MASTER: CULTURE ET LITTÉRATURE FRANCOPHONE MODERNE
Etudes postcoloniales
Préparé par : Ahmed FIRACHINE Encadré par: Mme UAKKAS
Plan de L’exposé
Introduction.
I. Pionniers de la théorie postcoloniale
II. Les dimensions conceptuelles de la théorie postcoloniale
III.. Les fondements de la théorie postcoloniale
IV. Critique littéraire et théorie postcoloniale :
V. Réécriture de l’histoire de la colonisation et engagement littéraire dans quelques romans
marocains contemporains
Conclusion :
Introduction
Le mouvement des études postcoloniales a émergé dans les années 1980, d’abord dans les universités
américaines, avant de se diffuser à l’échelle mondiale. Il trouve son origine dans la période post-décolonisation,
principalement après la Seconde Guerre mondiale, qui a permis à de nombreuses anciennes colonies d'accéder à
l'indépendance. Cependant, malgré l'indépendance formelle, l’influence des puissances coloniales a persisté,
créant des relations complexes marquées par le ressentiment et la dépendance.
Les études postcoloniales visent à combler le vide philosophique et historique laissé par l'analyse du fait
colonial. La colonisation n'était pas simplement une domination politique mais une entreprise de destruction des
structures symboliques des sociétés colonisées, comme l’a exprimé Aimé Césaire dans son Discours sur le
colonialisme. La colonisation européenne, tout en prétendant apporter la civilisation, a souvent établi une relation
contradictoire avec les colonisés, mélangeant intégration et ségrégation. Elle imposait sa propre culture tout en
niant l'universalité qu'elle revendiquait, créant ainsi deux catégories de citoyens : les colonisateurs et les
indigènes.
La théorie postcoloniale ne considère pas la colonisation comme une
simple forme de domination d'État, mais comme un phénomène plus complexe, avec un
double discours, à la fois philanthropique et raciste, civilisateur et ségrégatif. Claude Lévi-
Strauss et Frantz Fanon ont souligné que la colonisation a affecté non seulement
l'économie, mais aussi l'identité et la psyché des peuples colonisés, laissant des traces
profondes et durables. Fanon, dans des œuvres comme Les Damnés de la Terre et Peau
noire, masques blancs, a analysé les effets psychologiques de la colonisation tant sur les
colonisés que sur les colonisateurs, soulignant que la décolonisation était non seulement
un processus politique mais aussi psychique.
La sortie de la colonisation ne se réduit donc pas à une simple
émancipation politique ou économique. Elle pose des questions sur la
manière dont les sociétés peuvent redéfinir leur identité après la
domination coloniale. La théorie postcoloniale explore ainsi les enjeux
de l’identité, de la résistance, et de l’influence persistante des anciennes
puissances coloniales, en suggérant que l’héritage du colonialisme
continue d’affecter les relations mondiales et les dynamiques culturelles,
même après l'indépendance formelle.
Pionniers de la théorie postcoloniale
Edward Said (1935-2003)
Edward Said est un écrivain et critique académique
américain d'origine palestinienne. Son livre L'Orientalisme est considéré comme
l'une des œuvres les plus importantes dans le domaine des études postcoloniales,
représentant le véritable début de cette théorie. Dans cet ouvrage, Said analyse
comment l'Orient a été représenté par l'Occident, en soulignant que ces
représentations ne sont pas de simples perceptions superficielles, mais des outils
de domination culturelle et politique. En plus de L'Orientalisme, il a écrit de
nombreux ouvrages importants tels que La Culture et l'Impérialisme, Images du
Intellectuel et Réflexions sur l'exil.
Pionniers de la théorie postcoloniale
Frantz Fanon (1925-1961)
Frantz Fanon était un psychiatre et philosophe social reconnu comme l'un des pionniers de
la théorie postcoloniale. Il est connu pour ses travaux sur les effets du colonialisme et de la
violence, notamment dans ses livres Les Damnés de la Terre et Peau noire, masques blancs.
Fanon a développé le concept de "fannonisme", souvent décrit comme une "théorie du
tiers-monde". Dans la préface de son livre Les Damnés de la Terre, Jean-Paul Sartre a écrit
qu'il était « le premier à redonner, après Angler, un rôle à l'oubli dans l'histoire, considérant
que le facteur colonial est fondamentalement un facteur polluant, et que la violence est
l'outil de l'homme colonisé pour se purifier et reconstruire sa propre identité en tant qu'être
humain nouveau, exempt de la peste de la métissage, caractéristique des sociétés coloniales
».
Ces deux personnalités sont parmi les figures les plus marquantes qui ont grandement
contribué à la fondation et à la diffusion de la théorie postcoloniale, en se concentrant sur
l'étude des effets du colonialisme sur l'identité et la culture.
2. Les dimensions conceptuelles de la théorie postcoloniale
Hégémonie
Le terme "hégémonie" est largement utilisé dans les études postcoloniales et fait
référence à une forme de domination culturelle exercée par un groupe dominant sur un
groupe dominé, qu'elle soit explicite ou implicite. Dans son sens le plus simple, il décrit
« l'imposition d'une culture particulière par le groupe dominant sur le groupe dominé ».
Ce phénomène a été observé dans de nombreuses civilisations, mais au sein du monde
occidental, il s'est manifesté sous un vernis de civilisation. Cette hégémonie repose sur
des bases culturelles, scientifiques, éthiques, sociales et économiques. L'hégémonie
implique que ceux des pays du Sud ne sont pas simplement des interlocuteurs, mais
qu'ils ressentent et perçoivent leur position face à l'Autre, comprenant qu'ils sont
confrontés à une autre "entité humaine" avec des structures, des systèmes de pensée et
des comportements différents.
Le terme a été introduit par le philosophe italien Antonio Gramsci,
qui a décrit l'hégémonie comme « une tentative réussie d'expliquer la
capacité d'une autorité à façonner les conceptions, les valeurs, et les
systèmes politiques d'un peuple, même longtemps après que la source
externe de ce pouvoir ait disparu ». Cette relation est comparable à celle
d'un père avec son fils, qui continue à influencer le fils jusqu'à l'âge
adulte. Les colonisateurs européens ont bénéficié de cette dynamique,
considérant les peuples colonisés comme des enfants.
2. Les dimensions conceptuelles de la théorie postcoloniale
- Subjectivation
Le terme "subjectivation" a été introduit par le philosophe français Louis Pierre
Althusser. Il désigne le processus par lequel un individu se définit à partir du regard de
l'Autre, perçu comme un "objet" ou une entité passive. Dans le scénario idéal proposé
par Althusser, les membres de la société ne deviennent des "sujets" qu'une fois qu'ils
sont "appelés" ou "convoqués" par des forces dominantes, qu'il appelle « les appareils
idéologiques d'État ». Dans ce contexte, l'individu ne naît pas en tant que "sujet" (au
sens philosophique du terme, c'est-à-dire une personne qui pense et ressent) ou citoyen
actif, mais la société transforme l'individu en sujet à travers un processus complexe qui
fusionne les deux significations du terme.
2. Les dimensions conceptuelles de la théorie postcoloniale
- Appel ou invocation
Althusser utilise également le terme "appel" pour décrire le processus par lequel les
appareils idéologiques d'État ou les institutions dominantes façonnent l'identité de leurs
membres. Cet appel peut être une invitation à percevoir une personne ou un groupe
comme « colonisés », ce qui entraîne une subjectivation de cette personne ou de ce
groupe face à la puissance coloniale. En d'autres termes, la puissance coloniale « appelle
» ou « invoque » les peuples autochtones en les désignant comme « sauvages » et « non
civilisés », les soumettant ainsi à la domination coloniale. Un exemple de cette
dynamique est fourni par l'auteure néerlandaise Tejaswini Niranjana, qui, dans son
ouvrage Positioning Culture, soutient que les Indiens ont été définis comme des sujets
de l'Empire britannique, les amenant à se voir à travers le prisme de l'Autre et à se
percevoir comme des enfants dépendants.
2. Les dimensions conceptuelles de la théorie postcoloniale
- - Hybride
Le terme "hybride" se réfère au mélange et à la combinaison. Dans le contexte des
études postcoloniales, il désigne le processus de mélange des cultures et des
communautés visant à déconstruire et à remettre en question le centralisme européen.
Cela permet de dépasser une pensée colonialiste qui voit cette hybridation comme
nuisible ou menaçante. L'hybridation est devenue une réalité tangible dans la vie
littéraire occidentale, notamment dans les récits. Avec l'émergence d'une nouvelle
génération d'écrivains issus de cultures variées, il y a eu une diversification des
références, des histoires, des sujets et des perspectives.
3. Les fondements de la théorie postcoloniale
La théorie postcoloniale repose sur un ensemble de fondements
critiques et méthodologiques, parmi lesquels nous pouvons citer :
La dualité Est-Ouest
La relation entre l'Est et l'Ouest est très complexe. L'Ouest
se définit souvent comme l'agent du progrès historique, tandis que l'Est est
perçu comme un espace statique et immuable. Dans cette perspective, la théorie
postcoloniale s'efforce de comprendre de manière nuancée les relations entre
ces deux entités, qu'elles soient positives, basées sur la compréhension et la
coexistence, ou négatives, marquées par le conflit et l'affrontement.
Les fondements de la théorie postcoloniale
Déconstruction du discours colonial
L'un des objectifs de la théorie postcoloniale est de dénoncer les idéologies
occidentales qui affirment la centralité, représentant l'hégémonie et la domination. À cet
égard, elle s'appuie sur des méthodologies critiques, notamment celles développées par le
philosophe français Jacques Derrida, tout en s'inspirant des travaux de Michel Foucault,
Karl Marx et Antonio Gramsci. Edward Said est considéré comme un pionnier dans ce
domaine.
3. Les fondements de la théorie postcoloniale
Lutte contre l'occidentalisation
La théorie postcoloniale s'engage à lutter contre les politiques
d'occidentalisation et d'assimilation que l'Occident impose à l'Est. Elle
cherche à exposer les fondements politiques et idéologiques de ces
pratiques et à dévoiler leurs intentions coloniales, tant à court qu'à long
terme. Ce discours culturel est souvent marqué par une tendance à se centrer
sur des perspectives dominantes.
3. Les fondements de la théorie postcoloniale
Défense de l'identité nationale et de la culture
Les intellectuels de la théorie postcoloniale se sont opposés à l'assimilation
à la culture occidentale, critiquant les politiques d'exclusion, de marginalisation et
d'hégémonie centrée sur l'Occident. Ils appellent à la promotion d'une culture nationale
authentique et à une identité collective, en particulier au sein des mouvements littéraires
portés par des écrivains africains.
Relation du soi à l'Autre
Un des axes importants de la théorie postcoloniale est d'examiner la
relation entre le soi et l'Autre à la lumière des approches postmodernes, afin de
comprendre la dynamique d'interaction qui existe entre eux. Cette relation est-elle
fondée sur le conflit et l'agression, ou sur la coexistence et la compréhension mutuelle ?
3. Les fondements de la théorie postcoloniale
Appel à l'Orientalisme
Alors que les penseurs occidentaux analysent l'Est à travers le
prisme de l'orientalisme, considéré comme un discours colonial visant à le
soumettre culturellement et à le dominer politiquement, les intellectuels de la
théorie postcoloniale appellent à un "orientalisme inverse", ou ce qu'on appelle
également "l'étude de l'Orient" pour déconstruire la culture occidentale. Hassan
Hadhif, dans son livre "Introduction à l'étude de l'Orient" (1981), a tenté de «
défaire le complexe d'infériorité historique dans la relation du soi à l'Autre » et
de surmonter le complexe de supériorité de l'Autre en le transformant d'un sujet
d'étude en un objet étudié. Ces tensions ont trouvé des résolutions dans les
travaux de Edward Said et Abdel Wahab El Messiri, parmi d'autres.
3. Les fondements de la théorie postcoloniale
Résistance matérielle et culturelle
Les intellectuels de la théorie postcoloniale ne se limitent pas à une analyse du discours
orientaliste, mais s'engagent à résister à l'occupant par tous les moyens possibles, que ce soit par la
résistance pacifique, l'orientalisme inverse ou la publication d'écrits critiques visant à déconstruire les
pensées centrées sur l'Europe et les États-Unis.
Exil et étrangeté
De nombreux intellectuels liés à la théorie postcoloniale vivent en exil, en tant que
réfugiés ou opposants. Ils critiquent à la fois l'arriération de leur pays d'origine et les politiques
d'occidentalisation, de marginalisation et de domination. Cela crée une dissonance tant personnelle que
thématique : ils vivent souvent une étrangeté intérieure, tant au niveau spatial que psychologique. Edward
Said, par exemple, évoque une condition d'exil éprouvante, affirmant que pour l'intellectuel, l'exil est une
« condition de malaise, un état de mouvement sans repos, qui n'accepte jamais la stabilité ni pour soi ni
pour les autres ».
3. Les fondements de la théorie postcoloniale
Pluralisme culturel
Les intellectuels de la théorie postcoloniale plaident en faveur du pluralisme
culturel, s'opposant à la domination d'une culture unique et au centrage des perspectives
occidentales. Ils rejettent les politiques d'assimilation, d'occidentalisation et d'exclusion,
appelant à l'ouverture des cultures et à l'interaction culturelle. Ils soutiennent l'émergence de
nouvelles cultures parallèles à la culture occidentale centrée, telles que la culture arabe,
asiatique et africaine, dans une perspective de multiculturalisme.
Critique littéraire et théorie postcoloniale :
Dans le champ postcolonial, l'analyse littéraire est, paradoxalement, plus
accessible au départ que dans d'autres sciences humaines. Cela s'explique par
l'ancienneté de son intégration au postcolonialisme, dès 1978, lorsque le professeur
Edward Saïd a défini l'orientalisme comme un support intellectuel de l'impérialisme
européen au Moyen-Orient, appelant à inclure cet impérialisme dans les études
littéraires. Du côté francophone, les écrits d'Albert Memmi, Frantz Fanon et Aimé
Césaire sont vus comme des textes précurseurs. Le colonialisme a influencé la littérature
par l'organisation de l'édition, les habitudes de lecture, les codes linguistiques et
littéraires, et les représentations du réel, nécessitant une révision de notre histoire
littéraire. Pourtant, l'université française, sauf pour certains départements d'anglais, a vu
le postcolonialisme susciter des réticences, notamment face à la « theory » américaine.
En effet, le terme « post » est souvent perçu comme une manière superficielle de
désigner ce qui n'est plus, sans vraiment saisir la suite des événements.
Critique littéraire et théorie postcoloniale :
Une particularité de la situation française réside dans le fait que la
critique postcoloniale se confronte à l'institution politique, linguistique et
littéraire qu'est la francophonie. Le terme « francophonie » désigne une
diversité géographique et culturelle structurée autour d'un élément
linguistique : d'une part, les régions où le français joue un rôle social important
et, d'autre part, celles où l'on trouve des locuteurs natifs, à l'exception de la
France. Ces pays et espaces culturels sont manifestement très divers, et leurs
situations linguistiques sont d'autant plus complexes qu'elles se caractérisent
par la cohabitation de plusieurs langues, qu'elles soient autochtones ou
européennes. Par ailleurs, la littérature française est si étroitement associée au
prestige national que la France a été qualifiée de « pays de la littérature ».
La naissance, Structures syntaxiques, 1957
Ce livre est divisé en huit chapitres, dont les titres sont révélateurs :
L’indépendance de la grammaire
Une théorie linguistique élémentaire
La structure syntagmatique
Les limites du modèle syntagmatique
Des buts de la théorie linguistique
Quelques transformations en anglais
Le pouvoir explicatif de la théorie linguistique
Syntaxe et sémantique
Réécriture de l’histoire de la colonisation et engagement littéraire dans quelques romans marocains
contemporains
L'écriture de l'histoire de la période coloniale dans le roman
historique marocain contemporain a un caractère performatif et met en lumière
l'engagement littéraire des écrivains marocains de la nouvelle génération. Bien que cet
engagement soit souvent implicite, il se révèle à travers la remise en question d'une
historiographie officielle incomplète. En revisitant la période coloniale, ces récits
donnent voix aux auteurs au sein de la narration et invitent également le lecteur à
réfléchir sur l'histoire. L'engagement littéraire de ces écrivains se manifeste clairement
par leur expression de l'anticolonialisme. Cette critique de la colonisation, omniprésente
dans les textes, devient un motif récurrent qui traverse les récits et expose les idéologies
des auteurs, affirmant ainsi leur engagement littéraire.
Réécriture de l’histoire de la colonisation et engagement littéraire dans quelques romans marocains
contemporains
Le roman marocain contemporain d'expression française a connu,
au cours des vingt dernières années, un retour important vers l'Histoire. L'intérêt marqué
des écrivains marocains, tels que Fouad Laroui, Omar Mounir et Ahmed Beroho, pour le
genre du roman historique, longtemps négligé dans la littérature maghrébine de langue
française, s'est affirmé comme un domaine littéraire majeur. La réhabilitation de figures
historiques controversées comme Bou Hmara, Ahmed Raïssouni ou Abdelkrim
Elkhattabi, constitue le cœur de ces œuvres romanesques. Parallèlement, la période
coloniale reste un moment clé du passé que ces romans cherchent à revisiter. Cette
approche vise à démontrer comment, en choisissant de raconter l'Histoire de l'époque
coloniale, ces écrivains marocains de la nouvelle génération s'inscrivent dans une
démarche d'engagement littéraire.
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Réécriture de l’histoire de la colonisation et engagement littéraire dans quelques romans marocains
contemporains
Dans les deux romans de notre corpus, les auteurs marocains
contemporains montrent une préférence pour des sujets historiques controversés du passé
du Maroc. Bien que ces récits soient basés sur des événements historiques vérifiables
(comme les révoltes de Bou Hmara et Raïssouni, l’insurrection d’Abdelkrim dans le Rif,
ou encore les moments marquants de la période coloniale), il y a chez ces écrivains une
volonté manifeste de s'affranchir des limites de l’historiographie officielle et de la
revisiter. Ce choix reflète une démarche contestataire qui, comme le souligne Marta
Cichocka, traduit une prise de position par rapport à l'Histoire officielle. Cichocka
avance que « le choix de sujets problématiques révèle souvent une volonté de s'opposer à
la version officielle de l'histoire » (Cichocka, 2007 : 315). Cette intention de contester la
version officielle est clairement exprimée par les auteurs, et cette contestation peut être
perçue comme une forme d’engagement littéraire.
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Réécriture de l’histoire de la colonisation et engagement littéraire dans quelques romans marocains
contemporains
Dans le même élan, Ahmed Beroho s'oppose aux « faiseurs de l'Histoire
officielle » en choisissant de raviver la légende du Rif dans son roman Abdelkrim et les
causes de la proclamation de la République du Rif. Ce geste traduit une forme
d'engagement littéraire, Son roman constitue une prise de position directe de l'écrivain,
un acte d'engagement et de défi lancé aux faiseurs de l'histoire officielle du Maroc, qui
ont sciemment caché à leurs citoyens la vérité historique de leur pays Beroho redonne
vie à Abdelkrim, une figure centrale de l'histoire du Rif, qui occupe une place marginale
dans l'Histoire officielle du Maroc, en raison de l'accusation qu'il se serait rebellé contre
le sultan en proclamant la République du Rif (1921-1926).
C'est contre ces distorsions historiques qu'Ahmed Beroho s'engage à (re)écrire
l'Histoire, en cherchant à réhabiliter ce héros-personnage :
Abdelkrim s’est-il insurgé ? Oui. Et tant mieux ! L’effet ne saurait être sans cause. Que
doit faire un Marocain, de la force morale d’un Abdelkrim, qui voit une moitié du peuple
auquel il appartient tyrannisée par les Néron espagnols et l’autre moitié, par les Caligula
français, aidés des Tibère marocains des deux zones ? Mais, Messieurs les Prévaricateurs
de l’histoire, Abdelkrim s’est insurgé contre qui ? Contre Moulay Youssef ? Ce prince
n’était pas souverain. Contre la Souveraineté nationale ? Le Maroc était occupé par la
France et l’Espagne (…). Il fallait alors qu’un Marocain de la dimension patriotique de
Abdelkrim vînt délivrer ses compatriotes des chaînes de l’esclavage et libérât le pays.
Mais, Messieurs les historiens, Messieurs les politiciens ! Pourquoi incriminer seul
Abdelkrim dans cette lutte bénie contre l’occupant ? Abdelkrim n’était pas le seul
marocain à traduire par les actes la divine volonté de tous les Marocains, à savoir : la
libération du pays de la sauvagerie franco-espagnole (Beroho, 2008 : 23-24).
De même, Mhamed Lachkar confirme cette affirmation que Mohammed Ben Abdelkrim n’était pas un
séparatiste, mais un héros qui lutter pour l’émancipation de son pays dans son roman Gertrude Arnall :
Dans les derniers jours de 1925, Ben Abdelkrim a reçu une lettre de Kharaj El Manaoui, président de l’Association des oulémas du
Caire lui annonçant que le congrès pour la nomination d’un nouveau calife de l’oumma islamique aura lieu au mois de mars de
l’année prochaine, et que les principaux dirigeants musulmans avaient retenu trois noms pour ce poste, mais l’opinion publique ne
désirait comme kalife que Ben Abdelkrim (…). Plusieurs semaines après, il a envoyé un message à Ben Abdelkrim l’informant que
le sultan du Maroc avait été aussi invité à ce congrès, mais qu’il avait refusé d’envoyer des représentants à une rencontre des hauts
dirigeants musulmans où étaient également conviés des représentants de l’un de ses sujets rebelles. Avisé à temps, le gouvernement
français, décida d’empêcher par la force l’arrivée des délégués rifains au Caire. (Gertrude Arnall : 231-232) ( …) par la suite, Ben
Abdelkrim a reçu une invitation envoyée par Ibn Saoud pour un autre congrès des dirigeants musulmans, qui lui devrait se renir à la
Mecque au de Mars 1926. Mais cette fois-ci, le sultan n’a pas été convié puisque les organisateurs le considéraient comme étant le
« le sultan des français » (Gertrude Arnall : 234)
Bibliographie:
Bibliographie :
BEROHO, Ahmed (2008). Abdelkrim et Les causes de la proclamation de la
république du rif. Tanger : Editions Corail.
CICHOCKA, Marta (2007). Entre la nouvelle histoire et le nouveau roman
historique : réinventions, relectures, écritures. Paris : L'Harmattan.
LACHKAR Mhamed, Gertrude Arnall, MAOUJA (2024)
Webographie : ELQADERY, Abderrahman, Intercâmbio, 2ª série, vol. 15, 2022, pp. 70-86
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