complications :
Les angines à streptocoque b hémolytique du groupe A
Locales :
1. Phlegmon péri amygdalien (PPA) Avec la triade : tuméfaction
(voussure) du voile du palais, œdème de la luette et trismus
Souvent secondaire a une prise d’AINS.
Son traitement est médico-chirurgical : ponction à l’aiguille
(bactériologie) puis incision de drainage, antibiotique, et arrêt
des AINS.
2. Abcès retropharyngé
3. Adénophlegmon.
PPA Abcès retropharyngé
PPA
PPA
PONCTION DU PPA
DRAINAGE DU PPA
ADENOPHLEGMON
CELLULITE CERVICALE
Les complications :
Générales : syndromes post-streptococciques
1. Rhumatisme articulaire aigue RAA :
Manifestations articulaires : allant de la mono arthrite à la
polyarthrite, touchant plutôt les grosses articulations.
Atteinte cardiaque : endocardite, myocardite, et péricardite et les
pancardites sévères avec décès.
Atteinte neurologique : chorée de Sydenham : mouvements
involontaires
archaïques bilatéraux (danse).
Atteinte cutanée : nodosité de myenet ou un érythème marginé qui
touche la racine des membres et du tronc.
Les complications
2. Glomérulonéphrite aigue poste streptococcique.
Apparition après un intervalle de 15 jours
Début brutal avec : douleur abdominale, œdèmes, HTA.
3. Erythème noueux : dermohypodermite nodulaire inflammatoire et
bilatérale au niveau de la face d’extension des membres.
Les complications :
MNI :
o Anémie hémolytique auto immune
o Cytolyse hépatique aigue
o Rash cutané a l’amoxicilline.
La diphtérie :
o Myocardite
o Atteinte neurologique
o Extension à l’arbre trachéo bronchique :laryngite diphterique
TRAITEMENT
Le but :
Diminution du risque de contagiosité
Disparition plus rapide des symptômes
Eviter les complications locales et générales
Angines virales :
o Pas d ATB
o Pas de corticoïde
o Pas d’AINS
o Antipyrétique : PARACETAMOL : enfant : 60 mg /kg/j en 4
prises Adulte : 3g /j en 3 prises
o Désobstruction rhinopharyngée
o Bain de bouche antiseptique
o Alimentation molle froide
o Repos.
TRAITEMENT
Angine bactérienne : (streptocoque)
o Amoxicilline : enfant 50 mg /kg/j en 2 prises pendant 6 jours
Adulte : 2g /j en 2 prises pendant 6 jours
o Si allergie a la pénicilline : les macrolides.
o Antipyrétique : PARACETAMOL : enfant : 60 mg /kg/j en 4 prises
Adulte : 3g /j en 3 prises
o Désobstruction rhinopharyngée
o Bain de bouche antiseptique
o Alimentation molle froide
o Repos.
TRAITEMENT
Angine diphtérique :
Diphtérie= hospitaliser, déclarer, isoler, vacciner.
Hospitalisation
Isolement du malade (jusqu’à un mois)
Sérothérapie anti diphtérique
ATB : peni G en IV
Déclaration obligatoire
Vaccination.
Angine de Vincent :
Pénicilline + metronidazole ou amoxicilline +clavulamate
Le chancre syphilitique de l’amygdale :
Extencilline 2.4 MUI en IM
TRAITEMENT
Indication de l’adénoïdectomie : traitement chirurgical des
végétations adénoïdes :
1. Syndrome d’apnée du sommeil (SAS)
2. Otite seromuqueuse
3. Gene mécanique importante et permanente à la respiration
4. Otite moyenne aigue récidivante
Indication de l’amygdalectomie :
1. ATCD de phlegmon péri amygdalien PPA ou ATCD de
complication post
streptococcique
2. Angines à répétition : 3 à 4 par hiver sur 2 hivers consécutifs.
3. Hypertrophie amygdalienne obstructive
4. Retentissement staturo-pondéral ou absentéisme scolaire.
TRAITEMENT
amygdalectomie
TRAITEMENT
TRAITEMENT
TRAITEMENT
CONCLUSION
La rhinopharyngite est la première pathologie infectieuse de l’enfant et la première
cause de consultation en pédiatrie, elle est presque toujours virale, et donc ne
justifie pas une antibiothérapie inutile et couteuse.
L’angine peut être bactérienne dans 20 à 40 % des cas (selon l’âge), l’amoxicilline
est l’antibiotique de choix, pour une durée de 6 jours.
Les AINS et les corticoïdes n’ont pas d’indication dans cette pathologie.
L’aspect des amygdales à l’examen clinique, ne permet pas de poser le diagnostic
d’une angine bactérienne ou virale, l’EBV par exemple peut se manifester par une
angine rouge, blanche, pseudomembraneuse et même vésiculeuse.
Devant une diphtérie, il faut : HOSPITALISER, ISOLER, DECLARER, VACCINER et
examiner l’entourage des malades.
Les indications de l’amygdalectomie sont bien précises, il faut les connaitre, pour
pouvoir sélectionner les malades.