LA PROGRESSION
THÉMATIQUE
PLAN
Introduction
I- Définition de la progression thématique
Thème et rhème
II- Les différentes progressions thématiques
III – Les autres facteurs de la dynamique textuelle
Facteurs linguistiques explicites
Facteurs linguistiques implicites
L’isotopie
Les parallélismes syntaxico-sémantques
Les temps verbaux
Conclusion
Bibliographie
La progression thématique est :
« L’enchaînement des éléments dans un
texte, leur hiérarchie et leur ordre »
B. Combettes, Pour une grammaire textuelle
On appelle progression thématique ce phénomène qui a été
théorisé, dans une perspective « fonctionnelle » par un certain nombre de
linguistes regroupés sous l’appellation d’ « École de Prague », en
particulier par Mathesius dans les années1920 et par F. Danes et J. Firbas à
partir des années 60.
LA PROGRESSION THÉMATIQUE
La manière dont les divers groupes syntaxiques d’une
phrase vont véhiculer deux types d’informations:
Acquises Nouvelles
La phrase est analysée non seulement comme une structure
syntaxico-sémantique mais aussi comme une structure porteuse
d’information à l’intérieur d’une certaine dynamique textuelle.
La phrase participe à la progression d’un texte. Elle répartit
informations connues et informations nouvelles en appuyant les
secondes sur les premières. Une information nouvelle, une fois
posée, devient connue et peut ainsi servir de nouveau point d’appui.
Dans une phrase on distingue ainsi:
le thème, ce dont on parle, l’élément connu (l’information acquise).
le rhème ou le propos (l’information nouvelle), qui constitue l’apport
d’information.
COMMENT DISTINGUER LE THÈME DU RHÈME ?
La dislocation ou le procédé de mise en valeur
L’interrogation
La négation
Le rhème est par définition l’élément sur
Lequel porte l’interrogation est le thème ce que cette interrogation
présuppose acquis
FONCTION DU THÈME
Déterminer quel est le thème d’un texte permet au
coénonciateur de l’interpréter, en surmontant ses éventuelles lacunes et
en ne retenant, s’il y a plusieurs sens possibles, que celui qui est
compatible avec ce thème. Néanmoins, certains textes (littéraires en
particulier), dits poly-isotopiques peuvent systématiquement
développer plusieurs thèmes à la fois.
FONCTION DU THÈME
Le thème assure aussi, par la répétition de certains éléments, la
continuité entre les phrases et dote le texte d’une unité de sens.
« Dans ces années-là, Antoine adhérait à son métier ;il était au plein de
sa vie, accomplissait sans coupures et sans rêves ce qu' il fallait
accomplir »
Paul Nizan ,Antoine Bloyé, Paris ,Grasset,Chap IX
La progression à thème constant
La progression à thème linéaire
La progression à thème éclaté
La progression à trou thématique
LA PROGRESSION LINÉAIRE
C’est quand le propos de la phrase ou proposition précédente devient le
thème de l’unité suivante, qui a un rhème lui-même repris comme
thème suivant
La progression linéaire où le rhème de la phrase antérieure devient le
thème de la phrase qui suit selon le schéma :
Phrase 1: Th1 Rh1
Phrase 2: Th2 (Rh1)Rh2
«Je tombai par hasard dans un terrain caché. C’était un grand
quadrilatère nu, entièrement bordé d’une haute futaie de pins et de
chênes. Ces arbres noirs se dressaient sur les quatre côtés du champ,
comme une muraille sévère, à l’abri de qui s’étendait cet espace roux,
semé de galets ronds, où se tordaient de maigres touffes de thym et
d’aspic. »
LA PROGRESSION À THÈME CONSTANT
C’est quand chaque phrase ou
proposition qui constitue un texte
prend pour point de départ le même
thème et développe successivement des
rhèmes différents .
La progression à thème constant est la plus élémentaire ,elle reprend un
même élément en position thématique :
Phrase 1 : TH1 Rh1
Phrase 2 : TH1 RH2
Phrase 3 : TH1 RH3
AINSI DANS CE TEXTE LE THÈME DE LA PREMIÈRE PHRASE
EST REPRIS TROIS FOIS SOUS UNE FORME PRONOMINALE :
« Les Bloyé vécurent alors comme des convalescents. Ils retombèrent
peu à peu sur eux- mêmes comme des hommes faibles qui se sont mis
en colère, ils s’abandonnèrent, soudain détendus ,après avoir vécu
toutes ces années à leur plus haut degré d’attention et d’angoisse. Ils
recomposaient avec une patience d’animal inférieur leur vie
mutilée .»
Paul Nizan ,Antoine Bloyé,Chapitre 11
LA PROGRESSION À THÈME ÉCLATÉ
Un texte est organisé selon une progression à thème éclaté ou dérivé ,
quand il y a un thème d’ensemble appelé hyperthème, divisé en
plusieurs sous thèmes à partir desquels les unités successives
développent de nouveaux propos. C’est un procédé particulièrement
utilisé dans les descriptions.
Dans l’exemple suivant , victimes et incendiaires
annoncent des informations apportées dans les
paragraphes où ces termes sont posés :
« La liste des victimes s’allonge . un jeune Corse de
vingt- deux ans est mort vendredi soir à Lyon des
suites des brûlures qu’il avait subies au début de la
semaine , portant à quatre le nombre des décès
provoqués par les feux dans l’île de Beauté. Parmi les
pompiers blessés, plusieurs sont dans un état
préoccupant . C’est le cas d’un sauveteur corse, qui se
trouve à l’hôpital des grands brûlés à Lyon ,et d’un
sergent chef du Val d’Oise,qui a été brulé à prés de
80 % en tentant d’arrêter un feu de chaume allumé par
un agriculteur »
Le Monde
PROGRESSION À TROU THÉMATIQUE
Ces trois principaux types de progression thématique sont des schémas
idéaux , qui permettent d’analyser les énoncés. Ces trois types
d’enchainement peuvent se mêler parfois dans des proportions très
diverses. C’est le cas du texte suivant :
« D’un geste d’épouvante , Salomé repousse la terrifiante vision qui la cloue,
immobile, sur les pointes ; ses yeux se dilatent, sa main étreint
convulsivement sa gorge .
Elle est presque nue ;dans l’ardeur de la danse, les voiles se sont
défaits ,les brocarts ont croulé ; elle n’est plus vêtue que de matières
orfévriés et de minéraux lucides ; un gorgerin lui serre de même qu’un
corselet la taille ,et ,ainsi qu’une agrafe superbe, un merveilleux joyaux
darde des éclairs dans la rainure de ses deux seins ;plus bas ,aux hanches,
une ceinture l’entoure, cache le haut de ses cuisses que bat une gigantesque
pandeloque où coule une rivière d’escarbouclles et d’émeraudes. »
J.-K. Huysmans, A rebours, Chap 5
• Le premier paragraphe progresse par un thème éclaté ;l’hyperthéme « Salomé » est
suivi de deux sous- thèmes (des parties du corps de la jeune fille) ; « ses yeux »,et
« sa main ».
• Ce schéma se retrouve juste après : « elle » thème en progression constante reprend
« Salomé » et éclate à son tour en deux sous-thèmes, « les voiles » et « les brocarts ».
« Elle » réapparait en position de thème dans la phrase suivante, associé au rhème
« matières orfévries et de minéraux lucides ».
• Ce rhème devient thème, progression linéaire, et éclate en divers sous-
thèmes : « un gorgerin », « un merveilleux joyau », « une ceinture ».
• La dynamique de cette progression thématique est donc relativement simple, à
l’intérieur d’une progression constante (« Salomé » « Elle »… «Elle ») , viennent
s’intercaler deux progressions à thèmes éclaté
LES AUTRES FACTEURS DE LA
DYNAMIQUE TEXTUELLE
M. Charolles définit quatre facteurs de cohérence textuelle:
- Règle de répétition
- Règle de progression
- Règle de non-contradiction
- Règle de relation
LES MÉCANISMES DE RÉPÉTITION ENGLOBENT ENTRE AUTRES:
La pronominalisation;
L’emploi de déterminants et de déictiques contextuels;
La substitution lexicale
L’anaphore conceptuelle
Tous ces procédés sont des moyens
linguistiques explicites
Mais il existe d’autres facteurs linguistiques implicites:
- La présupposition
- L’implication
- L’inférence
La présupposition est définie
comme introduction d’un sens
antérieur au sens posé.
L’implication est une conclusion que
l’on tire de l’énoncé à la base des
connaissances linguistiques
L’inférence permet de déduire du
contexte les informations non données
afin d’interpréter correctement la
passage concerné.
LES AUTRES PROCÉDÉS DE
PROGRESSION
L’isotopie
Les parallélismes syntaxico-sémantiqes
Les temps verbaux
L’isotopie
Marie se promène dans le jardin. Elle
aime le soleil. Elle dessine, assise sur un
banc. Elle fait de l’équitation. Elle
prend l’avion demain.
LES PARALLÉLISMES
SYNTAXICO-SÉMANTIQUES
« Deux enfants étaient assis sur le mur du quai et jouaient aux dés. Un
homme lisait un journal sur les marches du monument dans l’ombre du
héros qui brandissait son sabre. Une jeune fille remplissait son sceau à la
fontaine. Un marchand de fruits , couché près de sa balance, promenait ses
regards sur la lac. Au fond d’un cabaret, par la porte béante et les fenêtres
grandes ouvertes, on voyait deux hommes attablés devant une bouteille de
vin ». Le chasseur Gracchus, Kafka
« Hier une tempête de neige est survenue dans la région.
L’enneigement a été de quarante centimètre à certains endroits, j’ai du
pelleter pendant au moins une heure… »
PASSÉ SIMPLE ET
COHÉRENCE
« Le matin vint et partit trop tôt. Deuxième jour de voyage. Tout
s’accéléra, se précipita. Le brouillard de l’harmattan se crut un chef de
l’ancien temps et s’appropria montages, routes et brousse. Mais on n’a
pas le temps de s’en plaindre. Le soleil se libéra et s’appliqua à
évaporer, à fondre, à éclairer et tout se dissipa. La camionnette courait
vite… »
Le passé simple confère au texte un rythme rapide , établissant ainsi
des relations de connexion à tr avers les événements entre les
phrases.
BIBLIOGRAPHIE
Charolles,Michel, « Introduction aux problèmes de la
cohérence », Langue française, 1978
Charaudeau et Maingueneau, Dictionnaire d’analyse du
discours, Seuil, 2002
Dominique Maingueneau. Les termes clés de l'analyse du
discours. Ed. du Seuil. Coll. Mémo.1996
Bernard Combettes in Pour une grammaire textuelle. La
progression thématique. paris,Duculot/Bruxelles, A. de Boeck,
1983.
Adam Jean Michel,Le texte [Link],Nathan,1989.
J.-K. Huysmans, A rebours, Chap 5
Paul nizan ,Antoine Bloyé,Chapitre 11