Les catécholamines
Dr. FOUAD Abdelaziz
Rabat25/03/2022
Institut Supérieur Des Professions
Infermières Et Techniques De Santé
Introduction
Les catécholamines sont des substances sympathomimétiques, c'est-à-dire qu'elles
sont capables d'entraîner une réponse semblable à celle observée lors de l'activation
du système sympathique.
Rappelons qu'il existe deux systèmes qui innervent, entre autre le coeur et les
vaisseaux : le système sympathique et le système para-sympathique. L'ensemble
formant le système nerveux autonome.
Leur action est soi :
•directe : ils stimulent des récepteurs membranaires
•indirecte: Ils favorisent la sécrétion de médiateurs physiologiques.
Aspects fondamentaux
Les récepteurs
Ce sont des structures protéiques présentes sur certaines cellules -pour ce
qui nous intéresse- les cellules cardiaques ou certaines cellules des
vaisseaux sanguins- qui reconnaissent spécifiquement une molécule
messagère(pour nous ici les catécholamines ou certaines protéines
sécrétées par l'intermédiaire de ces molécules). Par ailleurs les
catécholamines sont des substances agonistes, c'est à dire qu'elles
initialisent une cascade de réactions conduisant à un effet.
Les différents types de
récepteurs
Les récepteurs en général et les récepteurs
adrénergiques en particulier sont des unités mouvantes.
Leur nombre n'est pas fixe, les récepteurs sont
dégradés et synthétisés en permanence. La
concentration d'un récepteur peut-être modulée par la
modification de sa synthèse ou de sa dégradation.
-La down regulation : désensibilisation à l'agoniste.
-La up regulation : hypersensibilisation à l'agoniste.
L'administration prolongée d'une drogue peut être à l'origine
d'une diminution ou d'une augmentation des effets médiés par les
récepteurs. Cela explique qu'il sera souvent difficile de proposer
des posologies extrêmement précises dans la conduite des
traitements par les sympathomimétiques. Il existe :
les récepteurs bêta : bêta1, bêta2, bêta3.
les récepteurs alpha : alphal, alpha2
Pour mieux comprendre
Inotrope : qui agit sur le plan de la contraction
cardiaque
Chronotrope : qui agit sur la fréquence
cardiaque
Bathmotrope : qui agit sur l'exitabilité
cardiaque
Dromotrope : qui agit sur la vitesse de
conduction
Les récepteurs bêta-
adrénergiques
Les récepteurs bêta1 prédominent dans les tissus cardiaques et le rein.
Les récepteurs bêta2 prédominent dans les cellules musculaires lisses des
vaisseaux, des bronches
Les récepteurs bêta2 contrôlent la glycogénolyse hépatique et musculaire
et la sécrétion de glucagon.
Au niveau cardiaque la stimulation des récepteurs bêta1 et bêta2 entraîne
une augmentation de l'inotropisme, une augmentation du chronotropisme,
une augmentation du dromotropisme, une augmentation du
bathmotropisme.
Au niveau vasculaire la stimulation des récepteurs bêta2 entraîne une
vasodilatation.Au niveau cholinergique la stimulation des récepteurs bêta3
diminue la sécrétion d' acétylcholine.
Au niveau bronchique la stimulation des récepteurs bêta2 entraîne une
bronchodilatation
Les récepteurs alpha
Les récepteurs alpha1 prédominent au niveau
cardiaque. Leur stimulation entraîne une
augmentation de l'inotropisme et du
bathmotropisme.
Les récepteurs alpha2 prédominent au niveau
vasculaire. Leur stimulation entraîne une
vasoconstriction.
Les récepteurs alpha 1 prédominent au niveau
bronchique. Leur stimulation entraîne une
bronchoconstriction.
Les récepteurs dopaminergiques
Ils sont situés au niveau rénal, mésentérique et
cérébral.
Au niveau du rein, leur stimulation entraîne une
augmentation de la diurèse et de la natriurèse.
Au niveau du territoire splanchnique et
mésentérique la stimulation des récepteurs delta
augmente le flux sanguin de ces territoires.
Au niveau cérébral, leur stimulation conduit à
une vasodilatation.
Les principaux sympathomimétiques
L'adrénaline (=épinéphrine)
C'est une hormone naturelle.
C'est le sympathomimétique de
référence. Elle est synthétisée
par l'organisme.
Mécanisme d'action
L'adrénaline est une catécholamine bêta et alpha
adrénergique d'action directe.
Son action est complexe du fait d'une part de
l'in-homogénéité de la répartition des récepteurs
et d'autre part des effets doses dépendant sur
les récepteurs.
L'adrénaline a une action essentiellement
cardiaque inotrope bêta1 et alpha l.
Les effets physiologiques
Cardiaques :
L'adrénaline est un puissant agent inotrope
positif essentiellement par action sur les
récepteurs bêta l du myocarde.
Il y a aussi une action inotrope positive par
action sur les récepteurs alpha l.
Elle a aussi un effet chronotrope positif.
Cet effet est contrecarré lorsquon emploie de
fortes posologies d'adrénaline car l'action
vasopressive entraîne une augmentation du
tonus cholinergique dont l'effet bradycardisant
neutralise l'effet chronotrope positif.
Elle a un effet dromotrope positif, elle augmente
la vitesse de conduction au niveau du faisceau
de His.
Elle a un effet bathmotrope positif, et donc
arythmogène. Les deux récepteurs alpha et bêta
sont impliqués.
Elle augmente la MVO2 (la consommation
d'oxygène) par une augmentation nette du
travail cardiaque.
Vasculaires :
L'effet sur la pression artérielle systémique est
dose dépendant.
A faible dose l'effet bêta prédomine entraînant
une hypotension.
Puis dès que les posologies augmentent, l'effet
alpha devient prédominant entraînant une
augmentation de la pression artérielle.
Sur les veines l'effet vasopresseur domine, il
provoque une constriction.
Pulmonaires :
Par son action sur les récepteurs bêta2,
l'adrénaline entraîne une bronchodilatation.
Œil :
De fortes posologies d'adrénaline entraînent une
mydriase partiellement réactive.
Métabolisme :
L'adrénaline élève la glycémie par inhibition de
l'insulinosécrétion.
La pharmacocinétique.
La demi-vie de l'adrénaline est brève en raison
de la rapidité de son élimination par le
métabolisme essentiellement hépatique, mais
aussi par l'importance de son recaptage
neuronal.
La Noradrénaline
C'est une catécholamine
naturelle très proche
chimiquement de l'adrénaline.
Mécanisme d'action
Son effet prédominant est la stimulation des récepteurs
alpha. Elle agit également sur les récepteurs bêta.
Pour mieux comprendre
La post-charge : c'est la force contre laquelle le coeur doit
lutter pour éjecter le sang à chaque systole ventriculaire.
Elle peut être appréciée par la résistance à l'injection du
ventricule gauche.
Lorsqu'elle est augmentée de façon importante et
prolongée, elle peut entraîner une insuffisance cardiaque.
Les effets physiologiques
Cardiaques :
Les effets sont liés essentiellement à l'activation des
récepteurs bêta1.
Ils sont rapidement masqués par l'effet dominant alpha sur
les vaisseaux.
L'effet inotrope positif existe mais n'a pas de traduction en
terme d'augmentation du débit cardiaque.
L'effet chronotrope se traduit le plus souvent par une
bradycardie réflexe à l'hypertension artérielle.
La MVO2 augmente de façon importante sans augmentation
du débit cardiaque mais du fait d'une augmentation de la
post-charge.
L'effet dromotrope négatif peut donner des troubles de la
conduction.
Vasculaires :
La noradrénaline entraîne une vasoconstriction
intense intéressant l'ensemble du système
artériel et veineux. Cet effet est dose dépendant.
Métaboliques :
Les effets métaboliques de la noradrénaline sont
beaucoup moins marqués que ceux de
l'adrénaline : l'hyperglycémie est peu
importante.
Périphériques :
La vasoconstriction des extrémités peut
entrainer des lésions ischémiques irréversibles
avec un risque de nécrose distale.
La pharmacocinétique
Le catabolisme de la noradrénaline est
strictement comparable à celui de l'adrénaline.
La demi-vie est de 4 minutes.
La dopamine
La dopamine est une
catécholamine naturelle. C'est
un neurotransmetteur
physiologique au niveau du
système nerveux central.
Mécanisme d'action
Ses effets sont dose dépendants. Elle stimule les
récepteurs alpha, bêta .
Les effets dopaminergiques n'existent que pour des
doses comprises entre 2 gamma et 5
gamma/Kg/minute.
Les effets bêta apparaissent à partir de 2,5
gamma/Kg/minute et semblent croissants jusqu'à des
doses de 30 gamma/Kg/minute.
Les effets alpha débutent pour des doses comprises
entre 12 à 15 gamma/Kg/minute et l'effet presseur
devient alors dose dépendant jusqu'à 30
gamma/Kg/minute.
Les effets physiologiques
Cardiaques :
L'effet inotrope positif de la dopamine est moins marqué
que celui de l'adrénaline, de la dobutamine et de
l'isoprénaline.
L'effet inotrope est dose dépendant. Il apparaît à partir de 2
gamma/Kg/minute et va croissant jusqu'à 30
gamma/Kg/minute.
L'effet chronotrope apparaît à partir de 12
gamma/Kg/minute. L'effet tachycardisant va croissant
jusqu'à 30 gamma/Kg/minute.
La dopamine est la moins arythmogène des catécholamines:
son effet bathmotrope positif est faible.
L'augmentation de MVO2 est assez faible, le plus souvent
contrebalancée par l'augmentation de l'oxygène.
Vasculaires :
A des doses inférieures à 5 gamma/Kg/minute
elle entraîne une vasodilatation de l'ensemble de
la circulation rénale.
Elle augmente directement la natriurèse.
Elle augmente le débit sanguin splanchniq
La stimulation des récepteurs alpha débute pour
des doses comprises entre 12 et 15
gamma/Kg/minute et l'effet presseur devient
alors dose dépendant.
La pharmacocinétique
Elle a un triple métabolisme.
Au cours de perfusion de dopamine les taux
sériques sont atteints au bout de 5 minutes.
La demi-vie est de une minute.
La dobutamine
Le chlorhydrate de dobutamine est une
catécholamine de synthèse.
Mécanisme d'action
L'effet dominant est une stimulation des
récepteurs bêta1.
Elle a de plus une action stimulante sur les
récepteurs bêta2.
Elle une action agoniste et antagoniste sur les
récepteurs alpha.
Mais la somme des effets bêta2, alpha agonistes
et alpha antagonistes laisse une place
prépondérante à une résultante vasodilatatrice.
Les effets physiologiques
Cardiaques :
Les effets cardiaques sont le fait de la stimulation des récepteurs
bêta 1.
Il existe cependant une activation des récepteurs alpha1 qui est
responsable d'un effet inotrope positif.
L'effet inotrope positif de la dobutamine est du à l'action sur les
récepteurs bêta l et alpha.
L'avantage de la dobutamine par rapport à l'isoprénaline est son
action inotrope positive puissante sans effet chronotrope majeur.
L'épuisement de l'effet inotrope positif de la dobutamine relève du
mécanisme de la down regulation : c'est-à-dire de la
désensibilisation des récepteurs bêta.
L'effet chronotrope positif est un effet tachycardisant dose
dépendant qui n'est marqué qu'en cas d'hypovolémie.
La dobutamine augmente la MVO2 de 25% à 40%.
Vasculaires :
Les effets vasculaires sur les récepteurs bêta2
induisent une vasodilatation et sont dose
dépendants.
Entre 4 et 8 gamma/Kg/minute il existe un effet
alpha agoniste responsable d'une
vasoconstriction.
Donc à ces doses les effets alpha et bêta se
neutralisent et il n'existe aucune modification du
tonus vasomoteur.
En revanche dès 15 gamma/Kg/minute l'effet
bêta2 vasodilatateur devient prépondérant.
La pharmacocinétique
La dobutamine administrée en perfusion a une
demi-vie de deux minutes.
L'isoprénaline
L'isoprénaline ou isoprotérénol est une
catécholamine de synthèse à action
sympathomimétique.
Elle possède l'action inotrope positive la plus
puissante de toutes les catécholamines.
Mécanisme d'action
Elle a une action spécifique et marquée sur les
récepteurs bêta1 et bêta2.
Elle ne possède aucune action alpha.
Les effets physiologiques.
Cardiaques :
C'est le sympathomimétique qui possède le plus puissant
effet inotrope positif : 5 à 10 fois celui de la dobutamine, 30
fois supérieur à celui de l'adrénaline.
Cet effet est exclusivement lié à l'activation des récepteurs
bêta1 du myocarde.
Cet effet s'accompagne d'une importante élévation de la
MVO2, même si le débit coronaire augmente.
L'effet chronotrope est 5 à 10 fois supérieur à celui de
l'adrénaline.
Cette tachycardie diminuant d'une façon importante la
durée de la diastole, c'est l'une des raisons essentielles du
danger l'utilisation de l'Isuprel(R) en cas d'ischémie
myocardique ou de lésions coronariennes non dilatées.
Il a un effet dromotrope positif marqué : il existe
aussi une augmentation de la fréquence
ventriculaire en cas de bloc auriculo-ventriculaire
de haut niveau.
En conséquence, l'indication de choix est le bloc
auriculo-ventriculaire de haut niveau avec
bradycardie sévère symptomatique, en attente
d'un entraînement électro-systolique.
Il a un effet bathmotrope positif, c'est à dire qu'il
augmente l'hyperexcitabilité auriculaire et
ventriculaire.
Vasculaire :
L'action sur les récepteurs bêta2 entraîne une
diminution nette des résistances artérielles
systémiques par vasodilatation intense.
Il s'ensuit logiquement une chute de la pression
artérielle.
La plupart du temps la récupération d'un débit
cardiaque correct compense la vasodilatation
périphérique et aux posologies habituelles, la pression
artérielle ne chute que modérément.
Bronchiques :
L'effet bêta2 puissant entraîne une
bronchodilatation importante.
Métabolisme :
Augmentation de la glycémie par l'augmentation
de la glycogénolyse musculaire et hépatique.
Augmentation du taux d'acides gras
La pharmacocinétique
La demi-vie est de une minute.
L'éphédrine
C'est un sympathomimétique non
catécholaminergique d'origine végétale. C'est
une molécule de synthèse.
Mécanisme d'action
Elle stimule de façon directe les récepteurs alpha
vasculaires et myocardique.
Elle stimule de façon directe les récepteurs bêta l.
Il existe aussi une action indirecte par libération du
stock de noradrénaline endogène.
Les effets physiologiques
L'action de l'éphédrine est avant tout un effet
vasopresseur puissant qui entraîne une élévation
marquée de la pression artérielle.
L'effet vasopresseur est essentiellement du à
une action indirecte : en cas d'épuisement des
stocks de noradrénaline comme dans les chocs
prolongés, l'insuffisance cardiaque évoluée, son
action est modérée.
La pharmacocinétique
La durée d'action est longue, 5 à 6 fois
supérieure à celle de l'adrénaline.
Son utilisation n'est pas recommandée en
perfusion mais en bolus intra-veineux.
La phényléphrine
C'est un sympathomimétique non
catécholaminergique de synthèse
Mécanisme d'action
Son action est seulement directe, par stimulation
exclusive des récepteurs alpha ce qui entraîne
un effet vasopresseur intense.
Il existe un faible effet inotrope positif par
stimulation des récepteurs alpha l cardiaques.
Les effets
physiologiques
Le principal effet de la phényléphrine est une
augmentation importante de la pression artérielle
attribuée à l'effet vasopresseur par action spécifique
sur les récepteurs alpha.
Il n'y a pas d'action tachycardisante.
Une brutale élévation de la pression artérielle peut
entraîner une bradycardie réflexe.
L'absence d'action bêta l stimulante explique l'absence
d'effet arythmogène.
La phényléphrine augmente la MVO2 par
l'augmentation de la post-charge.
La phéniyléphrine diminue la perfusion rénale et
splanchnique.
Merci de votre attention