La dissertation
« Que voulez-vous, je m’entête à adorer la liberté libre »
I. La liberté d’aller et venir à la guise
• a) Un auteur en mouvement perpétuel dans la nature
• De nombreux poèmes des Cahiers de Douai mettent en scène la figure du
poète en train de marcher, d'« aller».
• Ce verbe apparaît dès le premier vers du poème «Sensation»: «j'irai dans les
sentiers».
• On le retrouve dans «Ma Bohême», qui relate une expédition nocturne à travers
champs: «Je m'en allais ».
I. La liberté d’aller et venir à la guise
• b) Un poète qui se déplace dans sa ville natale et dans sa campagne
environnante
• Le poète se déplace fréquemment à Charleville, dans sa ville et dans la
campagne environnante.
• Dans «Roman», il va sous les tilleuls verts de la promenade»,
• Avec Nina, il gagne « la ravine puis les grands bois» (« Les Reparties de Nina»).
I. La liberté d’aller et venir à la guise
• c) Le recueil d’un poète fugueur
• Cette envie d'aller et venir à sa guise se concrétise surtout par des fugues
tout au long de l'année 1870, lesquelles sont évoquées dans plusieurs des
poèmes du recueil écrit la même année: par exemple
• «Au Cabaret-Vert»: «Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines / Aux cailloux
des chemins.»
II. La liberté de penser et de remise en question
de la pensée dominante
• a) liberté sur le plan social
• Sur le plan social, tout d'abord. Pour Rimbaud qui vit au quotidien avec sa
mère au sein de cette bourgeoisie de province qu'il exècre, cette contestation
est absolument nécessaire. Nombre de poèmes attaquent les travers
bourgeois, en dénoncent la bêtise et les ridiculisent.
• « À la musique» met ainsi en lumière la bassesse matérialiste et l'étroitesse d'esprit
des bourgeois.
II. La liberté de penser et de remise en question
de la pensée dominante
• b) La liberté sur le plan politique
• Les poèmes de Rimbaud dénoncent à leur tour la tyrannie de l'Empereur et sa
cohorte de choix politiques désastreux:
• «Rages de Césars» brosse un portrait acide de Napoléon III
• Tandis que « L'Éclatante Victoire de Sarrebrück» dénonce la propagande mensongère du
régime.
• Lors de la guerre franco-prussienne, Rimbaud s'indigne également de la privation de
liberté et du massacre de tant de soldats pour satisfaire le narcissisme d'un souverain.
• « Le Dormeur du val», en particulier, s'insurge contre les atrocités de la guerre.
II. La liberté de penser et de remise en question
de la pensée dominante
• c) La liberté sur le plan religieux
• Le jeune Rimbaud, épris d'émancipation, s’inscrit en faux contre le
christianisme.
• Il en dénonce la cupidité dans « Le Mal»
• Il en appelle avec force à une libération de l'homme qui doit impérativement
passer par sa réconciliation avec la nature.
• C'est celle qu'il invoque particulièrement dans «Soleil et chair» où revenant sur
l'histoire de l'humanité, il souligne combien l'homme écoutait avec sagesse une nature
protectrice et bienveillante.
III. La liberté de créer
• a) Une versification rebelle
• Même si, à la différence de certains de ses contemporains, il a à cœur de conserver
l'alexandrin, Rimbaud en brise la grande régularité classique en jouant sur des effets
de rythme:
• dans « Rages de Césars », le rythme se décompose en 4 + 8, comme dans ce vers: « L'Homme
pâle/ le long des pelouses fleuries» (v. 1).
• Il n'hésite pas également à désarticuler syntaxe et vers en utilisant abondamment
enjambements, rejets et contre-rejets;
• c'est notamment le cas dans « Le Dormeur du Val», où Rimbaud procède à 5 rejets et contre-
rejets (v. 3, 4, 7, 10 et 14).
III. La liberté de créer
• b) Une langue libre
• Le poète rejette également l'éviction, dans la poésie classique, des sujets quotidiens,
prosaïques.
• Dans « Au Cabaret-Vert», il évoque ainsi un simple repas: «je demandai des tartines / De beurre et du
jambon qui fût à moitié froid.»
• Dans d'autres poèmes, il est question de sujets tabous dans la morale bourgeoise, tels les rencontres hors
mariage et le plaisir des sens (« Roman», «Première soirée »).
• Au-delà du sujet, il convoque une langue usuelle, qui peut être familière, voire grossière ou
des onomatopées:
• «Merde à ces chiens-là!» (Le Forgeron», v. 171) fait-il dire au Forgeron.
• «Oh! la! la! Que d'amours splendides j'ai rêvées!» (v. 4)
III. La liberté de créer
• c) La poésie, un art de vivre
• Cependant pour Rimbaud, la poésie n'est pas une simple aventure du langage: c'est aussi une
aventure existentielle, un art de vivre à part entière, en liberté et en harmonie avec la nature.
C'est certainement «Ma Bohême» qui exprime le mieux cette revendication poètique:
• «Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;
Où, rimant au mieux des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur.»