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Insécurité au Mali : enjeux et manifestations

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INSÉCURITÉ AU MALI

L’INSÉCURITÉ AU MALI : FORMES ET


MANIFESTATIONS
10/10/2017 HASNA HUSSEIN 6 COMMENTAIRES

Par Dr. Fodié Tandjigora, enseignant-chercheur à la Faculté


des Lettres et des Sciences Humaines à l’ Université de
Bamako. Ses travaux de recherche portent sur les questions
sécuritaires dans la région.

Le Mali, à l’instar de beaucoup de pays ouest-africains, est


en proie à une série
d’insécurité sur l’ensemble du territoire mais avec un accent
particulier sur son septentrion. Si de 1960 à 1990 le Mali a
connu une sécurité intérieure relativement maîtrisée,
aujourd’hui, les nouvelles formes de menace remettent en
cause cette sécurité. Depuis environ une vingtaine
d’années, le Mali connaît une insécurité grandissante dont
les rebellions successives constituent les formes
prononcées. Aux mouvements indépendantistes s’ajoutent
d’autres formes d’insécurité comme le banditisme résiduel,
les affrontements inter et intracommunautaires, ou encore
le terrorisme.

En se basant sur une approche sociologique, nous


analyserons les différents types de menaces qui minent le
champ sécuritaire malien contemporain.
Aujourd’hui, le discours politique et/ou journalistique tend
à tout unifier au point que l’on croirait à une menace
uniforme. Cette vision holistique rend difficile la lecture du
champ de l’insécurité qui, au demeurant, est en perpétuelle
mutation. Nous nous intéresserons dans cette contribution
à trois formes d’insécurité qui menacent la stabilité du Mali
actuel:1) L’insécurité liée au banditisme résiduel, 2) celle
liée aux affrontements intercommunautaires comme dans
le delta, 3) puis l’insécurité liée au terrorisme comme dans
le septentrion malien.

Insécurité au Mali : conceptions, formes et manifestations

Généralement, il est de tradition que le domaine de la


sécurité soit exclusivement réservé aux seules forces de
défense et de
sécurité. Mais les menaces actuelles auxquelles fait face le
Mali ont fondamentalement changé la conception classique
de la sécurité. Ainsi, une nouvelle approche sécuritaire
s’impose et nécessite une nouvelle conception
multidimensionnelle de la sécurité. Le « tout » sécuritaire
n’est pas nécessairement efficace dans la mesure où
certaines formes d’insécurité trouvent leur réponse dans la
redistribution des richesses ou encore dans la participation
des sociétés civiles et ONG à l’action de sécurisation. C’est
dans cette optique que cette analyse sociologique s’inscrit
et surtout à une période où la menace sécuritaire change
permanemment de forme.

Depuis la fin de l’occupation du Nord-Mali par des


mouvements armés[1] en 2012[2],
la circulation des armes s’intensifia, augmentant ainsi le
banditisme résiduel ainsi que les affrontements
intercommunautaires. L’aggravation de la situation
d’insécurité augmente la tension entre citoyens et services
de sécurité se soldant par une crise profonde de confiance
en la capacité de l’Etat à pouvoir sécuriser ses citoyens.
Cette crise de confiance va engendrer l’émergence d’une
conception « archaïque » de la sécurité, c’est-à-dire qu’elle
relèverait exclusivement de la mission régalienne de l’Etat.
L’expérience quotidienne au Mali montre que cette
conception est désuète. En effet, elle fait suite au prototype
sécuritaire colonial et qui fut renforcé par les différents
régimes successifs au Mali. La réalité actuelle sur le plan
sécuritaire laisse à penser que la sécurité est l’affaire de
tous : ONG, sociétés civiles, Etat.
En outre, la crise sécuritaire de 2012 a montré bien de
limites de la capacité de l’Etat à couvrir le territoire national
et livrer des batailles dans des zones inhabituelles. Suite à
cette occupation, les armes ont enregistré une plus grande
circulation parmi les populations et par conséquent une
augmentation exponentielle de l’insécurité même après la
libération des régions occupées. La présence massive des
armes dans le septentrion, la mise en débâcle des groupes
extrémistes, la présence de frustrations multiséculaires
dans certaines localités, le chômage massif des couches
juvéniles ; contribueront à redessiner une nouvelle carte de
l’insécurité malienne. Celle-ci prend des formes variées et
se manifeste de différentes manières selon les problèmes
résiduels dans différentes
localités comme nous allons le voir tout au long de cette
contribution

L’insécurité résiduelle

L’insécurité résiduelle est aujourd’hui la forme d’insécurité


qui est la plus ressentie par les populations : les attaques à
mains armées dans les domiciles ou sur les axes routiers, les
braquages d’établissements bancaires, etc. Cette insécurité
résiduelle s’est progressivement étalée aux zones rurales
avec des vols de bétails devenus courants. La principale
cause demeure la circulation des armes de pointes et de
fabrication artisanale, l’importation clandestine des armes,
les armes de guerres récupérées à l’armée. Il s’ensuit une
conséquence logique qui est la grande criminalité dans les
milieux urbains et ruraux.
Les affrontements intercommunautaires

Les affrontements intercommunautaires ont toujours fait


partie du champ de l’insécurité. En effet, ces affrontements
étaient soulevés par des litiges fonciers, des questions de
succession et de chefferie (traditionnelle, religieuse ou dans
le cadre de la décentralisation). L’absence de l’Etat dans
certaines localités du centre du Mali (Diafarabé, téninku) a
abouti à l’émergence d’acteurs nouveaux constitués de
groupes armés, de rebelles, de milices d’autodéfense[4]. La
particularité de ces groupes est qu’ils sont généralement
l’émanation des populations locales et constitués
d’individus issus du terroir. A l’Est du delta central, dans la
zone de Douentza, Koro et Bankass ; des groupes armés du
milieu pastoral ont eu
des accointances avec certains groupes terroristes comme
le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de
l’Ouest (MUJAO) et le Front de Libération du Macina (FLM).
La stratégie de ces groupes locaux consistait à
instrumentaliser les conflits locaux préexistants dans le sens
de leur idéologie. L’absence de l’appareil étatique et des
élus, offre un terrain favorable à la propagation de ces
mouvements d’autodéfense dans le delta. Les rapports de
forces politiques entre pouvoir étatique et légitimité
traditionnelle ont atteint leur paroxysme à travers des
crimes commis contre des agents de l’Etat[5] ou contre des
élus locaux[6]. En effet, pour que les groupes d’autodéfense
puissent s’installer, il leur faut déstabiliser la gouvernance
locale. Ils accentuent les clivages sociaux et, par la suite, se
posant comme seule
alternative possible en l’absence de l’Etat. En fragilisant les
pauvres populations locales, celles-ci finissent par croire
qu’il n’y a de recours que les milices armées qui sont encore
présentes à leurs côtés. Ces conflits intercommunautaires
sont surtout vivaces dans des localités ayant été occupées
par les rebelles touareg comme ce fut le cas à Douentza. Or,
traditionnellement, les pasteurs peul ont toujours eu
mailles à partir avec les Touareg à cause des questions liées
à l’exploitation des ressources pastorales et le vol de bétails
dans cette localité. Cette mésintelligence entre peuls et
Touareg a été exacerbée lors des razzias de Inadiatafane
conduites par un certain Marouchal[7] (guerrier touareg)
dont les fils étaient des représentants du MNLA lors de
l’occupation. Pour éviter l’avènement d’une certaine
hégémonie
touareg à Mopti, les pasteurs peuls prêtèrent allégeance au
MUJAO. Nous comprenons aisément qu’à l’origine, il s’agit
plutôt d’une stratégie identitaire des peuls du Hayré et du
Séeno qu’un mouvement terroriste particulier.

Les travaux de l’anthropologue Boukary Sangaré indiquent


que l’absence de l’Etat et des chefferies traditionnelles dans
certains cas, offre un terrain favorable à certains groupes
dits « djihadistes » pour dicter leurs lois aux populations :

« Ainsi dans le Macina, des pasteurs transhumants, ne


voulant plus se soumettre aux règles établies par leurs chefs
traditionnels (dioros) cautionnées par l’administration pour
l’exploitation des pâturages, se sont armés et ont décidé de
ne plus payer de taxes pour avoir accès
aux bourgous (plantes fourragères). » (Boukary Sangaré,
2016 : P1.)

L’on comprend aisément que le djihad dans le contexte


malien n’est qu’une forme d’instrumentation pour l’atteinte
d’un projet communautaire qui viserait à émanciper des
populations du joug des chefferies traditionnelles
considérées comme complices de l’Etat. Il est difficile de
passer sous silence la place primordiale qui est celle des
clivages intercommunautaires ainsi que les frustrations des
communautés nomades contre des élites locales et des
agents de l’Etat. C’est pourquoi le retour de l’Etat est
synonyme du retour des pratiques frustrantes comme la
concussion de la part de certains fonctionnaires de l’Etat.
Les frustrations sociales comme source de tension

Les frustrations des paysans et des bergers dans certaines


localités du Mali constituent un mal social récurrent. Dans
certains cas, des agents de l’Etat ont pu se rendre
responsables d’injustice à l’égard des populations (les juges,
les agents des eaux et forêts, les militaires etc.). Ces
injustices, considérées comme des dysfonctionnements
classiques de nos sociétés, ont donné à certaines
communautés une soif de justice et une volonté de prendre
en charge leur propre destin. C’est ce sentiment d’injustice
que le MUJAO a exploité à Douentza en promettant une
justice équitable pour toutes les populations frustrées. Ce
projet du MUJAO a trouvé un écho favorable
auprès des communautés nomades peul qui vont se
constituer en milices d’autodéfense. Après l’intervention de
la France et les opérations de ratissage de l’armée
malienne, les milices d’autodéfenses sont ipso facto ciblés
par l’armée malienne à travers des exactions[8]. Les ONG
des droits de l’Homme comme Human Rights
Watch dénoncent des arrestations arbitraires et actes de
torture perpétrés contre des communautés peul du delta et
ce, au nom des opérations de sécurisation. Cependant, il est
encore temps pour l’Etat malien de reprendre les choses en
main en reconnaissant les légitimités locales. L’une des
principales craintes aujourd’hui est de voir ces conflits
communautaires légués aux futures générations. C’est le
pire scénario à craindre car ce serait un enracinement
intergénérationnel difficile à
endiguer.

Quant aux mouvements terroristes, les récents accords


ayant abouti à la mise en place du MOC (Mécanisme
Opérationnel Cordonné) rend facile la lecture des différents
mouvements. En effet, ceux ayant rejoint le MOC sont
considérés comme pro Bamako tandis que les autres sont
qualifiés de terroristes à abattre comme Ançardine.

Le terrorisme : de la géopolitique à l ‘idéologie

Par définition, le terrorisme est un recours illégitime à la


violence afin de contraindre un Etat, une société, à accepter
des revendications politiques, religieuses ou identitaires
(Jakki, 2004). Dans ce sens, le terrorisme se distingue
fondamentalement
de la criminalité, organisée ou non, par le fait que son
objectif premier n’est pas un gain financier mais une
revendication idéologique. Pour parvenir à ses fins, le
mouvement terroriste n’hésite pas à s’attaquer aux
symboles nationaux comme l’attaque des mausolées de
Tombouctou au Mali ou celle du World trade center aux
Etats-Unis. De par son ampleur, le terrorisme apparaît
aujourd’hui comme l’une des menaces les plus graves à la
paix et à la sécurité internationales. Elle est une forme
d’insécurité que nous pourrons qualifier de transfrontalière
en ce sens qu’elle concerne plusieurs Etats et que le
terrorisme se meut à travers les frontières nationales. Cette
capacité « transnationalisante » fait du terrorisme une
affaire internationale qui interpelle une synergie globale.
Le terrorisme est sans doute l’un des mots les plus
fréquents dans le discours politique des cinq dernières
années au Mali. C’est précisément à partir de 2012 que les
mouvements terroristes vont s’installer dans le septentrion
malien avec la complicité de certains groupes rebelles. Si les
analyses s’accordent à dire que le terrorisme au nord du
Mali fait suite à la chute du régime du colonel Kadhafi, en
revanche il faut admettre que cette partie du Mali a
toujours été instable depuis l’indépendance[9]. Les analyses
de Salim Chena et Antonin Tisseron (2013) mettent en
exergue l’impact de la guerre en Libye et de la chute de
Kadhafi sur le Sahel. Cependant, la question Touareg, plus
ancienne, est la résultante d’enjeux politiques et
économiques. Certes, l’apparition de la crise actuelle dans
le septentrion malien renvoie directement à
la chute du régime du colonel Kadhafi. L’effondrement de
l’Etat Libyen a fait l’effet d’un séisme sur beaucoup d’Etat
sahéliens dont le Mali et le Niger principalement. La
rébellion de 2012 naît alors sur les ruine de l’Etat libyen
pour devenir un problème sécuritaire de premier plan au
Mali sous le régime du président Amadou Toumani Touré.
Au départ, ce sont les groupes rebelles indépendantistes
qui occupaient le premier plan avant d’être chassés par des
djihadistes et narcotrafiquants. Le leadership a
progressivement basculé du côté des narcotrafiquants qui
opèrent alors sous le couvert d’un islam rigoriste. Depuis
quelques décennies l’islam tel qu’utilisé par les terroristes
constitue une idéologie de guerre contre les Etats
modernes. L’usage cultuel de l’islam tombe
progressivement au profit d’un usage militantiste ou
idéologique de plus
en plus prononcé[10]. Dans cette idéologie, l’Occident est
présenté comme la « cause du malheur de l’humanité » et
par conséquent l’ « ennemi à abattre ». Avec les
mouvements terroristes, on assiste à un glissement
opérationnel du champ ontologique de l’islam vers un
champ presque martial dont la violence devient une valeur
symbolique.

Le couplage islam-terrorisme n’est donc ni plus ni moins


qu’une arme idéologique aux mains de bandits. Les
mouvements dits djihadistes ont opéré au nord du Mali
sous le couvert de l’islam comme ce fut le cas dans toutes
les localités occupées. Or, l’islam malien est connu pour sa
forme tolérante et pacifique avec l’existence de plusieurs
confréries comme la tijanya, les wahabit, les malikit etc. Les
auteurs des crimes commis au nord du Mali ont
épousé l’islam radical avec une interprétation textuel du
coran.

En conséquence, l’insécurité au Mali constitue un


phénomène beaucoup plus complexe contrairement à ce
qu’il peut paraître. Ce qui nécessite une analyse plus
pointillée qui prend en considération les formes, les
contextes et les logiques qui sous tendent les différentes
formes d’insécurité au Mali. Aujourd’hui, l’insécurité du
centre malien n’est pas l’affaire des seules forces de
sécurité. La seule présence des forces de défense et de
sécurité n’est pas à même de mettre fin aux séries
d’affrontement inter et intracommunautaires. Les acteurs
locaux, notamment les associations comme Kawral ou
Tapital Pulaku mettent l’accent sur la justice qui serait mal
rendue dans le centre. Les affrontements
communautaires sont la résultante plus ou moins directe
des décennies de frustrations subies par des communautés
rurales. Ce serait donc cette soif de justice que les
djihadistes ont instrumentalisée pour avoir l’adhésion des
populations locales.

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