La Goutte
Dr Sidi El Wafi OULD BABA
Rhumatologue
OBJECTIFS
Définir la goutte
Enumérer les causes de la goutte
secondaire
Décrire les signes cliniques de l’accès
goutteux typique
Décrire la goutte chronique
Connaitre les principes généraux du
traitement de l’accès goutteux
Introduction
Maladie métabolique.
Présence de microcristaux d’urate de sodium
monohydraté décelés dans le liquide synovial.
Hyperuricémie supérieure à 420 mol/L (70 mg/L)
chez l’homme et 360 mol/L chez la femme.
Goutte aigue :
– Où le diagnostic doit être rapide
– Accès articulaires aigus, récidivants, colchico-sensibles,
spontanément résolutifs.
Goutte chronique : atteinte articulaire
destructrice et une atteinte rénale grave
Les notions de terrain favorisant, de facteur
déclenchant, d’antécédents familiaux sont à
retenir.
Les articulations du pied sont touchées dans
70% des cas.
Le traitement de la goutte est à la hauteur de
nos connaissances physiopathologiques.
Le risque majeur est évolutif : passage
à la goutte chronique
Terrain
Epidémiologie
La goutte est beaucoup plus rare que
l’hyperuricémie.
Prévalence chez l’adulte de sexe masculin de
0,5%. Très rare avant 30 ans.
La prévalence de la goutte augmente avec l’âge.
Rare dans le sexe féminin avant la ménopause.
10 hommes/ 1 femme.
La fréquence est variable selon les pays et le
niveau socio-économique.
Une prédisposition familiale est retrouvée chez
Métabolisme de l’acide urique
L’acide urique = terme ultime du catabolisme des
purines.
Absence d’uricase chez l’Homme ne permet pas la
dégradation de l’acide urique en allantoïne.
Augmentation de la synthèse de l’acide urique :
*La purinosynthèse de novo +++.
*Le catabolisme des Ac nucléiques endogènes.
*Le catabolisme des Ac nucléiques exogènes.
L’élimination de l’acide urique se fait par l’uricolyse
intestinale (minime) et l’élimination rénale +++.
Mécanisme de l’hyperuricémie
Excès de production d’acide urique:
*Augmentation de la purinosynthèse de novo: (déficit total de l’activité
de l’enzyme hypoxanthine-guanine-phosphoribosyltransférase
(HGPRT): maladie de Lesh Nyhan ou déficit partiel ou autre déficit
enzymatique).
*Augmentation du catabolisme des Ac N endogènes : lyse cellulaire ++
et rapide.
*Augmentation du catabolisme des acides nucléiques alimentaires.
Défaut d’élimination :
– Insuffisance rénale,
– diurétiques (thiazidiques, furosémide),
– déficit en glucose-6-phosphate,
– acidocétose…
Les hyperuricémies sont primitives ou
Nucléoproteines endogènes et
exogènes Déficit en
HGPRT
Acides nucléiques Synthèse de NOVO
Nucléotides
Acide inosinique
Cycle long
Hypoxanthine
Xanthine Xanthine Oxydase
Uricase
Allantoïne Acide urique
Mécanisme de la crise
C’est l’équivalent d’une réaction
inflammatoire articulaire à corps étranger
Début brutal
Maximum de la réaction au bout de
quelques heures
Résolution spontanée au bout de quelques
jours
ETUDE CLINIQUE
TDD : Goutte primitive Commune de
l’adulte d’âge moyen.
1.Goutte aigue
Crise aigue typique du gros orteil
Circonstances déclenchant
la crise de goutte
L’accès de goutte est parfois déclenché :
*excès alimentaire ou alcoolique,
*traumatisme portant sur l’articulation, traumatisme à
distance, microtraumatismes répétés
*efforts musculaires intenses,
*exposition au froid ou à l’humidité,
*infections aigues traitées ou non par les antibiotiques,
*médicaments hyper-uricémiants (les diurétiques…),
*début d’un traitement hypouricémiant,
*chirurgie, IDM, agression psychique ...
ETUDE CLINIQUE
Prodromes
surviennent 1 à 3 jours avant la crise
Généraux : irritabilité, asthénie,
insomnie, anorexie, signes digestifs :
dyspepsie ou constipation, céphalée
ou dysurie.
Locaux : gène discrète au niveau de
la M.T.P du gros orteil.
1.Goutte aigue
Crise aigue typique du gros orteil
Le premier accès frappe le gros orteil ds 2/3 des cas.
Divers prodromes annoncent, parfois, la crise.
Début brusque, douleur atroce faisant redouter le
moindre contact, recrudescence nocturne.
Gonflement volumineux et impotence fonctionnelle ++.
Peau rouge, luisante, lisse. La moindre tentative de
mobilisation est atrocement douloureuse. Fièvre.
Hyperleucocytose (polynucléose neutrophile), VS
augmentée, hyperuricémie inconstante, R(x) normale.
La crise dure 5 à 10 jours, les signes locaux s’atténuent
puis disparaissent.
Atteinte de la MTP gros orteil
Examens
complémentaires
Biologie :
Syndrome inflammatoire non
spécifique
Signe biologique fondamental
constant : HYPERURICEMIE
> à 360 umol/l femme et > à 415
umol/l l’homme.
retrouvée à 3 contrôles successifs :
sous régime apurinique
L’étude du liquide synovial :
type inflammatoire, peu visqueux,
riche avec hyperleucocytose à PN.
microcristaux d’urate de Na est une
étape essentielle, forme de longues
aiguilles à bouts effilés, très
birefringents, libres ou le plus souvent
phagocytés par les polynucléaires. Ils
sont dissous par l’uricase.
2.La goutte chronique
Les crises tendent à devenir plus fréquentes.
Rarement révélatrice, survient après des années
d’évolution.
Elle est due aux précipitations d’urate de sodium dans
les tissus.
Le tophus goutteux : concrétion uratique blanchâtre,
visible sous la peau, quasi-pathognomonique,
d’installation insidieuse, indolore, molle ou dure.
Le tophus siège avec prédilection au bord libre de
l’hélix, olécrane, mains, pieds, articulations atteintes ou
Tophi goutteux
L’arthropathie goutteuse
Douleur mécanique.
Enraidissement et/ou gonflement articulaire.
Destructions ostéo-cartilagineuses avec tophi
Déformation articulaire.
Radiologie:
*géodes assez évocatrices : arrondies ou
ovalaires, taille variable, au voisinage de l’articulation,
perte de substance à contour polycyclique assez
caractéristique.
*proliférations ostéophytiques réactionnelles.
*pincement articulaire.
Atteinte MTP et IP du gros
orteil
Les manifestations rénales
Fréquentes, font la gravité de la goutte et
engage le pronostic vital.
La lithiase rénale : présente chez 20 à 40% des
goutteux.
*Deux facteurs essentiels : l’hyperuraturie (
600 mg/j) et l’hyperacidité urinaire.
*Coliques néphrétiques
*Hématurie, infections urinaires
*Calculs sont petits, radiotransparents et ne
sont mis en évidence que par l’UIV ou
l’échographie.
Les manifestations rénales
La néphropathie goutteuse : 10 à 20% des cas.
*Se voit dans la goutte tophacée.
*Néphropathie interstitielle chronique due à une
précipitation des cristaux d’urate dans la médullaire
rénale.
*L’évolution vers l’insuffisance rénale chronique est
la règle sans traitement hypouricémiant.
*Hématurie, Leucocyturie, Proteinurie, HTA.
Néphropathie aigue anurique due à une précipitation
intra-tubulaire d’acide urique, rare, vue au cours des
hyperuricémies très élevées (ttt des hémopathies).
Formes cliniques
Formes symptomatiques : pseudophlegmoneuse,
atténuée, subintrante…
Formes topographiques
Forme selon l’étendue
Formes selon le terrain :
*La goutte du jeune : avant 30 ans la goutte est
rare
*La goutte des transplantés : co-prescription de
diurétiques et ciclosporine.
*La goutte féminine : rare, habituellement après
la ménopause. Fréquence des formes polyarticulaires
avec atteinte préférentielle des mains.
Formes étiologiques des gouttes secondaires
Hémopathie, Insuffisance rénale chronique, Saturnisme,
Médicaments …
Formes évolutives
Goutte enzymopathique
Déficit en HGPRT:
– Complet : maladie de Lesh Nyhan
Encéphalopathie avec auto-mutilation
Retard psychomoteur +++
Coliques néphrétiques précoces et insuffisance rénale
– Partiel : Goutte précoce et sévère
– Hérédité récessive liée au sexe (frappe le
garçon et transmise par la femme).
Augmentation de l’activité de PRPP transférase
Anomalie de la Glutathion réductase
Déficit en Glucose-6-phosphate.
Évolution
Variable.
Souvent les crises surviennent au début 1 à 2
fois/an, puis les crises se rapprochent.
10 à 20 ans après, apparaissent les tophi,
l’arthropathie uratique et l’insuffisance rénale.
Certaines gouttes sont très graves (début avant
30 ans, crises subintrantes, tophi et arthropathie
dès la première année.)
D’autres gouttes sont bénignes (crises très
rares).
Diagnostic
Le diagnostic de goutte est clinique.
Examen du liquide synovial (liquide
inflammatoire).
La présence de ces cristaux d’urate de
sodium constitue le seul signe spécifique de
l’accès de goutte.
Augmentation de la vitesse de sédimentation
globulaire, de la CRP.
L’hyperuricémie est le signe biologique
fondamental (> 420µmol/L),
Sensibilité thérapeutique à la colchicine ++
Diagnostic différentiel
Devant un accès goutteux:
arthrite septique, crise de chondrocalcinose articulaire,
arthrite microcristalline à hydroxyapatite, début d’un
rhumatisme inflammatoire chronique, RAA, Sarcoïdose...
Devant une goutte chronique:
Surtout la PR, les autres rhumatismes chroniques…
Traitement
Les objectifs du traitement sont de :
1. traiter la crise aiguë
2. de prévenir la survenue de nouvelles crises, en
maintenant une uricémie nettement inférieure à la
normale.
Colchicine est très efficace.
Les traitements de fond sont indispensables.
Les mesures diététiques sont toujours à considérer:
régime hypopurinique, hypocalorique, suppression
d’alcool, boissons abondantes, diurèse alcaline si
Traitement de la crise
* Repos articulaire.
* Glaçage articulaire.
* Colchicine : 1 comprimé (1 mg) toutes les 8 heures
le premier jour. La diminution de la posologie est
progressive les jours suivants en fonction de l’état
clinique et de la tolérance. Ensuite, continuer le
traitement à 1 mg/j pendant au moins une
semaine.
* Anti-inflammmatoires non stéroïdiens (AINS) : si la
colchicine est mal tolérée ou contre-indiquée.
* Antalgiques.
* Corticoïdes contre-indiqués.
Traitement de la dyspurinie
• Si clairance de l’acide urique est abaissée :
prescrire un uricosurique (Benzbromarone
(Désuric®)
• Si clairance d’acide urique est normale ou
augmentée : prescrire des inhibiteurs de l’urico-
synthèse (Allopurinol (Zyloric®))
• Ne commencer le traitement de fond qu’à distance
d’une crise aiguë, sous couvert d’une protection
par colchicine ou AINS pendant 2 ou 3 semaines.
• Règles hygiéno-diététiques : suivre un régime
amaigrissant et pauvre en protides.
Conclusion
La goutte est la maladie articulaire provoquée par
la surcharge en acide urique de l’organisme.
Les manifestations articulaires sont de deux
types :
Des accès d’arthrite aiguë microcristalline.
Des arthropathies provoquées par les dépôts d’urate
dans les articulations après plusieurs années
d’évolution.
La goutte est beaucoup plus rare que
l’hyperuricémie.
QCM
1/ La goutte se caractérise par
A - Des accès articulaires aigus et récidivants.
B - Une uricémie < 360 µmol/l.
C - Une localisation au niveau du genou ds 70% des cas.
D - Une localisation rare au niveau des articulations du
pied
E – Une prédominance féminine surtout avant la
ménopause.
2/ La goutte est :
A - Plus fréquente que l’hyperuricémie.
B - Une maladie métabolique.
C - Une maladie des riches, obèses.
D - Une maladie toujours secondaire.
3/ Au cours de la goutte aigue :
A - Le premier accès frappe le gros orteil dans 2/3 des cas.
B - Le début est brusque.
C - La douleur est atroce.
D - Les signes inflammatoires locaux sont toujours minimes.
E - Il existe parfois une fièvre.
4/ La goutte :
A - Est une maladie infectieuse.
B - Est due à une surcharge de l’organisme en acide urique.
C - Se caractérise par des manifestations articulaires
toujours sous forme d’accès aigu.
D - Se déclenche toujours après un traumatisme
E - Peut donner une insuffisance rénale
5/ La goutte chronique :
A – s’installe de façon insidieuse
B – se caractérise par des tophi goutteux
C – survient malgré un traitement bien conduit
D – ne se complique jamais d’atteinte rénale
E – se caractérise par une arthropathie chronique
destructrice
6/ Le traitement de la goutte comporte :
A - Repos et glaçage articulaire.
B - Une alcalinisation des urines.
C - Des règles hygièno-diététiques.
D - L’utilisation de la colchicine à une dose progressive de
1 à 3 mg/j.
E - L’utilisation de la colchicine à vie.
Cas clinique
Un homme de 56 ans, obèse, hypertendu sous
Lasilix®, se plaint de douleur et de gonflement
du gros orteil droit, évoluant depuis 2 jours avec
impotence fonctionnelle importante.
L’interrogatoire note la notion de crises
antérieures soulagées spontanément.
Question 1: Quel(s) est (sont) le (les)
diagnostic(s) le(s) plus probable(s) ?
A- Polyarthrite rhumatoïde B- Arthrite septique
C- CCA D- Goutte E- Lupus
systémique
Question 2 Quels sont les éléments en faveur
du diagnostic de crise de Goutte ?
A- Homme de 56 ans B- Obésité
C- Traitement par Lasilix® D- Arthrite
aigue
E- Localisation au niveau du gros orteil
F- Fièvre
Question 3: 3/ Informations à rechercher en
faveur du diagnostic de Goutte ?
A- Présence de foyer infectieux
B- Traumatisme de l’articulation touchée
C- Notion de repas copieux et arrosé
D- Présence de tophus
Question 4: Comment confirmer le diagnostic ?
A- Radiographie standard de l’articulation touchée
B- Ponction articulaire et recherche de
microcristaux
C- Dosage de l’uricémie
D- Dosage de l’uricurie
E- Sensibilité à la Colchicine
Question 5 Quelle est votre Conduite à tenir :
A- Repos et glaçage articulaire
B- Colchicine® à la dose de 1mg/Kg/j
C- Antibiotique en association à la colchicine
D- Traitement hypouricémiant n’est pas
indispensable
QROC
Quel est le risque évolutif majeur de la
goutte ?
Citer 3 circonstances possibles
déclenchant la crise de goutte ?
Définir le tophus goutteux ?
Donner les caractéristiques des
microcristaux de la goutte ?
Quels sont les objectifs du traitement de la
goutte ?