RHABDOVIRIDAE
Dr. Sonia REZGUI – 4ème année pharmacie
Année universitaire 2017-
2018
I- INTRODUCTION
La rage est une anthropozoonose virale grave, pouvant affecter tous les
animaux à sang chaud, à la fois réservoirs et vecteurs du virus rabique.
C’est une encéphalomyélite mortelle.
La rage est une maladie mal contrôlée voire en recrudescence dans de
nombreuses régions d’Afrique et d’Asie. Elle est présente sur tous les
continents à l’exception de l’Antarctique.
II- CLASSIFICATION
Ordre Mononégavirales
Famille Rhabdoviridae
Genre Lyssavirus « Virus de la rage »
11 espèces (anciennement 6 stéréotypes et 7 génotypes)
De nouveaux isolats obtenus chez les chauves-souris sont en cours de
classification: Ozemoe V, Shimoni bat V, Bokeloh bat V, Ikoma V.
Tableau : Classification des Lyssavirus et caractéristiques
épidémiologiques
Ancienne classification Espèce virale Distribution Reservoirs / Vecteurs
Génotype géographique Autres hotes sensibles
Génotype1 : RABV Virus de la rage Mondiale Homme, carnivores,
herbivores, Chauves-souris
Génotype2 : LBV Virus Lagos bat Afrique sub-saharienne Chauves-souris frugivores,
Chats, chiens
Génotype3 : MOKV Virus Mokola Afrique sub-saharienne Homme, chats, chiens,
rongeurs
Génotype4 : DUVV Virus Duvenhage Afrique du sud, Zimbabwe, Homme, chauves-souris
Kenya insectivores
Génotype 5 : EBLV-1 European bat Europe Homme, chauves-souris
Lyssavirus 1 insectivores
Génotype 6 : EBLV-2 European bat Europe Homme, chauves-souris
Lyssavirus 2 insectivores
Génotype 7 : ABLV Australian bat Australie Homme, Chauves-souris
Lyssavirus insectivores et frugivores
ARAV Virus Aravan Asie centrale (Kirghizistan) ?, Chauves-souris insectivores
KHUV Virus Khujand Asie centrale (Tadjikistan) ?, Chauves-souris insectivores
IRKV Virus Irkut Sibérie orientale ?, Chauves-souris insectivores
WCBV West caucasian bat virus Région du caucase ?, Chauves-souris insectivores
III- STRUCTURE DU
VIRUS
Le virus de la rage a une forme en balle de fusil ou en obus
(80 nm large x 120-180 voire 300 nm long)
Il est formé de l’extérieur vers l’intérieur de :
• Enveloppe externe : hérissée de spicules = glycoprotéine G
tapissée à l’intérieur par la protéine de matrice M
• Capside : structure tubulaire à symétrie hélicoïdale avec 3 protéines :
Nucléoprotéine N
Phosphoprotéine P
Polymérase L liée à l’ARN
Particule virale
III- STRUCTURE DU
VIRUS
• Acide nucléique :
ARN monocaténaire, non segmenté à polarité négative
12 Kb, PM= 4500 Kd
IL comprend 5 gènes terminés par un signal de polyadénylation et
codant chacun une protéine structurale ou enzymatique.
Génome
viral
IV- PROPRIETES DU VIRUS
Le virus de la rage est un virus fragile.
Il présente une grande sensibilité aux agents physico-chimiques de
désinfection et donc une faible résistance dans le milieu extérieur, il est
inactivé par les solvants lipidiques et est sensible aux variations de
température.
V- CYCLE REPLICATIF
Le virus de la rage se multiplie au niveau du cytoplasme des cellules selon
les étapes suivantes :
1 Fixation du virus grâce à la gp G sur 3 types de récepteurs : R
nicotinique
de l’acétylcholine, R lipoprotéique ou lipoglucidique
2 Pénétration par fusion des membranes libérant ainsi la nucléocapside
3 Transcription : débute par la formation d’un ARN leader et de 5 ARNm
monocistroniques coiffés et polyadénylés codant pour les protéines :
N, P, M, G, L
4Réplication : ne peut débuter qu’après synthèse des protéines virales
et formation d’une nucléocapside de polarité + (ARN+) qui servira de
matrice pour les nouveaux génomes
5Maturation : rendant la ribonucléocapside compacte avec
concentration des gp G sur l’enveloppe
6 Libération des nouveaux virus par bourgeonnement.
VI- EPIDEMIOLOGIE
1/ Situation de la rage dans le monde :
Le contrôle de la rage reste encore une des priorités de l’OMS;
plus d’un siècle après la decouverte du vaccin anti-rabique, on estime
le nombre annuel de décès chez l’Homme à 55 000 par an, ce chiffre ne
semble pas évoluer favorablement. Au contraire cette maladie ré-
émerge dans certaines régions.
La rage est une zoonose dont le réservoir a évolué selon l’époque et
d’un continent à l’autre.
VI- EPIDEMIOLOGIE
• En Asie et Afrique, le principal vecteur est le chien errant
• En Amérique latine, chiens et chauves-souris hématophages
constituent les 2 vecteurs principaux, transmettant la rage soit de
façon directe à l’Homme, soit par l’intermédiaire des animaux
d’élevage.
• En Amérique du nord, la rage a pour réservoir les rongeurs. Les
chauves-souris jouent un rôle important dans les contaminations
humains.
• En Europe, depuis l’éradication de la rage terrestre, les
chauves- souris sont le réservoir et le vecteur des Lyssavirus.
VI- EPIDEMIOLOGIE
2/ En Europe et en particulier la France:
Suite a l’éradication de la rage canine par vaccination des chiens
domestiques et l’élimination des chiens errants (1924) ; la rage vulpine
a été éradiquée en France et en Suisse par largage d’appâts vaccinaux
dans la nature (1998). De ce fait on n’observe que la rage des
chiroptères et celle d’importation dans ces pays.
3/ La rage d’importation
• L’importation illégale d’animaux de compagnie ou d’animaux
sauvages (exp : chiroptères)
• Personnes mordues dans des régions de rage endémique
(Afrique, Asie).
VI- EPIDEMIOLOGIE
4/ La rage en Algérie:
Le nombre de cas de rage declarés varie entre 15 et 30 cas par an.
Un pic a été enregistrée en 1995 avec 40 cas.
En 2010, le nombre de cas de rage notifiés était de 14 ca et en 2011 de
17 cas, 20 cas en 2012.
VII- TRANSMISSION / PATHOGENIE
1 - Transmission :
L’Homme se contamine soit directement : contact avec les animaux
sauvage, soit au contact d’animaux domestiques mordus par un animal
sauvage malade.
La salive de l’animal enragé est infectante : c’est donc les morsures
et
griffures + léchage qui sont les principales voies de contamination.
Les excoriations cutanées fréquentes dans certaines professions
constituent une porte d’entrée potentielle.
D’autres voies sont à considérer :
- projection de salive sur la conjonctive (muqueuses) ;
- greffe de cornée (donneur atteint d’une infection rabique
méconnue);
-
VII- TRANSMISSION / PATHOGENIE
2 - Pathogénie :
Le virus rabique est excrété surtout par la salive. Il est transmis au
cours d’une morsures ou au contact de la salive d’une lésion
traumatique.
Il peut se multiplier localement dans le muscle au point
d’inoculation,
puis affecte les cellules les plus sensibles à son action, les neurones : la
diffusion du virus rabique se par voie nerveuse.
Il commence par emprunter les voies nerveuses pour gagner le cerveau
ou il se multiplie activement, puis regagne la périphérie et les
terminaisons nerveuses par le SNP, et atteint certains organes, tels que
l’œil, la peau. Le plus important c’est l’atteinte des glandes salivaires
ou la multiplication virale est intense, ce qui permettra l’inoculation du
virus au cours d’une nouvelle morsure.
VII- TRANSMISSION / PATHOGENIE
• La période d’incubation : 1 à 2 mois, peut durer 1 a 6 ans
(certains cas).
Elle peut, rarement, etre de 10 jours (lesions profondes)
• Elle dépend de : -la multiplication virale au site d’entrée
-la dose virale inoculée
-l’endroit d’inoculation (membres inf,
face, tête,…)
• Le transport se fait par voie axonale.
VIII- POUVOIR PATHOGENE
• Chez l’animal :
Les symptômes dépendent de l’espèce concernée.
Typiquement on observe une ataxie généralisée, de l’hyperesthésie, des
douleurs cervicales, une hypersalivation marquée et parfois des
convulsions des muscles faciaux.
Cas des carnivores : comportement anormalement agressif est
fréquent, dans ce cas l’animal cherche à mordre tout objet se situant à
proximité de sa tête.
NB : l’aboiement d’un chien enragé est spécifique « bitonal ».
VIII- POUVOIR PATHOGENE
•Chez l’Homme : on observe des troubles des fonctions
cérébrales supérieures, anxiété, confusion, agitation avec troubles
du comportement, hallucination, insomnies et éventuel « delirium
». La production de grandes quantités de salive et de larmes avec
difficulté de déglutition sont typiques des phases avancées.
Spécifiquement chez l’Homme se développe également enfin
d’évolution une hydrophobie et/ou une aérophobie.
La mort quasiment inévitable survient entre 2 et 10 jours
après les 1ers
symptômes.
NB : Dans un 1/3 des cas, la maladie prend la forme d’une
paralysie
IX- DIAGNOSTIC
1- Diagnostic direct : est privilégié
a- Prélèvements :
Homme intra-vitam : salive, LCR, biopsies cutanées
post mortem : cortex cérébral, hippocampe, bulbe rachidien.
Animal mort : tête, animal entier (petite taille)
IX- DIAGNOSTIC
b- Techniques :
Détection des Ag rabiques:
• IFD: méthode de référence
frottis cérébraux fixés a l’acétone + Ac (mon ou polyclonaux) anti-
nucléocapside couplés a la fluorescéine
• Immuno-capture (ELISA):
surnageants broyats cérébraux + cupules sensibilisées avec Ac (mono ou
polyclonaux) anti-nucléocapside
Révélation par un mélange Ac anti-nucléocapside couplés a une enzyme
(péroxydase).
• Test rapide Immuno-histochimie directe:
frottis cérébraux + Ac anti-nucléocapside couplés a la biotine +
complexes streptavidine-peroxydase
Révélation par addition de substrat chromogènes : inclusions magenta
sous microscope classique.
IX- DIAGNOSTIC
Isolement du virus rabique :
Culture cellulaire sur cellules de neuroblastomes murins, de
broyats cérébraux, salive.
Révélation d’inclusions virales dans le cytoplasme par IFD.
Détection des ARN viraux :
Elle se fait par RT-PCR à partir de prélèvements type
salive, urines et
LCR.
IX- DIAGNOSTIC
2 Diagnostic indirect : réservé à la détermination du statut
immunitaire.
Technique de référence : Séroneutralisation en culture cellulaire
mais les tests ELISA titrant les Ac humains anti gp G sont plus
pratiques.
3Identification et typage des isolats de Lyssavirus :
Indispensable pour adapter les mesures prophylactiques sanitaires et
médicales.
Technique : typage moléculaire après RT-PCR par séquençage des
différents gènes et analyse phylogénétique.
X- TRAITEMENT
Homme: en cas de morsure, griffure, léchage, …….
- Laver la plaie abondamment à l’eau et au savon de Marseille
- Utiliser un ATS local
- Ne jamais suturer
- S’adresser à une unité de soins antirabique: PPE (prophylaxie post expos)
sérothérapie vaccination
Ig antirabiques
d’origine équine
ou d’origine
humaine
X- TRAITEMENT
Après exposition au risque rabique, la nature de l’exposition est
classée selon 3 catégories ou grades:
Catégorie / Grade I Léchage sur peau saine avec absence de blessure ou de
Expos. nulle contact direct
Catégorie / Grade II Léchage sur peau lésée, morsures, griffures bénignes
Expos. mineure siégeant ailleurs qu’a la tete, extrémités et organes
génitaux
Catégorie / Grade III -Morsures, griffures, meme bénignes, siégeant a la face,
Expos. grave tete, cou, mains, pieds, organes génitaux
-Morsures profondes unique ou multiples
-Morsure par animal sauvage
-Léchage ou contamination des muqueuses par la salive,
projection de bave sur les muqueuses, en particulier dans
les yeux.
X- TRAITEMENT
Grade I : pas de traitement
Grade II : vaccination simple
Grade III: sérovaccination
Schema de vaccination
post exposition:
Protocole dit “Essen”: 5
inj IM a J0, 3, 7, 14 et 28
Protocole simplifie “2-1-1
ou de Zagreb”: 2 inj J0
(chaque
X- TRAITEMENT
Animal: l’attraper (ne pas le tuer) et le mettre en observation pendant
15 jours.
Le traitement est commencé immédiatement si l’animal est enragé ou
a
disparu.
Il est arrêté si la rage n’est pas confirmée pendant la période
d’observation.
XI- PREVENTION
Vaccination préventive: des voyageurs en zones d’endémie,
des personnes exposées professionnellement : Prophylaxie
pré- exposition (3 doses , IM, J0, 7, 21 ou 28)
Vaccination parentérale des animaux domestiques (chiens,
chats,…).
Vaccination orale des animaux sauvages (renards,…).
Élimination des animaux errants.