LES ANEMIES
Dr Blaise Félix FAYE
Hématologie - UCAD
OBJECTIFS
• Définir l’anémie en précisant les valeurs seuils pour l’âge et le sexe
• Citer sans les décrire, 3 causes de d’anémie par perte excessive de
globule rouges et 3 causes d’anémie par défaut de leur production
• Sur la base des éléments de l’hémogramme d’un patient souffrant
d’une anémie, après avoir calculé les constantes érythrocytaires,
typer l’anémie
• Proposer un traitement substitutif chez un patient qui présente une
carence martiale, ou une carence en vitamine B12
PLAN
INTRODUCTION
• Définition
• Intérêt
DIAGNOSTIC D’UNE ANEMIE
• Diagnostic positif
• Diagnostic différentiel
CLASSIFICATION DES ANEMIES
• Selon le mécanisme physiopathologique
• Selon les constantes érythrocytaires
MEDICAMENTS UTILISES DANS LES ANEMIES CARENCIELLES
CONCLUSION
INTRODUCTION
DEFINITION
L'anémie est la diminution du taux d'hémoglobine
au-dessous des valeurs de référence de l'hémogramme
pour le l’âge (enfant) ou le sexe (l'adulte) :
* < 13g/dl chez l’homme
* < 11g/dl chez la femme
* 2 g au dessous de la référence pour l’âge, chez l’enfant
* < 14g/dl chez le nouveau né
Cette définition est valable en dehors d’une hémodilution
INTRODUCTION
INTERET
• L’anémie est l’anomalie hématologique la plus fréquente
• N’est pas une « maladie » mais un « symptôme »
• Le typage d’une anémie permet une démarche étiologique
• Constantes érythrocytaire (+++) pour l’orientation étiologique
DIAGNOSTIC DES ANEMIES
DIAGNOSTIC POSITIF
SIGNES CLINIQUES
La pâleur
La symptomatologie fonctionnelle anoxique
* Asthénie, vertiges, céphalées
* Tachycardie, palpitations, souffle cardiaque, dyspnée d'effort
La symptomatologie de la mauvaise tolérance
* Défaillance neurologique, cardiaques, respiratoires
Singes de la pathologie associée
DIAGNOSTIC POSITIF
EXAMEN BIOLOGIQUES (L’HEMOGRAMME)
Baisse du taux d’hémoglobine par rapport à la valeur attendu
pour l’âge (enfant) ou le sexe(adulte)
Les autres paramètres de l’hémogramme permettrons de typer
l’anémie et d’orienter la recherche étiologique
Les autres examens complémentaires : rechercher étiologique
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
L’HEMODILLUTION
Augmentation du volume plasmatique sans variation du volume
globulaire total dont le volume est sous estimé
Circonstances de survenue
* Grossesse
* splénomégalie volumineuse (hyperaldostéronisme secondaire)
* hyperprotéinémie majeure (immunoglobuline monoclonale)
* insuffisance cardiaque, surcharge circulatoire (en réanimation)
Preuve : détermination isotopique du volume plasmatique et
globulaire total - Le VPT > 125% la normale pour le poids et la taille
CLASSIFICATION DES ANEMIES
SELON LE MECANISME PHYSIOPATHOLOGIQUE
ANEMIE PAR EXCES DE PERTES DE GLOBULES ROUGES
Hémorragie
* Aigue « massive »
* « Minime » prolongé
Hémolyse :
raccourcissement de la durée de vie des globules < 120 j :
* corpusculaire
* extra-corpusculaire
SELON LE MECANISME PHYSIOPATHOLOGIQUE
ANEMIE PAR DEFAUT DE PRODUCTION DE GLOBULES ROUGES
Insuffisance quantitative des cellules souches :
anémie isolée ou associée à d’autres cytopénies
Insuffisance qualitative de l’érythropoièse :
avortement intramédullaire (défaut de synthèse d’ADN ou d’Hb)
Trouble intrinsèque de la cellule souche :
trouble de la différenciation
ANEMIE MIXTE: EXCES DE PERTE + DEFAUT DE PRODUCTION DES GR
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
CALCUL DES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
VGM = Ht x 10 / Nb de GR : (N : 80 à 100 fl)
- microcytose si VGM < 80fl
- macrocytose si VGM > 100fl
TCMH = Hb (g/dl) x 10 / Nb de GR : (N : 27 à 32 pg)
CCMH = Hb (g/dl) x 100 / Ht : (N : 32 à 36 g / dl)
- hypochromie si CCHM < 32% et/ou TCHM < 27 pg
- pas d’hyperchromie (déshydratation des GR, rouleau GR…)
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
CLASSIFICATION SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
Anémie hypochrome microcytaire : VGM < 80 fl - CCMH < 32%
Anémie normochrome normocytaire : VGM - CCMH normaux
Anémie macrocytaire : VGM > 100 fl
Régénérative si taux de réticulocytes > 120000/mm3
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
ANEMIES HYPOCHROMES MICROCYTAIRES
LA CARENCE MARTIALE
Au début, l’organisme puise dans ses réserves (ferritine+++)
* la ferritine diminue
* l’absorption du fer et la synthèse de transférine augmentent
* la saturation de la transférine diminue
* la capacité totale de fixation de sidérophiline (CTFS) augmente
Une fois les réserves épuisées
* la concentration sérique de fer diminue
* apparait la microcytose, l’hypochromie enfin l’anémie
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
ANEMIES HYPOCHROMES MICROCYTAIRES
LA CARENCE MARTIALE
CAUSES :
* Défaut d’apport (carence)
* Augmentation non compensée des besoins (croissance, grossesse…)
* hémorragies minimes et prolongées
* Défaut d’absorption (maladie gastro-intestinale)
* Ingestion de chélateur de fer (géophagie, pica, thé…)
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
BILAN MARTIAL EN CAS D’ANEMIE PAR CARENCE FER
PARAMETRES DU BILAN MARTIAL SUJET CARENCE SUJET NORMAL
Fer sérique 10 – 30 µmol/L
Ferritinémie 10 – 300 µmol/L
Transférine 1,8 – 3 g/L
Coefficient de saturation de la 30 – 40 %
sidérophiline (CSS)
Capacité totale de fixation de la 45 – 70 µmol/L
sidérophine (CTFS)
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
ANEMIES HYPOCHROMES MICROCYTAIRES
ANEMIE INFLAMMATOIRE
Signes biologiques
* d’abord normocytaire puis microcytaire
* hyperleucocytose modérée (PNN+++) fréquente
* thrombocytose habituelle
* le fer sérique et la transférine sont diminués
* la ferritine, normale ou élevee
* présence d’un syndrome inflammatoire biologique
Causes : pathologies inflammatoires ou infectieuses chroniques
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
BILAN MARTIAL DANS L’ANEMIE INFLAMMATOIRE
PARAMETRES DU BILAN MARTIAL SUJET CARENCE SUJET NORMAL
Fer sérique 10 – 30 µmol/L
Ferritinémie 10 – 300 µmol/L
Transférine 1,8 – 3 g/L
Coefficient de saturation de la 30 – 40 %
sidérophiline (CSS)
Capacité totale de fixation de la 45 – 70 µmol/L
sidérophine (CTFS)
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
ANEMIES HYPOCHROMES MICROCYTAIRES
ANOMALIE DE SYNTHESE DE LA GLOBINE : LES THALASSEMIES
Défaut de synthèse d’une ou de plusieurs chaînes de globine
avec précipitation des chaînes non appariées en excès responsable
d’une hémolyse et d’un avortement intramédullaire.
* l’anémie est hypochrome et microcytaire peu ou arégénérative
* elle est associée à un syndrome hémolytique
* une surcharge en fer est souvent observée à des degrés variable
Diagnostic : électrophorèse de l’Hb voire un typage génétique (PCR)
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
ANEMIES HYPOCHROMES MICROCYTAIRES
ANOMALIE DE METABOLISME DU FER : ANEMIE SIDEROBLASTIQUE
Le cycle du fer est perturbé dans les mitochondries
L’absorption du fer par l'érythroblaste n'est pas diminuée
L’anémie est microcytaire hypochrome par insuffisance d’hème
* Associée à une surcharge en fer responsable d’hémochromatose
* Le fer s’accumule dans les mytochondries
* Medullogramme : hyperplasie érythroblastique
* Coloration de Perles : sidéroblastes en couronnes
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
ANEMIES NORMOCHROMES NORMOCYTAIRES REGENERATIVES
LES HÉMORRAGIES
Contexte évocateur, évident si l’hémorragie est extériorisée
L’HÉMOLYSE
Signes biologiques d’hémolyse :
* Hb plasmatique libre (plasma rosé),
* bilirubine libre (plasma jaune),
* LDH élevée, Haptoglobine effondré
* surcharge marial à des degrés variable
L’origine peut être corpusculaire ou extracorpusculaire
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
ANEMIES NORMOCHROMES NORMOCYTAIRES AREGENERATIVES
Nécessitent souvent d’effectuer un myélogramme
Moelle pauvre
* aplasie médullaire, myélofibrose
Moelle riche
* moelle envahie (leucémie, lymphome, myélome, métastases)
* érythroblastopénie (parvovirus B19 +++)
* syndrome myélodysplasique :
- cytopénies périphériques contrastant avec une moelle riche
- dysplasies cellulaires +++
SELON LES CONSTANTES ERYTHROCYTAIRES
ANEMIES MACROCYTAIRES
Elles sont toujours d’origine centrale (myelogramme)
Dysmyelopoièse (carences en folates ou vitamine B12) :
* macrocytose importante
* moelle riche, bleue, avec un asynchronisme de maturation
nucleocytoplasmique de la lignee rouge + lignée granuleuse
* taux de folates et la vitaminémie B12 effondrés
Autres causes : syndromes myélodysplasiques, alcoolisme…
MEDICAMENTS UTILISES DANS LE TRAITEMENT
DES ANEMIES CARENTIELLES
LE FER
STRUCTURE
Le fer est un minéral qui existe sous deux états d’oxydation :
- la forme réduite : le fer ferreux (Fe2+)
- la forme oxydée : le fer ferrique (Fe3+)
Faiblement soluble au pH physiologique, surtout le Fe3+
- Ceci rend son élimination difficile
- Risque de surcharge prolongée s’il est apporté en excès
LE FER
FONCTIONS
Rôle essentiel dans de nombreuses fonctions biologiques.
- transport de l’oxygène par l’hémoglobine (incorporé dans l’hème)
- synthèse de l’ADN (coenzyme de la ribonucléotide réductase)
- activité d’oxydoréduction de nombreuses enzymes (mitochondrie)
Potentiellement dangereux lorsqu’il est en excès
- Réactions d’oxydo-reduction génération de radicaux libres
LE FER
Absorption intestinale du fer au niveau de l’enterocyte
LE FER
SUJET NORMAL SUJET TRAITÉ PAR FER ORAL PROLONGÉ
LE FER
LE FER
TRAITEMENT PAR VOIE ORALE
• Dose quotidienne en fer métal :
- Chez l’adulte : 3 à 5 mg/kg/j
- Chez l’enfant : 6 à 10 mg/kg/j
• Durée : 3 – 4 mois, jusqu’à normalisation de la ferritinémie
• En prise fractionnée loin des repas
• L’alimentation diminue le coefficient d’absorption du fer
• La vitamine C améliore le coefficient d’absorption du fer
LE FER
PAR VOIE INTRAVEINEUSE :
* malabsorption digestive
* d’intolérance digestive
* non-adhérence au traitement per os
• Dose : 2 à 4 mg/kg de fer/semaine pendant 4 à 12sem
- Vénofer * : 100 mg/5 mL
- hydroxyde ferrique entouré de saccharose
LE FER
PRINCIPAUX EFFETS INDÉSIRABLES
• Troubles digestifs
• Coloration noire des selles
• Noircissement des dents
• Réactions allergiques (surtout par voie injectable)
LA VITAMINE B12
STRUCTURE CHIMIQUE DE LA VIT B12
Proteine hydrosoluble avec :
- un noyau tétrapyrolique
- un atome de cobalt
- un nucléotide relié à Co
- une partie variable reliée au Co (X)
LA VITAMINE B12
STRUCTURE CHIMIQUE DE LA VIT B12
La cyanocobalamine (X = CN) - utilisée en thérapie
l’hydroxocobalamine (X = OH) – forme inactive cytoplasmique
La méthylcobalamine (X = CH3) – forme active cytoplasmique
5’désoxyadenosylcobalamine (X = 5’dAd) : active mitochondriale
LA VITAMINE B12
FONCTIONS DE LA VITAMINE B12
• Vit B12 nécessaire à la synthèse d’ADN
• Sa carence perturbe de la phase S du cycle cellulaire.
Altération des tissus à prolifération rapide :
Un retard à la maturation du noyau
asynchronisme de maturation nucléocytoplasmique
une diminution du nombre des mitoses
avortement intramédullaire (cytopénies)
DIGESTION ET ABSORPTION INTESTINALE DE LA VIT B12
LA VITAMINE B12
EFFETS METABOLIQUES DES COBALAMINES
Rôle de coenzyme dans le transfert de radicaux monocarbonés.
indispensable à la formation des acides nucléiques (ADN+++)
LA VITAMINE B12
LA VITAMINE B12
TRAITEMENT INJECTABLE IM
• Dose charge : de 1000 μg de vit B12 par jour pendant 1 sem
• Puis 1000 μg par semaine pendant un mois
• Puis 1000 μg mensuelle jusqu’à la correction de la cause
TRAITEMENT PER OS
• Efficacité très lente comparée à la voie IM
• Échecs dans la maladie de biermer (anticorps anti FI et ACPG)
DUREE : Fonction de l’étiologie / traitement à vie si biermer
LA VITAMINE B12
SURVEILLANCE
• Crise réticulocytaire entre le 7ème et 10ème jour
• Normalisation du taux des GB et PLQ entre le 3ème et 10ème jour
• Normalisation du taux d’hémoglobine à 1 mois
• Amélioration des autres lésions durant le 2ème mois
• Troubles neurologiques peuvent persister pendant plusieurs années
ACIDE FOLIQUE
STRUCTURE
- L’acide pteroique
- acide paraaminobenzoïque (PABA)
- molécule d’acide glutamique
ACIDE FOLIQUE
STRUCTURE
Formes actives sont les formes réduites
- l’acide dihydrofolique (DHF)
- l’acide tétrahydrofolique (THF)
- les dérivés méthylés ou formylés de THF
FONCTIONS : idem Vit B12
ACIDE FOLIQUE
PRESENTATIONS
ACIDE FOLIQUE
DOSE :
• Par voie orale : 10mg/j pendant 2 à 3 mois
• Par voie Injectable : : 5 mg/jour IV ou IM
• Cas des anémies mégaloblastiques iatrogènes
- Enfant : 5 mg tous les 2 à 4 jrs
- Adulte : 50 mg par sem
CONCLUSION
• Toute anémie nécessite d’être typée en vue d’envisager une
démarche diagnostique étiologique
• Importance des constantes érythrocytaires qui constituent
la clé de cette classification
• Rien n’est figé !!! On ne traite pas que des chiffres,
plusieurs facteurs peuvent être source de confusion
• Toujours associer un traitement étiologique !!!