Chapitre IV : Les différentes
catégories du Droit subjectif
Si l’on regarde la notion du droit du point de vue
du sujet de droit on parle de droit subjectif.
Les droits subjectifs sont les prérogatives dont
peut se prévaloir une personne, sujet de droit.
Le terme subjectif est issu du mot sujet, en
d’autres termes les droits subjectifs sont les
pouvoirs reconnus à une personne qui lui
permettent de faire ou d’exiger quelque
chose. Le sujet de droit peut revendiquer des
droits qui lui sont reconnus par le droit
objectif.
Les droits subjectifs se distinguent par leur
caractère :
- Personnel ou particulier, comme ils concernent
tel ou tel individu (exemple : les commerçants)
- Concret car ils visent non pas une situation
type, mais la situation réelle d’un individu ou
d’un groupe d’individus.
Il conviendra d’étudier les titulaires des droits
subjectifs (section 1), d’en faire la classification
(section 2) et de déterminer leurs sources
(section 3).
Section 1 : Les sujets de droits subjectifs
Les personnes sont des sujets de droit, ils
jouissent de droits et d’obligations. On
distingue la personne physique et la personne
morale. La première est un individu, être
humain, tandis que la seconde est un
regroupement de personnes (société,
association) ou de biens (fondation) auquel la
loi confère une existence juridique autonome
distincte des ses membres.
A- La personne physique
Depuis l’abolition de l’esclavage, tout être humain jouit de
la personnalité juridique, c’est-à-dire l’aptitude à être
titulaire de droits et d’obligations. Le principe est que la
personne physique acquiert la personnalité juridique
dès la naissance et la perd à la mort. Ce principe de
l’acquisition de la personnalité juridique à la naissance
et sa perte à la mort connaît deux exceptions liées à des
situations particulières, à savoir l’attribution de la
personnalité avant la naissance et la présomption de
décès. La personne physique est identifiée par plusieurs
éléments dont principalement le nom et le prénom, la
nationalité et le domicile. Ces éléments d’identification
sont constatés dans les actes de l’état civil.
La capacité juridique est l’aptitude de la personne à jouir des
droits et des obligations (capacité de jouissance) d’une
part et d’exercer ses droits et assumer les obligations
résultant de ses actes (capacité d’exercice) d’autre part. La
première est la faculté d’acquérir des droits et d’assumer
des devoirs et qui est attachée à la personne dès sa
naissance et jusqu’à sa mort. La seconde est la faculté qu’a
une personne d’exercer ses droits personnels et
patrimoniaux et qui rend ses actes valides. Cette capacité
est reconnue à toutes personnes ayant atteint l’âge de la
majorité à moins qu’un motif quelconques ne lui limite ou
ne lui fasse perdre cette capacité. Il y a donc lieu de
distinguer les personnes ayant la pleine capacité d’exercice
des personnes ne jouissant pas de cette capacité ou
jouissant d’une capacité partielle.
B- La personne morale
Comme les personnes physiques, les personnes
morales sont aussi sujets de droit. La personne
morale est un groupement de personnes ou
de biens (fondation) constitué en vue de
réaliser un but déterminé et doté par le droit
d’une personnalité juridique distincte de celle
de ses membres. De la même façon qu’une
personne physique, la personne morale a des
droits et des obligations et un patrimoine
distinct de ceux de ses membres.
On regroupe les personnes morales selon deux
grandes catégories :
- Les personnes morales de droit public : qui
sont des organismes publics régis par les
règles du droit constitutionnel et du
administratif : l’Etat, les collectivités locales,
les établissements publics, l’université…
- Les personnes morales de droit privé : sont
principalement les sociétés civiles et
commerciales, les syndicats et les associations.
La catégorie des personnes morales de droit privé est dominée
par la distinction qui oppose :
- Les groupements à but non lucratif comme les associations,
les mutuelles et les syndicats ;
- Les groupements à but lucratif comme les sociétés.
Les sociétés commerciales n’acquirent pas la personnalité
morale dès la signature du contrat de société (les statuts)
mais à compter de leur immatriculation au registre du
commerce. Elle conserve sa personnalité morale jusqu’à sa
dissolution (exemple : en cas de fusion ou scission). Si la
dissolution est suivie de la liquidation de la société, par
exemple en cas de dissolution décidée par l’assemblée
générale extraordinaire ou par la justice, la personnalité
morale survie pour les besoins de liquidation.
Avec la personnalité morale, la société acquiert
une individualité propre et une capacité
juridique. On identifie une société comme
toutes personnes physique par son nom, un
domicile et une nationalité.
- La dénomination sociale : c’est un signe
d’individualisation de la société qui doit être
déterminé dans les statuts. C’est le nom sous
lequel la société est connue, elle est toujours
suivie de l’indication de la forme de la société
(S.A, SARL..).
- Le siège social : c’est le domicile de la société et qui
doit être indiqué dans les statuts. Le siège social
détermine la nationalité de la société, la compétence
territoriale du tribunal de commerce et le lieu où
doivent être faites les formalités d’immatriculation.
- La nationalité : la nationalité de la société est
déterminée selon le critère du siège social : la société
est dès ce fait soumise au droit du lieu du siège social.
La capacité de la société est limitée par le principe de la
spécialité des personnes morales. Tandis que les
personnes physiques vont organiser leur vie juridique
comme elles l’entendent, les sociétés sont créées
pour l’exercice d’une activité déterminée.
La personnalité ne leur est reconnue que dans
ce but particulier. En conséquence, une
société commerciale ne peut effectuer des
actes juridiques qui n’ont aucun rapport avec
son objet prévu dans les statuts.
Pour ce qui est de la capacité d’exercice, la
société doit nécessairement être représentée
par une ou plusieurs personnes physiques,
que l’on nomme les représentants légaux qui
vont l’engager vis-à-vis des tiers.
Section 2 : La classification des droits
subjectifs
Les droits subjectifs se caractérisent par
l’opposition entre les droits patrimoniaux et
les droits extrapatrimoniaux. Les droits
patrimoniaux sont ceux qui représentent un
élément de richesse pour leurs titulaires, c’est-
à-dire qu’ils ont une valeur estimable en
argent, alors que les droits extrapatrimoniaux
ne sont pas susceptibles d’une valeur
pécuniaire.
A - Les droits extrapatrimoniaux
Les droits extrapatrimoniaux sont des droits non
susceptibles d’une évaluation pécuniaire et
restent hors du patrimoine du titulaire. Ils
échappent au champ de l’échange, du
commerce et sont extrêmement divers.
Les catégories de droits extrapatrimoniaux :
Ils peuvent être regroupés en quatre :
- Les droits politiques : le droit de vote (qu’on ne
peut céder), droit d’association
- Les droits de l’homme, particulièrement le droit
à la vie et à la justice.
- Les droits de la famille, c’est-à-dire l’ensemble
des droits résultant de l’organisation juridique
de la famille : mariage, pension alimentaire,
autorité parentale…
- Les droits de la personnalité : le droit à
l’intégrité corporelle, le droit à l’honneur, le
droit au respect de la vie privée…
Le régime des droits extrapatrimoniaux :
Le régime juridique des droits extrapatrimoniaux
s’affirme à travers quatre principales
caractéristiques, ils sont :
- Incessibles : on ne peut pas les céder ni y renoncer
(droit de vote) ;
- Intransmissible : on ne peut pas les transmettre à
ses héritiers, ils sont attachés à la personne et
s’éteignent avec son décès, néanmoins les héritiers
conservent le droit de protéger la mémoire et la
réputation du défunt, car toute atteinte qui est
faite au défunt peut rejaillir sur ses héritiers ;
- Imprescriptibles : c’est-à-dire l’écoulement du
temps est sans effet sur les droits, ils ne
s’éteignent pas par le non usage (droit au
nom).
Les droits extrapatrimoniaux sont non
évaluables en argent, mais ils peuvent
produire des conséquences pécuniaires. C’est-
à-dire les atteintes qui leur sont faites peuvent
donner droit à un dédommagement (l’atteinte
à l’image).
B - Les droits patrimoniaux
Les droits patrimoniaux sont des droits qui ont
eux même une valeur pécuniaire et sont
directement appréciables en argent. Ils ont
une valeur d’échange et sont cessibles,
transmissibles aux héritiers et saisissables par
les créanciers. Les droits patrimoniaux
peuvent être classés selon l’objet sur lequel
porte ce droit, c’est-à-dire la chose, ou selon la
nature du rapport juridique qu’ils engagent
(droits réels, droits personnels et droits
intellectuels).
Les catégories des biens
Les biens varient à l’infini et on ne peut les appréhender
qu’à travers leurs diverses classifications. Chaque
catégorie a ses caractéristiques particulières et par voie
de conséquence son champ juridique spécifique.
La première classification concerne la distinction entre le
meuble et immeuble.*
Les immeubles : ont les définis par référence au critère
physique de fixité, c’est-à-dire les immeubles sont les
biens qui ne sont susceptibles d’être déplacées sans
détérioration. Sur le plan juridique, la catégorie des
immeubles est hétérogène et regroupe : les immeubles
par nature, les immeubles par destination, et les
immeubles par l’objet auquel ils s’appliquent.
Immeuble par nature : Il s’agit des choses non
déplaçables à savoir les fonds de terre et les
constructions, les machines ou ouvrages fixées ou
posés sur maçonnerie ou sur piliers, incorporés à
un bâtiment ou au sol, les récoltes pendantes par
les racines et les fruits des arbres non encore
cueillis.
Les immeubles par destination : Il s’agit à l’origine
de meubles par nature qui seront qualifiés
d’immeubles par destination parce qu’ils
intègrent un ensemble de biens constitué au
principale par un immeuble par nature. Il s'agit
principalement des :
- choses que le propriétaire d’un fonds y a
placées pour le service et l’exploitation de ce
fonds sans que cette affectation soit
nécessairement perpétuelle (les animaux
affectés à l’exploitation de la terre –chevaux et
vaches- les instruments aratoires et les
engrais.)
- choses que le propriétaire a attachées au fonds
à perpétuelle demeure (les glaces, les statues
et les tableaux incorporés aux murs.)
Les immeubles par l’objet auquel ils
s’appliquent : Il s'agit des droits réels
immobiliers suivants : la propriété des biens
immeubles, l'usufruit, le droit d'usage et
d'habitation, l'emphytéose, le droit de
superficie, l'antichrèse, les servitudes et les
services fonciers, les privilèges et les
hypothèques et les droits Coutumiers. En plus,
les actions judiciaires tendant à revendiquer
un immeuble sont des actions réelles
immobilières.
Les meubles : On définit les meubles par rapport
au critère physique comme étant toute chose
qui peut se déplacer d'un lieu à l'autre sans
détérioration. Toutefois, cette définition reste
incomplète au regard du droit qui distingue
entre les meubles par nature, les meubles par
anticipation, les meubles par détermination
de la loi, les choses fongibles et non fongibles
et les choses consomptibles et non
consomptibles.
• Les meubles par nature : Il s’agit des choses susceptibles
de se déplacer par leurs propres moyens (animaux) ou
d'être déplacées par une intervention extérieure tels la
table, le livre, l’avion, l’électricité et le gaz.
• Les meubles par anticipation : Il s’agit des biens
immeubles, mais qui ont vocation à devenir meubles :
récoltes, arbres destinés à être abattus. La vente de la
récolte à une personne qui va la cueillir n’est pas une
vente immobilière mais mobilière au regard de sa
destination future déterminée par le contrat.
• Les meubles par détermination de la loi : sont tous les
droits et actions qui ne portent pas sur des immeubles.
Ces droits incorporels sont qualifiés de meubles par la loi
tel le fond de commerce, les parts sociales et les actions
d'une société.**
• Les choses fongibles sont celles qui existent en multiples
exemplaires et qui peuvent se substituer les unes aux autres.
Elles sont indistinctes et n'ont pas d'individualité propre
comme les pièces de monnaies, le blé et les journaux.
• Les choses non fongibles (dits également choses
déterminées) se caractérisent par leur individualité et ne se
confondent pas dans les autres choses mêmes les plus
proches tels le fonds de terre, les animaux et les tableaux de
maître (la Joconde).
• Les choses consomptibles sont celles qui se consomment ou
se transforment par le premier usage tels les fruits, légumes
et le blé.
• Les choses non consomptibles sont celles qui ne s’altèrent
pas par le premier usage tel le fonds de terre, les vêtements
et les voitures.
Section 3 : Les sources de droits subjectifs
Les sources des droits subjectifs sont les actes
juridiques et les faits juridiques.
A- Les actes juridiques
L'acte juridique est une manifestation de volonté
émise en vue de créer des effets de droit. C'est
l'acte accompli volontairement par une personne
dans le but direct de produire des effets juridiques
(conclure un contrat de vente, de location, faire une
donation, un testament….). On distingue plusieurs
catégories d'actes juridiques :
• L’acte unilatéral procède d'une seule volonté: c’est l’acte
par lequel une personne par sa seule volonté va créer
une situation juridique et en prévoir les effets. Par
exemple le testament est un acte juridique unilatéral par
lequel une personne décide de la répartition de ses biens
après son décès.
• La convention est l’acte juridique reposant sur un accord
de volonté de deux ou plusieurs personnes et qui est
destiné à produire des effets de droits à l'égard de ces
personnes. Le résultat juridique recherché dépend de
plusieurs volontés. Lorsqu’elle résulte de l’accord de
volonté de deux personnes elle est qualifiée d’acte
bilatéral (contrat de location). En revanche, lorsqu’elle
résulte de la volonté de plus de deux personnes elle est
qualifiée d’acte multilatéral (contrat de société).
• L’acte à titre gratuit est l’acte par lequel une personne consentie
volontairement un avantage à une autre personne sans aucune
contrepartie en échange. Il repose sur l’idée de bienfaisance et de
libéralité telle le contrat de donation.
• L’acte à titre onéreux est celui qui va comporter des avantages
réciproques pour chaque partie contractante. Il repose sur l’idée
d’échange. Chaque partie agit dans son intérêt personnel et
accepte de fournir quelque chose uniquement dans la perspective
de recevoir quelque chose: idée d'échange. Ex : contrat de vente
d’un immeuble, l’acheteur paye le prix au vendeur qui lui transfert
le propriété de l’immeuble.
• L'acte sous seing privé (dit aussi sous signature privée) est un acte
juridique rédigé par les parties à l'acte ou par un tiers (comme
l'écrivain public) et signé par eux sans l'intervention d'un officier
public. Exemples : le contrat d'assurance et le contrat de travail.
• L’acte authentique est celui qui est reçu par
un officier public ayant le droit d’instrumenter
dans le lieu où l’acte a été rédigé et sous
réserve de respecter les solennités (modalités)
requises par la loi.
• Actes notariés : actes rédigés par les notaires
(vente immobilière d'un appartement).
B- Les faits juridiques
Un fait juridique est un événement, une action voulue ou non
voulue par la personne mais qui va produire des
conséquences juridiques de façon automatique, sans que
celles-ci n'aient été recherchées par ceux qui les subiront. Il
s’agit de faits ou circonstances auxquels la loi attache des
conséquences juridiques qui n’ont pas été voulues par la
personne.
Quand bien même, elles seraient volontaires, ils seraient
qualifiés de faits juridiques car les effets qu'ils produisent
n’ont pas été recherchés par leurs auteurs.
Les faits juridiques varient à l’extrême qu’il est difficile d’en
dresser une liste exhaustive. On distingue généralement
entre les faits volontaires et involontaires.
• Les faits volontaires
Il s'agit de faits volontaires pour la personne mais
dont les conséquences juridiques y attachées
n'ont pas été recherchées.
Exemple :
Le vol (acte volontaire) entraîne des conséquences
juridiques (Des sanctions) qui n'ont pas été
voulues par l'auteur de l'infraction
De même, assassiner une personne (acte volontaire)
est condamné par une peine d'emprisonnement
(conséquence juridique non recherchée par
l'assassin).
• Les faits naturels et involontaires : Il s'agit de fait
indépendant de la volonté de la personne, c'est-à-
dire un fait naturel, œuvre de la nature et qui
produit des effets juridiques automatiques que la
personne n'a pas recherché.
Exemple :
Une fois l'enfant est né le droit lui reconnaît
automatiquement la personnalité juridique c'est-à-
dire des droits et des obligations.
Une fois la personne a atteint l'âge de la majorité fixé
à 18 ans, la loi lui confère la capacité d’exercice. La
mort du père confère à son fils le droit à l'héritage.