SÉMIOLOGIE
RESPIRATOIRE
I- Introduction :
La sémiologie respiratoire fait partie intégrante de la
sémiologie médicale.
La découverte d’une maladie respiratoire peut se faire selon
diverses circonstances : Présence de symptômes
fonctionnels ayant motivé la consultation, découverte
d'anomalies respiratoires lors d’un examen systématique,
Dépistage en présence de facteurs de risques respiratoires.
Quelle que soit la circonstance de découverte des
symptômes respiratoires, l'analyse sémiologique passe par :
L’anamnèse rigoureusement menée.
L'examen physique soigneux et complet.
II -Interrogatoire :
1- Les données de l’état civil :
Le nom et le prénom, l’âge, situation matrimoniale.
2- Le motif de consultation : "pour quelles raisons
venez-vous consulter ?«
3- L’Histoire de la maladie :
doit préciser pour chaque symptôme :
• La date de début → Préciser le caractère aigu ou
chronique.
• Le caractère intermittent ou permanent.
• L'intensité.
• La chronologie par rapport aux autres symptômes.
• Le mode évolutif
4- Antécédents
Personnels:
a - Le tabagisme :
L’âge de début.
Evaluer la consommation en paquet-année :
Paquet-année (PA) = Nombre de paquets de cigarette
fumés/jour Nombre années de consommation.
Exp : 1 sujet fume 2 paquets par Jour pendant 5 ans 10 PA.
Actif ou sevré. Si sevré, depuis combien de temps ?
En cas de tabagisme actif :
Nombre de tentatives de sevrage, leur durée et la cause de
la reprise
Le degré de dépendance grâce à l'échelle de Fagerström
Rechercher également la consommation de cannabis qui peut
être associée au tabac.
? Tabagisme passif
b - Les facteurs d'exposition
professionnels par inhalation à :
• Amiante.
• Silice.
• Poussières de farine..
c - Antécédents médicaux:
Infectieux :
Tuberculose : Vaccination BCG, Contage
tuberculeux, Antécédent de tuberculose
VIH
Cancérologiques.
Allergiques.
d- Les antécédents chirurgicaux :
Chirurgie thoracique.
e- L'existence d'animaux domestiques ou de
déménagement récent (si contexte
allergique ou suspicion de kyste hydatique).
5- Antécédents Familiaux:
-Mucovicidose.
-Tuberculose.
-Allergie
6- Les signes fonctionnels en
pneumologie :
i. Toux.
ii. Expectorations.
iii. Hémoptysie
iv. Douleur thoracique .
v. Dyspnée.
Toux
La toux est un acte réflexe, déclenché le
plus souvent par une irritation des voies
respiratoires qui provoque une expulsion
brusque et violente du contenu de celles-
ci : air, sécrétions, corps étrangers.
La toux peut être volontaire ou réflexe
Toutes les pathologies pulmonaires et
bronchiques peuvent se révéler par une
toux.
Caractères de la toux :
Mode de début et ancienneté :
Toux aiguës
Toux chroniques : évolue depuis plus de 6 à 8 semaines
La productivité :
Toux sèche : sans expectoration
Toux grasse : productive.
Le caractère paroxystique ou permanent
L'horaire : Matinal, nocturne ( ! RGO), diurne (Toux
psychogène).
La tonalité et le rythme :
Toux coqueluchoïde : Quintes séparées par une inspiration
sifflante.
Secousses de toux : Il n'y a pas de quintes.
Toux spasmodique (asthme et hyperréactivité bronchique)
Toux rauque, aboyante (atteinte laryngée).
Toux bitonale ( Paralysie récurrentielle par compression
médiastinale)
Toux syncopale (trachéomalacie)
Toux émétisante (Coqueluche, Diverticule oesophagien)
Mode de survenue et facteurs déclenchants ou
modifiants:
Facteurs et circonstances liés au patient :
Alimentation (fausse-route)
Changements de positions (atteinte pleurale, ou RGO)
Décubitus (RGO, IC gauche)
Effort (IC gauche, Hyperréactivité bronchique)
Effort au froid (hyperréactivité bronchique, équivalent
d'asthme)
Facteurs et circonstances liés à l'environnement :
Humidité, brouillard (asthme, hyperréactivité bronchique)
Temps et de lieu (Saison des pollens de graminées, ou
lors de séjours dans des locaux humides et riches en
acariens.)
Circonstances professionnelles (maladie du poumon de
fermier chez un agriculteur, asthme chez un boulanger
exposé à la farine)
Expectoration
= correspond à une expulsion de
sécrétions anormales présentes dans
l’arbre trachéobronchique par la bouche
au cours d’un effort de toux.
Caractères sémiologiques
L’ancienneté : récente ou ancienne.
Le volume
L'aspect :
Crachats séreux : Expectorations fluides.
Crachats mucoïdes ou muqueux, blancs,
mais visqueux et adhérents
Crachats purulents, jaunes ou verdâtres,
compacts et adhérents
Crachats anthracosiques (anthracose =
charbon), contenant des dépôts noirâtres de
fumée industrielle ou de cigarettes.
Crachats hémoptoïques : Contenant du sang.
L'odeur : Inodore, fétide (Infection à germes
anaérobies).
Principales étiologies
Contexte infectieux :
• Pneumonie : Pneumonie à pneumocoque
Expectoration rouge orangée = Expectoration
rouillée de Laënnec.
• Tuberculose
Contexte allergique : La fin de la crise d’asthme
peut s’accompagner d’une toux avec expectorations
visqueuses et collantes, blanches-grisâtres ou
translucides et perlées.
Oedème aigu pulmonaire: Expectoration
mousseuse aérée, blanchâtre ou rosée.
Dilatations de bronches : Expectoration
chronique muco-purulente, matinale, à odeur fade.
Carcinome bronchiolo-alvéolaire.
Hémoptysie
C’est le rejet par la bouche, suite à un effort de
toux, de sang provenant des voies aériennes sous
glottique (c’est-à-dire la trachée, les bronches ou
les poumons)
Toujours pathologique.
Attention aux diagnostics différentiels :
Hématémèse : sang émis lors d’un effort de
vomissement, le sang est foncé est non aéré FOGD
Épistaxis : le saignement nasal peut-être extériorisé
par la bouche après effort de raclage de gorge
(épistaxis postérieure) Examen ORL.
Gingivorragie ou hémorragie gingivale.
Principales étiologies
Respiratoire :
Cancer bronchique.
Tuberculose pulmonaire.
Dilatations des bronches
Infectieux : Bronchopneumopathie aigue, aspergillome,
mycobactériose atypique.
Cardiaque : Insuffisance cardiaque gauche, rétrécissement
mitral, cardiopathie congénitale.
Vasculaire : embolie pulmonaire, rupture d’un anévrysme
ou fistules artério-veineuses.
Troubles de l’hémostase : Traitement anticoagulant,
Hémopathie.
Iatrogène : Traumatisme thoracique Plaie pulmonaire
(fracture de côtes), gestes médicaux (biopsies bronchiques
lors d’une fibroscopie bronchique, Biopsie pleurale).
Corps étranger intra-bronchique.
Idiopathique.
Douleur thoracique
Une atteinte du parenchyme pulmonaire est
indolore.
Dans le contexte d’une maladie de l’appareil
respiratoire : La douleur témoigne d’un
processus pathologique atteignant la plèvre.
Devant une douleur thoracique Toujours
évoquer en premier lieu les grandes causes
cardiovasculaires, qui sont potentiellement les
plus urgentes : Infarctus du myocarde,
Dissection aortique, Embolie pulmonaire,
Péricardite
Caractères sémiologiques :
Localisation: Rétrosternales (Cardiaques),
latéro-thoarciques (affections pleurales ou
pleuro-parenchymateuses).
L’irradiation: Les douleurs pleurales irradient
vers l’épaule ou l’hypochondre.
L’ancienneté : aiguë récente ou chronique,
progressive, insidieuse.
La durée.
L’intensité: Les douleurs pleurales sont parfois
intenses, majoré par l’inspiration
Le type: Les douleurs pleurales sont décrites
comme « un coup de poignard.
Les circonstances déclenchantes.
Principales étiologies
1- Etiologies des douleurs thoraciques aiguës:
Syndrome coronarien aigu.
Dissection de l’aorte thoracique
Embolie pulmonaire
Rupture de l’œsophage
Pneumothorax
Pneumonie
Péricardite.
Pleurésie : latéro-thoraciques, exacerbées par l’inspiration
profonde et la toux et soulagées par le décubitus latéral du
côté de la douleur. Elles peuvent irradier à l’épaule
homolatérale ou à l’hypochondre.
Douleurs digestives : RGO.
Douleurs pariétales : La fracture de côte, Les douleurs
musculaires intercostales, les douleurs chondro-costales, les
névralgies intercostales.
Douleurs psychogènes.
Douleurs liées à la prise de cocaïne
2 - Etiologies des douleurs thoraciques Chroniques :
Les causes pleurales, médiastinales et
parenchymateuses :
Une douleur + Pleurésie chronique
Mésothéliome ou l’extension pariétale d’un
cancer bronchique.
Les tumeurs médiastinales malignes.
Les douleurs pariétales :
Elles rassemblent les douleurs costales, vertébrales,
neurologiques
Métastase.
Douleurs du zona ou post-zostériennes
Dyspnée
C’est une sensation subjective de respiration gênante,
pénible.
Types de dyspnées:
Dyspnée inspiratoire :
Le patient a du mal à faire rentrer l'air.
Clinique: Sifflement audible inspiratoire (stridor)
Tirage sus-sternal
Causes : obstruction des voies respiratoires proximales :
Rétrécissement laryngé ou trachéal, laryngite, corps étranger.
Dyspnée expiratoire :
Le patient a du mal à faire sortir l'air
Clinique : Sifflement expiratoire (wheezing)
Freinage expiratoire : Bradypnée expiratoire.
Causes : obstruction des voies respiratoires distales : Asthme.
Orthopnée
Dyspnée survenant (ou aggravée) au décubitus,
améliorée par la position assise.
Causes: Insuffisance cardiaque gauche, obstruction
bronchique sévère.
Dyspnée de Kussmaul
• Dyspnée à quatre temps : inspiration, pause,
expiration, pause.
• Observée au cours de l'acidose métabolique.
Dyspnée de Cheyne-Stokes
Observée au cours de certains comas neurologiques
Respiration cyclique : mouvements respiratoires dont
l'amplitude et la fréquence augmentent
progressivement, puis décroissent jusqu'à une pause
respiratoire
Apnée :
C’est l’absence de ventilation, rien ne va plus !
III – L’examen physique :
Au terme de l’anamnèse, l’examen
physique va être soigneusement pratiqué
sur un sujet dévêtu.
Cet examen va comporter successivement
les quatre temps classiques à savoir:
1. L’inspection
2. La palpation
3. La percussion
4. L’auscultation
1- L’inspection :
Des cicatrices thoraciques qui peuvent
être accidentelles ou chirurgicales
(thoracotomie, mammectomie, drainage).
Thoracotomie postéro-latéralre
Cyanose
Coloration violacée des téguments.
Traduit une désaturation en oxygène de
l’hémoglobine dans le capillaire.
L’hippocratisme digital
C’est une déformation des ongles qui
prennent un aspect en « verre de
montre » avec une hypertrophie des
extrémités des doigts.
Circulation veineuse
collatérale
Des anomalies de la morphologie
thoracique:
1. Une scoliose: incurvation de la colonne
dorsale dans son sens transversal.
2. Une cyphose dorsale: gibbosité.
3. Un thorax en carène: sternum
anormalement saillant.
4. Un thorax en entonnoir, ou « pectus
excavatum »: sternum anormalement enfoncé
dans le thorax.
5. Un thorax en tonneau: il s’agit d’une
augmentation du diamètre antéro-postérieur
du thorax
Thorax en carène
scoliose Thorax en entonnoir
Thorax en tonneau
cyphose
Gynécomastie
Augmentation unie ou bilatérale du
volume des seins chez l’homme.
Peut être la traduction d’un cancer
bronchique (Rentre alors
dans le cadre d’un syndrome
paranéoplasique).
Gynécomastie sein gauche.
Fréquence respiratoire:
On compte le nombre de cycle respiratoire (un cycle
= inspiration + expiration) par minute.
FR normale entre 12 à 20 cycles/min chez
l’adulte
Les anomalies de la fréquence respiratoire sont:
La Polypnée :
Augmentation de la FR avec diminution du volume courant.
La ventilation est rapide et superficielle
La tachypnée:
Accélération de la fréquence respiratoire, à volume courant
conservé.
La ventilation est rapide et profonde
La Bradypnée : Diminution de la fréquence
2 - La palpation:
? Tuméfaction pariétale thoracique → Décrire son
volume, sa consistance, sa sensibilité ses limites et sa
mobilité.
? Emphysème sous- cutané : se traduit par des
sensations de crépitations à la palpation.
Apprécier les vibrations vocales :
Lorque l'on émet un son→ il chemine le long de l'arbre
trachéobronchique → On peut le percevoir sous
la forme de "vibrations vocales" à la
surface du thorax.
La recherche des vibrations vocales s’effectue mains
à plat.
On fait prononcer "33" au patient ou 44 en arabe
Une ↓ ou ↑ des vibrations vocales (VV)
est pathologique.
VV diminuées par l'interposition entre la
main et l'abre trachéobronchique d’air
(pneumothorax) ou de liquide (pleurésie).
VV augmentées par l'immersion de l'arbre
trachéobronchique dans un milieu
condensé : Condensation alvéolaire
(pneumonie par exemple)
3- Percussion :
On frappe avec l’extrémité du doigt et non la
pulpe, perpendiculairement
sur l’articulation
inter-phalangienne distale là où le
doigt de la main
appliquée sur le thorax a le maximum de
pression sur la surface
examinée.
Le poumon est rempli d'air et recouvert d'une
paroi relativement mince : Le thorax est sonore
à la percussion.
Les modifications pathologiques de la percussion:
La matité Pleurésie.
4- Auscultation:
Pour une auscultation pulmonaire soit optimale
:
Environnement silencieux
Faire préalablement tousser le patient (Dégager
d'éventuelles sécrétions laryngotrachéales et de
déplisser les alvéoles au niveau des bases
pulmonaires)
Posez votre sthétoscope directement sur la peau du
patient
Demandez au malade de respirer par la bouche
(profondément, calmement et régulièrement)
Ausculter de manière symétrique, de haut en bas
Bruits normaux
Les bruits normaux varient selon le site où l'on pose le
sthétoscope.
1- Bruit trachéo-bronchique :
C'est le flux d'air dans la trachée et les grosses
bronches, on l'entend en auscultant au dessus du
sternum, sur la face antérieure du cou
Il s'agit d'un son intense, rude.
Il est présent en inspiration et en expiration.
2- Murmure vésiculaire:
C'est la flux d'air dans les alvéoles, on l'entend à la
surface du thorax.
Il s'agit d'un son de faible intensité, doux .
Il est présent en inspiration et en début d'expiration.
Modification des bruits
normaux
Modification du murmure vésiculaire:
Murmure vésiculaire diminué
• Obésité : la paroi thoracique est épaisse
• Emphysème avec distension thoracique : Lit alvéolaire
altéré.
Murmure vésiculaire aboli
• Pneumothorax ou pleurésie : un espace gazeux ou
liquidien s'est interposé entre la source du bruit et votre
stéthoscope.
• Atélectasie : les alvéoles ne sont plus ventilées dans une
région du poumon, en raison d'un obstacle de la
circulation de l'air dans une bronche
Bruits surajoutés
1- Râles crépitants:
• Bruits discontinues, courts, fins, secs, égaux entre eux
• Inspiratoire
• En rapport avec une altération de l’alvéole :
soit par présence de liquide (Oedème pulmonaire).
soit par atteinte des parois alvéolaires dans le cadre
d'une fibrose (pneumopathie interstitielle)
2- Ronchi (ou râles bronchiques, ou ronflements):
• Bruits discontinus de tonalité graves
• inspiratoire et expiratoire
• modifiés par la toux qui mobilise les sécrétions
• Témoignent de la présence de sécrétions dans les
grosses bronches
3- Râles sous-crépitants :
• Bruits discontinus, de faible durée, moins intenses que les râles
bronchiques
• Inspiratoire et expiratoire
• Modifiés par la toux
• Témoignent d'une bronchite.
4- Râles sibilants (ou sifflements):
• On peut les entendre à distance du patient, à l'oreille, on parle alors de
wheezing
• Aigus, sifflants, musicaux, d'intensité variable
• En fin d'expiration
• non modifiés par la toux
• le plus souvent diffus, bilatéraux
• Témoignent d’un rétrécissement de calibre des bronches distales
(asthme)