Les dépressions
Pr EL YAZAJI
Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca
Centre d’Addictologie, CHU Casablanca
meriemelyazaji@[Link]
Introduction
• La dépression:
• Est un trouble fréquent.
• se situe parmi les maladies les plus souffrantes
• Peut conduire au suicide.
• Il existe des traitements efficaces pour la soigner
• Le trouble dépressif est encore mal connu du grand
public et souvent même des médecins ou autres
professionnels de la santé
Epidémiologie
OMS 2023
• À l’échelle mondiale, environ 280 millions de personnes souffrent de
dépression
• 3,8 % de la population souffre de dépression, dont 5 % des adultes (4 %
des hommes et 6 % des femmes) et 5,7 % des personnes de plus de
60 ans.
• La dépression est 50 % plus courante chez la femme que chez l’homme.
• Dans le monde, plus de 10 % des femmes enceintes et des femmes qui
viennent d’accoucher souffrent de dépression .
• Plus de 700 000 personnes se suicident chaque année.
• Le suicide est la quatrième cause de décès chez les 15-29 ans.
Institute of Health Metrics and Evaluation. Global Health Data Exchange (GHDx)
[Link] (mars 2023).
Epidémiologie
• La durée moyenne d’un épisode dépressif est de 4 à 6 mois, et se
prolonge en cas d’absence de traitement.
• La maladie dépressive débute en moyenne à l’âge de 30 ans, présente un
caractère récidivant avec 50% de rechute à 2 ans, 85% sur toute la vie et
le risque de chronicité est de 20%.
• La dépression s’associe souvent avec d’autres troubles somatiques et
psychiatriques.
Epidémiologie
• La prévalence des troubles dépressifs est de 20 à 30% dans la
patientèle du médecin généraliste
• La dépression n’est pas diagnostiquée dans 30 à 50% des
cas.
• Les médecins généralistes ont un rôle essentiel à jouer dans le
dépistage, l’orientation et le traitement des patients présentant
un état dépressif
[Link], [Link], [Link] et al
▪réalisée sur un échantillon représentatif de la population générale
marocaine
▪5498 personnes, âgées de 15 ans et plus
▪Mini International Neuropsychiatric Interview (MINI)
▪Enquêteurs: médecins de santé publique
Prévalence des troubles les plus fréquents
Trouble psychiatrique Prévalence %
Episode dépressif majeur 26.5
Episode dépressif actuel 13.3
Agoraphobie 12.8
Trouble panique 10.4
Trouble d’anxiété généralisé 9.3
Trouble obsessionnel compulsif 6.6
Anxiété sociale 6.3
Trouble de stress post traumatique 2.1
340 000 personnes soufrent de schizophrénie soit 1%
200.000 personnes sont atteintes de bipolarité
Enquête "santé mentale de l'adolescent scolarisé à
Casablanca
• Sujets inclus: 2485 lycéens
• Age moyen : 17.1 ans (ET: 1.4 ans)
• Minimum: 14
• Maximum: 21
19-21 ans
• Tranches d’âge 367
14.77%
14-16 ans
924
37.18%
17-18 ans
1194
48.05%
Prévalence de la dépression
601
24.2%
OUI
NON
1884
75.8%
Dépression, la symptomatologie somatique est
souvent la 1e plainte du patient
Les symptômes de la dépression
. L’épisode présente une durée d’au moins 2 semaines.
B. Le sujet présente au moins deux des trois symptômes principaux
suivants :
(1) humeur dépressive à un degré nettement anormal pour le sujet,
présente pratiquement toute la journée et presque tous les jours,
dans une large mesure non influencée par les circonstances, et
persistant pendant au moins 2 semaines ;
(2) diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour des activités
habituellement agréables ;
(3) réduction de l’énergie ou augmentation de la fatigabilité.
C. Présence d’au moins deux des symptômes suivants :
(1) perte de la confiance en soi ou de l’estime de soi ;
(2) sentiments injustifiés de culpabilité ou culpabilité excessive et
inappropriée ;
(3) pensées récurrentes de mort ou idées suicidaires récurrentes,
ou comportement suicidaire de n’importe quel type ;
(4) diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer (signalée
par le sujet ou observées par les autres), se manifestant, par
exemple, par une indécision ou des hésitations ;
(5) modification de l’activité psychomotrice, caractérisée par une
agitation ou un ralentissement (signalés ou observés) ;
(6) perturbation du sommeil de n’importe quel type ;
(7) modification de l’appétit (diminution ou augmentation) avec
variation pondérale correspondante.
Évaluation de l’épisode dépressif caractérisé actuel
• Pour le bilan initial de l’épisode dépressif caractérisé, il est recommandé de rechercher
les éléments suivants :
▪ le risque suicidaire
▪ un trouble psychiatrique associé, notamment parmi les troubles anxieux ; une auto-
ou hétéro-agressivité
▪ Une addiction ou un sevrage
▪ ATCD psychiatriques
▪ une diminution des fonctions sensorielles, physiques ou cognitives (notamment pour
les patients âgés ou ayant subi un traumatisme crânien)
▪ l’existence de maltraitance actuelle physique, psychique, verbale ou sexuelle
▪ des expressions somatiques des états dépressifs (ex. : algies et plaintes
fonctionnelles diverses et répétées)
▪ des facteurs de risques psycho-sociaux
Comment évaluer le risque suicidaire ?
• Evalué lors du bilan initial et réévalué régulièrement au cours de la prise en
charge.
• Evaluer:
• La fréquence
• L’intensité
• Gestes préparatoires à un éventuel passage à l’acte
• Identifier les facteurs de risque (âge supérieur à 75 ans, isolement, accès
à des moyens létaux, antécédent familial de suicide, etc.),
• les facteurs de protection (soutien social).
• L’hospitalisation est recommandée en cas de risque suicidaire élevé, y
compris parfois sans le consentement du patient.
• Une urgence thérapeutique.
Comment évaluer la sévérité d'un épisode
dépressif caractérisé ?
• On distingue trois niveaux :
⮚ Dans les EDC légers et modérés, les activités sociales peuvent être poursuivies
moyennant un effort supplémentaire du patient.
⮚ Dans les EDC sévères, les patients éprouvent des difficultés considérables à mener
leur travail et leurs activités familiales et sociales. Il convient alors d’apprécier
l’urgence du risque suicidaire.
Quel suivi et quelle prise en charge
thérapeutique du patient ?
• Une alliance thérapeutique fondée sur une attitude d’empathie, d’écoute
et de soutien.
• Le praticien informe le patient, et éventuellement son entourage s’il
l’accepte, de la nature des troubles dépressifs, des possibilités de
traitements, de leurs effets bénéfiques et indésirable
• D’établir avec le patient un projet thérapeutique afin d’éviter les
abandons de traitement
• De réévaluer régulièrement le projet thérapeutique, et le réajuster si
nécessaire.
Phases de traitement de la dépression
Hypothèses explicatives
Le modèle psychanalytique
• Les théories psychanalytiques s’articulent autour du deuil, de la perte, de la frustration et
d’expériences trauma tiques, rendant le sujet adulte vulnérable aux ruptures dépressives.
• b La dépression suit fréquemment un événement « difficile » que la personne n’a pas pu
« métaboliser » (par exemple : perte d’emploi, difficultés conjugales, deuil d’un être cher
• Freud S. (1915) dans « Deuil et mélancolie » définit le deuil comme : «réaction à la perte
d’une personne aimée ou d’une abstraction à sa place ».
• La perte réelle (portant sur un objet visible, exemple : personne aimée) ou symbolique
(ne portant pas sur un objet visible, exemple : abstraction)
• Ainsi, dans le deuil, l’objet perdu est reconnu du sujet. Par contre, dans la mélancolie,
l’objet perdu n’est pas consciemment identifi é par le sujet. De plus, dans ce dernier cas,
le sujet s’avère incapable d’assumer cette perte, dite symbolique (abstraite), de l’objet.
Le modèle comportemental
• L’importance des facteurs comportementaux et environnementaux a
très tôt été mise en évidence tant d’un point de vue clinique que
psychopathologique.
• La pierre angulaire des théories comportementales est le
renforcement. Une diminution quantitative ou qualitative des
renforcements positifs, fréquemment sociaux, serait ainsi à l’origine
de la dépression.
Le modèle cognitif
• Beck 2008, les symptômes dépressifs sont le résultat d’un traitement
de l’information perturbé.
• Le patient déprimé procèderait à une lecture du monde extrêmement
pessimiste en sélectionnant les informations les plus noires pour
encore en amplifier le caractère négatif.
• La « triade cognitive négative » de Beck montre que les pensées du
déprimé sont toutes empreintes d’un jugement négatif sur (i) lui-
même, (ii) le monde extérieur et (iii) l’avenir.
Le modèle cognitif
• Les distorsions cognitives sont multiples et comprennent :
⮚ (i) les inférences arbitraires (le sujet tire des conclusions hâtives d’une situation sans
aucunes preuves),
⮚ (ii) l’abstraction sélective (le sujet centre son attention sur un détail et méconnaît le
contexte dans sa globalité),
⮚ (iii) l’attribution interne ou la personnalisation (le sujet s’attribue des responsabilités dans
les événements ou surestime ses relations avec les événements négatifs et défavorables),
⮚ (iv) la pensée absolue dichotomique (les évaluations sont effectuées par le sujet sans
nuances, c’est l’alternative du tout ou rien sans modulation possible entre les extrêmes), (v)
la surgénéralisation (consiste à appliquer à toutes les situations possibles les éléments
d’une situation isolée),
⮚ (vi) la majoration et la minoration (erreurs logiques consistant à attribuer une plus grande
valeur aux échecs et aux évènements négatifs et à dévaloriser les réussites et les situations
positives et heureuses),
Les thérapeutes cognitivo-comportementalistes
Trois vagues
⮚ La première: « vague comportementale » et se déroule sur une période allant de
1950 à 1980
⮚ la seconde vague,: « vague cognitive » et se déroule sur une période allant de 1980
à 1990.
⮚ Une troisième vague, débutée autour de 1990 est dite « vague émotionnelle ».
▪ se caractérise par l’utilisation de différentes méthodes thérapeutiques prolongeant les deux
vagues précédentes et faisant appel aux ressources propres des patients dans une perspective
intégrative et expérientielle:
▪ la thérapie d’acceptation et d’engagement
▪ la thérapie cognitive basée sur la méditation en « pleine conscience »: La technique de pleine
conscience consiste à « porter son attention, intentionnellement, au moment présent, sans
juger, sur l’expérience qui se déploie mo ment après moment » selon John Kabat-Zinn (Kabat-
Zinn 1996).
La théorie systémique
• L’approche systémique est particulièrement appropriée lorsqu’il s’agit
de patients fortement impliquées dans les groupes dont ils font partie
(couple, famille, groupe sco laire ou professionnel, …).
Le modèle biologique et neuropsychologique est
soutenu par plusieurs points :
• Certaines dépressions surviennent sans facteur psychique ou
contextuel déclenchant.
• De plus, le rythme régulier de certaines rechutes donne l’impression
d’un dérèglement biologique interne.
• La régulation de l’humeur semble liée à un trouble du rythme
circadien, des horloges biologiques internes et de l’influence de la
lumière (Bao, Meynen et al. 2008).
• Une bonne réponse aux traitements médicamenteux agissant sur les
monoamines (sérotonine, noradrénaline et do pamine) qui sont des
neurotransmetteurs impliqués dans la dépression (Mann 2005).
Etat normal :
absence de dépression
Dépression: déficit en neurotransmetteurs
Le modèle biologique et neuropsychologique est soutenu par
plusieurs points :
• La génétque
• Trois types de messagers physiologiques semblent impliqués dans la
régulation de l’humeur : les neurotransmetteurs, les hormones et les
cytokines.
• En plus de la neuro transmission aminergique, différentes cytokines
impliquées dans le système immunitaire ainsi que différentes
hormones impliquées dans le système endocrinien ont été mises en
évidence dans différentes pathologies (hypothyroïdie, hy perthyroïdie,
maladie de Cushing, maladie d’Addison, ...) (David, Fleminger et al.
2009),
Prise en charge
• Pharmacothérapie
• Psychothérapies:
⮚ TCC
⮚ Psychothérapies de soutien
⮚ Psychothérapies systémiques
⮚ Psychanalyse
⮚ interpersonnelle
Les différentes approches psychothérapeutiques
• La thérapie cognitivo-comportementale :
⮚ La modification des pensées et des croyances négatives associées à l’état
dépressif.
⮚ Réactivation de la personne par la participation à des activités gratifiantes et
la reprise progressive des activités de la vie quotidienne et productive
Les différentes approches psychothérapeutiques
• La psychothérapie interpersonnelle :
⮚ s’intéresse aux relations et rapports personnels qui peuvent être
problématiques
⮚ vise à modifier les « stresseurs » peu importe qu’ils soient la cause ou la
conséquence de la dépression
• La thérapie de famille ou d’orientation systémique:
⮚ s’intéresse au système dans lequel s’insère l’individu,
⮚ intègre également la famille dans le processus de traitement.
Les différentes approches psychothérapeutiques
3émé vague des TCC:
• la thérapie d'acceptation et d'engagement
• ACT est une forme de thérapie qui vise à aider les individus à accepter leurs expériences
internes, telles que leurs pensées et leurs sentiments, sans jugement ni résistance. Plutôt
que d’essayer de changer ou d’éliminer ces expériences
• ACT encourage les individus à reconnaître et à accepter leur présence
• ACT implique également de s'engager dans des actions qui correspondent aux valeurs
personnelles d'un individu, même si ces actions peuvent provoquer un inconfort émotionnel.
Une évaluation par un psychiatre est recommandée dans les
situations suivantes
• Episode dépressif sévère
• Présence de symptômes psychotiques
• Virage maniaque ou mixte (sous AD)
• Difficultés diagnostiques
• Co-morbidité psychiatrique : trouble de la personnalité, trouble bipolaire,
addictions
• Risque suicidaire
• Trouble dépressif résistant
Soutien psychologique
• Soutien psychologique indispensable pour le traitement de
la dépression
• La qualité de la relation prime sur la technique
• Relation de confiance, chaleureuse, compréhensive
• Disponibilité, dialogue, écoute.
• Valider les émotions du patient
• Soutenir le patient, l’encourager, lui redonner espoir
Soutien psychologique: lignes
directrices 1
• Fréquence élevée des rendez-vous.
• Aider le patient à accepter sa maladie, Déculpabiliser.
• Aspects psychoéducatifs :
⮚ Nommer le diagnostic de dépression
⮚ Dédramatiser sans discréditer (maladie fréquente qui se soigne).
⮚ Destigmatiser
⮚ Revoir ensemble les symptômes
⮚ Expliquer le traitement, sa durée, les effets
⮚ Motiver le patient à poursuivre son traitement.
Soutien psychologique: lignes directrices 2
• Identifier ses ressources, l’encourager à les mobiliser.
• Identifier les sources de stress (pas toujours simple de les supprimer)
• Conseils simples pour aider concrètement à gérer le quotidien.
Soutien psychologique: lignes directrices 3
• Encourager et valoriser les changements positifs.
• Gérer les aspects socio-professionnels (Arrêt Travail à discuter).
• Identifier les lacunes dans l’hygiène de vie
• Eventuellement encourager à entreprendre une psychothérapie.