PSEUDOMONAS
Résidanat 1ère année - Cours de Microbiologie
Année universitaire 2015/2016
Dr HENNICHE
INTRODUCTION - CLASSIFICATION
• Pseudomonas aeruginosa a été découvert en 1882 dans un
pus d’une plaie chirurgicale (pus bleu)
• Le genre Pseudomonas est classé dans le groupe I
(classification de Pelleroni des BGN non fermentaires).
• Classe : Gammaproteobacteria
• Ordre : Pseudomonadales
• Famille : Pseudomonadaceae
• Genre : Pseudomonas
• Les espèces : P. aeruginosa (espèce la plus fréquente), P.
fluorescens, P. putida, P. stutzeri, P. mendocina, P.
alcaligenes, P. pseudoalcaligenes, P. luteola, P. oryzihabitans
• Le groupe (II) comporte deux genres
Burkholderia et Ralstonia
• Le groupe(III) comporte le genre
Comamonas
• Le groupe (IV) comporte le genre
Brevundimonas
• Le groupe (V) est actuellement dénommée
Stenotrophomonas maltophilia
Le genre Pseudomonas regroupe un très grand
nombre d'espèces (environ une soixantaine) qui
peuvent répondre à la définition suivante :
• bacilles à Gram négatif
• aérobies strictes
• mobiles par ciliature polaire (la plus part des
espèces)
• possédant une oxydase
• incapables de fermenter le glucose
• pouvant produire des pigments
Pseudomonas aeruginosa
HABITAT :
• Bactéries ubiquitaires retrouvées sur le sol et dans
les eaux douces et marines (bactéries aquaphiles)
• Elle sont surtout présentes dans l’environnement
hospitalier, les endroits humides (siphons de lavabo,
savon liquide, vases, humidificateurs, solutions
d’antiseptiques).
• Du fait de leur résistance à de nombreux
antibiotiques et antiseptiques, elles se comportent
comme des pathogènes opportunistes souvent à
l’origine d’infections nosocomiales d’origine exogène
(infection manuportée et infection sur matériel)
• Elles peuvent occasionnellement être isolés de
la flore intestinale de l’homme ou de l’animal
• De nombreuses souches peuvent se
développer à basse température 0 à +4°C
(souches psychrophiles) contaminant les
denrées alimentaires ou produits
pharmaceutiques conservés au réfrigérateur
CARACTÈRES BACTÉRIOLOGIQUES
1-CARACTÈRES MORPHOLOGIQUES
• Ce sont des bacilles à Gram négatif de 0,5 à 0,8 µm de
diamètre sur 1,5 à 3,0 µm de longueur, se présentant
de manière isolée ou groupés par deux ou en courtes
chaînes, mobiles grâce à une ciliature monotriche (un
cil polaire, quelques rares cellules portent cependant
plusieurs flagelles polaires) et sont non sporulés.
• La membrane externe contient des porines dont le
nombre et la taille susceptibles de varier,
conditionnent la perméabilité aux antibiotiques.
• La structure du LPS (lipopolysaccharide) de cette
membrane est également très hétérogène.
2-CARACTÈRES CULTURAUX
• La culture est facile sur milieux ordinaires et sur de nombreux milieux
utilisés pour l'étude des entérobactéries, elle se fait strictement en
aérobiose. La température optimale de croissance est de 3O°C, mais
certaines souches supportent des températures élevées allant jusqu’à
42°C.
• Les cultures dégagent une odeur très caractéristique de seringa et
elles présentent généralement une coloration verdâtre (production de
pigments)
• Un milieu sélectif contenant un dérivé d’ammonium quaternaire le
cétrimide (bromure de N cetyl-N-N-N trimetyl ammonium) et de
l’acide nalidixique permet l’isolement du P. aeruginosa à partir de
prélèvements respiratoires.
Les colonies de Pseudomonas aeruginosa sont de 03 types :
1) Les colonies la (large) sont grandes, rugueuses avec un centre
plus bombé et un bord irrégulier présentant un reflet
métallique caractéristique
2) Des colonies plus petites lisses (S) bombées à bord régulier
3) Des colonies muqueuses (M) sont bombées, opaques ,
visqueuses et filantes. Elles sont rencontrées chez les souches
produisant un slime
• Les souches isolées de prélèvement cliniques donnent
généralement des colonies la alors que les souches isolées de
l'environnement donnent le plus souvent des colonies S.
• Les colonies muqueuses M proviennent de prélèvements de
l'appareil respiratoire (patients atteints de mucoviscidose) ou
du tractus urinaire.
3- CARACTÈRES BIOCHIMIQUES
• Bactéries à métabolisme strictement
respiratoire, possédant une nitrate réductase et
respirant les nitrates, une catalase et une
oxydase.
• Ne fermentent pas les sucres mais peut les
attaquer (le glucose en particulier) par voie
oxydative entrainant une acidification du milieu.
Les milieux MEVAG (milieu pour l’étude de la
voie d’attaque des glucides) sont spécialement
destinés pour mettre cette propriété en
évidence.
• D’autres caractères sont utiles pour le diagnostic
d’espèce : indole-, urée-, TDA (tryptophane
désaminase)-, H2S-, gélatinase +, ONPG
(orthonitrophényl-galactosidase ) -, nitrate réductase
+, LDC (lysine décarboxylase) -, ODC (ornithine
décarboxylase)-, ADH (arginine déshydrogénase) +
• Ps. aeruginosa est capable d’utiliser de nombreux
substrats carbonés comme source de carbone et
d’énergie : glucose, acide lactique, acide acétique,
arginine, mannitol, citrate, malonate.
• La réalisation de tests d’utilisation des substrats
carbonés ou auxanogramme est utile pour reconnaitre
l’espèce et différencier les biotypes.
4- PIGMENTS PRODUITS
• Pseudomonas aeruginosa produit 02 pigments qui
diffusent dans les milieux de culture:
• la pyocyanine bleu vert, soluble dans le chloroforme
• la pyoverdine jaune vert, fluorescent et soluble dans
l’eau
• La production de pigments est favorisée sur les
milieux King A pour la pyocyanine et King B pour la
pyoverdine
• Il existe de rares souches produisant d’autres
pigments (noir ou rouge)
• 10% des souches sont non pigmentées.
5- FACTEURS DE PATHOGÉNICITÉ
• Pseudomonas aeruginosa possède un grand nombre de
facteurs de virulence jouant un rôle dans la colonisation,
la survie de la bactérie et l'invasion des tissus.
• Des pili permettant l'adhésion aux épithéliums
• d'autres adhésines renforcent l'adhésion
• L'exoenzyme S, localisée sur la membrane externe et
capable de se fixer fortement aux glycosphingolipides,
joue un rôle important.
• Le flagelle semble également intervenir dans l'adhésion
et les souches non flagellées ont une virulence atténuée.
• Le slime
• La cytotoxine est une protéine située dans
l'espace périplasmique et qui est libérée après
la phase de croissance exponentielle. Elle est
responsable de la formation de pores dans les
membranes cellulaires, notamment dans la
membrane des leucocytes, ce qui entraîne une
augmentation de la perméabilité et une
libération d'enzymes lysosomiales. Elle est
ainsi responsable d'une inflammation sévère
et d'une nécrose tissulaire.
• La phospholipase C est une hémolysine
thermolabile, elle détruit le surfactant( substance
du revêtement alvéolaire), conduit à une nécrose
tissulaire et facilite l’invasion bactérienne .
• Des protéases qui provoquent des hémorragies et
des nécroses tissulaires. La plus importante est
une élastase qui agit sur l'élastine (composant
structural majeur des tissus pulmonaires).
• L'exotoxine A agit d'une manière comparable à la
toxine diphtérique. Elle inhibe la synthèse
protéique des cellules eucaryotes par ADP-
ribosylation du facteur d'élongation EF2. Sa
synthèse est stimulée par la carence en fer.
• Exotoxine S : moins toxique surtout présente
chez des souches responsables de
pneumopathies
• Des protéases (protéase, élastase, collagénase)
d’assez faible toxicité mais occasionnant
néanmoins des dégâts tissulaires
• Des hémolysines, glycolipase et phospholipase C
agissant en synergie
• Pseudomonas aeruginosa produit des
sidérophores, notamment la pyoverdine et la
pyochéline, qui permettent à la bactérie de se
multiplier en l'absence de fer libre
6- MARQUEURS
EPIDEMIOLOGIQUES
• SÉROTYPIE: il existe chez Pseudomonas aeruginosa
un antigène somatique O thermostable dont on
connait actuellement 20 variants. Ces antigènes
sont à la base d’une classification sérologique . il
existe 16 antisérums spécifiques anti O1 à O16. Ces
sérums sont également présentés sous forme de
pool contenant chacun 4 antisérums et désignés
A ,C,E et F. Il existe des souches non sérotypables
car elles sont de type R, muqueuses, non
agglutinables ou polyagglutinables .
• la sérotypie est une réaction d’agglutination
sur lame réalisée à partir de colonies
prélevées sur gélose ; le kit le plus utilisé est
de Biorad.
• les sérotypes O6 et O11 sont les plus
fréquents.
• Le sérotype O12 est souvent très résistant aux
antibiotiques.
• LYSOTYPIE : Ps aeruginosa est très facilement
lysé par des bactériophages et la sensibilité
des souches à l’effet lytique d’une batterie de
ces phages permet de distinguer les
lysotypes.
• L’antibiotypie est un marqueur peu
discriminant.
• Pour le génotypage la méthode de référence
est l’électrophorèse en champ pulsé.
PATHOGENESE
• Bactérie opportuniste responsable d’infection
nosocomiale surtout chez les sujets fragilisés : insuff.
rénale, insuff. resp, leucémique, diabétiques, cancéreux,
paraplégiques, sujets âgés, brulés, post opérés, porteur
d’escarres, de sondes, malades immunodéprimés dans les
services de soins intensifs
• La principale source de contamination est la flore
endogène des malades ou l’environnement hospitalier:
récipients de liquides, humidificateurs, cathéters, sondes,
canules ou masques d’oxygénothérapie.
• La transmission d’un malade à un autre est possible elle
est souvent manuportée (personnel soignant)
• Colonisation, invasion, dissémination et
diffusion de toxines sont les étapes de la
pathogénèse.
• Les adhésines et les fimbriae favorisent la
colonisation aux cellules épithéliales de la
peau et des muqueuses facilitée encore par
les cytokines, facteur leucopéniant qui
s’oppose à la phagocytose.
FORMES CLINIQUES
• Pseudomonas aeruginosa a toutes les
caractéristiques d’un germe opportuniste, il
est peu virulent pour les sujets en bonne santé
mais très pathogène pour les sujets immuno-
déprimés.
• En pratique médicale, on l’isole de
prélèvements variés : urines, expectorations,
suppurations diverses, sang…….
• Infections iatrogènes : diverses infections à Ps
aeruginosa sont secondaires à des soins infirmiers
ou à des manœuvres instrumentales : surinfections
de plaies chirurgicales, traumatiques, ulcéreuses,
d’escarres ou les surinfections de lésions de brulures,
méningites chez les porteurs de valves de dérivation
du LCR, endocardites après chirurgie cardiaque,
ostéoarthrites après injections intraarticulaires ou
chirurgie orthopédique, infection urinaire après
intervention urologique ou sur sonde à demeure.
• Bronchopneumopathies : elles sont fréquentes chez
les malades ayant la mucoviscidose ou DDB, BPCO,
leucémie, diabète et chez les trachéotomisés.
• Infections oculaires : elles sont particulièrement
graves et peuvent évoluer vers la panophtalmie
qui donne une fonte purulente de l’œil. Elles
sont consécutives à des interventions
ophtalmologiques ou à l’usage de collyres ou
liquides de nettoyage de lentille de contact
souillés par le germe.
• Infections cutanées : folliculites, périonyxis,
intertrigo, pyodermites
• Otites externes, otites moyennes, sont des
conséquences possibles de bains en eau souillée
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DES
INFECTIONS À Pseudomonas
aeruginosa
• Le prélèvement : dépend de la localisation de
l’infection : sang, expectoration, pus de suppurations
……
• Fiche de renseignement : terrain, soin à l’hôpital,
présence de matériel…………
• La culture : Ps. aeruginosa pousse facilement sur milieux
ordinaires en aérobiose stricte. La culture est possible à 41°C.
Pour les prélèvements polymicrobiens ou ceux de
l’environnement (hygiène hospitalière) ou pour les contrôles
des eaux il est nécessaire d’utiliser un milieu sélectif au
cétrimide. Pour les milieux sélectifs d’entérobactéries, il
forme des colonies lactose –
En surface, la culture présente un reflet métallique assez
évocateur.
La production de pigments (pyocyanine et pyoverdine) facilite
grandement le diagnostic, bien qu’il existe des souches non
pigmentées et d’autres qui produisent un pigment noir.
L ’odeur des cultures est également caractéristique de seringa.
• Caractères biochimiques: la production
d’oxydase est un caractère important. Les autres
caractères biochimiques et l’utilisation des
sucres permettent d’identifier les différentes
espèces.
Aérobiose stricte + oxydase positive+ pigment
vert + non fermentation des sucres = éléments
d’identification importants
• Pour les souches non pigmentées, le recours à des
galeries est nécessaires mais les résultats obtenus
sont parfois erronés et de plus en plus souvent on
doit recourir à des méthodes moléculaires pour
obtenir un diagnostic d’espèces précis.
• Sérotypage : le sérotypage des souches par les
antisérums O1 à O16 mais 5 à 10% des souches
ne sont pas typaples par cette technique.
• Sérodiagnostic : n’a pas d’intérêt, colonisation
infection.
SENSIBILITÉ AUX ANTIBIOTIQUES
• Pseudomonas aeruginosa est réputé pour sa résistance aux
antibiotiques qui pose de sérieux problèmes thérapeutiques
et favorise sa dissémination en milieu hospitalier. Cette
résistance naturelle relève d’une mauvaise perméabilité de le
membrane externe et la production constante d’une β-
lactamase inductible.
• Les résistances naturelles concernent : pénicillines G, M et
aminopénicillines (ampicilline), céphalosporines de
1ère ,2ème et certaines de 3ème génération (céfotaxime,
ceftriaxone), cotrimoxazole, macrolides, tétracyclines,
chloramphénicol, quinolones de 1ère génération,
kanamycine, rifampicine, acide fucidique et glycopepetides.
Résistances acquises aux β-lactamines : elles
sont très fréquentes: mécanisme
enzymatique+++ par:
• production de pénicillinase
• de βlactamase à spectre élargi (BLSE)
• dérépression de la céphalosporinase naturelle
• Production des carbapénèmases
• Ou par imperméabilité sélective à l’imipénène
par modification de la porine D2.
Antibioiques Pénicillinase BLSE Céphalo Carba
sporinase de pénèmase
haut niveau
Ticarcilline R R R R
Mettre un tableau
Ticarcilline + Acide
clavulanique
S/I R R R
Pipéracilline R R R R
Pipéracilline
+tazobactam
S/I R R R
Ceftazidime S R R R
Céfépime/ S R S/R R
Cefpirome
Imipénème S S S R
• Résistance acquise aux aminosides :
l’amikacine (A) est la plus active (95% des
souches), suivi de la nétilmycine (N) puis la
tobramycine (T) et la gentamicine (G).
les phénotypes de résistance possibles
sont : G, GT, GTN, GTNA et rarement TNA.
• Résistance acquise aux quinolones : la
ciprofloxacine est la plus efficace, résistance
par mutation de la cible (ADN gyrase) ou par
imperméabilité.
Autres espèces de Pseudomonas :
• Les 2 autres espèces les plus fréquemment
rencontrées sont P. fluorescens et P. putida mais
elles sont le plus souvent considérées comme des
contaminants (pouvant se multiplier à + 4°C).
• Les autres espèces du genre Pseudomonas sont
présentes dans l’environnement et sont très
rarement responsables d’infections humaines;
endocardite (P. alcaligenes, P. luteola, P.
mendocina), pneumonie (P. stutzeri, P.
oryzihabitans), infections osseuses (P. luteola),
méningites postopératoires (P. luteola, P.
oryzihabitans)
• Tableau :caractères différentiels de différentes
espèces de Pseudomonas
Espèces Ps Ps Ps
aeruginosa fluorescens Ps putida mendocina Ps. stutzeri
Caractères
Réaction d’oxydase ++ + +
+ +
ciliature F= 1 >1 >1 F=1 F=1
Pyocyanine V _ _ Jaune Jaune palé
Pyoverdine V V V orangé
Croissance à 41°C + _ _ + +
Croissance à 4°C _ + + + +
Glucose + + + + +
Citrate de Simmons ++ ++ ++ + +
Nitrate réductase + + + + +
LDC ODC _ _ _ _ _
ADH ++ ++ ++ + _
Gélatinase + + _ _ _
H2S, TDA, Indole _ _ _ _ _
Esculine _ _ _ _ _
Uréase _ _ _ _ _
ONPG _ _ _ _ _