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Marcel Proust

Ce résumé décrit l'œuvre principale de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu. Le document contient des informations biographiques sur Proust ainsi que des détails sur la structure et le contenu de son roman majeur, publié entre 1913 et 1927.

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Ce résumé décrit l'œuvre principale de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu. Le document contient des informations biographiques sur Proust ainsi que des détails sur la structure et le contenu de son roman majeur, publié entre 1913 et 1927.

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Marcel Proust

1871-1922
Marcel Proust, né le 10 juillet 1871 à Paris où il est mort le 18 novembre 1922, est un écrivain français,
dont l'œuvre principale est la suite romanesque intitulée À la recherche du temps perdu, publiée de
1913 à 1927.
Issu d'une famille aisée et cultivée (son père est professeur de médecine à Paris, un grand hygiéniste,
conseiller du gouvernement pour la lutte contre les épidémies), Marcel Proust est un enfant de santé
fragile, et il a toute sa vie de graves difficultés respiratoires causées par l'asthme. Très jeune, il fréquente
des salons aristocratiques où il rencontre artistes et écrivains, ce qui lui vaut une réputation de dilettante
mondain. Profitant de sa fortune, il n'a pas d'emploi et entreprend en 1895 un roman qui reste à l'état de
fragments (publiés en 1952, à titre posthume, sous le titre Jean Santeuil). En 1900, il abandonne son
projet et voyage à Venise et Padoue pour découvrir les œuvres d'art, en suivant les pas de John Ruskin,
sur qui il publie des articles et dont il traduit deux livres : La Bible d'Amiens et Sésame et les Lys.
1905. Mort de sa mère
C'est en 1907 que Marcel Proust commence l'écriture de son grand œuvre À la recherche du temps perdu
dont les sept tomes sont publiés entre 1913 (Du côté de chez Swann) et 1927, c'est-à-dire en partie après
sa mort ; le deuxième volume, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, obtient le prix Goncourt en 1919.
Marcel Proust meurt épuisé en 1922, d'une bronchite mal soignée : il est inhumé au
cimetière du Père-Lachaise à Paris, accompagné par une assistance nombreuse qui salue un écrivain
d'importance et que les générations suivantes placent au plus haut en faisant de lui un mythe littéraire.
1896 Les plaisirs et les Jours, un recueil de poèmes en prose
1904-1906 traductions de l’anglais John Ruskin
1913-1927 À la recherche du temps perdu
1919 Pastiches et mélanges, recueil de préfaces et d’articles de presse Le figaro

POSTHUME
1952 Jean Santeuil (1895 et jamais fini), roman à la troisième personne
1954 Contre Sainte-Beuve (écrit 1908-1909), essai sur des écrivains admirés
(Nerval, Balzac, Flaubert, Baudelaire)
2021 Les soixante-quinze feuillets (Carnet de 1908)
Il n’a jamais vraiment écrit autre chose que A la recherche du temps perdu et il a consacré
toute sa vie à une seule oeuvre. Pour le comprendre, il faut reprendre les grandes étapes de
l’élaboration de la Recherche. En 1896 il venait de publier les Plaisir et les Jours (une série
de chroniques mondaines et poétiques). Pendant trois ans, il tente d’écrire un roman
autobiographique, Jean Santeuil, qui contient déjà une grande part de ce qui sera la matière
de la Recherche. Mais en 1899, quelque chose l’empêche de l’achever, et il doit
l'abandonner, apparement sans esprit de retour. Pendant sept ans, il va se détourner de toute
littérature romanesque, et s’adonner à une oeuvre critique et esthétique: la traduction de
Ruskin et divers travaux de critique d’art.
En 1905 (l’année de la mort de sa mère), il revient à son sujet et nous trouvons d’un seul
coup (à l’exception du ròle esthétique de la métaphore), tous les thèmes essentiels de la
Recherche et, en particulier, l’expérience spirituelle de la réminiscence, le mystère de la
mémoire involontaire, concentré tout entier dans les sept pages (probablement écrites en
1909) dont on a fait la “Préface” du Contre Sainte-Beuve, depuis l’expérience de la
“madeleine” (alors simple biscotte) jusqu’à celle des pavés inégaux de la cour de Guermantes
(alors anonyme), depuis les premières jusqu’aux dernières pages de la Recherche.
Tout l’essentiel se trouve là, en quelque sorte embryonnaire et ces sept pages vont progressivement s’étendre et se
gonfler.
En 1913, lorsque Proust commence de lui chercher un éditeur, l’oeuvre est, dans son esprit, totalement achevée. Elle doit
comprendre trois parties:
● Du côté de chez Swann
● Le côté de Guermantes
● Le temps retrouvé

C’est la guerre qui, en imposant un délai purement matériel à cette publication, va donner à cette oeuvre la chance d’un
nouveau développement interne, d’un nouveau gonflement.

● Du côté de chez Swann (Combray, Un amour de Swann et Noms de pays: le nom)


● À l’ombre des jeunes filles en fleurs (prix Goncourt)
● Le côté de Guermantes
● Sodome et Gomorrhe
● La Prisonnière
● Albertine disparue
● Le temps retrouvé

De 1400p. à 3000p., non pas par extension, mais par gonflement interne. “les grands littérateurs n’ont jamais fait qu’une
seule oeuvre” (La Prisonnière), mais c’est une situation assez rare. Proust aura vécu avec son oeuvre dans l’ouverture et
dans la continuité). Il a vécu en l’écrivant, il a résorbé la création littéraire dans la continuité de l’expérience quotidienne.
Ses maîtres dans l’art du roman: Stendhal, Balzac, Flaubert et Dostoïevski.
● Du côté de chez Swann, Grasset, 1913
Partie 1 : Combray
Partie 2 : Un amour de Swann
Partie 3 : Noms de pays : le nom
● À l'ombre des jeunes filles en fleurs, NRF, 1918, prix Goncourt
Partie 1 : Autour de Mme Swann
Partie 2 : Noms de pays : le pays
● Le Côté de Guermantes I et II, NRF, 1921-1922
● Sodome et Gomorrhe I et II, NRF, 1922-1923
● La Prisonnière, NRF, 1923
● Albertine disparue (La Fugitive), 1925
● Le Temps retrouvé, NRF, 1927
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_et_les_diff%C3%A9rents_%C2%AB_je_%C2%BB
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_l%27ombre_des_jeunes_filles_en_fleurs
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_C%C3%B4t%C3%A9_de_Guermantes
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sodome_et_Gomorrhe_(Proust)
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Prisonni%C3%A8re_(roman)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Albertine_disparue
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Temps_retrouv%C3%A9
ANTOINE COMPAGNON, “Le temps” (Un été avec Proust)
Le livre est construit autour d’une idée inventée en 1908: la distinction du moi mondain et du moi créateur,
de la mémoire volontaire et involontaire. Le livre se bâtit sur une idée, mais ce n’est pas un livre
dogmatique ou un roman à thèse, car la théorie proustienne de la mémoire est profondément enfouie
(enterrada) et débordée par le mouvement même de l’écriture.
Proust procède par l’amplification: il rédige des fragments autonomes sans savoir où il les mettra, puis il
monte des scenarii. À chaque étape, Proust “nourrit”, “surnourrit” son oeuvre, comme disait Barthes.
La longue phrase de Proust est très particulière. C’est une phrase à rallonges faite d'incidences et de
parenthèses. Comme celle de Montaigne, des participes présent la relancent plus souvent que des
subordonnées. Mais il sait aussi écrire des phrases courtes. “Longtemps, je me suis couché de bonne
heure”, est un coup de génie pour ouvrir le livre, mais Proust a peiné pour la trouver. Elle est apparue
tardivement, après de nombreux essais et repentirs. Cette première phrase ne doit pas être séparée du
premier paragraphe. Elle met en scène un héros qui ne dort plus et qui, durant ses insomnies, se rappelle
le temps où il dormait, où il lui arrivait de se réveiller en pleine nuit et de se rappeler alors son enfance. Le
héros insomniaque se souvient d’un temps intermédiaire où il se souvenait de son enfance. C’est ainsi
qu’on entre dans le récit des chambres de sa vie: à Paris, à la campagne de Combray, à Balbec, au bord
de la mer. Le kaléidoscope de la mémoire est enclenché et le lecteur est embarqué, même s’il ne
comprend pas encore vers où.
Dans Le Temps retrouvé, le narrateur revient à Paris après des années d’absence durant
la guerre en raison de sa maladie. Invité chez la princesse de Guermantes, il est témoin
du vieillissement de tous ceux qu’il a connus.
Il n’y a pas de chronologie dans ce livre. Seules l’affaire Dreyfus et la Première Guerre
mondiale situent le récit dans l’Histoire. Dans le roman il y a peu de dates, peu de
repères, mais des juxtapositions d’expériences, de souvenirs et d’époques. Mais le roman
n’est pas si désordonné que cela. Dans les premières pages de Swann, le narrateur
annonce qu’il explorera les chambres du souvenir dans l’ordre où sa mémoire les lui
présentera, donc dans le désordre. Mais l‘ordre chronologique sera suivi à peu près
fidèlement, puisque la suite de “Combray” porte sur l’enfance, À l’ombre des jeunes filles
en fleurs sur l’adolescence, puis que les narrateur devient adulte avec Albertine. Le
vieillissement du héros, celle de l’amour de Swann et d’Odette, dont la fille, Gilberte, sera
la contemporaine du héros. Cet amour est relaté à la troisième personne.
Comme ce temps multiple, le narrateur est lui-même multiple. On le rencontre enfant, on
le quitte adulte. Le “moi” a différentes strates.
Pour parler de son livre, Proust fait deux comparaisons: la cathédrale et la robe. L’un est noble, l’autre, plus artisanale.
Proust écrit dans des cahiers, Proust amplifie, il déborde dans les marges… Les manuscrits de Proust sont de beaux
objets qui illustrent la nature de la création littéraire. Derrière ce désordre apparent se cache un véritable patron de robe…
L’écriture, selon Proust, est bel et bien une affaire de couture. “Je bâtirais mon livre, je n’ose pas dire ambitieusement
comme une cathédrale, mais tout simplement comme une robe”. (à 19 ans se passionne pour la mode féminine, revue)
L’épisode de la madeleine annonce une révélation, la grande découverte du narrateur: la mémoire involontaire. Le héros
est envahi par un immense bonheur après une expérience banale, que nous avons tous faite: une sensation imprévue
nous donne brusquement le sentiment de nous retrouver dans le passé.
Les premières pages de “Combray” mettent le corps au premier plan. Elles décrivent les sensations du héros se réveillant
dans une chambre inconnue. Chaque matin, durant un instant notre identité flotte. Ce trouble du réveil est le même que
celui qu’on éprouve en entrant dans un roman. La mémoire involontaire, c’est donc la mémoire du corps, par opposition à
celle de l’intelligence. Le bonheur de la réminiscence passe par le corps. La collision du présent et du passé fait que le
héros se retrouve dans un temps qui n’est ni le présent ni le passé, mais une sorte d’essence de la temporalité. Rien de
plus éphémère que le goût d’une madeleine, mais il donne accès à l’éternité.
Le livre se fonde sur une théorie de la mémoire mais il est un grand roman romanesque. Le prodige, c’est que son livre
n’appartient à aucun genre. C’est un roman, avec des personnages qui évoluent et c’est un livre qui donne à penser, sur
la vie, la mort, l’amour, le temps, l’âge, la mémoire, la politique… c’est un livre grave mais on rit beaucoup.
“Métonymie chez Proust”, dans Figures III, Genette. Montre que chez Proust la métaphore, qui permet la renaissance du
souvenir, s’accompagne généralement d’une métonymie.
Bernard de Fallois, Sept conférences sur Marcel Proust
Un écrivain est comme un opticien. À partir du moment où on a lu quelques pages de Proust, on voit beaucoup
plus clair.
Comme Balzac, il nous introduit dans un monde peuplé de personnages mais, comme Montaigne, il nous propose
un nombre incalculable de réflexions sur tous les aspects de la société humaine.
Proust était inconnu au moment où il est mort et longtemps encore après sa mort. Son oeuvre seulement
considérée importante par une petite élite française et étrangère pendant les trente années qui suivirent sa mort.
Contre Sainte-Beuve: Proust prend parti contre les idées les plus admises de son époque et se permet d’attaquer
de front celui qui était considéré comme le pape de la critique et de l’histoire littéraire et nous met en garde contre
ce que l’on pourrait appeler la tentation biographique. “La littérature n’est pas séparable du reste de l’homme”
(disait Sainte-Beuve). Proust oppose une interprétation sans possibilité de conciliation avec elle: “un livre est le
produit d’un autre moi”. C’est la théorie des deux moi mais Proust a convaincu beaucoup de monde sauf les
proustiens, qui se mirent à la recherche et sur les traces de l’individu Marcel Proust. Dans une lettre Proust avait
expressément demandé qu’on laisse en paix sa correspondance (1921). Bien sûr, elle a été publiée (5000 lettres).
Pour lui, une correspondance, ce n’est pas une oeuvre littéraire. Mais c’est clair que Proust n’était pas un solitaire.
Il aborde le thème de la distinction entre les deux moi, le moi humain, mondain, social, individuel et le moi profond
du créateur que personne n’a jamais rencontré dans la vie.
Cadre historique: longue période calme où il ne se passe presque rien, du lendemain de la guerre
de 1870 au lendemain de la guerre de 1914. Une vie très brève (1871-1922), cinquante et un ans,
comme Balzac, comme Molière. Père de famille catholique, mère juive. À 10 ans, une crise
d’asthme, une maladie qui modifiera à jamais sa façon de vivre. À 19 ans, service militaire, puis
quelques années de cours (sciences politiques). À 25 ans, la publication d’un petit livre, Les
Plaisirs et les Jours. Vie extérieurement oisive et traduction de deux livres de Ruskin. Mort de ses
parents (1903-1905), puis silence, jusqu’en 1913, où paraît Du côté de chez Swann. En 1919, la
suite. Avec hâte, il termine son oeuvre et meurt au moment où il corrigeait les épreuves de La
Prisonnière. Son frère assurera la publication d’Albertine disparue et du Temps retrouvé. Ça suffit.
Les proustiens cherchent de découvrir 1) quel rôle a joué la maladie, l’obligation de solitude, qui
est devenue inséparable de sa façon d’imaginer et d’écrire, 2) a-t-il dissimulé ses moeurs à ses
parents? 3) était-il croyant? 4) quand il parle dans sa correspondance avec une immense
modestie et humilité de ce qu’il fait, est-il véritablement sincère? Mais, tout cela nous aide à mieux
comprendre la Recherche? Proust avait raison de nous dire que ce n’est pas ce Proust-là qui a
écrit son livre et qui se trouve seulement dans son oeuvre?
Proust a mis lui-même dans son livre tout ce qu’on peut dire sur son livre.
Comment a-t-il composé son roman? (p.49)
Quelle est l’architecture de ce livre?

Il y a une légende séduisante: (p.53) Une vie coupée en deux. C’était une version admise par tous mais invraisemblable. La
nièce de l’auteur gardait dans son grenier un certain nombre de dossiers jamais ouverts. Bernard de Fallois découvre des
cahiers qui contenaient une très grande partie de la Recherche, un grand nombre de feuilles où il y apparaissait un personnage
nommé Jean Santeuil (l’auteur lui-même mais plus ancien). La vérité n’est pas d’un homme qui avait passé une partie de sa vie
à perdre son temps. Il a commencé à écrire à l’âge de 14 ans. Les Plaisirs et le Jours (1896), ce n’est pas une oeuvre de
jeunesse mais elle a la volonté d’avoir la totalité d’une pensée; après (avant de publier Plaisirs) il commence son roman et
l’abandonne sans rien dire ni jamais citer le nom Jean Santeuil. On peut dire que c’est la première version de la Recherche (la
même trame), mais elle n’est pas comique et c’est à la troisième personne (une biographie; par contre, la Recherche c’est une
pseudo-autobiographie, simulée, un roman). Pour passer du “il” au “je”, il faut que Proust ait pris l’habitude, le goût de dire “je”, à
cela vont servir les années consacrées à Ruskin.
Puis commence à traduire Ruskin, un écrivain anglais. Dans les préfaces, Proust révèle pour la première fois, ses idées
principales sur l’art, le rôle et la fonction de l’artiste, les rapports entre la vie et l’art, et entre la morale et l’art. Proust découvre
que c’est l’inconscient qui donne la réalité de l’oeuvre d’art. En somme, il a jeté les fondations; après la cathédrale va sortir de
terre.
Après la mort de ses parents, de nombreux projets se croisent dans son esprit jusqu’au jour où il trouve le moyen de les relier les
uns aux autres et à 35 ans reprend son projet (pour la deuxième fois). La Recherche, donc, a quinze ou vingt années de
préparation. Trois périodes de cinq ans (Plaisirs, Jean Santeuil et Ruskin) suivis d’un nouveau départ. Le roman que Proust
termine en 1913 n’est pas du tout celui que nous lisons aujourd’hui, car la guerre retarde de quatre ans la publication de l’oeuvre,
modifie ses proportions, change le pan, impose une nouvelle division.
Proust a des territoires nouveaux dans lesquels il va pénétrer: l’homosexualité, la jalousie, le snobisme
et la clé de son style, la métaphore. Pour couronner tout cela, une cinquième découverte, celle de la
dimension temporelle dans laquelle les personnages vont évoluer.
Si l’on songe qu’il n’a jamais écrit qu’un seul livre, 38 ans c’est le temps qu’il a fallu pour écrire son
livre.
La composition et la construction subirent de grandes modification. Proust n’a cessé de développer de
façon continue chacune des parties. À cause de son éditeur, il a dû réduire Du côté de chez Swann:
“mon livre est un tableau”, “une tapisserie qu’il ne faut pas déchirer”. Au début de 1909, il commence
son livre et écrit dans une lettre: “Je viens de commencer -et de finir- tout un long livre”. Très vite, il
comprend qu’il ne lui suffirait pas d’un volum et il décide de le publier en deux tomes. Il y aura un titre
commun, Les intermittences du coeur, et deux volumes: Le Temps perdu et Le Temps retrouvé. À
cause de l’éditeur (aucun éditeur ne comprenait rien et il doit payer les frais de publication), il décide
de diviser le premier volume en trois. Le titre disparaît au profit d’À la Recherche… et dans: Du côté de
chez Swann, Le Côté de Guermantes et Le Temps retrouvé…
Dans tous les cas, les sept romans n’en forment qu’un, un roman, une sorte de chronique qui
comporte un fil rouge: la réflexion sur l’art. Mais c’est un roman peuplé de personnages et l’ensemble
constitue l’énorme trame romanesque.
Trame: un jeune homme, doué pour la littérature, entend, à intervalles réguliers,
comme un appel, une vocation qui est celle de devenir un artiste. Mais au lieu
d’écouter cet appel, et d’en tirer les conséquences, il préfère à chaque fois se laisser
tenter par un plaisir plus immédiat. Attiré par la vie mondaine, il est captivé par ses
désirs amoureux. Ce n’est qu’après de longues années qu’il finira à la dernière
minute, par comprendre que tout cela était vain, vide, et que la seule réalité, c’était
d’écrire cette oeuvre.
Balzac a eu l’idée géniale de faire revenir ses personnages d’un roman à l’autre et a
voulu nous proposer une fresque sociale complète, mais de chaque personnage
important, Balzac nous raconte dans un roman l’histoire toute entière, le drame, le
destin. Ce sont de personnages actifs. Chez Proust, c’est le contraire, ce ne sont
pas des héros de roman. Ils se contentent de vivre, de passer des soirées, de courir
après leurs amours, de souffrir de la jalousie. Des personnages de Balzac, nous
nous demandons qu’est-ce qu’ils font?, de ceux de Proust, qu’est-ce qu’ils sont?
LES PERSONNAGES, Jean-Yves Tadié
Près de cinq cents.
Le livre n’est pas un grand monologue improvisé, ni une confession: il s’agit d’abord et avant tout, d’une
construction (Proust parlait d’une cathédrale et un temps il avait voulu intituler ses parties “porche”, “vitraux”...)
On réduit trop souvent la Recherche à la vie et à la voix du narrateur mais il y un immense système de
personnages. Toute la société, les sociétés, y sont représentées. Il y a aussi un personnage très important,
abstrait, fuyant -le temps- qui apparaît telle une divinité s’incarnant dans les êtres humains. L’influence de
Balzac et de sa Comédie humaine est évidente mais relativen (p. 49)
Certains ont dit que la Recherche était une immense lettre adressée par Proust à sa mère. Dans un premier
projet, tout commence et tout finit par une conversation entre l’écrivain et sa mère… D’autre pensent que c’est
la mort de sa mère qui a libéré Proust. L’écrivain résout le problème par la creátion romanesque (doublement):
la mère et la grand-mère. Dans le roman, la mère a plutôt une fonction d’autorité et la grand-mère, de
tendresse.
Charles Swann: Proust met en lui ses propres souffrances. Personnage ironique, amusant, charmeur.
Humainement, c’est plutôt un raté, quelqu’un qui n’a rien fait de son existence. Swann est comme l’ombre du
narrateur. Il va vivre avant lui les souffrances de l’amour. Il lui annonce les souffrances de l’amour et la grandeur
de l’art mais ne se montre à la hauteur.
Proust comme expert en création de regards.
“Tout bon romancier est créateur de monstres”. Balzac a créé Vautrin.
Dostoïevski, Stravoguine et Proust, Charlus. Charlus est un monstre sympathique.
Ce qui intéresse particulièrement le narrateur, c’est le jeu entre l’apparence et la
profondeur, l’apparence et la réalité. Charlus est un homme ultra-viril
extérieurement, mais c’est une femme à l’intérieur. Duplicité passionnante à
décrire pour un romancier fasciné par la quête de l’essence. (“inversion”, Roland
Barthes).
Au début du troisième tome le narrateur se rend compte qu’il est impossible de
réellement connaître quelqu’un. Albertine est le personnage le plus récurrent de la
Recherche. Le narrateur souffrira de ne jamais savoir la vérité sur elle, et c’est
justement ce qui fait la beauté du personnage. La vérité proustienne: elle est là,
mais on ne la connaît pas.
PERSONNAGES, Bernard de Fallois
Ils forment une série de cercles concentriques. En totale, environ 500 mais une trentaine qui vont nous devenir
familiers.
1er: le narrateur lui-même et sa grand-mère (dans la réalité, sa mère). À cause d’elle, il découvrira l’une des
grandes lois de son oeuvre, les “intermittences du coeur”, c’est à dire, le fait qu’il y a deux temps, le
chronologique et le réel. De même qu’il y a le moi extérieur et le moi réel. p.105
2ème: Swan et Charlus. Ils sont ce que Proust aurait pu être, mais il n’a été ni l’un ni l’autre, et pourtant il était
les deux. Swann c’est Proust jeune, c’est Jean Santeuil, c’est toute la partie chaleureuse et poétique du début
de sa vie; Charlus, c’est le versant plus sombre, c’est toute l’expérience de Sodome et Proust lui a conféré une
sorte de supériorité par rapport à tous les autres personnages.
3ème: Du côté de Swann, Odette et Gilberte, sa fille. Mme Verdurin et tous ceux qui fréquentaient le clan. Du
côté de Charlus, toute la famille Guermantes. Et passant de l’un à l’autre, les êtres aimés, Albertine, Morel.
Aussi Bloch et Françoise.
Le peintre Elstir, le musicien Vinteuil et l’écrivain Bergotte ont droit à une place à part. Ils sont l’emblème d’un art
plus grand qu’eux.
Ces personnages sont vivants, nous les voyons vieillir. Ils parlent et ils peuvent toujours nous surprendre. Un
trait commun c’est leur ambiguïté.
Proust a trouvé la clé en rassemblent tous ses personnages au cours d’un dernier
bal; il découvre l’idée directrice de son oeuvre. Quand nous entrons dans
l’immense salon de la princesse de Guermantes, nous voyons que c’est plein,
comme toujours, mais on a remplacé les absents par des jeunes gens qui ne
comprennent rien, confondent tout. Du salon Verdurin, il ne reste rien. Les grands
de la Recherche ont disparu. Personne n’échappe à la faucheuse qui marche à
grands pas, nous les vivants ne sommes que “des morts qui ne sont pas encore
entrés en fonctions”.
La mort de la grand-mère était à l’âge naturelle mais celle d’Albertine est
accidentelle (accident de cheval). Mais Albertine continue à vivre dans l’esprit du
narrateur. Le vrai nom de la mort, c’est l’oubli. Contrairement, Swann a commencé
à être oublié longtemps avant sa mort.
La clé de voûte de son oeuvre, c’est de nous montrer l’importance, l’influence du temps sur la vie des
humains.
Proust est avant tout un comique verbal. C’est leur style qui nous fait rire. L’homme seul se moque de la
société, le rire est le défi et la revanche de l’individu contre les ridicules sociaux admis par les groupes.
L’AMOUR
Peindre l’amour en recourant à la méthode clinique, en faisant appel à tous les instruments de l’imagerie
médicale.
Le sujet de l’amour envahit tout son livre. L’amour comme une maladie. Chez Proust, le désir n’est pas
indispensable à l’amour. Dans un premier temps, ce n’est pas le plaisir, c’est l’habitude. “un besoin anxieux”.
Le bonheur ne dure pas. L’amour ne commence qu’avec la jalousie et il ne survit, il ne subsiste que grâce à
elle. La passion, c’est à dire, la souffrance, engendre mensonges et tromperies. Elle est née de notre
imagination et elle est en fait notre malheur. Un phénomène encore plus puissant que la jalousie, c’est l’oubli.
Avec Swann, Proust fait visiblement l’exemple le plus typique de sa conception de l’amour parce qu’on y
trouve les étapes de l’évolution chronologique de la maladie: l’habitude, l’anxiété, la jalousie et l’oubli.
L’amour selon Proust est fondé sur ce désir de l’impossible qui nous fait rêver, de ne pas être seuls. Il nous
aveugle. Sans la jalousie, il ne peut durer. Avec la jalousie, il se transforme en une torture réciproque. il est
impossible d’accéder par lui au bonheur et enfin, il reste toujours mystérieux.
L’AMOUR, Nicolas Grimaldi
Chez Proust, la présence de la personne aimée ne fait que rendre plus sensible l’irréductible distance qui
sépare l’irréalité imaginée de la réalité perçue. Il n’y a d’amour heureux. D’un point de vue strictement lexical,
l’amour est le principal sujet (mais déception). “L’amour est une torture réciproque”. Attente, déception et
envoûtements de l’imaginaire. Il attend sans cesse une sorte d’intimité avec ce qui l’entoure. Constante
frustration de côtoyer le réel, de le frôler, sans jamais pouvoir y pénétrer. L’imagination consiste à se rendre
présent ce que nous évoquons. Chez Proust nous trouvons plus d’intensité à cette réalité (intérieure) que nous
suscitons qu’à la réalité (extérieure) que nous subissons en l’observant.
Le narrateur n’hésite pas à se déclarer éperdument amoureux non seulement de personne qu’il ne connaît
pas, mais qu’il n’a même jamais vues.
Il n’y a pas de déception qu’une attente ne précède. L’oeuvre commence d’ailleurs par le récit d’une attente.
L’attente nous retranche de la réalité, en nous faisant pressentir que la vraie vie est ailleurs. Il attend le baiser
de sa mère, de retrouver Gilberte aux Champs-Elysées, d’en recevoir une lettre, de savoir s’il en est aimé,
Albertine… Toute attente est à elle-même son propre manque. C’est elle qui donne à tout le récit cette
atmosphère de recherche et d’inquiétude. N’avoir rien à attendre, c’est l’ennui. Un des théorèmes
fondamentaux de la psychologie proustienne est qu’on puisse désirer que ce qu’on ne possède pas. Il suffit de
le posséder pour ne plus le désirer.
Les rapports de l’amour et de la jalousie sont toutefois inversés. La jalousie précède chaque fois l’amour.
A la toute fin de A la recherche du temps perdu, alors qu’il est malade et craint de ne pas avoir la force d’écrire son
oeuvre, le narrateur évoque ce moment de réminiscences où, lorsqu’il était dans l’hôtel des Guermantes, un tintement de
sonnette lui fit "entendre" celui qui, quand il était enfant, à Combray, marquait le signal du départ de M. Swann que ses
parents venaient de raccompagner à l’entrée du jardin, c’est-à-dire celui du moment où il pourrait embrasser sa mère
avant de dormir.
S’il a été capable d’entendre à nouveau le son de cette petite sonnette c’est que depuis ce soir lointain, il n’y a pas eu «
discontinuité ». Il n’a pas « un instant cessé d’exister, de penser, d’avoir conscience de (lui) ».
Il se rend compte alors de toutes les heures qu’il a vécues, de ce temps si grand que son être contient.
Tout ce temps passé lui donne le vertige :
“J’éprouvais un sentiment de fatigue et d’effroi à sentir que tout ce temps si long (…) j’avais à toute minute à le maintenir
attaché à moi, qu’il me supportait, moi, juché à son sommet vertigineux, que je ne pouvais me mouvoir sans le déplacer.
(…) J’avais le vertige de voir au-dessous de moi, en moi pourtant, comme si j’avais des lieues de hauteur, tant d’années.”
C’est par cette dernière phrase qu’il annonce ce que sera son livre… s’il a la force de l’écrire :
“Du moins, si elle m’était laissée assez longtemps pour accomplir mon oeuvre, ne manquerais-je pas d’abord d’y décrire
les hommes (cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux) comme occupant une place si considérable, à côté
de celle si restreinte qui leur est réservée dans l’espace, une place au contraire prolongée sans mesure – puisqu’ils
touchent simultanément comme des géants plongés dans les années, à des époques si distantes, entre lesquelles tant de
jour sont venus se placer – dans le Temps.”
Contre Sainte-Beuve
Contre Sainte-Beuve est un ouvrage virtuel et doit être considéré comme tel. Si certains passages, devenus célèbres,
comme le début du projet de Préface, ou la description de la méthode de Sainte-Beuve, ou telle note particulièrement
suggestive (« les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot, chacun de nous met
son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres, tous les contresens qu'on
fait sont beaux »), valent pour eux-mêmes, il s'agit avant tout d'un document passionnant sur la genèse d'une œuvre
littéraire majeure. Car, à travers le réquisitoire contre un célèbre critique (non pas l'homme, Proust y insiste, mais la
méthode, véritable institution), c'est bien la mise en place d'une esthétique à laquelle nous assistons, au même titre
d'ailleurs que dans les pastiches de Balzac et de Flaubert, qu'il conviendrait de lire en parallèle des chapitres consacrés
ici à ces deux auteurs. Lecture approfondie des maîtres (non pour les imiter mais au contraire pour se délivrer de leur
influence), élaboration d'une pensée esthétique, et mise en œuvre dans l'écriture elle-même : ces trois activités
exactement contemporaines ne sauraient être dissociées. Elles se retrouveront, en effet, étroitement liées dans La
Recherche, et notamment dans Le Temps retrouvé, qui n'est pas loin d'adopter la forme de l'essai auquel Proust avait
songé dès l'origine. Ainsi, en refusant de considérer l'œuvre comme le reflet de la vie, mais en plaidant pour une analyse
avant tout stylistique, Proust n'oppose pas seulement une méthode critique à une autre ; il élabore et livre sa propre
conception de la littérature, qui fait du style non un outil, mais une véritable vision du monde. Il affirme l'impérieux devoir,
pour l'artiste comme pour le critique, d'aller au-delà des apparences afin d'atteindre le Moi profond de l'individu.
Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient
si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il
était temps de chercher le sommeil m’éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans
les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je
venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi-
même ce dont parlait l’ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles Quint.
Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil ; elle ne choquait pas ma raison mais
pesait comme des écailles sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n’était plus
allumé. Puis elle commençait à me devenir inintelligible, comme après la métempsycose les pensées
d’une existence antérieure ; le sujet du livre se détachait de moi, j’étais libre de m’y appliquer ou non ;
aussitôt je recouvrais la vue et j’étais bien étonné de trouver autour de moi une obscurité, douce et
reposante pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon esprit, à qui elle apparaissait comme une
chose sans cause, incompréhensible, comme une chose vraiment obscure. Je me demandais quelle heure
il pouvait être ; j’entendais le sifflement des trains qui, plus ou moins éloigné, comme le chant d’un oiseau
dans une forêt, relevant les distances, me décrivait l’étendue de la campagne déserte où le voyageur se
hâte vers la station prochaine ; et le petit chemin qu’il suit va être gravé dans son souvenir par l’excitation
qu’il doit à des lieux nouveaux, à des actes inaccoutumés, à la causerie récente et aux adieux sous la
lampe étrangère qui le suivent encore dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine du retour.
La madeleine
Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher n’existait plus pour moi,
quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon
habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus
appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulées dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt,
machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où
j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je
tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il
m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère
l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me
sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du
gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender
? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la
seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui,
mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même
témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à
l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment ?
Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur
où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est
pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.
Cet extrait de Du côté de chez Swann suscite des interprétations multiples. Extase à la fois sensuel, mystique et
esthétique. Souvenir de Combray et de toute la recherche, cet épisode nous montre le narrateur pressentir sa
signification spirituelle sans pouvoir décrypter encore cette sensation extrême. Les enjeux esthétiques de la recherche
sont dévoilés, l’autobiographie est explicitement reliée à la démarche de création qui est celle de l’écrivain.
I. Une expérience involontaire
1. Effacement involontaire de l’enfance dans la mémoire
- Éloignement dans le temps (présentatifs « voici que »… + pluriel « bien des années » + imparfait duratif)
- Caractère vague du souvenir indéfini (caractère flou enfance)
- Souvenir qui s’efface (narrateur focalisé sur coucher -> drame qui occulte le reste enfance).
2. Régression du narrateur
- Rupture temporelle.
- Retour inconscient à l’enfance (passivité enfant -> préalable à l’affleurement conscient du souvenir d’enfant).
3. Le hasard : concours mystérieux de circonstances favorables ?
- Une action non préméditée.
- Malaise du narrateur au moment où il fait son expérience (froid physique et moral -> poids).
- Un petit morceau permet d’évoquer l’édifice immense du souvenir.
Transition : « Mais » introduit une rupture entre l’évocation de ses circonstances et l’extase du souvenir. Opposition
entre un état malheureux et ce bonheur suprême.
II. Extase du souvenir (expérience extraordinaire)
1. Une expérience magique
- Immédiateté – instantanéité (-> passé révolu et éphémère).
- Extrême plaisir (vocabulaire extrêmement mélioratif).
- Expérience quasi mystique (qui transcende le narrateur).
2. Dépassement de la contingence : expérience de l’éternité
- Résurrection (« de ce qui était mort pour moi » -> impression de plénitude).
- Révélation du moi (-> attributs COD, sujet… + un moi profond, immortel révélé).
- Lyrisme : rythme ternaire….
3. Effort de l’esprit : une pensée qui n’est pas en retrait
- Sensation gustative (détaillée, mise en avant = symbole, liée à une signification supérieure).
- Effort intellectuel (« attentif », analyse, précision de l’évocation).
- Enigme (recherche d’un sens -> triple question).
Transition : Difficulté de la quête.
III. Difficulté de l’entreprise autobiographique
1. Expérience existentielle
- Présent (énonciation et vérité générale) -> la quête du souvenir se confond avec l’expérience
universelle de la création littéraire. Le souvenir et l’écriture se confondent.
- Plongée dans les profondeurs du moi (peut-être rapport analogique entre tasse et esprit + faire
ressurgir l’inconscient -> métaphore du passage de l’obscurité à la lumière).
2. Recherche intellectuelle
- Désir de maîtrise (tournure impersonnelle, phrases complexes -> difficulté + désir lucidité)
- L’auteur devient acteur « Je » n’est plus spectateur + désir maîtrise
- Échec de l’expérience programmée (dégradation de la sensation)
Pause narrative, qui débouche sur une pause spirituelle, méditative.
3. Expérience spirituelle et esthétique
- Métaphore de la création qui termine le texte « Mon esprit » devient complément -> esprit se
cherche, esprit sujet et objet
- Difficulté soulignée par question + disparition syntaxe
- Exigence de la création : « chercher ? pas seulement : créer »
La Petite Madeleine
C’est très curieux la madeleine de Proust : tout le monde en a entendu parler, presque tout le
monde a une idée de ce qu’elle représente, mais bien peu de monde a véritablement lu ce
passage emblématique de la Recherche du temps perdu.
Vous me direz que c’est pareil pour le reste du roman : monumental chef d’œuvre reconnu dans
le monde entier, respecté, vénéré, cité, étudié, analysé, interprété, disséqué… mais aussi chef
d’œuvre craint, tenu à distance, entamé, rarement achevé, oublié…
Quand vous leur posez la question, comme pour la plupart des classiques, la plupart des gens ne
lisent pas la Recherche, ils la relisent. Ne vous y trompez pas : c’est souvent un mensonge. Au
mieux, c’est un projet, une vague intention, pour l’été prochain. Certains, plus honnêtes et plus
rares, avouent qu’ils ont tenté le coup, il y a longtemps, mais que vraiment, ces phrases
interminables…
Mais revenons à la madeleine. Voici le morceau : mille cinq cents mots à savourer lentement, tout
en appréciant la précision de la description et la finesse de l’analyse des sentiments que fait
naître chez le narrateur cette « gorgée mêlées des miettes du gâteau ». Vous avez tout le temps :
on est mercredi. Et puis, souvenez-vous, vous aussi : vous aviez toujours voulu le lire, cet extrait !
Grâce au JdC, vous n’aurez même pas à le chercher.
Les pavés de l’Hôtel de Guermantes
Dans la Recherche, il est un autre passage qui traite de la mémoire, la mémoire involontaire, la seule qui
compte vraiment. Ce passage est tout aussi important, et peut-être même plus que celui de la Madeleine.
C’est celui des pavés inégaux de la cour de l’Hôtel de Guermantes. Il est sensiblement plus long que celui
de la Madeleine, et à cela je vois deux raisons.
Tout d’abord, le passage des pavés n’évoque pas une, mais trois sensations physiques déclenchant un
afflux de souvenirs chez le narrateur : les pavés inégaux, le bruit d’une cuiller cognant contre une assiette, la
raideur d’une serviette de table.
Mais surtout, si les souvenirs rappelés par la dégustation de la Madeleine font que le narrateur se sent
mieux : (Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté
illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette
essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.), ceux qui
surgissent de l’épisode des pavés font beaucoup plus pour lui (…toute inquiétude sur l’avenir, tout doute
intellectuel étaient dissipés. Ceux qui m’assaillaient tout à l’heure au sujet de la réalité de mes dons
littéraires, et même de la réalité de la littérature, se trouvaient levés comme par enchantement.), ils lui
redonnent confiance dans sa capacité à entreprendre et, si le temps lui en est donné, achever l’œuvre qu’il
porte en lui depuis des années sans pouvoir la mettre bas. C’est bien cette succession de trois petits
incidents qui vont conduire le narrateur a commencer la rédaction de son roman, et Proust à écrire la
Recherche du temps perdu.
Chaque jour j’attache moins de prix à l’intelligence. Chaque jour je me rends mieux compte que ce n’est qu’en dehors d’elle que l’écrivain peut ressaisir quelque
chose de nos impressions, c’est-à-dire atteindre quelque chose de lui-même et la seule matière de l’art. Ce que l’intelligence nous rend sous le nom de passé n’est pas
lui. En réalité, comme il arrive pour les âmes des trépassés dans certaines légendes populaires, chaque heure de notre vie, aussitôt morte, s’incarne et se cache en
quelque objet matériel. Elle y reste captive, à jamais captive, à moins que nous ne rencontrions l’objet. À travers lui nous la reconnaissons, nous l’appelons, et elle est
délivrée. L’objet où elle se cache – ou la sensation, puisque tout objet par rapport à nous est sensation –, nous pouvons très bien ne le rencontrer jamais. Et c’est ainsi
qu’il y a des heures de notre vie qui ne ressusciteront jamais. C’est que cet objet est si petit, si perdu dans le monde, il y a si peu de chances qu’il se trouve sur notre
chemin ! Il y a une maison de campagne où j’ai passé plusieurs étés de ma vie. Parfois je pensais à ces étés, mais ce n’étaient pas eux. Il y avait grande chance pour
qu’ils restent à jamais morts pour moi. Leur résurrection a tenu, comme toutes les résurrections, à un simple hasard. L’autre soir, étant rentré glacé par la neige, et ne
pouvant me réchauffer, comme je m’étais mis à lire dans ma chambre sous la lampe, ma vieille cuisinière me proposa de me faire une tasse de thé, dont je ne prends
jamais. Et le hasard fit qu’elle m’apporta quelques tranches de pain grillé. Je fis tremper le pain grillé dans la tasse de thé, et au moment où je mis le pain grillé dans ma
bouche et où j’eus la sensation de son amollissement pénétré d’un goût de thé contre mon palais, je ressentis un trouble, des odeurs de géraniums, d’orangers, une
sensation d’extraordinaire lumière, de bonheur ; je restai immobile, craignant par un seul mouvement d’arrêter ce qui se passait en moi et que je ne comprenais pas, et
m’attachant toujours à ce bout de pain trempé qui semblait produire tant de merveilles, quand soudain les cloisons ébranlées de ma mémoire cédèrent, et ce furent les
étés que je passais dans la maison de campagne que j’ai dite qui firent irruption dans ma conscience, avec leurs matins, entraînant avec eux le défilé, la charge
incessante des heures bienheureuses. Alors je me rappelai : tous les jours, quand j’étais habillé, je descendais dans la chambre de mon grand-père qui venait de
s’éveiller et prenait son thé. Il y trempait une biscotte et me la donnait à manger. Et quand ces étés furent passés, la sensation de la biscotte ramollie dans le thé fut un
des refuges où les heures mortes – mortes pour l’intelligence – allèrent se blottir, et où je ne les aurais sans doute jamais retrouvées, si ce soir d’hiver, rentré glacé par
la neige, ma cuisinière ne m’avait proposé le breuvage auquel la résurrection était liée, en vertu d’un pacte magique que je ne savais pas.
Mais aussitôt que j’eus goûté à la biscotte, ce fut tout un jardin, jusque-là vague et terne, qui se peignit, avec ses allées oubliées, corbeille par corbeille, avec
toutes ses fleurs, dans la petite tasse de thé, comme ces fleurs japonaises qui ne reprennent que dans l’eau. De même bien des journées de Venise que l’intelligence
n’avait pu me rendre étaient mortes pour moi, quand l’an dernier, en traversant une cour, je m’arrêtai net au milieu des pavés inégaux et brillants. Les amis avec qui
j’étais craignaient que je n’eusse glissé, mais je leur fis signe de continuer leur route, que j’allais les rejoindre ; un objet plus important m’attachait, je ne savais pas
encore lequel, mais je sentais au fond de moi-même tressaillir un passé que je ne reconnaissais pas : c’était en posant le pied sur ce pavé que j’avais éprouvé ce
trouble. Je sentais un bonheur qui m’envahissait, et que j’allais être enrichi de cette pure substance de nous-mêmes qu’est une impression passée, de la vie pure
conservée pure (et que nous ne pouvons connaître que conservée, car en ce moment où nous la vivons, elle ne se présente pas à notre mémoire, mais au milieu des
sensations qui la suppriment) et qui ne demandait qu’à être délivrée, qu’à venir accroître mes trésors de poésie et de vie. Mais je ne me sentais pas la puissance de la
délivrer. Ah ! l’intelligence ne m’eût servi à rien en un pareil moment. Je refis quelques pas en arrière pour revenir à nouveau sur ces pavés inégaux et brillants, pour
tâcher de me remettre dans le même état. C’était une même sensation du pied que j’avais éprouvée sur le pavage un peu inégal et lisse du baptistère de Saint-Marc.
L’ombre qu’il y avait ce jour-là sur le canal où m’attendait une gondole, tout le bonheur, tout le trésor de ces heures se précipitèrent à la suite de cette sensation
reconnue, et ce jour-là lui-même revécu pour moi.
Non seulement l’intelligence ne peut rien pour nous pour ces résurrections, mais encore ces heures du passé ne vont se blottir que dans
des objets où l’intelligence n’a pas cherché à les incarner. Les objets en qui vous avez cherché à établir consciemment des rapports avec les
heures que vous viviez, dans ceux-là elle ne pourra pas trouver asile. Et bien plus, si une autre chose peut les ressusciter, eux, quand ils
renaîtront avec elle, seront dépouillés de poésie.
Je me souviens qu’un jour de voyage, de la fenêtre du wagon, je m’efforçais d’extraire des impressions du paysage qui passait devant
moi. J’écrivais tout en voyant passer le petit cimetière de campagne, je notais des barres lumineuses de soleil sur les arbres, les fleurs du
chemin pareilles à celles du Lys dans la Vallée. Depuis, souvent j’essayais, en repensant à ces arbres rayés de lumière, à ce petit cimetière de
campagne, d’évoquer cette journée, j’entends cette journée elle-même, et non son froid fantôme. Jamais je n’y parvenais et je désespérais d’y
réussir, quand l’autre jour, en déjeunant, je laissai tomber ma cuiller sur mon assiette. Et il se produisit alors le même son que celui du marteau
des aiguilleurs qui frappaient ce jour-là les roues du train, dans les arrêts. À la même minute, l’heure brûlante et aveuglée où ce bruit tintait
revécu pour moi, et toute cette journée dans sa poésie, d’où s’exceptaient seulement, acquis pour l’observation voulue et perdue pour la
résurrection poétique, le cimetière du village, les arbres rayés de lumière et les fleurs balzaciennes du chemin.
Hélas ! parfois l’objet, nous le rencontrons, la sensation perdue nous fait tressaillir, mais le temps est trop lointain, nous ne pouvons pas
nommer la sensation, l’appeler, elle ne ressuscite pas. En traversant l’autre jour une office, un morceau de toile verte bouchant une partie de
vitrage qui était cassée me fit arrêter net, écouter en moi-même. Un rayonnement d’été m’arrivait. Pourquoi ? J’essayai de me souvenir. Je
voyais des guêpes dans un rayon de soleil, une odeur de cerises sur la table, je ne pus pas me souvenir. Pendant un instant, je fus comme
ces dormeurs qui en s’éveillant dans la nuit ne savent pas où ils sont, essaient d’orienter leur corps pour prendre conscience du lieu où ils se
trouvent, ne sachant dans quel lit, dans quelle maison, dans quel lieu de la terre, dans quelle année de leur vie ils se trouvent. J’hésitai ainsi
un instant, cherchant à tâtons autour du carré de toile verte, les lieux, le temps où mon souvenir qui s’éveillait à peine devait se situer.
J’hésitais à la fois entre toutes les sensations confuses, connues ou oubliées de ma vie ; cela ne dura qu’un instant. Bientôt je ne vis plus rien,
mon souvenir s’était à jamais rendormi.
Que de fois des amis m’ont vu ainsi, au cours d’une promenade, m’arrêter devant une allée, qui s’ouvrait devant nous, ou devant un groupe d’arbres, leur demander de
me laisser seul un moment ! C’était en vain ; j’avais beau, pour reprendre des forces fraîches pour ma poursuite du passé, fermer les yeux, ne plus penser à rien, puis tout
d’un coup les ouvrir, afin de tâcher de revoir ces arbres comme la première fois, je ne pouvais savoir où je les avais vus. Je reconnaissais leur forme, leur disposition, la ligne
qu’ils dessinaient semblait calquée sur quelque mystérieux dessin aimé, qui tremblait dans mon cœur. Mais je ne pouvais en dire plus, eux-mêmes semblaient de leur attitude
naïve et passionnée dire leur regret de ne pouvoir s’exprimer, de ne pouvoir me dire le secret qu’ils sentaient bien que je ne pouvais démêler. Fantômes d’un passé cher, si
cher que mon cœur battait à se rompre, ils me tendaient des bras impuissants, comme ces ombres qu’Enée rencontre aux Enfers. Etait-ce dans les promenades autour de la
ville où j’étais heureux petit enfant, était-ce seulement dans ce pays imaginaire où, plus tard, je rêvais maman si malade, auprès d’un lac, dans une forêt où il faisait clair toute
la nuit, pays rêvé seulement mais presque aussi réel que le pays de mon enfance, qui n’était déjà plus qu’un songe ? Je n’en saurais rien. Et j’étais obligé de rejoindre mes
amis qui m’attendaient au coin de la route, avec l’angoisse de tourner le dos pour jamais à un passé que je ne reverrais plus, de renier des morts qui me tendaient des bras
impuissants et tendres, et semblaient dire : Ressuscite-nous. Et avant de reprendre rang et causerie avec mes camarades, je me retournais encore un moment pour jeter un
regard de moins en moins perspicace vers la ligne courbe et fuyante des arbres expressifs et muets, qui sinuait encore à mes yeux.
À côté de ce passé, essence intime de nous-mêmes, les vérités de l’intelligence semble bien peu réelles. Aussi, surtout à partir du moment où nos forces décroissent,
est-ce vers tout ce qui peut nous aider à le retrouver que nous nous portons, dussions-nous être peu compris de ces personnes intelligentes qui ne savent pas que l’artiste vit
seul, que la valeur absolue des choses qu’il voit n’importe pas pour lui, que l’échelle des valeurs ne peut être trouvée qu’en lui-même. Il pourra se faire qu’une détestable
représentation musicale dans un théâtre de province, un bal que les gens de goût trouvent ridicule, soit évoquent en lui des souvenirs, soit se rapportent en lui à un ordre de
rêveries et de préoccupations, bien plus qu’une admirable exécution à l’Opéra, qu’une soirée ultra-élégante dans le faubourg Saint-Germain. Le nom des stations dans un
indicateur de chemin de fer, où il aimerait imaginer qu’il descend de wagon par un soir d’automne, quand les arbres sont déjà dépouillés et sentent fort dans l’air vif, un livre
insipide pour les gens de goût, plein de noms qu’il n’a pas entendus depuis l’enfance, peuvent avoir pour lui un tout autre prix que de beaux livres de philosophie, et font dire
aux gens de goût que pour un homme de talent il a des goûts très bêtes.
On s’étonnera peut-être que, faisant peu de cas de l’intelligence, j’aie donné pour sujet aux quelques pages qui vont suivre justement quelques-unes de ces remarques
que notre intelligence nous suggère, en contradiction avec les banalités que nous entendons dire ou que nous lisons. À une heure où mes heures sont peut-être comptées
(d’ailleurs tous les hommes n’en sont-ils pas là ?) c’est peut-être bien frivole que de faire œuvre intellectuelle. Mais d’une part les vérités de l’intelligence, si elles sont moins
précieuses que ces secrets du sentiment dont je parlais tout à l’heure, ont aussi leur intérêt. Un écrivain n’est pas qu’un poète. Même les plus grands de notre siècle, dans
notre monde imparfait où les chefs-d’œuvre de l’art ne sont que les épaves naufragées de grandes intelligences, ont relié d’une trame d’intelligence les joyaux de sentiment
où ils n’apparaissent que çà et là. Et si on croit que sur ce point important on entend les meilleurs de son temps se tromper, il vient un moment où on secoue sa paresse et où
on éprouve le besoin de le dire. La méthode de Sainte-Beuve n’est peut-être pas au premier abord un objet si important. Mais peut-être sera-t-on amené, au cours de ces
pages, à voir qu’elle touche à de très importants problèmes intellectuels, peut-être au plus grand de tous pour un artiste, à cette infériorité de l’intelligence dont je parlais au
commencement. Et cette infériorité de l’intelligence, c’est tout de même à l’intelligence qu’il faut demander de l’établir. Car si l’intelligence ne mérite pas la couronne suprême,
c’est elle seule qui est capable de la décerner. Et si elle n’a dans la hiérarchie des vertus que la seconde place, il n’y a qu’elle qui soit capable de proclamer que l’instinct doit
occuper la première.
● RADIO. PROUST SELON DURAS, BARTHES ET GENETTE
(TRANSCRIPTION) 1H
https://www.youtube.com/watch?v=uxx3iOtbQew

● LA VIE DE PROUST. VIDÉO 1h.


https://www.youtube.com/watch?v=l1rdHr3o2io

● EXTRAITS DE CÉLESTE 15’

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i08042540/celeste-albaret-et-
le-travail-de-proust
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