PRISE EN CHARGE PSYCHOLOGIQUE
DES VICTIMES DE TRAUMATISME
PRESENTATION DE LA FORMATION
ET CONFERENCE ANIMEES PAR Jean-
Michel COQ, Psychologue Clinicien (Maître
de Conférences en psychologie clinique Rouen, Intervenant INAVEM et
PAV, Volontaire CUMP-SAMU 75)
UN EVENEMENT VIOLENT
Entraîne une blessure psychique :
-choc émotionnel immédiat : état de stress
dépassé (transitoire)
-Perturbations psychiques (durables) :
traumatisme psychique
QUELQUES DISCTINCTIONS
• STRESS ADAPTATIF
• STRESS DEPASSE
• TRAUMATISME PSYCHIQUE OU « trauma »
STRESS
• Le mot STRESS est emprunté à la métallurgie (modifications
structurales d’un métal soumis à pression, étirement ou torsion).
• C’est la réaction biologique, physiologique et psychologique immédiate,
de l’organisme (->de l’individu) d’alarme, de mobilisation et de défense, face à une
agression ou une menace (ou une situation imprévue) L. Crocq (1999)
• C’est une relation normale, utile, adaptative.
• Elle permet l’adaptation biologique, psychologique et sociale de l’individu à
son milieu (Selye, 1975).
• Mais elle est coûteuse en énergie (physique et psychique).
• Et elle est accompagnée de symptômes gênants (somatiques, neurovégétatifs
et psychiques).
• Trop intense, prolongée ou répétée à de courts intervalles, elle peut se muer
en réaction de stress dépassé, inadaptative.
LE STRESS ADAPTATIF
3 phases dans le syndrome
général d’adaptation (Selye) :
1 – Phase d’alarme : prise
d’information
2 - Phase de résistance :
intégration et réponse
motrice
3 - Phase d’épuisement
(peut conduire à la mort)
EFFETS PSYCHOLOGIQUES DU STRESS
ADAPTATIF
• 1 - Focalisation de l’attention
La perception du sujet passe d’un système passif-réceptif à un système
prospectif-sélectif actif :
• 2 - Mobilisation des capacités psychiques
Les capacités psychiques (cognitives, affectives) sont exacerbées
• 3 - Incitation à l’action
Le sujet ressent intérieurement le besoin d’agir ; ses capacités
volitionnelles sont stimulées
SYMPTÔMES GÊNANTS DU STRESS
ADAPTATIF
• Après le stress, le sujet se sent épuisé, tant sur le
plan physique que sur le plan psychique
provoquant chez le sujet des symptômes
gênants:
▫ Psychiques (tension interne, vécu d’irréalité, pensée ralentie, peur du danger , Craindre la suite, effondrement du
sentiment d’invulnérabilité , effondrement de la confiance en un environnement protecteur, effondrement de l’espoir dans le
secours des autres)
▫ Neurovégétatifs (Pâleur, sueur, lipothymies, Striction pharyngée, Oppression thoracique, difficulté à
respirer, Tachycardie, hypertension, Spasmes digestifs, gastralgies, Nausées, vomissements, Envie d’uriner,
Horripilation, frissons)
▫ Moteurs (Lenteur des gestes, ou précipitation, Tremblements, Imprécision – Maladresse, Baisse de la force
physique, Bégaiement, Tendance à se rabattre sur des automatismes)
STRESS DEPASSE, 4 FORMES :
• 1 – Inhibition stuporeuse (Stupéfaction cognitive, Stupeur affective (au-delà de la
peur, état second), Inhibition volitionnelle, aboulie , Inhibition motrice (immobile, figé, statufié)
• 2 – Agitation psycho-motrice ( Besoin impérieux d’agir mais le sujet n’est pas
assez lucide pour élaborer une décision adaptée, Décharge motrice : gesticulation, logorrhée, Court dans un sens et dans
l’autre, Parfois seulement excitation verbale)
• 3 – Fuite panique (Fuite éperdue, Part en flèche, bute sur les obstacles, les renverse,
bouscule et piétine les autres)
• 4 – Action automatique
• Plus fréquent qu’on ne le pense. Peut passer inaperçu, car non spectaculaire et parfois dissimulé sous
l’apparence d’un comportement adaptatif.
• Gestes mécaniques et sans utilité (tripoter ou caresser un objet)
• Il peut exécuter des gestes adaptatifs (le plus souvent sous les ordres d’un autre), mais de façon
mécanique, non consciente ; et il ne s’en souviendra plus ensuite.
• Il est en état de dissociation péri-traumatique (déréalisation, dépersonnalisation)
• Sa relation à autrui est perturbée (semble ne pas comprendre)
REACTIONS PATHOLOGIQUES, le plus souvent
chez des sujets qui ont des antécédents psychiatriques
• Névrotiques :
▫ crises anxieuses (anxiété psychique et somatique),
▫ symptômes phobiques (peur sans raison face à un stimulus évocateur,
évitements, réassurances)
▫ manifestations hystériques (conversions, mutismes, fausses paralysies
ou anesthésies, errances en état second, crises de nerfs)…
• Psychotiques :
▫ Etats confusionnels (désorientation temporo-spatiale, incapacité de
communiquer avec les autres)
▫ Bouffées délirantes aiguës
▫ Accès maniaques ou mélancoliques (agitation euphorique et
désordonnée, logorrhée ; ou au contraire prostration dépressive, idées de ruine et de
culpabilité)
▫ Syndromes pseudo-schizophréniques (dissociation)
- Y a-t-il des « psychoses réactionnelles » ?
SURVENUE DU TRAUMA
• Le sujet a été exposé, comme victime, acteur
ou témoin, à un événement potentiellement
traumatisant
• Il l'a vécu sur un mode traumatique.
- effraction des défenses psychiques, dont
l'appareil signifiant,
- vécu de surprise, frayeur, effroi, horreur,
d’impuissance et de détresse, confrontation
inopinée avec le réel de la mort ou du néant.
APPARITION DU TRAUMA
Temps de latence constant, mais variable
(temps d'incubation, de méditation, de contemplation, de
rumination)
• nécessaire pour mettre en place de
nouvelles défenses (la répétition) là où les
défenses du stress ont failli
• variable (d'un jour à six mois et plus), car :
• -chacun a sa vitesse pour ce faire,
• -ce temps dépend de la conjoncture
NÉVROSE TRAUMATIQUE OU ETAT DE STRESS POST-TRAUMATIQUE :
• 1-Syndrome de répétition :
▫ revit l’événement sur le plan sensoriel (visuel, auditif, olfactif)
▫ cauchemars à caractère répétitif (plongé à nouveau dans son vécu
traumatique)
• 2-Modifications de la personnalité :
▫ état d’hypervigilance
▫ désinvestissement des sources d’intérêts et de plaisirs
• 3-Symptômes non spécifiques :
▫ troubles des conduites
▫ troubles psychosomatiques
▫ asthénie, anxiété, dépression
1-SYNDRÔME DE REPETITION
I - SES MODALITES
1 - l'hallucination (visuelle, auditive, olfactive, gustative,
cénesthésique)
2 - l'illusion (le sujet hallucine sur une perception réelle)
3 - le souvenir forcé
4 - la rumination mentale sur l'événement, ses causes, ses
conséquences
5 - le vécu soudain comme si l'événement allait se reproduire
(parfois sur le mode de la dépersonnalisation)
6 - l'agir soudain comme si l'événement se reproduisait
▫ (agir élémentaire tel que sursaut, tic ou recroquevillement)
▫ (agir plus complexe tel que séquence de gestes),
▫ (récit, jeu répétitif chez l’enfant)
7 - le cauchemar de répétition (intensément vécu plutôt que
contemplé)
1- SYNDRÔME DE REPETITION
II - SES REGISTRES D'EXPRESSION
• toutes ces modalités sont vécues sur les trois registres
▫ psychique (détresse),
▫ neurovégétatif (orage neurovégétatif)
▫ et de schéma corporel (raidissement du corps, attitude de
défense)
III - SES CIRCONSTANCES DE SURVENUE
• soit spontanément (à un rythme propre à chaque patient)
• soit déclenché par un stimulus évocateur
• soit facilité par une baisse du niveau de conscience
(endormissement, alcool, drogue)
2- ALTERATION DE LA PERSONNALITE
• Le sujet se sent différent de ce qu'il était avant
- il dit qu'il a changé de personnalité
- ses familiers le trouvent changé
• «triple blocage du moi » (FENICHEL, 1945)
▫ 1 - blocage de la fonction de filtrage de l'environnement
▫ hypervigilance, attitude d'alerte, sursauts au bruit
▫ résistance passionnée à l'endormissement, sommeil léger
▫ 2 - blocage de la fonction de présence dans le monde
▫ impression de monde lointain, non familier,
▫ démotivation, perte de l'intérêt pour occupations et loisirs
▫ impression d'avenir bouché
▫ retrait du monde
▫ 3 - blocage de la fonction d'amour et de relation à autrui
▫ impression d'être incompris et abandonné
▫ incapacité à comprendre et aimer les autres
▫ régression infantile, attitude de dépendance-exigence,
▫ priorité à la réparation de la blessure narcissique.
3 - PATHOLOGIES ASSOCIEES
• 1 - Triple asthénie (physique, psychique, sexuelle)
▫fatigabilité, sensation d'épuisement,
▫attention labile, baisse de la mémoire, difficulté de concentration
▫baisse de la libido, impuissance, frigidité.
• 2- Anxiété (apparue après le trauma)
▫mentalité d’anxieux (appréhension péjorative)
▫accès d'angoisse psychique et somatique sans motif
• 3 - Symptômes psychonévrotiques
▫hystériques (crises, état second, conversions)
▫phobiques (phobies et évitements liés à l'événement)
▫obsessionnels (rituels protecteurs et vérificatoires)
• 4 - Somatisations et troubles psychosomatiques
▫plaintes somatiques diverses (céphalées, lombalgies)
▫troubles psychosomatiques caractérisés (avec lésion d'organe) :
- asthme, hypertension, angor,
- ulcus gastrique, colite
- eczéma, psoriasis, halopécie, canitie,
- goitre, diabète
• 5 - Troubles des conduites
▫ anorexie ou boulimie
▫ conduites addictives (tabac, alcool, drogues)
▫ accès de colère, conduites agressives (syndrome de Rambo)
▫ conduites suicidaires
INDICES D’UN VECU TRAUMATIQUE
• Le stress dépassé et les réactions pathologiques correspondent
souvent (mais non obligatoirement) à un vécu traumatique :
- Effroi, horreur, sentiment de détresse (impuissance et absence de secours)
- Désorientation temporo-spatiale, impression de temps suspendu ou
accéléré,
- Déréalisation, dépersonnalisation, Impression de rêve ou de cauchemar,
- Décontenancement, perte de l’initiative,
- Sentiment de solitude et d’abandon,
- Orage neuro-végétatif
- Sidération ou agitation motrice, tremblement, bégaiement
AGRESSION
ETAT DE STRESS DEPASSE TRAUMATISME PSYCHIQUE
• Réactions de sidération •Effraction dans le psychisme
effroi « il n’y a pas de mots »
• Hypervigilance • Vécu d’arrêt de la pensée (blanc)
• Impression d’irréalité
•symptômes neurovégétatifs • Désorientation tempo-spatiale
gênants • Dépersonnalisation
• Détresse avec sentiment d’abandon
BESOIN DES VICTIMES
• Informations pratiques :
- Juridiques concernant le droit des victimes
- Lieu d’hébergement (foyer d’accueil d’urgence)
- Lieu de soins somatique (blessures physiques)
• Soutien psychologique :
▫ Rétablir un contact humain contenant
Besoin d’être écouté par quelqu’un qui ramène la victime dans la communauté des vivants .
▫ Aider la victime à réorganiser sa parole.
Parfois une victime peut donner l’impression de n’être pas affectée par ce qui vient de lui arriver, ou d’y être
indifférente : Amnésie traumatique (partielle ou totale) , Anesthésie affective (comme s’il ne s’était rien passé)
L’ACCEUIL DE LA PERSONNE
•L’accueil peut être déterminent :
-Retour vers l’humanité, après avoir été victime d’un acte violent, ayant un caractère
inhumain
-Recréer au plus vite un lien chaleureux et empathique avec la victime.
•Les risques d’un accueil trop à distance :
-Perte de confiance dans les institutions (police, justice, hôpital)
-Isolement de la victime, qui a le sentiment de ne pas être comprise
-Risque de sur-victimation, méfiance, agressivité vis à vis des institutions
SOINS IMMEDIATS
• CUMP, parfois Association d’aide aux victimes mandatée par le parquet.
• DEFUSING
▫ OBJECTIFS
- Réduction des symptômes liés au stress :en cas de stress dépassé
- Limitation des premières manifestions liées à une expérience traumatique
▫ MODALITES
- Déchocage psychologique : rétablir la relation [écouter, parler, toucher]
aider la victime à mettre des mots
- Evaluation psychologique
- Informations sur les symptômes à venir
- Orientation vers une consultation spécialisée
- Prescription : anxiolytique, antipsychotique
- Hospitalisation en service psychiatrique si nécessaire
SOINS POST IMMEDIATS 2-3 jours après l’événement
• CUMP, Association d’Aide aux victimes,
consultations hospitalières
• Le debriefing psychologique collectif
• Le debriefing psychologique individuel
• Le groupe de parole
DEBRIEFING PSYCHOLOGIQUE COLLECTIFS
• Pour un groupe constitué
• Verbalisation des émotions de chacun
• Confrontation des expériences vécues
• Restauration des sujets par le groupe
• Dépistage des sujets particulièrement touchés par l’événement
• Exploration d’une effraction traumatique
DEBRIEFING PSYCHOLOGIQUE INDIVIDUEL
• Exploration d’une effraction traumatique :
- on revisite l’événement dans sa dimension
émotionnelle et non factuelle.
- Première action psychothérapeutique
- Suivi sur quelques séances (psychothérapie brève)
qui permet une réorganisation psychologique on
surveille l’évolution des symptômes.
GROUPE DE PAROLE
• Effectué lorsqu’un débriefing ne peut pas être
réalisé
• Peut s’adresser à des victimes plus à distance (pas
directement agressées lors de l’événement, mais
parfois très choquées cependant).
• Pour des familles de victimes gravement blessées
• Pour des familles de victimes endeuillés
SOINS A MOYEN-LONG TERME
• Association d’aide aux victimes
• Consultations hospitalières, praticiens privés
spécialisés
• Psychothérapies et techniques spécifiques
(EMDR, hypnose, pleine conscience…)
CONCLUSION
La souffrance psychologique d’une personne
victime doit être reconnue et prise en charge,
afin que cette position de victime soit dépassée
et ne devienne pas un statut social définitif, mais
soit un statut transitoire, avant que celle-ci
retrouve une place pleine et entière dans la
société.