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LE CANCER DE LA LANGUE :
SIGNES, DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT
Prof. Ag. ADAM S.
Objectifs
1- Donner la définition du cancer de la langue
2- Décrire 3 signes physiques du cancer de la langue
3- Enumérer 4 signes facteurs favorisants du cancer de la langue
4- Opposer le carcinome des maxillaires à deux affections
5- Enoncer les principes du traitement du cancer de la langue
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Plan
Introduction
1-Généralités
2- Signes
3- Diagnostic
4- Traitement
Conclusion
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Définition
Le cancer de la langue est une prolifération cellulaire maligne, primitive ou
secondaire, développée aux dépens des tissus de la langue.
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Intérêt
Double :
1- Epidémiologique : - Le plus fréquent des cancers de la cavité buccale
- 35 % (Lomé), 24 % OUOBA (Ouaga), 24 % TMF AKA (Abidjan)
- Sujet sexe masculin > 50 ans, 93 % (Lomé)
2- Pronostique : - favorable si Dc et traitement précoces sur lésions précancéreuses
- redoutable au stade tardif
- du fait de sa forte lymphophilie, son évolution est redoutable 6
Anatomie
Coupe frontale de la cavité buccale en Coupe en vue latérale de la cavité buccale
arrière de la 1re molaire
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Anatomie
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Anatomie
Haut
Arrière
Drainage lymphatique de la langue
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Anatomie
Vue antérieure de la cavité buccale
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Physiologie
- Organe du goût
- Elocution
- Mastication
- Déglutition
== > Altération rapide de ces fonctions en cas de lésion de la langue
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Etiopathogénie
Facteurs de risque :
- Tabac
- Alcool
- Mauvaise hygiène bucco-dentaire Triade de HUET
- Irritations gingivo-dentaires chroniques
- Agents viraux (HPV-16 & 18)
- Certaines avitaminoses (C, B, A)
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Etiopathogénie
Lésions précancéreuses : 2 groupes
- À transformation maligne obligatoire
- À transformation maligne non obligatoire
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Etiopathogénie
Lésions précancéreuses à transformation maligne obligatoire
Maladie de Bowen : véritable carcinome « in situ » (taches
rouges, rondes polylobées)
Erythroplasie de QUEYRAT : dégénère dans 80 % (plaques
rouges polycycliques sur muqueuse saine)
Papillomatose orale floride : lésions villeuses (de plus en plus
rencontrée sujets jeunes, en rapport avec la sexualité orale)
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Etiopathogénie
Lésions précancéreuses à transformation maligne non
obligatoire
Lichen plan atrophique et érosif
Candidose buccale chronique
Leucoplasies ou leucokératoses
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TDD : CARCINOME DU BORD MARGINAL
DE LA LANGUE MOBILE
Signes cliniques : Stade de début
C’est à ce stade que le diagnostic doit être fait pour améliorer
le pronostic de ces cancers
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Signes cliniques : Signes fonctionnels
- Glossodynie : Douleur, sensibilité, brûlure de la langue, à l’alimentation
- Maladresse linguale localisée
- Parfois prothèse dentaire jusque-là satisfaisante, devient pénible à porter
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Signes cliniques : Signes généraux
- Asthénie : sensation de fatigue
- Anorexie : perte d’appetit
- Amaigrissement : perte de poids > 10 % du poids corporel
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Signes physiques : exo-buccal
Inspection
- Aspect cutané normal ou infiltré
Palpation
- Adénopathies dures, mobiles, indolores, roulant sous les doigts (sous maxillaires)
== > résultats consignés sur un schéma clinique daté et signé
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Signes physiques : endo-buccal +++
Inspection
- Ulcération de la muqueuse linguale : bords irréguliers, surélevés, fond sanieux ou blanchâtre
Palpation (langue et tumeur)
- Induration (signe essentiel) : dépassant les limites de l’ulcération
- Tumeur saignant au contact
- Vermiothes de Virchow : boyaux de matière néoplasique 21
Signes cliniques : Stade avancé
C’est malheureusement à ce stade que nos patients nous arrivent en
consultation, après échec de la prise en charge chez les tradithérapeutes.
Tous les signes sont constitués, et le diagnostic ne fait plus aucun doute
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Signes cliniques : Signes fonctionnels
- Stomatorragie
- Ankyloglossie douloureuse
- Difficultés masticatoires
- Odynophagie
- Otalgie réflexe
- Halitose
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Signes cliniques : Signes généraux
- Asthénie intense : sensation de fatigue intense
- Anorexie : perte d’appetit
- Amaigrissement : perte de poids > 10 % du poids corporel
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Signes physiques : exo-buccal
Inspection
- Infiltration cutanée en regard
Palpation
- Volumineuses adénopathies bilatérales, fixées, douloureuses, pseudo-fluctuantes par
endroit (sous-mentales, sous-maxillaires, jugulo-carotidiennes)
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Signes physiques : endo-buccal +++
Inspection
- Volumineuse tumeur ulcéro-bourgeonnante : bords anfractueux, déchiquetés,
éversés, fond sanieux
Palpation (langue et tumeur)
- Tumeur à base indurée débordante
- Tumeur saignant au contact
- Tumeur envahissant plancher buccal, oropharynx 26
Résumé des 6 principaux signes cliniques
1- Tumeur bourgeonnante, à bords irréguliers, fond sanieux, saignant contact
2- Tumeur indurée, avec une induration dépassant les limites de l’ulcération
3- Adénopathies dures, mobiles et indolores au début, fixées, douloureuses et
pseudo-fluctuantes à une phase avancée
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Signes paracliniques : histologie
Examen anatomopathologique
-Pièce opératoire
-Biopsies
== > Confirme le diagnostic dans 99, 5 %
Microscopiquement
- Carcinome épidermoïde : 95 %
- Adénocarcinome
- Carcinome adénoïde
- Sarcome 5%
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Signes paracliniques : histologie
Biopsie : geste chirurgical de grande valeur
-À réaliser par le chirurgien qui fera le geste définitif
-En dehors de toute surfinfection
-Doit précéder de peu le geste chirurgical curatif
-À cheval sur la tumeur et la zone saine
-Doit être suffisamment profonde, multifocale, et comporter plusieurs carottes
-Doit être plongée dans le liquide de Bouin, ou formol à 10 %
Immuno-histochimie : complète le diagnostic et oriente une éventuelle chimiothérapie
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Evolution
- Vu et traité tôt : Evolution favorable
- En l’absence de traitement, ou traité tardivement ou prise en charge incomplète :
Extension tumorale locale, puis extension régionale et à distance vers les organes
cibles que sont : poumons, foie, os
== > imposant ainsi un bilan d’extension
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Bilan d’extension : clinique
- Examen Stomatologique complet : palper bi-digital de la tumeur linguale, palper de cavité
buccale, plancher buccal, oropharynx, gencives, aires ganglionnaires (sous-mentales,
sous-maxillaires, sous-digastriques, parotidiennes, sous-omo-hyoïdiens, jugulo-
carotidiennes)
- Examen ORL : rhinoscopie, otoscopie, laryngoscopie indirecte
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Bilan d’extension : paraclinique
- Extension locale : Radiographies (OPT, Face basse, Défilés, TDM), pour les
formes à extension mandibulaire
- Extension régionale : Panendoscopie des voies aérodigestives supérieures
(FOG, fibroscopie bronchique, LDS), == > 2 ème localisation dans VADS
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Bilan d’extension : paraclinique à distance
- Radiographie des poumons : images en « lacher de ballons »
- Echographie abdominale, hépatique : métastases digestives (foie, abdomen)
- Scanner TAP
- TEP-Scanner
- Scintigraphie osseuse : métastases osseuses
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Bilan de rétentissement
- Hémogramme : Anémie, thrombopénies
- Hémostase (TP, TCA, Fibrinémie) : Troubles de l’hémostase
- Bilan rénal : Urémie, Créatininémie, Glycémie
- Bilan nutritionnel : Protidémie
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Classification TNM UICC
- N2a : 1 seul gg homolat 3-6 cm
- T0 : absence de tumeur
- N2b : plusieurs gg homolat < 6 cm
- T1 : Tumeur < 2 cm
- N2c : plusieurs gg controlat < 6 cm
- T2 : Tumeur de 2-4 cm
- N3 : 1 seul gg > 6 cm
- T3 : Tumeur > 4 cm ou dépassant la
ligne médiane
- T4 : Tumeur étendue aux structures - M0 : Absence de métastase à distance
voisines - M1: Métastases à distance
- N0 : absence d’ADP
- N1 : 1 seul gg homolatéral < 3 cm
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Classification TNM UICC et Stadification
Stade 0 : Carcinome « in situ »
Stade 1 : Carcinome localement avancé
Stade 2 : Envahissement des structures de voisinage
Stade 3 : Métastases ganglionnaires
Stade 4 : Métastases à distance
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Formes cliniques
1- Formes topographiques
2- Formes anatomo-pathologiques
3- Formes évolutives
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Formes cliniques : Topographiques
Cancer de la pointe de langue
- Rare, diagnostic facile
- Adénopathies sub-mentales et sub-mandibulaires bilatérales
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Formes cliniques : Topographiques
Cancer de la base de langue
Diagnostic souvent tardif, car invisible et évoluant à bas bruit, très lymphophile
SF évocateurs, mais tardifs :
- Dysphagie
- Dysphonie
- Odynophagie
- Ankyloglossie douloureuse
- Stomatorragie
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Formes cliniques : Topographiques
Cancer de la base de langue
Diagnostic souvent tardif, car invisible et évoluant à bas bruit, très lymphophile
SP :
- Nodule profond
- Lésion ulcéro-bourgeonnante
- ADP sous-digastrique de KUTTNER bilatérales
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Formes cliniques : Topographiques
Cancer pelvi-lingual (face ventrale)
- Forme fissuraire « en feuillets de livre »
- Très envahissant, risque de submandibulite
- ADP sub-mandibulaires bilatérales
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Formes cliniques : Anatomopathologiques
Formes macroscopiques
- Nodulaires
- Infiltrantes
- Fissuraires
- Bourgeonnantes ou végétantes
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Formes cliniques : Anatomopathologiques
Formes microscopiques
- Carcinomes épidermoïde (95 %)
- Adénocarcinomes
- Carcinomes adénoïdes kystiques
- Sarcomes (5 %)
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Formes cliniques : évolutives
- Formes compliquées
Hémorragie
Volumineuse tumeur envahissant structures de voisinage
ADP fixées, douloureuses
Métastases à distance
NB : Stade où les patients nous arrivent dans notre contexte, après errement Thérap.
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Diagnostic positif : faisceau d’arguments
1- Anamnestiques : suspecté chez Hoe > 50 ans, OH+, Tabac+, MHBD, Ulcération
linguale qui ne cicatrise pas depuis plus de 3 semaines sans cause apparente
2- Cliniques : évoqué devant
- Ulcération bords irréguliers, éversés, fond sanieux, saignant au contact,
- Reposant sur base indurée
- Avec des adénopathies constantes, dures, mobiles et indolores au début
3- Histologiques : confirmé par l’histologie (biopsie ou pièce opératoire) : nature
cancéreuse et type histologique
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Diagnostic différentiel
Devant toute ulcération linguale chronique en pratique quotidienne, il faut penser à un cancer,
jusqu’à preuve histologique du contraire. Toutefois on éliminera :
1- Ulcération traumatique (prothèse dentaire mal adaptée, abrasion dentaire) : bords nets, base
non indurée, fond lisse et jaunâtre, ne saigne pas au contact, cicatrisation en 10-15 j à l’arrêt de
la cause
2- Aphte douloureux : ulcération succède à vésicule, bords nets, base non indurée, ne saigne pas
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Diagnostic différentiel
3- Ulcération syphilitique : Ulcération taillée à pic, bords réguliers fond lisse, propre,
« couleur chair », jambon cru, induration limité au chancre, ADP taille inégales,
indolores, notion de contage, DC : TPHA-VDRL, examen direct
4- Ulcération tuberculeuse : Ulcération peu creusante, à bords minces décollés, à fond
granuleux, base non indurée, ne saigne pas au contact, sensible
Notion de contage, DC : Crachats BAAR (Bacilles de KOCH), IDR tuberculine 47
Traitement : but
- Exérèse carcinologique de la tumeur et ses aires ganglionnaires
- Restaurer l’anatomie et les fonctions compromises et l’esthétique
- Eviter les complications et les récidives
- Soulager le patient
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Traitement : Moyens et méthodes
- Préventifs
- Curatifs
- Adjuvants
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Traitement : Moyens et méthodes
Préventifs
- Eviction des facteurs de risque : OH, Tabac, Soins et réhabilitation dentaire
corrects
- Dépistage, surveillance et traitement précoce des lésions suspectes
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Traitement : Moyens et méthodes
Curatifs
- Chirurgie sur T et N
- Radiothérapie
- Chimiothérapie
- Immunothérapie
- Thérapies ciblées
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Traitement : Moyens et méthodes
Curatifs
Chirurgie :
sur T : résection osseuse non interruptrice, ou interruptrice + Reconstruction
sur N : curage sélectif (technique gg sentinelle), fonctionnel, radical
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Traitement : Moyens et méthodes
Curatifs
Chirurgie sur T :
- Exérèse marges 15 mm
- ½ Glossectomie, glossectomie subtotale, glossectomie totale
- ½ Glosso-pelvectomie « Pull through
- BPTM
- Reconstruction
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Traitement : Moyens et méthodes
Chirurgie sur T :
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Traitement : Moyens et méthodes
Chirurgie sur T :
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Traitement : Moyens et méthodes
Chirurgie sur T :
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Traitement : Moyens et méthodes
Chirurgie sur T :
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Traitement : Moyens et méthodes
Chirurgie sur T :
58
Traitement : Moyens et méthodes
Chirurgie sur T :
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Traitement : Moyens et méthodes
Chirurgie sur N : Lymphadénectomie ou curage ganglionnaire
- Cervicale conservatrice
- Cervicale radicale
- Sélective : guidée par la technique du gg sentinelle, surveillée par la gamma-caméra
- Triangulaire : submentale, submandibulaire, subdigastrique, subomohyoïdien
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Traitement : Moyens et méthodes
Chirurgie sur N : Lymphadénectomie ou curage ganglionnaire
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Traitement : Moyens et méthodes
Curatifs
Radiothérapie :
Téléradiothérapie ou radiothérapie externe : 60 – 70 grays sur T
Curiethérapie ou radiothérapie interne
== > précédée de la mise en état de la cavité buccale et protection fluorée pour éviter l’ostéo-
radionécrose, odonto-radionécrose 62
Traitement : Moyens et méthodes
Curatifs
Chimiothérapie : Néo-adjuvante ou chimio-induction, adjuvante ou complémentaire
- 5-FU
- Cis-platine
- Bléomycine
- Méthotrexate
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Traitement : Moyens et méthodes
Curatifs
- Immunothérapie
- Thérapies ciblées
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Traitement : Moyens et méthodes
- Adjuvants :
- Antibiotiques
- Antalgiques : palier 2 ou 3
- Soins locaux
- Psychothérapie
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-
Traitement : Indications
Les indications seront discutées en RCP:
- Stade 0 ou carcinome in situ : Biopsie- exérèse
- Stade 1 : Exérèse marge 15 mm + Curage +/- radiothérapie
- Stade 2 : Glossectomie partielle + Curage totale conservateur +/- RX+/- Chimioth
- Stade 3 : Glossectomie totale + Curage radical +/- Reconstruction
- Stade 4 : Chirurgie en sandwich (Chimio néoadj + Chir + Radioth) 66
Traitement : Indications
Les indications seront discutées en RCP:
- Si douleurs : Antalgiques
- Si infection : ATB, soins locaux
- Dans tous les cas : Psychothérapie
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Traitement : Résultats
Difficiles à apprécier dans notre contexte du fait de :
- Stade très avancé
- Chimiothérapie très onéreuse (accessibilité financière limitée) , donc non observance du
traitement
- Plateau technique limité (examen extemporané quasi-impossible)
- Evasion des patients, non retour aux contrôles
Si diagnostic précoce et traitement adapté : bons résultats
Si diagnostic tardif : résultats mauvais 68
Traitement : Surveillance
- Clinique : tous les 3 mois 1 an, tous les 6 mois 5 ans, tous les ans 10 ans
- Radiologique :
- Après radiothérapie : surveillance de la protection fluorée (Ostéoradionécrose,
odontoradionécrose)
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Traitement : Pronostic
- T1 – T2 : Meilleur pronostic
- T4 : Mauvais pronostic
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Résumé général
- Cancer de l’homme de plus de 50 ans alcoolo-tabagique
- Diagnostic évoqué devant la clinique, confirmé par l’histologie
- Traitement pluri-disciplinaire, mais essentiellement chirurgical, complété avantageusement par la chimiothérapie et
la radiothérapie
- Pronostic sombre dans nos pays où les patients consultent tard, à un stade avancé, après un errement chez les
tradipraticiens, avec les problèmes déjà propres aux pays en développement (difficultés financières, plateau
technique insuffisant.
== > Ce qui fait que nous voyons les patients sans grand espoir de les guérir . Ainsi nous dirons en guise de :71
Conclusion
« Tous ceux que nous ne pouvons plus guérir, faisons en sorte qu’ils
atteignent le bout de la route, sans être écrasés par le poids de leurs
souffrances, et sans rien perdre de leur dignité »
J. AMIEL
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