LE ROUGET
DEFINITION
Le rouget est une maladie infectieuse,
virulente, inoculable (parfois
difficilement) plutôt pseudo-enzootique
que réellement contagieuse. Elle est
commune à de nombreuses espèces
animales, de mammifères et d’oiseaux,
domestiques et sauvages et décrit chez
le porc avec une fréquence et une gravité
particulières selon les pays. Zoonose
mineure, surtout professionnelle, elle se
transmet à l’homme par inoculation.
Elle est due à une bactérie très ubiquiste :
Erysipelothrix rhusiopathiae (insidiosa).
Elle se caractérise soit par des formes
aigues souvent septicémiques avec lésions
érythémateuses chez le porc et chez
l’homme (erysipeloide) soit par des formes
subaigües et chroniques, essentiellement
articulaires et endocardiques.
Le rouget est une maladie légalement
réputée contagieuse (M.L.R.C) dans
l’espèce porcine uniquement.
SYNONYMIE
- « Erysipele », « Maladie du rouge »,
« Maladie du pourpre ».
- Chez l’homme, il importe de distinguer le
rouget ou « erysipeloide » d’une maladie
cliniquement voisine : l’erysipèle
streptococcique.
Enfin, certaines manifestations cutanées du
rouget ont autorisé l’utilisation de
synonymes régionaux : « urticaire
infectieux », « carreaux », (diamond
disease en anglais).
ESPECES AFFECTEES
A l’ubiquité géographique du bacille
du rouget correspond une ubiquité
zoologique, de très nombreuses
espèces regroupées dans divers
embranchements (mammifères dont
l’homme, oiseaux, poissons et même
invertébrés, crustacés, mollusques)
pouvant être infectées selon une
hiérarchie propre à certains pays.
La présence du rouget a été vérifié dans
le monde entier : c’est la maladie
d’ubiquité la plus large et la plus
permanente avec cependant des nuances
géographiques, car des prééminences se
manifestent selon l’incidence de la
maladie sur les diverses espèces
réceptives, en Europe (porcs surtout mais
aussi ovins et oiseaux), Australie (ovins),
Amérique du nord (oiseaux), Japon
(rouget humain d’origine pisciaire).
ETHIOLOGIE
- Erysipelothrix rhusiopathiae classée
parmi les Actinobactériales.
- Bacille fin, élancé, droit ou
légèrement curviligne de 1 à 2
µ /0.3µ, immobile, non cilié, non
capsulé, non sporulé, Gram+.
PATHOGENIE
Un animal neuf et contaminé par voie dermique
ou muqueuse, à la faveur d’un traumatisme
même minime, rappelant en cela le charbon
bactéridien. Différentes évolutions sont
possibles :
* Dans la forme septicémique, le bacille est
disséminé dans l’organisme par voie sanguine
et lymphatique. La seule endotoxine suffit à
produire les manifestations de choc,
d’hyperthermie et d’inflammation. Si l’évolution
n’a pas été d’emblé mortelle. L’infection peut
se localiser au territoire cutané.
* La forme localisée cutanée est
l’expression du dermotropisme de la
bactérie, responsable de phénomènes
inflammatoires locaux.
* Dans les formes chroniques, le
bacille disparaît rapidement, le plus
souvent. Seule persiste une fraction
antigénique qui suffit à entretenir
l’inflammation locale : les arthrites à
rouget ne seraient donc pas de nature
auto-immune.
SYMPTOMES
En général, l’incubation (de 3 à 5 jours en
conditions expérimentales) est impossible à
déterminer comme dans toutes les maladies à
portage de germes initial, et les manifestations
cliniques sont aigues ou chroniques chez les
diverses espèces réceptives.
1) Mouton : le rouget des ovins est
essentiellement une arthrite d’allure enzootique
de l’agneau, avec boiterie, amaigrissement et
cachexie, parfois associée avec un rouget
cutané. Les formes septicémiques sont
exceptionnelles, de même que les formes
intestinales (entérite hémorragique).
2) Oiseaux : accompagné de symptômes septicémiques
(inappétence, plumes hérissées, mort en 1 à 2 jours), le
rouget aviaire pseudo-enzootique (élevages concentrés
de dindon, pintade, canard, perdrix, faisan, parfois poule)
ou sporadique (gibier) est une découverte de laboratoire,
aucun critère spécifique ne peut être relevé. Parfois des
plaques cutanées sont apparentes.
3) Autres espèces :
* Carnivores : le rouget du chien (endocardite,
septicémie) est rarissime.
* Equidés : des arthrites (tarsienne, tibio-rotulienne) et
des endocardites (souffle cardiaque) sont observables à
tout âge chez le cheval.
* Chez les bovins : sont enregistrées parfois des arthrites,
endocardites, septicémies avec saisie à l’abattoir.
LESIONS
Macroscopiques
Les formes septicémiques dans un cadavre en bon
état d’embonpoint entraînent des lésions sur :
La peau : plages congestives qui à l’incision
laissent sourdre un œdème rosé, sans hémorragie.
Les séreuses splanchniques : exsudat modéré
citrin ou rosé.
Les ganglions : congestionnés, très hypertrophiés,
non hémorragiques.
Le cœur et les poumons : congestionnés avec
pétéchies, le sang restant rutilant et bien coagulé.
La rate : réactionnelle et turgescente, mais peu
volumineuse et ferme à la coupe.
Au total, l’autopsie montre une congestion généralisée
peu hémorragique.
Les formes chroniques font apparaître un cadavre
maigre et cachectique, un foie et des reins mous, pâles,
friables, dégénérés et les lésions essentielles sur :
* Les séreuses articulaires, emplies d’exsudats
louches, rosé, avec des synoviales végétantes et
villeuses, des cartilages érodés, parfois sont constatées
des discospondylites vertébrales ;
* L’endocarde, siège d’une endocardite végétante et
bourgeonnantes sur les valvules mitrales et sigmoïdes
surtout, formant de volumineux chaux-fleurs constitués,
à la section, d’un tissu blanc rosé ecchymotique.
Microscopiques
Les lésions aigues surtout cutanées
constituent un véritable feutrage de
bacilles, souvent en amas à
l’intérieur des phagocytes.
Les lésions chroniques, formées de
fibroblastes abondants sont
cicatricielles. L’hématologie révèle
une granulocytopénie due à l’effort
de phagocytose et à la lyse de
DIAGNOSTIC
En dehors de tout dépistage
systématique, le diagnostic du
rouget est aisé :
La suspicion du rouget chez les
espèces, autres que le porc ne peut
être retenue que devant des
arthrites enzootiques de l’agneau, et
des lésions cutanées
érythémateuses chez toutes les
espèces de mammifères et
Diagnostic différentiel
* chez le mouton, voire la chèvre, les
arthrites à Mycoplasmoses ([Link]їdes,
[Link]), en extension, sont à placer
dans le cadre du syndrome agalactie
(kératite, arthrite, mammite).
* Chez les oiseaux, toutes les maladies
septicémiques (maladie de Newcastle, de
Gumboro, choléra, salmonellose aigue)
sont à évoquer sans possibilité de
distinction.
TRAITEMENT
Rouget aigue :
Destiné à diminuer les pertes, à éviter l’apparition de
formes chroniques et à s’opposer à la surpollution de
l’environnement, le traitement entraine des résultats
spectaculaires, qualifiés de véritables résurrections. Il
obéit à 3 règles :
- Instauration très précoce, la septicémie évoluant très
vite ;
- Association systématique, synergique du sérum
spécifique (20 à 100ml selon le poids) et d’un
antibiotique (pénicilline 1000 000 U ou
streptomycine1g, moins favorable) ;
- Voie d’administration double intramusculaire
(d’efficacité rapide mais brève) au début et sous-
cutanée (prolongement des effets) pendant 3 à 5 jours
Rouget chronique :
Pronostic sombre. La sérothérapie est inutile, le
sang des malades présentant un titre élevé en
anticorps.
Les antibiotiques sont inactifs sur les bacilles
présents dans les lésions cicatricielles profondes.
Aussi doit-on avec succès dans les arthrites de
l’agneau utiliser l’allergo-antibiothérapie par :
- Vaccination (vaccinothérapie à réaction focale,
défocalisant les bacilles).
- Antibiothérapie des germes désormais
sensibles à son action.
PROPHYLAXIE
A/ Prophylaxie médicale : réservée au porc.
B/ Prophylaxie sanitaire : La prophylaxie du
rouget est un appoint indispensable mais demeure
limitée dans son efficacité. Elle vise la lutte :
- Contre la pollution de l’environnement.
- Contre l’infection des locaux et du matériel de
l’exploitation par une désinfection puissante (Javel,
formol, soude) associée à une désinsectisation et
une dératisation.
- Les facteurs de déclenchement du rouget par
l’hygiène de l’alimentation et des transports.
- Contre la transmission à l’homme.