Dispositif Minimum d’Urgence en Santé
Sexuelle et reproductive en situation de crise
humanitaire
session de fév.- mars 2024
Module 7: Autres priorités
Mettre en place les soins d’avortement sécurisé
Présentateur: Dr. Jonathan B Ndzi (MD)
Spécialiste Humanitaire en santé sexuelle et reproductive
Plan de présentation
• Objectifs d’apprentissage.
• Objectif DMU (énoncé).
• La situation de la légalisation d’avortement sécurisé en Afrique.
• La prise en charge des soins d’avortement sécurisé.
• Les considérations spéciales (adolescentes, les survivantes de violences
sexuelles).
• Les messages clés.
Objectifs d’apprentissage
A la fin de la session, vous devez être en mesure de:
• Comprendre comment rendre disponible les soins d’avortement sans
risque et d’assurer l’accessibilité à des établissements sanitaires, dans les
limites prévues par la loi en vigueur.
• Décrire pourquoi prioriser l'accès aux soins liés à l'avortement sans risque,
dans les limites prévues par la loi, en situation humanitaire.
• Connaitre où trouver les informations relatives à la politique nationale sur
les soins d'avortement sans risque.
• Décrire comment surmonter les défis et faciliter l’accessibilité et la
disponibilité aux soins liés à l'avortement sans risque, dans les limites
prévues par la loi.
DMU-SSR objectif No. ???
Soins d’avortement sans risque
Autres priorités
Soins post/ après avortement
Les faits Globalement, environ 1
décès sur 7 liés à la
grossesse et à
l’accouchement.
L'avortement est un
élément essentiel de
la couverture
universelle des soins
de santé et une
procédure sensible au
temps. Le moindre Chaque année, au
retard peut avoir de moins 6 millions de
graves répercussions femmes en Afrique
sur la santé et le interrompent leur
bien-être des femmes grossesse dans des
et des jeunes filles. conditions
(FIGO) dangereuses.
Autres priorités – Vue d’ensemble
Justification:
1. Chaque année:
a. Environs 5 millions d’avortement pratiqués en Afrique subsaharienne,
b. environs 1,7 millions de femmes (environs 35%) sont hospitalisées suite à des
complications d’avortements pratiqués dans des conditions d’hygiène délétères. (OMS)
2. les adolescentes sexuellement actives ont des taux d’avortement beaucoup
plus élevés que toutes les femmes en âge de procréer.
3. Les violences sexuelles tendent à augmenter en situation humanitaire avec le
risque de grossesse non-désirée avec les complications associées.
Plaidoyer
Plaidoyer:
Envisager cette problématique d’avortement sans risque, sous le prisme de la santé et sous
celui des droits fondamentaux des femmes et non sous les dogmes religieux.
Autres priorités: Vue d’ensemble
5. En Afrique Sub-saharienne, sur la totalité des avortements pratiqués,
presque la moitié sont des avortements les moins sûrs; cette proportion est
la plus élevée en Afrique centrale, soit 69%.
6. En Afrique Sub-saharienne, chaque année, le taux de létalité associée est de
185 pour 100,000 avortements, pour un total de 15 000 décès évitables;
chiffre le plus élevé par rapport à toutes les régions du monde.
7. Partout dans le monde, les données indiquent que la restriction de
l’avortement n’a aucun effet sur sa fréquence: le taux d’avortement reste le
même, à 40 pour 1 000 femmes, que l’avortement soit interdit ou largement
permis par la loi.
Plaidoyer:
Envisager cette problématique d’avortement sans risque, sous le prisme de la santé et
sous celui des droits fondamentaux des femmes et non sous les dogmes religieux.
Définitions des concepts clés
1. Avortement à risque (moins sûr) : Une procédure d'interruption d'une
grossesse non désirée, menée:
a. par des personnes non-compétentes
b. dans un environnement non conforme aux normes standards minimales ou les deux
(OMS);
2. Avortement sans risque: une procédure d’Interruption Volontaire de
Grossesse:
a. Par un prestataire compètent;
b. selon une méthode recommandée par l’OMS et
c. adaptée à la durée de la grossesse.
3. les soins après avortement ou post avortement: Une stratégie mondiale
qui vise à réduire le nombre de décès et de souffrances causés par les
complications liées aux avortements spontanés et aux avortements à risque.
Avortement sans risque
Question de législation sur en Afrique
Légalité de l’avortement en Afrique
subsaharienne
• En 2003, l’Union Africaine adopte le « Protocole de Maputo », dont
l’Article 14 stipule que « l’avortement doit être autorisé pour sauver la
vie d’une femme et préserver sa santé physique ou mentale, ainsi
qu’en cas de viol, d’inceste ou de malformation fœtale grave ».
• 21 sur les 48 pays d’Afrique subsaharienne ont élargi la légalité de
l’avortement entre 2000 et 2019.
• Les femmes en âge de procréer (15 à 49 ans) vivent en grande
majorité — 92% — sous des juridictions où l’avortement est
fortement ou modérément limité.
Fondements juridiques de l’avortement
1. La vie de la mère en danger.
2. La santé de la mère en danger.
3. La grossesse issue de viol ou inceste.
4. Une malformation fœtale.
5. Raisons économiques et sociales.
6. Sur demande.
7. Limites liées à l'âge de la grossesse.
Les droits sexuels
1. Les droits à la vie, à la liberté, à l’autonomie et à la sécurité de la personne ;
2. Les droits à l’égalité et à la non-discrimination ;
3. Le droit de ne pas être soumis à la torture ou à des peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants ;
4. Le droit à la vie privée ;
5. Les droits au meilleur état de santé possible (y compris la santé sexuelle) et à la sécurité
sociale ;
6. Le droit de se marier, de fonder une famille et de contracter un mariage avec le libre et plein
7. consentement des futurs époux, ainsi que l’égalité dans et lors de la dissolution du mariage ;
8. Le droit de décider du nombre et de l’espacement des naissances ;
9. Les droits à l’information, ainsi qu’à l’éducation ;
10. Les droits à la liberté d’opinion et d’expression ; et
11. Le droit à un recours effectif en cas de violation des droits fondamentaux.
La situation de légalisation des avortements sécurisé en Afrique
Pays africains ayant dépénalisés l’avortement volontaire:
i. L’Afrique du Sud
ii. Le Benin,
iii. Le Cap Vert
iv. Le Mozambique
v. La Tunisie
L'OMS rappelle que l'interdiction ne fait pas baisser le nombre d'avortements,
mais pousse à le pratiquer dans des conditions dangereuses.
La situation de légalisation des avortements en Afrique (certains pays)
a. Benin: la vie de la mère enceinte est en danger et en cas de viol, d’inceste ou de malformation congénitale.
b. Burkina Faso: pour protéger la santé de la femme enceinte, ainsi que dans les cas de viol, d'inceste, ou de
grave malformation fœtale.
c. Burundi: la santé de la mère est menacée MAIS pas en cas d’inceste ou de viol.
d. Cameroun: la grossesse résulte d'un viol ou la nécessité de sauver la vie de la mère.
e. Cote d’Ivoire: la poursuite de la grossesse met en danger la vie et la santé de la femme enceinte et à la
demande de la femme, les grossesses issues de viol ou d’inceste.
f. Guinée: la vie de la mère enceinte est en danger.
g. Madagascar: la vie de la mère enceinte est en danger.
h. Mali: la vie de la mère enceinte est en danger.
i. Niger: la vie de la mère enceinte est en danger et en cas de viol, d’inceste ou de malformation congénitale.
j. RDC: la vie de la mère enceinte est en danger.
k. Sénégal: la vie de la mère enceinte est en danger.
l. Tchad: la vie de la mère enceinte est en danger.
m. Togo: la vie de la mère enceinte est en danger.
Disponibilité des soins d’avortement sans risque
Rôle du coordinateur SSR et le Ministère de la Santé
• Veiller à ce que les soins soient accessibles dans les limites prévues
par la loi, en vigueur, au début d'une crise humanitaire, par la
prestation de service directe ou
• Orienter les malades vers des prestataires formés.
• Faciliter la disponibilité du matériel / produit spécialisé:
la mifepristone/ misoprostol – pour l’avortement médical
l’aspirateur manuelle intra-utérine: pour les grossesses du premier trimestre et/ou
du début deuxième trimestre jusqu’à 14 semaines- une méthode d’avortement
chirurgicale très sécurisée .
Préparation à la prise en charge des soins d’avortement sécurisé.
i. Organiser l’offre des services des soins d’avortement sécurisé (le
plateau technique) à travers les établissements sanitaires des
partenaires et/ avec des personnel motivé et formé;
ii. Offrir l’appui technique au personnel de santé formé, fournissant les
services d’avortement sécurisé.
iii.Gérer les dégâts associés a la gestion des avortements a risque.
Faciliter le fonctionnement efficace des services d’avortement sécurisé.
Responsabilités des prestataires de soins
a. Fournir des informations précises et non-biaisée sur les services de soins d’avortement
sécurisé, y compris les contacts de services de prise en charge, que les femmes peuvent
comprendre et dont elles peuvent se souvenir.
b. Expliquer les conditions légales en vigueur pour pouvoir bénéficier des soins liés à
l’avortement sécurisé.
c. Fournir tous les renseignements sur où et comment obtenir des services liés à
l’avortement sécurisé et légal, ainsi que préciser le coût des services rendus.
d. Assurer l’avortement médical avec la mifepristone/ misoprostol, si disponible ou
misoprostol tout court, l’aspiration manuelle, la dilatation et curetage ou l’induction.
e. Fournir les informations et prodiguer des conseils aux femmes sur les méthodes
contraceptives après l’avortement et garantir la contraception pour les femmes qui
acceptent d’adopter une méthode.
f. Envisager la mise à disposition d’un traitement présomptif pour la gonorrhée et le
chlamydia dans les milieux à forte prévalence des ISTs.
Considérations spéciales (CS) – 1. les adolescentes
• Défis des adolescent(e)s pour accéder aux services d’avortement
sécurisé :
Il existe plusieurs barrières:
Social
Economique
Logistique
Politique
Santé – difficulté d’accès aux services d’éducation sexuelle, manque de
confidentialité dans la prestation des services etc.
Stigmatisation
Attitudes négatives
(CS)– 2. les survivantes de violences sexuelles
• Risques de se présenter avec complications suite à la violence:
les violences physiques
ISTs,
Détresses psychologiques
Grossesse non-désirées avec complications.
CAT:
contraception
d’urgences
Avortement sans
risque.
La santé et les droits sexuels et reproductifs-SDSR
a. La santé sexuelle et reproductive est un état de bien-être physique,
affectif, mental et social, concernant tous les aspects de la sexualité et
de la reproduction, et pas seulement l’absence de maladie, de
dysfonctionnement ou d’infirmité.
b. Ainsi, une approche positive de la sexualité et de la reproduction doit
reconnaitre le rôle joué par les relations sexuelles source de plaisir, la
confiance et la communication dans la promotion de l’estime de soi et
du bien-être général.
c. Chaque personne a le droit de prendre les décisions qui concernent
son corps et d’accéder a des services qui appuient ce droit.
Droits humains relatifs à la SDSR
bénéficier du respect de son intégrité corporelle, de sa vie privée et de son
autonomie personnelle;
définir librement sa propre sexualité, y compris son orientation sexuelle, son
identité et son expression de genre;
décider si et quand elle désire être sexuellement active;
choisir son ou ses partenaires sexuels;
jouir d’une expérience sexuelle sans risque et qui lui procure du plaisir;
décider si, quand et avec qui se marier;
décider si, quand et par quel moyen avoir un ou plusieurs enfants, et combien en
avoir;
avoir accès toute sa vie durant à l’information, aux ressources, aux services et à
l’accompagnement nécessaires à la réalisation de tout ce qui précède, sans
discrimination, contrainte, exploitation ni violence.
L’objection de conscience pour les
professionnels de santé
• Chaque agent de santé a le droit d’objecter en conscience à la
pratique de l’avortement,
• Ce droit ne l’autorise pas d’entraver ou de refuser l’accès aux services
légaux d’avortement retardant ainsi les soins,
• Obligation d’adresser la patiente à un autre professionnel consentant
et qualifié du même établissement facilement accessible, en accord
avec les lois nationales.
Avortement non sécurisé.
Conséquences et Obstacles
Les obstacles aux soins d’avortement sécurisé
• Les lois restrictives et la non-dépénalisation de l’avortement provoqué.
• L’Obligation de présenter une autorisation d’un tiers.
• Les restrictions concernant la catégorie de professionnels de la santé ou
d’établissements légalement autorisés à dispenser les services.
• L’impossibilité de garantir l’accès à des services financièrement abordables.
• L’impossibilité de garantir la confidentialité et le respect de la vie privée.
• L’autorisation de l’objection de conscience sans transferts de la part des
prestataires de soins de santé et des établissements.
Complications suite à l’avortement non sécurisé
a. Ces femmes avec complications doivent être prise en charge
rapidement et avec respect, comme tout autre patient, en urgence
médicale.
b. Sans comportement punitif de la part du prestataire; ou
c. Ne pas avoir de parti pris.
d. Sans pré-jugement. Eviter de se comporter avec pré-jugement.
La santé des femmes
Les conséquences de l’avortement non sécurisé
• décès maternel,
• Les hémorragies graves,
• La septicémie,
• La péritonite,
• Les traumatismes du col, du vagin, de l’utérus et des organes
abdominaux;
• Les infections de l’appareil reproducteur;
• Les infections génitales supérieures;
• Le coût énorme, sur le plan physiologique, financier et émotionnel.
L’avortement incomplet (clandestin)
Risque de décès maternel par:
• hémorragies
• infections et les septicémies
• empoisonnements (dus à la consommation de plantes ou
médicaments « abortifs »)
• plaies génitales et internes (intestin ou utérus perforé).
• Complications non-fatales:
• Les problèmes de cicatrisation, une infertilité secondaire, une incontinence
urinaire ou fécale (liée à des traumatismes physiques lors de l’intervention),
etc.
Les soins après/ post avortement
1. L’avortement non sécurisé responsable des décès maternel évitables.
2. L’avortement à risque est associés à beaucoup des restrictions légales
3. La contraception moderne permet d’éviter les grossesses non-désirées.
Rappel: Les soins après/ post avortement (voir objectif 4)
• Une stratégie mondiale qui vise à réduire le nombre de décès et de
souffrances causés par les complications liées aux avortements spontanés et
aux avortements à risque.
• Les éléments des soins:
Le traitement des avortements incomplets, à risque et les complications;
Les conseils visant à identifier et répondre aux besoins émotionnels/ psychiques
et physiques des femmes & des filles ainsi que d'autres préoccupations;
Les services de contraception volontaire,
Les services de santé reproductive et autres services de santé qui sont
préférablement dispensés sur site;
Reference vers les établissements accessibles au sein des réseaux des
prestataires;
Les partenariats entre communautés et prestataires de services pour prévenir
les grossesses non désirées et pour mobiliser les ressources.
Les soins après avortement (SAA)
• Les soins après avortement sont toujours légaux et le personnel
médical a un devoir éthique de les dispenser.
• La transition de la méthode de soins après avortement
particulièrement invasive et coûteuse (évacuation utérine par la
dilatation et le curetage) vers les méthodes médicales moins chers et
sures (misoprostol et l’aspiration intra-utérine) est encore loin d’être
une réalité, dans nos pays sub-sahariennes.
• Le misoprostol et l’aspiration intra-utérine sont toutes deux
conformes aux directives internationales.
• Quelle en est il la situation de nos pays respectives?
Messages clés
• Assurer l’accès aux et la disponibilité des soins d’avortement sécurisé dans les limites
prévues par la loi en vigueur, du pays d’accueil.
• Les soins après avortement n’ont aucune restriction légale et doivent être disponible
24H/24.
• l’accès à l’avortement sécurisé pour toutes les femmes et les filles, en âge de procréer,
sauvent les vies.
• Le coordinateur SSR doit identifier les conditions dans lesquelles les politiques
nationales, les accords internationaux signés et le droit humanitaire international et
les droits humains permettent les soins liés à l’avortement sécurisé ou de
référencement des cas, par les prestataires formés.
• Pratiquer la formation rapide, le recyclage et la supervision formative du personnel
sanitaire formé, pour renforcer les capacités sur les soins d’avortement sécurisé, en
partenariat avec les autorités nationales, si possible.
Ressources
1. Manuel de terrain du Groupe interorganisations sur la santé reproductive
en situations de crise humanitaire (2018) publication de IAWG (
https://iawg.net/resources/minimum-initial-service-package-misp-resour
ces
)
2. Bankole A et al., De l’avortement non sécurisé à sécurisé en Afrique
subsaharienne: des progrès lents mais constants, New York: Guttmacher
Institute, 2020,
https://www.guttmacher.org/fr/report/from-unsafe-to-safe-abortion-in-subsah
aran-africa
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