Le coté narratif du roman :
La narration, homodiégétique, est menée par Momo qui, dans un style familier, empreint de beaucoup d'ironie,
décrit sa vie au quotidien, la vie d'un enfant qui ignore ses origines, qui n'est pas scolarisé et qui raconte son
histoire avec madame Rosa. C’est une focalisation interne où le réel est décrit à travers la vision du je. La
narration à la première personne permet de laisser la voix d'un personnage dominer tout au long du
récit, et pas seulement pendant le dialogue. Elle vous rapproche tellement du personnage, tout en
offrant une vision merveilleusement biaisée de son univers . En effet Momo est en même temps le
personnage principal et le narrateur intradiégitique dans ce roman, il fait partie de l’histoire car il est témoin
oculaire de tous les événements et toute l’histoire est vue à travers son regard. D’ailleurs dès le début, il
interpelle le lecteur et essaye d’attirer son attention par la citation de certaines informations comme l’exemple
de l’espace qui occupe une place prépondérante dans l’intrigue romanesque à travers une valorisation de «
Belleville », lieu populaire de Paris, donc il cherche la complexité du lecteur. Le narrateur, Momo, nous raconte
dans un langage enfantin et oralisé sa vie de misère en nous faisant partager ses pensées, ses doutes, et ce qu'il
croit comprendre du monde qui l'entoure. C'est un personnage, qui raconte une expérience vécue, c'est un
récit autobiographique. Le jeune narrateur de La Vie devant soi, qui grandit dans des conditions très difficiles,
ne considère pas que la vie soit toujours un cadeau. La Vie devant soi relate l’enfance houleuse d’un petit
garçon, Momo, qui nous raconte lui-même ses mésaventures. La trame narrative est parsemée de réflexions
philosophiques sur la vie, l'amour, la mort, et les racines ethniques, souvent présentées de manière subtile à
travers les yeux d’un jeune garçon. . En somme, le style et la structure de "La vie devant soi" sont intimement
liés à la voix narrative du jeune protagoniste. Cette méthode donne à l'histoire un vrai sentiment d'authenticité et
de profondeur émotionnelle, en plus d'offrir une perspective originale. Elle permet de traiter des sujets
compliqués de manière sensible et intelligente.
• La dimension orale :
L’œuvre se caractérise par une grande maitrise de l’art de conte , La narration est une narration orale dont
on ne sait pas exactement à qui elle s’adresse , Il raconte sa vie à quelqu’un. Quelquefois dans le récit le pronom
“vous” et donné mais on peut penser qu’il s’adresse au lecteur. Mais à la fin du roman le “vous” désigne des
personnages rencontrés plus tôt qui là encore n’ont que des espoirs pour Momo. Ceux du lecteur se déplacent donc
vers cette famille, Madame Nadine et docteur Ramon et utilise des expressions qui mettent en relief
l’oralité comme l’exemple de « comme j’ai eu l’honneur » et il utilise même des verbes qui expriment
l’oralité comme le verbe « raconter » lorsque Momo dit : » je raconte ce détail parce que c’est dans des
circonstances indépendantes de ma volonté que j’ai fait une crise de violence». La syntaxe de Momo relève
aussi du français parlé populaire avec des tournures relâchées et des infractions à la règle , on rencontre
souvent une absence de négation, l’accord de l’adjectif attribut est fait selon le sens et non selon la
grammaire (« tout le monde était égaux »), la concordance des temps n’est pas toujours maîtrisée et
respectée, il y a problèmes d’accord, on rencontre une mauvaise utilisation de l’interrogation indirecte, la
Ponctuation respecte la forme de l’élan oral et ne respecte pas les règles de l’écrit, notamment avec les
virgules. D’emblée, les lieux jouent un rôle très important pour mettre en relief la dimension orale, comme
l’exemple de la cave qui représente un lieu symbolique dans le roman avec la présence des monstres, tous
ces éléments font partie de l’histoire racontée et qui suscitent l’émerveillement du lecteur et attire son
suspense et sa curiosité. À la fin, on apprend que Momo développe son récit pour sa nouvelle famille,
• L’humour :
Ce livre, c’est un bijou, une merveille, une splendeur et Gary parvient à nous embarquer dans cette histoire assez dure,
souvent triste et parfois glauque avec une fameuse dose d’humour et beaucoup de tendresse pour ses personnages.
L’humour de ce récit tient à plusieurs choses, tout d’abord, Gary invente une langue propre à Momo, cet enfant très
intelligent qui puise ses connaissances et son langage de ci de là, dans son entourage des plus hétéroclites. Fait de
vocabulaire et d’expression détournés, mal ou bizarrement utilisés, plein de clichés, son parler recèle d’inventions
linguistiques et syntaxiques des plus comme cet exemple :« La première chose que je peux vous dire c’est qu’on habitait
au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu’elle portait sur elle et seulement deux jambes, c’était
une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. » Derrière une apparente naïveté de Momo, Gary
cache des pointes d’humour noir qui m’ont valu de francs éclats de rires : « Pendant longtemps, je n’ai pas su que j’étais
arabe parce que personne ne m’insultait », ou des sourires (parfois jaunes) quand cette naïveté devient
philosophie/sagesse d’une grande justesse : « Ça m’a remué et j’ai été pris de violence, quelque chose de terrible. Ça
venait de l’intérieur et c’est là que c’est le plus mauvais. Quand ça vient de l’extérieur à coups de pied au cul, on peut
foutre le camp… » L’ironie et l’humour relèvent aussi de la fausse candeur du narrateur par la Présence de stéréotypes
adultes tel est l’exemple des travailleurs immigrés qui attrapent des maladies avant de venir en France pour bénéficier de
la sécurité sociale, préjugés sur les religions, et on signale les réactions qui lui semblent normales comme le racisme
(insultes à l’école). De même on trouve l’humour noir, par exemple, lorsque tout le monde se réjouit lorsque l’on apprend
que Rosa n’a pas un cancer.
• L’art du portrait :
L ’écrivain accorde une grande importance à la description de ses personnages, on trouve une description minutieuse et détaillée
surtout de madame Rosa qui représente un personnage central de l’œuvre. Gary parle souvent de son apparence physique, dans le
roman bien que ,les sentiments et les pensées de Momo soient au premier plan, madame rosa attire toujours l’attention soit par
son affection vers les enfants, plus particulièrement Momo, soit par son portrait physique, son poids, ses cheveux, ses vêtements
qui prennent place fréquemment dans l’œuvre. Dès les premières pages du roman, nous voyons des phrases qui présentent
physiquement madame Rosa :
On trouve aussi la description de M N’DA Amédée qui est ironique et ridiculisée à travers l’utilisation de la répétition du terme
« rose », il est habillé d’une manière élégante ce qui fait une opposition entre l’être et le paraitre. C’est un analphabète qui vit
dans le monde des mensonges et des paraitres. L’écrivain insiste aussi sur son statut social par l’emploi du mot « proxynète » et
« Pigalle », alors il tire sa fortune de la prostitution. Ainsi, la description joue un rôle très important dans le roman puisqu’elle
nous donne l’image et les caractéristiques de chaque personnage dont nous mettant l’accent sur deux qui ont un portrait fascinant
pour le lecteur car ils provoquent un plaisir pour lui, mais en réalité c’est un portrait critique, l’auteur utilise l’humour et l’ironie
comme moyens de dénonciation, le portait dans ce sens a un jugement de valeur comme le cas de la vision critique de la
prostitution qui représente un thème majeure dans tout le roman représenté par madame Rosa et MN’DA Amédée . Madame Rosa était
vieille. Elle a eu soixante-cinq ans. A cause de son âge elle est devenue moche. La seule chose qui était belle en elle, c’étaient ses « yeux bruns d’une très jolie couleur » 19. Malheureusement,
elle portait des lunettes. Elle n’avait plus de dents, pourtant elle avait un sourire jeune20. Ses cheveux gris tombaient et à la fin du roman elle était chauve. Elle portait une perruque rousse pour
sortir. Madame Rosa était grosse, « elle n’avait pas de taille et les fesses chez elle allait directement aux épaules, sans arrêter » 21. Malgré sa laideur, elle essayait de se faire jolie ; elle se
maquillait plusieurs fois par jour et s’habillait longtemps pour sortir. A la fin de sa vie, madame Rosa dit qu’elle est « monstrueuse » 22 . Madame Rosa était une femme fatiguée par son âge, par
sa vie et par tous les enfants dont elle s’occupait. Elle était triste 39 et anxieuse. 40 Quelquefois, elle dut prendre les tranquillisants.41 Juive, elle avait peur des Allemands,42 et parfois elle est
allée se cacher dans la cave, où elle a aménagé une chambre de secours, comme pendant la guerre, pour se rassurer. Elle était fière d’être si maline.43 Elle pleurait souvent.44 Elle avait peur
d’être tuée dans son sommeil 45 . Son peur et ses cauchemars empiraient comme son âge et ses maladies progressaient.46 Néanmoins, elle était vaniteuse et très soigneuse de son apparence.47
Jusqu’à la fin de sa vie, elle a gardé sa féminité dans son esprit.48 Elle vivait sur ses souvenirs.49 Elle protégeait toujours les enfants dont elle s’occupait comme une lionne.50
• Une crise d’identité :
Ne pas connaître ses origines, ignorer l’identité de ses parents véritables constitue, pour Momo, tout au long de
son parcours narratif, un véritable objet de souffrance. L’une des questions qui le perturbe sans cesse et lui cause
des problèmes d’adaptation est celle de l’âge. En effet, s’il s’est vu un jour renvoyé de l’école c’est à cause de son
âge car il dit : « C’était parce que j’étais trop jeune pour mon âge, puis que j’étais trop vieux pour mon âge et puis
que je n’avais l’âge que j’aurais dû avoir ». Ce renvoi est, par ailleurs, significatif dans la mesure où il constitue un
moment de rupture, de disjonction. Momo apparaîtra dépourvu d’identité propre. Outre cette question de l’âge,
Momo souffre de même du fait qu’il ne connaît pas sa mère. Concernant cette dernière, il dit : « Au début, je ne
savais pas que je n’avais pas de mère et je ne savais même pas qu’il en fallait une ». Cette période de la vie du
personnage, étant marquée par l’ignorance, semble momentanément porteuse de félicité, de tranquillité. En
effet, il a remarqué, à un moment de sa vie, qu’il y a des mères qui viennent rendre visite à leurs enfants, chez
Madame Rosa : « c’est comme ça que j’ai commencé à avoir des ennuis avec ma mère. Il me semblait que tout le
monde en avait une sauf moi ». Dès lors, Momo commence à se sentir différent des autres ; un sentiment qui
s’accentuera, d’ailleurs, tout au long du roman. De cette opposition entre soi-même et l’autre naît le sentiment de
privation, de manque. De fait, le personnage se lance dans une nouvelle entreprise, celle de chercher l’identité de
sa mère.
Les thèmes reflétant une vision du monde
1. Le racisme:
Dans La Vie devant soi, l’histoire se déroule exactement dans le quartier de Belleville, lieu où les
cultures les plus incompatibles se côtoient. Dès le début du roman, nous trouvons différentes cultures
et religions qui vivent ensemble dans une bonne entente. Le narrateur nous donne une facette très
positive de la société marginale de Belleville, c’est à croire que la misère et la condition sociale des
personnages se sont effacées au profit d’un vivre ensemble au nom justement de ce destin commun.
Momo n’a pas honte d’être arabe mais il n’aime pas qu’on l’appelle Mohamed, préférant Momo pour
éviter les insultes et les préjugés «j’ai pas honte d’être arabe au contraire, mais Mohamed en France,
ça fait balayeur ou main d’œuvre. Ça veut dire la même chose qu’un algérien. » 54 Force est de
constater que Momo est conscient du poids du racisme et de ce que la symbolique d’un prénom
musulman peut engendrer comme conséquences. Le racisme par contre, nous le trouvons dans le
roman en dehors du cadre sociale de Belleville, par exemple dans l’école: « Pendant longtemps je n’ai
pas su que j’étais arabe, parce que personne ne m’insultait. On me l’a seulement appris à l’école. »
55Le milieu pourtant fondamentale de l’enseignement, où il doit se sentir plus sécurisé et qui devait
plutôt lui apprendre l’altruisme et le respect, est le lieu de tous les racismes. En outre, le roman nous
rappelle l’extermination massive des juifs pendant les années1939-1945. Madame Rosa est une
survivante des camps d’Auschwitz. Elle garde, vivantes dans sa mémoire, les images sanglantes de la
Le traumatisme des camps de concentrations continu à la faire souffrir. Elle a mis le portrait
d’Hitler sous son lit, qu’elle regarde de temps en temps quand tout va mal, comme pour se dire
qu’il y a plus pire : Elle s’était protégée de tous les côtés depuis qu’elle avait été saisie à
l’improviste par la police française qui fournissait les allemands et placée dans un vélodrome
pour juifs. Après on l’a transportée dans un foyer juif en Allemagne où on les brûlait. Elle avait
tout le temps peur.56
Naïf, Momo ne comprend pas les atrocités commises par les nazis contre les juifs, ni les douleurs
de Madame Rosa, il n’est pas conscient de la gravité du racisme des nazies. Il regrette même de
ne pas les connaitre : « Elle me parlait souvent des nazis et des S.S et je regrette un peu d’être né
trop tard pour connaitre les nazis et les S.S avec armes et bagages.» 57
Momo n'a pas eu à se plaindre du racisme personnellement, la question ne le touche pas et reste
indifférent. Il n’est pas noir, non plus juif, en plus il n’a pas trop une tête d’arabe. Il camoufle son
nom Mohammed par Momo, au contraire, il voit les Noirs comme étant des gens qui ne peuvent
qu’être malheureux. Ainsi quand il parle de Banania qui est toujours souriant sans raison « sauf
peut-être Banania qui s’en foutait complètement, il était déjà heureux comme ça sans raison. J’ai
encore jamais vu un noir heureux avec raison. » 60 Le roman lute donc contre le racisme que
subissent ces étrangers en France. Enfin, Momo n’est qu’un miroir reflétant sa société, étant un
enfant, il imite et répète tout ce que font et disent les autres. Ce qui explique ses comportements
racistes, En effet son identité instable lui fait faire une image paradoxale du racisme, une image
très difficile à expliciter.
• La prostitution :
La prostitution est un phénomène de société, des millions de personnes dans le
monde se prostituent. Il a traversé les époques et a fait et fera toujours débat à sa
légalisation, répression ou interdiction. De nombreux écrivains ont tenté de lever le
flou sur ce phénomène. Romain Gary, à son tour, fait une grande place à ce
phénomène dans ce roman. D’ailleurs, nous rencontrons dans le roman un grand
nombre de prostituées, qui viennent chercher leurs petits chez madame Rosa, et
d’autres dans les trottoirs de Pigalle. Il y’a aussi le travesti, Madame Lola, qui se
prostitue au bois de Boulogne. Et le proxénète monsieur N’Da Amédée, sans oublié
madame Rosa aussi ancienne prostituée. Les prostituées sont définis par Momo
comme: « les personnes qui se défendent avec leur cul » 66. Elles ne sont pas mal
vues par Momo, puisqu’il ne comprend pas son vrai sens. Pour lui, la prostitution
est un travail comme un autre et un moyen d’obtenir l’argent rapidement, justement
un moyen de défense dans la vie. Il voit la prostitution comme quelque chose de
tout à fait normale, à un point qu’il décide d’aller lui-même se prostituer en imitant
Madame Rosa : « J’ai essayé de me défendre, je me peignais bien, je mettais du
parfum de madame Rosa derrière les oreilles comme elle l’après-midi j’allais me
mettre avec Arthur rue Pigalle, ou encore une Blache, qui étais bien aussi » 67
et il l’indique ensuite : «il y a là toujours des femmes qui se défendent toute la
journée.».68 Madame Rosa découvre cela. Elle pleure parce qu’elle se soucie de lui, elle
a l’impression d’avoir perdu sa dignité en devenant prostituée et ne veut pas que le
même sort arrive à Momo. Puis elle lui fait promettre de ne jamais y penser et lui fait
part que cette valeur est fondamentale, et qu’il ne devait rien laisser rien au monde lui
enlever son honneur: « Momo rappelle-toi toujours que le cul, c’est ce qu’il y a de plus
sacré chez l’homme. C’est là qu’il a son honneur. Ne laisse jamais personne t’aller au
cul, même s’il te paye bien. » Momo ne comprend pas le vrai sens de
(proxénète),puisque personne ne lui a jamais expliqué. Il croit que c’est un bon travail
qui prend soin des prostituées comme sa mère et Madame Rosa. Il souhaite même si son
père était aussi un proxénète; «Monsieur Hamil, moi j’aurais préféré avoir un père que
ne pas avoir un héros. Il aurait mieux fait d’être un bon proxynete et s’occuper de ma
mère. » 71 Il défend les prostituées, notamment le travesti, Madame Lola, ce qu’il aime
chez elle le plus, c’est la capacité d’être autre et de ne ressembler à personne, juste a
elle-même: « je l’aimais bien, c’était quelqu’un qui ne ressemblait à rien et n’avait
aucun rapport. » 72Il l’aime aussi pour sa générosité et sa sympathie avec lui et Madame
Rosa, il pense qu’elle aurait fait une bonne mère mais que c’est dommage que sa nature
ne lui permet pas :
Je ne vais pas lui jeter des fleurs, mais j’ai jamais vu un sénégalais qui aurait fait une
meilleur mère de famille que Madame Lola, c’est vraiment dommage que la nature s’y
oppose. Il a été l’objet d’une injustice, et il y avait là des mômes heureux qui se perdaient,
73. Pour notre protagoniste, Le fait d’être travesti, proxénète ou prostituée n’efface pas le
bon côté d’une personne, au contraire, Madame Lola a un bon cœur, elle aide les gens et
ne fait de mal à personne. Madame Rosa garde des enfants, même quand leurs mondas
n’arrivent plus et elle fait du bien autour d’elle. Monsieur N’da Amédée, il protège les
femmes prostituées. Pour cet enfant, temps que la prostitution n’est pas traitée sur le
mode de la violence, ni de la haine, ni du mal, on peut vivre en communauté et se
connaitre, sans se permettre à les juger. Il veut aussi nous faire comprendre qu’il n’y a pas
que l’apparence qui compte, chaque personne a le droit d’être ce qu’elle veut, elles font
partie de la société: « Je ne comprenais pas pourquoi les gens sont toujours classés par cul
et qu’on en fait de l’importance, alors que ça ne peut pas vous faire de mal »75.Alors,
Momo a une vision particulière de la prostitution qui est totalement différente à celle
d’autrui, et qui se détache de la vision commune et de la société.
• L’amour :
Il occupe une place très essentielle dans le roman, sa représentation est révélatrice du
regard porté par le romancier sur l’homme et la société. D’ailleurs il est le fondement
et le sujet principal de notre corpus, c’est justement cet amour qui donne toute la
consistance à ce récit. La question de l’amour habite le récit depuis son début et se
traduit par la quête de Momo pour sa mère. Lorsqu’il découvre que Madame Rosa était
payée pour sa garde, il a pris conscience qu’il était comme tous les autres enfants, il a
été profondément troublé et dévasté. Car il croyait que Madame Rosa l’aimait sans
contrepartie : Au début je ne savais pas que Madame Rosa s’occupait de moi juste pour
toucher un mondât à la fin mois. Quand je l’ai appris, j’avais déjà six ou sept ans et ça
m’a fait un coup de savoir que j’étais payee.je croyais que Madame Rosa m’aimait
pour rien et qu’on était quelqu’un l’un pour l’autre. J’en ai pleuré toute une nuit c’était
mon premier grand chagrin 93 Momo dans la crainte que Madame Rosa ne l’aime,
craint la vie sans amour. Étant un enfant privé totalement d’affection et de contact
affectif, il peut tomber dans une profonde dépression et détresse. Alors, il vint chez
Monsieur Hamil et lui demandait : - Monsieur Hamil, est ce qu’on peut vivre sans
amour? - Oui dit-il, et il baissa la tête comme s’il avait honte. 94
Momo est également en quête de son père. Il aime s’assoir dans la salle du docteur
Katz, surtout lorsque celui-ci l’examinait, il se sentait comme s’il est important et
l’imaginait comme son père : « C’était le seul endroit où j’entendais parler de moi
et où on m’examinait comme si c’était quelque chose d’important… je pensais
souvent en le regardant que si j’avais un père c’est le docteur Katz que j’aurais
choisi 96 » Il crée des liens affectifs très forts avec un chien avec qui il se sentait
comme s’il avait quelque chose de plus que les autres : « quand je le promenais, je
me sentais quelqu’un, parce que j’étais tout ce qu’il avait au monde » 97.Mais le
donne par amour à une femme riche pour lui assurer une vie meilleure que la tienne.
Parce que « ce n’était pas une vie pour chien.»98 Cet énoncé nous donne un aperçu
de l’image que Momo se fait de lui-même. Nous remarquons, en effet, que cet
enfant se sous-estimait, il croyait qu’il valait moins qu’un chien et que ce dernier
mérite mieux. Ce qui montre l’énorme manque d’estime de soi, il ne croit pas en sa
propre valeur et importance et voit donc ses sentiments et son bien-être comme
moins importants que ceux des autres. Il donne la priorité au bien être d’autrui.
Momo refuse que son chien aimé vive le même malheur et la même misère qu’il vit
lui-même, il voulait lui donner la vie qu’il n’a jamais eue. Madame Rosa, apparait
L’amour qui unit Madame Rosa et Momo est étrange et pure. Malgré les situations
difficiles, ils seront toujours présents l’un pour l’autre, prêt à faire des sacrifices et
dire des mensonges pour se sauver et rester ensemble. L’immortalité de cet amour
se traduit dans la consistance d’une fidélité à toute épreuve. Momo n’abandonne
jamais Madame Rosa « je n’allais pas claquer madame Rosa » 100.Cette relation
est porteuse d’une vision pleine d’espoir pour la vie, malgré les moments
douloureux, des qualités de sincérité, de générosité et de solidarité sont fortement
présentes entre les personnages. Momo nous parle de sa gratitude et de son amour
pour Madame Rosa malgré qu’elle soit moche, grosse, vieille, malade et qui a
autrefois utilisée son corps comme marchandise. Il est toujours près d’elle pour
l’aimer et lui tenir compagnie jusqu'à son dernier souffle. Pour Momo, on peut
aimer une personne sans qu’elle soit belle, il cite : « moi je pense que lorsqu’on vit
avec quelqu’un de très moche, on finit par l’aimer aussi parce qu’il est
moche.»10Enfin, L’enfant tire une leçon. Il n’a pas besoin de famille pour être
quelqu’un, mais plutôt il faut avoir quelqu’un à aimer. Momo offre comme unique
vérité et remède de la vie : « Il faut aimer » 104 .
La vieillesse :
Dès le début du roman, déjà, elle est vieille, elle n’est plus belle depuis longtemps. La féminité est très importante
pour Madame Rosa qui se parfume et se maquille énormément et porte des perruques pour se rapprocher le plus
possible de son apparence de quand elle était jeune ou pour dissimuler sa vieillesse. Parce que pour elle la beauté et
associée à la jeunesse, elle est souvent mélancolique quand Momo lui rappelle qu’elle a été jeune et belle. Ce
rapport à la vieillesse est élargi dans le roman dans une réflexion sur la maladie. Avant de mourir Madame Rosa
devient gâteuse et elle est incapable de se mouvoir par elle-même mais ce qui l’inquiète le plus c’est d’avoir le
cancer. Comme si à côté du cancer, son état actuel était une bénédiction. Aussi, contre l’avis du médecin, elle ne
veut surtout pas aller à l’hôpital où ils feront tout pour la garder en vie. La seule chose qu’elle désire au contraire,
c’est d’être euthanasiée, en ce sens elle se rapproche de l’auteur. les ravages du vieillissement aboutissent à une
véritable misère. Ainsi ,dont tous les « morceaux étaient mauvais, le cœur, le foie, le rein, le bronche » 76 Atteinte
par « la sénilité débile accélérée avec des aller et retour d’abord et puis à titre définitif. » 77Le docteur Katz a
prévenu : « Ça peut encore durer longtemps » 78 Mais sa situation est sans espoir, Madame Rosa est consciente de
la gravité de son état : « Je sais que je perds la tête et je ne veux pas vivre des années dans le coma pour faire
honneur à la médecine. » 79 Des techniques médicales à l’intérieur des hôpitaux, permettent de prolonger la vie. Du
fait, elle refuse qu’on prolonge sa vie et de servir comme champ d’expériences aux médecins : « J’ai donné mon cul
aux clients pendant trente-cinq ans, je ne vais pas maintenant le donner aux médecins. » 80 Cette vieille femme
souffrante assimile l’acharnement thérapeutique et ses désagréments à la férocité et à l’acharnement des nazies de la
Seconde Guerre mondiale .
L’euthanasie et l’avortement :
Elle souhait une mort digne sans être prolongé. Puis, Momo va tenter d’obtenir de
l’aide de la part du docteur Katz, au nom du droit du peuple à disposer d’eux même,
il lui demande de l’euthanasier et mettre fin aux souffrances de cette vieille « Dites,
est-ce que vous ne pourriez pas l’avorter, docteur, entre Juifs ? » 84. Mais ce dernier
refuse en justifiant d’abord son refus, par la peur des sanctions pénales de l’ordre
national des médecins qui pourraient être prononcées à son encontre, ensuite, il
associe ce comportement à un état dégradé de la société, qui ne respectait pas la
vie : «Non, Momo en ne peut pas faire ça L’euthanasie est sévèrement interdite par
la loi, Nous sommes dans un pays civilisé, ici tu ne sais pas de quoi tu parles. » . Ce
refus conduit Momo à ranger le docteur Katz et tous les médecins« c’est tous des
salauds ils ne veulent pas vous avorter. » 86 Momo se demande pourquoi
l’avortement est permit et que l’euthanasie non. Ne saisit pas pourquoi ce dernier
continue d’être interdit : « Je comprendrai jamais pourquoi l’avortement, c’est
seulement autorisé pour les jeunes et pas pour les vieux. » 87
Momo va tout prendre en main. Pour offrir lui-même la fin digne à Madame Rosa
seul, puisque : Tout le monde savait dans le quartier qu’il n’était pas possible de se
faire avorter à l’hôpital même quand on était à la torture et qu’ils étaient capables de
vous faire vivre de force, tant que vous étiez encore de la barbaque et qu’on pouvait
planter une aiguille dedans. 89 Alors il décide de lui offrir la fin qu’elle veut par lui-
même, en faisant croire aux voisins et au docteur Katz, qu’elle va bientôt joindre sa
famille en Israël. Ensuite, il annonce cela au gérant de l’immeuble, pour que tout
soit vraisemblable. Puis, il la fait descendre à la cave et il l’accompagne ainsi
jusqu'à son dernier souffle. Madame Rosa meurt doucement et joyeusement « je suis
très contente pour mourir Momo » 90 quant à Momo, lui aussi ne contredit pas la
vieille « nous sommes tous content pour vous » 91 Pour conclure, nous pouvons
rappeler que l’euthanasie est strictement interdite en France. L’ordre des médecins
la refuse car il estime que quel que soit la souffrance que peut endurer un patient, sa
vie est plus importante. Alors que Momo rejette cet ordre social, se singularise et se
détache de l’ordre social, en considérant cette pratique comme une délivrance, un
soulagement des souffrances des malades en préservant leurs dignités.