SÉQUENCE 2
Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, 1990
OE: « Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle
PARCOURS ASSOCIÉ : « Crise personnelle, crise familiale »
OBJECTIFS POUR L’OBJET D’ÉTUDE: THÉÂTRE
éclairer les spécificités et les contraintes de l’écriture théâtrale
caractériser ses évolutions en lien avec les orientations des différentes esthétiques qui en ont
marqué l’histoire et avec les conditions de représentation, les attentes des publics et les contextes
de réception.
Dans l’étude de l’œuvre, prêter une attention particulière aux questions de structure et à la
progression de l’action, à l’écriture du dialogue et à la nature des tensions qu’il révèle, aux
relations entre les personnages, à la dramaturgie et aux effets de représentation qu’implique le
texte.
Étude par la comparaison de différentes mises en scène de la pièce au programme.
Jean-Luc Lagarce
(1957-1995)
Jean-Luc Lagarce est né le 14 février 1957 à Héricourt (Haute-Saône) ;
Il passe son enfance à Valentigney (Doubs) où ses parents sont ouvriers aux usines Peugeot-cycles.
En 1975, pour suivre des études de philosophie, il vient à Besançon où parallèlement il est élève au
conservatoire de région d’art dramatique.
Il fonde en 1977 avec d’autres élèves une compagnie théâtrale amateur, le « Théâtre de la Roulotte »
(en hommage à Jean Vilar), dans laquelle il assume le rôle de metteur en scène montant Beckett,
Goldoni, mais aussi ses premiers textes.
En 1979, sa pièce Carthage, encore est diffusée par France Culture dans le « nouveau répertoire
dramatique » dirigé par Lucien Attoun qui régulièrement enregistrera ses textes.
En 1980, il obtient sa maîtrise de philosophie en rédigeant Théâtre et Pouvoir en Occident.
Suite à sa rencontre avec Jacques Fornier, le Théâtre de la Roulotte devient en 1981 une compagnie
professionnelle où Jean-Luc Lagarce réalisera 20 mises en scène en alternant créations d’auteurs
classiques, adaptations de textes non théâtraux et mises en scène de ses propres textes.
En 1982, Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale est mis en scène par Jean- Claude Fall
au Petit Odéon programmé par la Comédie-Française (son premier texte à être monté par un metteur
en scène extérieur à sa compagnie et à être publié sous forme de tapuscrit par Théâtre Ouvert).
Jean-Luc Lagarce verra seulement quatre de ses textes montés par d’autres metteurs en scène –
après 1990, aucun ne le sera –, mais il ne se sentira pas un auteur « malheureux », il est un auteur
reconnu et ses pièces sont accessibles, lues, voire mises en espace ou publiées.
C’est en 1988 qu’il apprend sa séropositivité, mais les thèmes de la maladie et de la disparition sont
déjà présents dans son œuvre, notamment dans Vagues Souvenirs de l’année de la peste (1982) et il
refusera toujours l’étiquette « d’auteur du sida », affirmant à l’instar de Patrice Chéreau que ce n’est
pas un sujet.
En 1990, il réside six mois à Berlin grâce à une bourse d’écriture (Villa Médicis hors les murs, Prix
Léonard de Vinci); c’est là qu’il écrit Juste la fin du monde, le premier de ses textes à être refusé par
tous les comités de lecture.
Il arrête d’écrire pendant deux ans, se consacrant à la mise en scène, écrivant des adaptations et
répondant à des commandes (cf. Comment j’écris in Du luxe et de l’impuissance). Essentielle dans
son œuvre, il reprendra intégralement cette pièce dans son dernier texte, Le Pays lointain.
Il décède en septembre 1995 au cours des répétitions de Lulu.
Si son œuvre littéraire est essentiellement composée de 25 pièces de théâtre, il a aussi écrit 3 récits
(L’Apprentissage, Le Bain, Le Voyage à La Haye), 1 livret d’opéra (Quichotte), 1 scénario pour le
cinéma (Retour à l’automne), quelques articles et éditoriaux (publiés sous le titre Du luxe et de
l’impuissance) et a tenu durant toute sa vie de théâtre un journal composé de 23 cahiers.
Depuis son décès, de nombreuses mises en scène de ses textes ont été réalisées et certaines ont
connu un large succès public et critique.
En France, il est actuellement l’auteur contemporain le plus joué. Il est traduit dans de nombreux pays
et certaines pièces comme J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne ou Les Règles
du savoir-vivre dans la société moderne le sont en douze langues.
Jean-luc Lagarce et la maladie
Dimanche 12 juin 1988
Besançon. Fin d’après-midi.
Nouvelles / Récapitulatif :
– Ai été malade. Une grippe mal soignée peut-être. Ai songé à la mort. En étais un peu triste, le moins qu’on puisse dire.
– Ai terminé Les Adieux (ce qui lié à la maladie ne manquait pas de piquant symbolique).
Samedi 23 juillet 1988
Paris. 23 h 35.
La nouvelle du jour, de la semaine, du mois, de l’année, etc., comme il était « à craindre et à prévoir » (à craindre, vraiment ?).
Je suis séropositif
mais il est probable que vous le savez déjà.
Regarde (depuis ce matin) les choses autrement. Probable, je ne sais pas.
Être plus solitaire encore, si cela est envisageable.
Ne croire à rien, non plus, ne croire à rien.
Vivre comme j’imagine que vivent les loups et toutes ces sortes d’histoires.
Ou bien plutôt tricher, continuer de plus belle, à tricher.
Sourire, faire le bel esprit. Et taire la menace de la mort – parce que tout de même… – comme le dernier sujet d’un dandysme désinvolte.
Extraits de son Journal
LIENS NUMÉRIQUES AUTOUR DE JEAN-LUC LAGARCE ET SON ŒUVRE
Une vie / Une œuvre : Jean-luc Lagarce
Podcast sur Jean-Luc Lagarce
Études autour de Juste la fin du monde
THÉÂTRE À TABLE : JUSTE LA FIN DU MONDE (1990)
« Jean-Luc Lagarce s’est offert le luxe, que lui permettait l’écriture, de pallier notre impuissance à écrire nos
vies. On voudrait pouvoir maîtriser les événements, rester maîtres de nos destins, se donner le beau rôle et
mettre en scène les affaires de famille avant de partir. Mais rien ne se passe jamais comme on le rêverait.
Dans Juste la fin du monde, il déploie, avec malice, la difficulté à n’être que spectateur de ce huis clos, dont il
espérait être le metteur en scène.
Jean-Luc touche toutes les générations et pour longtemps par la lucidité avec laquelle il écrit le geste gracieux
de son départ, de notre départ, de nos impuissances.
Ce Théâtre à la table est un journal vidéo, Louis prend la caméra pour essayer d’écrire le film de cette
rencontre familiale, de donner la possibilité aux acteurs de sa vie de parler une dernière fois, de régler les
comptes. Cette écriture ne vibre que par l’incarnation d’’actrices et d’acteurs concrets et jubilants. C’est le cas
avec cette distribution où je salue particulièrement Danièle Lebrun qui fut ma maman lorsque je jouais Louis, il
y a une quinzaine d’années, dans la mise en scène de François Berreur. »
- Hervé Pierre, janvier 2023
Théâtre à la table : chaque semaine, une équipe de comédiennes et comédiens de La Comédie Française
prépare en seulement 6 jours la création d’une pièce, dévoilant le travail de lecture préalable aux
répétitions en scène, où naissent premières trouvailles et envolées. Deuxième spectacle de la série, Juste la
fin du monde, de Jean-Luc Lagarce, est diffusé samedi 14 novembre 2020.
Réalisation Clément Gaubert.
Avec
Jérémy Lopez : Antoine
Danièle Lebrun : la Mère, mère de Louis, Antoine et Suzanne
Laurent Lafitte : Louis
Anna Cervinka : Catherine, femme d'Antoine
Pauline Clément : Suzanne
Théâtre à table : Juste la fin du monde
Consigne pendant le visionnage : tel un assistant du dramaturge, notez sur votre cahier, ce qui vous a
surpris ou déconcerté face au style de l’auteur.