Annales de Géographie
L'habitation rurale des indigènes de l'Algérie
Augustin Bernard, Edmond Doutté
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Bernard Augustin, Doutté Edmond. L'habitation rurale des indigènes de l'Algérie. In: Annales de Géographie, t. 26, n°141, 1917. pp.
219-228;
doi : https://doi.org/10.3406/geo.1917.8629
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Augustin Bernard (1856-1907) était un ethnographe et un sociologue français connu pour ses
travaux sur l'Algérie. Il a notamment étudié les coutumes, les traditions et les modes de vie
des populations indigènes de l'Algérie à la fin du XIXe siècle. Ses recherches ont contribué à
une meilleure compréhension de la société algérienne de l'époque coloniale.
**L'HABITATION RURALE DES INDIGÈNES DE L'ALGÉRIE**
Cet article examine les divers types d'habitations rurales en Algérie, mettant en lumière leur lien étroit avec les conditions géographiques et
historiques ainsi qu'avec le mode de vie des populations locales. Deux catégories principales d'habitats sont identifiées : les habitations
mobiles, telles que les tentes, et les habitations fixes, comprenant notamment les "gourbis" et les maisons. La distinction entre ces types
d'habitats peut se faire en fonction du type de couverture utilisée : végétale pour les gourbis et tuiles ou terrasse pour les maisons.
Cependant, la frontière entre ces catégories n'est pas toujours claire, et de nombreuses formes intermédiaires existent. De plus, la mobilité
des tentes et la fixité des habitations fixes peuvent varier selon les régions et les communautés. Les populations indigènes de l'Algérie peuvent
être à la fois nomades et sédentaires, avec des degrés variables de mobilité et de stabilité.
L'article pose également des questions sur la répartition géographique des différentes catégories d'habitats, les causes de cette répartition et
les tendances en matière de remplacement des types d'habitations. Une enquête commandée par le gouverneur général de l'Algérie en 1911
visait à répondre à ces questions, soulignant l'importance théorique et pratique de comprendre les modes d'habitation des populations
indigènes.
Cet extrait présente une analyse statistique de l'habitation indigène en Algérie du Nord, accompagnée d'une discussion sur la répartition
géographique des différentes formes d'habitations, notamment les tentes.
La statistique révèle que les tentes occupent une superficie considérablement plus grande que les gourbis et les maisons. Cependant,
malgré cette étendue, les régions où les tentes sont prédominantes sont moins peuplées en raison de la nature nomade de la population.
Les tentes sont principalement présentes dans le Sahara et les steppes, mais elles s'étendent également dans certaines parties du Tell,
notamment vers l'Ouest d'Oran et la vallée de la Mina.
L'analyse des causes géographiques et historiques de cette répartition suggère que les tentes se trouvent principalement là où il y a peu de
précipitations et où il n'y a pas d'obstacles montagneux importants. De plus, leur présence est associée à des régions spécifiques, telles que
la région zénète-arabe.
L'article note également que le recul des tentes est lié au déclin du nomadisme et à la reprise de la culture dans les zones mixtes.
L'abandon des tentes, observé dans certaines régions, peut résulter de la diminution du cheptel et des terrains de parcours, entre autres
facteurs.
En résumé, cette analyse met en évidence la répartition géographique des différentes formes d'habitations en Algérie du Nord, ainsi que
les facteurs qui influent sur cette répartition et son évolution au fil du temps.
Cet extrait aborde la transition des habitations indigènes en Algérie, influencée à la fois par des facteurs historiques et coloniaux.
La colonisation française a entraîné une sédentarisation accrue de la population autochtone, avec la création de propriétés
individuelles, la limitation des terrains de parcours et l'établissement de centres de colonisation. Cependant, cette évolution a été
variable selon les régions.
L'auteur souligne qu'il ne faut pas établir une hiérarchie stricte entre la tente, le gourbi et la maison. Alors que le remplacement de
la tente par la maison est considéré comme un progrès, ce n'est pas nécessairement le cas lorsque le gourbi prend la place de la
tente. De plus, historiquement, la tente n'est pas nécessairement plus ancienne que d'autres formes d'habitation, telles que les
habitations dans les grottes ou les kalaás.
Concernant les gourbis, ils représentent l'habitation typique du paysan sédentaire en Algérie. Contrairement aux tentes, il existe
de nombreuses variations de gourbis en fonction des matériaux utilisés. Cependant, la notion de gourbi est associée à celle d'une
habitation modeste, voire misérable. La prédominance des gourbis dans certaines régions du Tell est justifiée par des facteurs
géographiques tels que le caractère montagneux et forestier du littoral, rendant les terrains de parcours difficiles voire impossibles
pour les nomades.
En résumé, cet extrait met en lumière l'évolution des habitations indigènes en Algérie, influencée par des facteurs historiques,
géographiques et économiques, tout en soulignant la diversité des formes d'habitations et les perceptions associées à celles-ci.
Cet extrait examine les caractéristiques de la maison à terrasse et de la maison à toits de tuiles en Algérie, ainsi que
leurs évolutions historiques et géographiques.
La maison à terrasse, considérée comme originaire du Sahara, est décrite comme atteignant sa perfection dans des
régions telles que le Djerid, le Mzab et le Sud Marocain. Elle se distingue par son adaptation au climat, avec des
inclinaisons de terrasse pour l'écoulement des eaux et l'ajout de gouttières en bois. L'auteur mentionne également
l'ancrage de bois dans l'Aurès, suggérant des influences civilisationnelles variées sur l'architecture locale.
En revanche, la maison à toits de tuiles est moins répandue et se trouve principalement dans certaines parties de la
Kabylie, notamment dans les régions du Djurdjura et des Babors. Contrairement à la maison à terrasse, elle n'évolue
que peu, car elle est considérée comme réalisant déjà la perfection d'un type d'habitation original et achevé en son
genre. Les habitants de ces maisons ont moins d'intérêt à les remplacer par des constructions plus modernes.
En résumé, cet extrait met en lumière les différences entre la maison à terrasse et la maison à toits de tuiles en
Algérie, ainsi que leurs contextes géographiques et historiques respectifs .
Cet extrait examine la prédominance de la maison à terrasse comme forme d'habitation dans le Sud algérien,
ainsi que les différences régionales dans son utilisation.
La maison à terrasse est décrite comme étant le type d'habitation normal et universel dans les ksour et villages
du Sud algérien, ainsi que dans le Sud tunisien et marocain. Ses caractéristiques fondamentales sont similaires
d'un endroit à l'autre, bien qu'il puisse exister des variations régionales. Par exemple, dans le Tell, on retrouve
des maisons à terrasses dans certaines régions du Djurdjura, du Dahra et de la province d'Oran.
L'auteur souligne que, historiquement, la maison à terrasse est probablement plus ancienne que la maison à toit
de tuiles, et possède un caractère plus archaïque. Dans certaines régions, comme l'Aurès et la région de Sebdou,
il existe une association entre les grottes et les maisons à terrasses.
Quant à la raison de la persistance de la maison à terrasse dans certaines régions, malgré la présence de la
maison à toit de tuiles, elle est attribuée à des facteurs tels que le coût moindre de construction et la difficulté
d'accès aux matériaux de construction, comme les tuiles. De plus, dans certaines régions kabyles, où la terrasse
est commune, la fabrication de tuiles ou de poterie semble absente ou limitée en raison du manque d'argile
appropriée.
En résumé, cet extrait met en lumière l'importance de la maison à terrasse comme forme d'habitation dans le
Sud algérien, tout en explorant les facteurs historiques et économiques qui influent sur sa prévalence et son
évolution régionale.
Cet extrait explore la transition des habitations indigènes vers des modèles plus européens en Algérie, notamment
l'évolution vers les maisons à toit de tuiles et les maisons dites "à l'européenne".
La maison à toit de tuiles est présentée comme représentant un type d'habitation plus avancé et plus évolué que la
maison à terrasse. Bien que certains aient avancé l'idée que l'usage des tuiles aurait été transmis par les Romains,
l'art de la poterie et la fabrication de tuiles semblent être anciens en Kabylie. La maison à toit de tuiles gagne du
terrain et tend à se répandre, adoptant une physionomie européenne dans les villages kabyles.
Les maisons dites "à l'européenne" remplacent progressivement les tentes et les habitations indigènes dans
certaines régions. Cette transition est motivée par plusieurs facteurs contradictoires. D'une part, les indigènes aisés
cherchent le confort et le bien-être en abandonnant les tentes pour des maisons plus modernes. D'autre part, de
nombreux cultivateurs indigènes, appauvris par des cessions imprudentes de terres, abandonnent le nomadisme et
se sédentarisent, n'ayant plus de raison de se déplacer. Cette évolution est remarquable dans des régions comme
les communes mixtes de Palestro, de Taher, d'Azeffoun et d'Akbou.
En résumé, cet extrait met en évidence le processus de transition des habitations indigènes vers des modèles plus
européens en Algérie, en soulignant les facteurs sociaux, économiques et culturels qui influencent
cette évolution.
Cet extrait traite de l'évolution des habitations rurales en Algérie, notamment la prédominance des maisons à toit de tuiles et des
maisons dites "à l'européenne" dans certaines régions.
Les maisons à toit de tuiles sont présentées comme représentant un type d'habitation plus avancé et évolué que la maison à terrasse.
Bien que certains aient suggéré que l'usage des tuiles avait été transmis aux indigènes par les Romains, l'art de la poterie et de la
fabrication de tuiles semblent remonter à une haute antiquité en Kabylie. Contrairement aux maisons à terrasse, les maisons à toit de
tuiles gagnent du terrain et progressent vers un modèle plus européen. Elles se répandent autour de la Kabylie et même dans toute
l'Algérie, avec des progrès rapides et remarquables dans certaines régions telles que les communes mixtes de Palestro, de Taher,
d'Azeffoun et d'Akbou.
En outre, l'extrait aborde le remplacement des tentes et des habitations indigènes par des maisons dites "à l'européenne" dans certaines
régions. Cette transition est attribuée à deux causes contraires : d'une part, les indigènes aisés abandonnent les tentes pour des maisons
plus confortables et modernes, tandis que d'autre part, de nombreux cultivateurs indigènes appauvris par la perte de terres abandonnent
le nomadisme et se sédentarisent, se cantonnant sur une parcelle de terre.
En résumé, cet extrait met en lumière les changements significatifs dans les modes d'habitation en Algérie, illustrant la transition vers des
modèles plus modernes et européens, tout en soulignant les facteurs sociaux et économiques qui motivent cette évolution.
Une "maison à l'européenne" se caractérise par l'utilisation de matériaux européens tels que la chaux, le ciment, les fers à T,
le bois de construction importé, ainsi que des méthodes de construction influencées par les pratiques européennes. Elle offre
un niveau de confort inconnu dans les habitations rurales indigènes traditionnelles, comme la présence d'une cheminée. Ce
type de construction est souvent observé autour des agglomérations européennes, mais on le trouve également dans d'autres
régions, bien que de manière moins répandue. Ces maisons à l'européenne sont considérées comme des symboles de
modernisation et leur nombre tend à augmenter, bien qu'elles demeurent souvent minoritaires par rapport aux autres types
d'habitations.
La situation des indigènes dans les territoires de colonisation est variée. Dans certains cas, les indigènes sont logés dans les
maisons européennes des centres de colonisation, souvent parce qu'ils sont moins résistants et ont été absorbés par la
colonisation européenne, comme cela se produit dans une grande partie du département d'Oran. Dans d'autres régions,
notamment en Kabylie, ce sont les indigènes qui prennent la place des colons européens dans les maisons construites par ou
pour ces derniers. Il existe également des initiatives administratives visant à recaser les populations indigènes, comme la
création de villages indigènes dans certaines communes du département d'Oran. Enfin, de nombreux indigènes travaillent
comme domestiques ou valets de ferme dans les exploitations européennes, où ils habitent souvent de manière permanente
aux côtés des propriétaires.
Une "maison à l'européenne" se caractérise par l'utilisation de matériaux européens tels que la chaux, le ciment, les fers à T,
le bois de construction importé, ainsi que des méthodes de construction influencées par les pratiques européennes. Elle offre
un niveau de confort inconnu dans les habitations rurales indigènes traditionnelles, comme la présence d'une cheminée.
Ce mouvement de construction est principalement observé autour des agglomérations européennes, bien que des
constructions de ce type soient également signalées dans d'autres régions, même si elles sont moins fréquentes. Ces
constructions à l'européenne sont souvent considérées comme le début d'un mouvement de modernisation qui tend à
s'accélérer.
La situation des indigènes dans les territoires de colonisation est complexe et variée. Dans certaines régions, les indigènes
sont logés dans les maisons européennes des centres de colonisation, souvent parce qu'ils ont été absorbés par la
colonisation européenne. Cependant, dans d'autres régions, notamment en Kabylie, ce sont les indigènes qui absorbent la
colonisation et prennent sa place, en habitant par exemple des maisons construites par ou pour des colons. Dans certaines
communes du département d'Oran, des villages indigènes ont été créés par une intervention administrative similaire à celle
ayant créé les villages européens, dans le cadre d'une opération de recasement. De plus, de nombreux indigènes travaillent
comme domestiques ou valets de ferme dans les exploitations européennes, où ils habitent souvent de manière permanente
auprès des propriétaires.